Reconstitution d’un cabinet dentaire 1875

Au cours du congrès des 13èmes Journées Dentaires Internationales de Nice, l’ASPAD présenta la reconstitution d’un cabinet dentaire 1875, encore tout équipé au gaz, avant l’arrivée de l’électricité.

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Reconstitution d’un cabinet 1875

Il est constitué d’un fauteuil d’Owen 1870 (3ème type) avec son repose pieds.

Ce fauteuil en noyer imitation acajou, est la deuxième adaptation de la maison Ash de Londres d’un modèle de 1859 produit alors par Betjemann.

Tout le mécanisme de levage, inclus dans le dossier, est activé par une manivelle et un système de poulies tracté par une courroie en nerf de bœuf. C’est l’assise et les accoudoirs qui en se déplaçant ajustent le fauteuil à la taille du patient, sa tête se trouvant alors toujours à la même hauteur pour le praticien. La têtière à crémaillère permet un ajustage antéro postérieur.

D’une remarquable ébénisterie victorienne avec ses pattes de lion, le fauteuil présenté avec son système de bascule complète est exceptionnel. Estampillé Weir, il est recouvert d’un velours d’époque 1900. Il fut opérationnel jusque dans les années 1940 aux alentours de Châteauroux.

Le fauteuil d’Owen 1870
(3ème type)

Crachoir de Butler
sur son support

Sur le coté gauche est montée une potence porte crachoir à support articulé avec un crachoir de Butler, mobile à réservoir, en laiton nickelé : le modèle " riche " de la maison Créange de Paris.

La source principale d’éclairage est naturellement la lumière du jour de la fenêtre. Deux appliques d’éclairage au gaz à combustion renforcée viennent compléter la lumière d’ambiance. Sur un support latéral ajustable est fixé un réflecteur de Telschow, alimenté au gaz avec un manchon illuminateur et une optique de focalisation. Cet éclairage puissant en 1883 fournissait en bouche l’équivalent d’une lampe de 40 W ! Après les essais sans grand succès de certains systèmes comme le projecteur buccal de Steven ou le stomatoscope de Grohnwald, Telschow, de Berlin, apportait une réelle solution d’éclairage au travail en bouche.

Réflecteur à gaz de Telschow

Tablette d’Allan
sur son bras articulé

 Tiroir porte fraises de la tablette d’Allan

Devant le fauteuil, sous le réflecteur de Telschow, on trouve un autre bras articulé ajustable, avec sa décoration florale d'origine, qui soutient une tablette d’Allan (Ash de Londres). Cette tablette porte instruments en noyer est tournante, avec ses quatre tiroirs et son porte fraises. Ensemble d’une remarquable ergonomie.

Le tour dentaire à pédale présenté est de 1880, c’est un modèle encore à fourche fixe, avec transmission à flexible, perfectionnements du modèle de Morisson qui dés 1871 révolutionna les techniques opératoires en bouche. Un autre tour de cabinet à pédale avec son plateau à tiroirs et couvercle en acajou de Bornéo était destiné à polir et à modifier les prothèses en ivoire d’hippopotame et vulcanite, ainsi qu’à l’ajustage de certaines dents en céramique. Le système d’entraînement est constitué d’un très long et fin ressort métallique donnant au tour une excellente souplesse de travail et une bonne force motrice.

Tour à pédale de Morisson pour travail en bouche.  Tour à pédale de cabinet pour adaptations prothétiques.

Meuble de cabinet
type Archer

N’oublions pas le très classique meuble de type Archer de l’époque : Le volume de plus en plus important d’instruments et la sédentarisation des praticiens les obligeant à adopter des meubles de rangement spécifiques à l’exercice dentaire. Le meuble exposé est d’origine anglaise, en noyer d’une très belle finition, probablement 1890. Il équipa un cabinet lillois jusqu’en 1950.

Remarquons dans un coin du cabinet un thermos à eau chaude de grande capacité et sur une console une étuve à chaleur sèche (c.1886), pour l’asepsie instrumentale, toute en cuivre à chauffage à alcool. Elle fonctionna dans un cabinet dentaire de Carpentras jusqu’en 1914.

Etuve à chaleur sèche pour asepsie

Appareils pour anesthésies

Pour mémoire sont présentés trois systèmes d’anesthésie générale : Un masque pour l’application du chloroforme avec sa pince à langue, un modèle destiné au Somnoforme avec sa vessie de porc, et un appareil d’Ombrédanne pour l’éther (plus tardif ).

Ce cabinet reflète tout à fait les changements professionnels de l’époque. Les dentistes sont maintenant fixés dans leurs cabinets avec un mobilier adapté à leur exercice : fauteuil, éclairage, tablette instrumentale, meuble de rangement. L’arrivée du tour à pédale de Morisson en 1871 est incontestablement le fait marquant de ce 19ème siècle permettant les techniques opératoires rotatives en bouche. Avec les progrès de l’anesthésie et de l’asepsie, c’est une période charnière de la profession dentaire avant d’aborder l’électricité et le 20ème siècle.

bibliographie

Catalogues dentaires Ash 1865, 1887, 1903
Catalogue dentaire S.S.White 1876.
Le Progrès Dentaire 1876, 1878, 1880.
Rousseau Claude. La saga du fauteuil dentaire. CDF du n°346 14/10/1986 au n°372 12/03/1987.
Rousseau Claude. Histoire de l’aménagement opératoire du cabinet dentaire, chapitres 7 à 9 :
       - Le cabinet dentaire de Green V. BLACK. 1860-1870.
- James Beall MORISSON. 1870-1880.
- Le cabinet du Dr Laird W. NEVIUS 1870-1880.
Disponibles en ligne sur le site Web de la SFHAD (Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire) http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhad/

 
     

 

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