Une collection d'articulateurs
 
HISTORIQUE

C'est à la fin du 18ème que les dentistes commencèrent à prendre des empreintes en vue de réaliser en leurs laboratoires des prothèses dentaires. Tout naturellement se posa le problème des dents antagonistes. Un nouveau concept de la gestion de l'occlusion s'imposa. Le fait de prendre une empreinte de la partie antagoniste pour réaliser un modèle positif destiné uniquement à reproduire les rapports de contacts des deux maxillaires n'est pas en réalité un concept évident.

Il fallait trouver aussi un moyen de faire coïncider les empreintes des deux maxillaires avec un repositionnement facile à retrouver après un premier positionnement. C'est probablement Jean Baptiste Gariot (1761-1835) qui donna une première solution, une reproduction des relations statiques inter-arcades, avec une première clef de blocage articulaire, un articulateur tout en plâtre, dans son « Traité des maladies de la bouche » de 1805.

Ces occluseurs statiques seront rapidement remplacés par des appareillages métalliques avec le principe de la charnière à simple ouverture permettant de séparer, d'ouvrir les rapports de contacts des maxillaires et de retrouver, en refermant, une position initiale. Rapidement ces simples « snake killer» comme ils étaient nommés aux USA vont évoluer avec la possibilité de simuler différents mouvement masticatoires, des mouvements de latéralité et de propulsion avec l'apparition d'une nouvelle spécialité l'occlusodontie et ses traitements avec l'occlusodontologie.

De très très nombreux occluseurs et articulateurs vont alors être produits quasiment pendant deux siècles, tous aussi ingénieux les uns que les autres, prouvant la prodigieuse inventivité de la profession. C'est avec les travaux de W.Bonwill qu'apparait en 1864 le premier articulateur cherchant à reproduire les mouvements masticatoires. Aux USA la classification des malocclusions de l'orthodontiste Angle en 1898 va permettre l'émergence de la « Gnathologie américaine ». Dés 1920 les grandes bases de la gnathologie étaient reconnues : angle de Bennett, angle de l'éminence, triangle de Bonwill, pente condylienne, inclinaison du trajet incisif. Durant tout le XXème siècle différentes théories gnathologiques vont s'affronter avec l'apparition d'articulateurs sophistiqués. Les universités vont promouvoir cette spécialité en soutenant certains enseignants prestigieux qui dans leurs lutes perdront parfois le sens des réalités. La complexité des théories gnathologiques, pas toujours basées sur des réalités cliniques, ni même sur les connaissances des enseignants, en ont fait une spécialité d'applications parfois peu réalistes. On s'est trompé de direction.

En effet la profession s'est alors plus préoccupée des signes des malocclusions et de leur classification que de rechercher les causes et les traitements associés des désordres occlusaux. Une réelle crise de doute en la gnathologie de la profession dans les années 1995, entraina un net recul de l'enseignement de l'occlusion dans les universités. Si un grand tri et un grand ménage des théories, des enseignants, des articulateurs étaient certainement à faire, il fallait pourtant garder un certain enseignement de la mécanique physiologique manducatrice, de l'occlusodontie indispensable à un exercice quotidien de la dentisterie. De plus sans articulateur pas de reconstruction prothétique. Sans rentrer dans l'historique complexe de la gnathologie retenons, entre autres, quelques noms qui sont à la base de notre exercice quotidien et du fonctionnement de nos articulateurs : A.Gisy, B.B. McCollum, C. E.Stuart, A.G.Lauritzen, P.K.Thomas.

LA COLLECTION DE L'ASPAD

L'ASPAD dispose d'une importante collection d'occluseurs et d'articulateurs. On nous a souvent demandé de présenter cette collection. Nous ne l'avions pas encore fait car en réalité l'ASPAD n'a jamais eu assez de temps pour simplement effleurer l'étude historique et technique de tous ces appareillages. C'est en effet un très vaste domaine nécessitant en plus des connaissances approfondies de la physiologie du système masticatoire que nous n'avons pas. Nous avions sollicité à ce sujet deux spécialistes qui n'avaient pas suffisamment de disponibilité pour une étude historique complexe de cette discipline. Ce n'est d'ailleurs peut être pas un hasard si la littérature sur cette étude historique est très réduite. Pourtant elle mériterait amplement d'être abordée car l'occlusodontie n'a pas cessé, depuis ses origines, de permettre des découvertes, de réaliser d'importants progrès, de promouvoir des théories, d'alimenter des polémiques hautes en couleur, mais surtout de produire tout un fabuleux univers d'une instrumentation d'une richesse fantastique d'ingéniosité et d'inventivité.

Nos avons organisé cette présentation en demandant beaucoup d'indulgence. Nous avons essayé de respecter une approche chronologique pas toujours évidente : nous utilisons tous les jours des occluseurs simples inventés il y a 150 ans ! Encore une chose importante à souligner : cette présentation n'est que le reflet d'une toute petite partie de la formidable production, difficilement imaginable, de deux siècles de simulateurs de mouvements masticatoires.

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Occluseurs ultra simples type « snake killer » et le même
avec ressorts libérateurs de mouvement.

Types d'occluseurs classiques très utilisés dés 1865.

Astucieux occluseur Leone à ajustage antérieur.

Occluseurs type universels de Graham et Wood ca. 1880.

Occluseur simple animé d'un
fort ressort de latéralité,
bronze.ca.1900.

Grand classique, petit occluseur par Emil Huber.

Occluseurs par Hanau pour double enregistrement d'occlusion, une centrée
et l'autre latéralisée. Idée géniale mais de résultats décevants.

Classique occluseur bronze.

Différents occluseurs équipés de ressorts libérant les latéralités.

Articulateur universel activé par lame de rappel. Bronze.

Astucieux occluseur sans usage de plâtre pour mise en fonction.

Autre articulateur sans plâtre, sans tige guide, à dégagement antérieur.

Petit occluseur simple en bronze. Ca. 1900.

Différentes versions d'un grand classique :
Articulateur le «Gysi Simplex». Succès considérable,
très utilisé pendant plus de 30 ans.
En réalité Il fit suite en 1924 à l'Articulateur Gysi
adaptable, trop complexe d'utilisation.

Articulateur à correction antéropostérieure. Bronze.

Type d'articulateur apparenté au Gysi Simplex.

Petit occluseur adaptable pour correction sans remise en plâtre

Occluseurs, type Davidson, avec repositionnement sans usage de plâtre.

Articulateur conteneur de hauteur
articulaire pour rebasage.

Fantastique occluseur à rotule
complètement corrigible,
sans usage de plâtre.

Le célèbre Dentatus de Hanau : très utilisé dans les années 1970.
Solide, fiable, un peu lourd de manipulation.

Le Quick de Fagmatic des années 1990.
Bien apprécié pour sa maniabilité.

Table de mise en articulateur type modèle de Marguerite.ca.1930
avec son arc facial et sa sphère d'orientation occlusale.

Table de mise en articulateur et articulateur Rationnal avec ses accessoires.

Articulateur TMJ et ses accessoires. Apparenté à l'articulateur de C.E.Stuart. Articulateur de précision des années 1975-1985.

Ensemble d'appareillages pour étude occlusale avec l'articulateur de C.E.Stuart, inspiré par B.B.MacCollum, et promu notamment par P.K.Thomas. C'est la « Rolls» de la gnathologie des années 1965-1980 ! Cet ensemble complet est le reflet de toute une gnathologie présentée comme une spécialité. Les pièces sont d'une exceptionnelle qualité garantissant une remarquable précision. D'un emploi complexe, les résultats n'étaient pas toujours à la hauteur des difficultés de manipulation. C'était surtout un excellent ensemble de diagnostic et d'étude. Cet appareillage coutait autour de 40 000 $, une petite fortune.

Articulateur de la Whip Mix Corporation : « le Whip Mix » que les étudiants possédaient lors de leurs études et qu'ils gardaient volontiers pour leur exercice habituel. Excellent outil d'enseignement et d'élaboration prothétique par son adaptabilité et sa facilité d'emploi. Très utilisé pendant les années 1970 et 1980 avec le soutien de P.K.Thomas.

Le petit articulateur Atomic, par Hager & Werken, avec ses différentes versions et ses accessoires simplifiés. Toujours utilisés dans les années 2010 depuis plus de trente ans. Simplicité merci.

Le « Denar Slidematic System » avec son remarquable articulateur « Gnathomatic DG 100 ». Pièce exceptionnelle d'adaptabilité, de précision et de finition avec un réel souci de réalisation pratique relayé par un système d'arc facial simplifié et efficace bien apprécié des laboratoires : le « Denar Slidematic Facebow » ancienne et nouvelle version. Tous les utilisateurs du Gnathomatic ont vécu des moments de rare qualité et de réels plaisirs de travail. Cet ensemble gnathologique avec tous ses accessoires fut le fleuron, dés les années 1980-90, de la Denar Company qui continuera par une production innovante et de grande qualité spécialisée dans l'occlusodontie.

Articulateur Artex et son arc facial de la Baumann Dental Company.

Arc facial poly-adaptable de chez Almore Company avec sa plaque de montage.
Système promu par Arne G.Lauritzen autour des années 1970.

CONCLUSION

Comme prévu c'est un très vaste domaine qui mériterait vraiment une étude approfondie. Naturellement notre collection reste à la disposition des historiens ou spécialistes de l'occlusodontie. On est quand même stupéfait par l'ingéniosité, la qualité, la complexité de certaines pièces destinées à reproduire des mouvements physiologiques humains. On est probablement arrivés à des extrêmes ou les améliorations sont difficilement gérables, mais les progrès sur la physiologie manducatrice seront solutionnés de mieux en mieux par tout l'arsenal de l'informatique médicale.

DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE DE L'ASPAD

     

 

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