Une collection de boîtes à dentifrice
du 19e siècle

Les membres de l’ASPAD ont présenté en mars 2001 une très intéressante collection de boites anciennes à dentifrice.

Il ne suffisait pas, fin 18ème, début 19ème, de préconiser l’usage de la brosse à dents, il fallait aussi l’agrémenter d’un " dentifrice " (mot très ancien, venant du latin dentifricium, de dens : dent et de fricare : frotter).

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Boite à pâte dentifrice en faïence. Manchester c.1840

Vers 1830 les préparations dentifrices en usage étaient sous la forme de poudres, de pâtes ou opiats, d’eaux ou élixirs et plus tardivement de savons. Il y avait autant de préparations différentes que de dentistes ou de pharmaciens. Mais d’une manière générale, on y retrouvait les mêmes familles d’ingrédients.

Les poudres dentifrices

C’étaient des mélanges de substances pulvérisées. Composées à la base d’une ou deux poudres abrasives et détersives  comme de la craie, de la ponce, du corail, du charbon, de la magnésie, de la poudre de racine d’iris, de l’os de seiche, ou de la corne de cerf calcinée. On y ajoutait des éléments astringents, calmants et alcalins comme du quinquina pulvérisé, de la poudre d’alun, du camphre, du romarin, du thym, de la myrrhe, de la cochenille, parfois de l’opium. Ces poudres devaient laisser un goût agréable et elles étaient parfumées par des essences de menthe, de citron, de bergamote, de roses, de cannelle, de girofle, de néroli, de sassafras, etc…

Les pâtes ou opiats dentifrices

Ils étaient constitués globalement des mêmes éléments que les poudres. On y ajoutait du miel, mais surtout de la glycérine et parfois du baume du Pérou ou de la gomme arabique pour créer un liant à la pâte.

Chez les Britanniques, vers 1840, les préparations dentifrices " areca nut tooth paste " étaient très en vogue. La pâte était élaborée avec des noix d’arec desséchées et pulvérisées, agrémentées de multiples façons. Cette noix est le fruit des aréquiers, sortes de palmiers d’Asie, dont l’areca catechou est à la base de certains cachous. Ce fruit a la particularité de contenir des alcaloïdes, dont l’arécaïne. Les pâtes de noix d’arec d’un goût agréable, relativement abrasives, avaient donc des propriétés calmantes et astringentes.

Les eaux ou élixirs dentifrices

Sans les éléments abrasifs on y retrouvait souvent les mêmes constituants que les poudres dentifrices. On en mettait quelques gouttes sur la brosse sèche ou mélangés à de l’eau en bain de bouche. Ils facilitaient l’action de la brosse avec présence d’éléments astringents et antiseptiques, richement aromatisés de différentes combinaisons, la plupart très fortement alcoolisés.

Pour certains les élixirs étaient recommandés à chaque brossage journalier, tandis que la poudre ou les pâtes une à deux fois par semaine seulement.

Les savons dentifrices

Au début ce ne seront que des pâtes dentifrices améliorées avec du savon, à consistance dure. En se démocratisant, ils s’imposeront en fin de siècle au même titre que les tubes de pâtes dentifrices.

Etui d’hygiène dentaire de voyage.
Paris c. 1810.

Au centre, une boite en argent
pour poudre dentifrice.

A côté un flacon à élixir

Présentation de quelques boites à dentifrice

Nous avons choisi parmi les nombreuses boites à dentifrice (en majorité de la première moitié du 19ème) de l’ensemble qui était exposé, les pièces les plus marquantes :

Deux boites françaises à poudre. L’une rouge, en bois peint, autour de 1830 avec impression à la poudre d’or, l’autre noire, en papier mâché, autour de 1850 avec l’inscription de A.Bailly, dentiste à Blois. En plus de leurs soins les dentistes vendaient des remèdes, des brosses et des dentifrices.

Boite en bois. c.1830.

Boite en "papier mâché"
c.1850.

    

Boites à dentifrice en faïence. Grande Bretagne milieu 19ème.

Une série de dix boites rondes, d’origine anglaise, en faïence avec leurs couvercles très décoratifs, remarquables, imprimés avant le glasage final des pièces. Elles étaient le plus souvent garnies d’Areca nut tooth paste ou de Cherry tooth paste et scellées par une bande de papier imprimée collée tout autour du couvercle.

Celle représentant l’effigie de la jeune reine Victoria a été obtenue par le passage de trois impressions différentes, plus une dorure. Les personnalités de la famille royale étaient déjà très commercialisées !

    

Plus rares deux autres boites, carrée et rectangulaire, pour White rose tooth paste et Pearline tooth paste.

      

Plus tardifs, une boite à poudre dentifrice de Botot, française en porcelaine, et un flacon n°2 de la célèbre " Eau de Botot ". Des années 1890 un flacon d’eau dentifrice du Docteur Pierre avec son étui protecteur en bois de poirier.

    

De la même époque une boite du savon dentifrice Dentol.

    

Pour terminer, un peu hors sujet, une série de toutes petites boites à dent ou à couronne, très joliment finies, marquées aux noms et qualités des praticiens (vers 1900). On savait déjà communiquer !

Bibliographie

      Austen, Ph, H.et Harris.Ch.A. - Traité théorique et pratique de l’Art du Dentiste. Paris 1884. J.B. Baillière et fils.
Des dents et des hommes. Plaquette de l’exposition au couvent des Cordeliers, à Paris 1992.
Benion, E. - Dental antique instrumentation. Sotheby’s publications. London 1989.

 
     

 

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