Ornementations dentaires chez les Mayas
 
Highslide JS Dentition de crane Maya, ca 900 ap.JC. Ornementations en jade et obsidienne. Mutilations incisales.

Doc. du l Antropologia Mexico. MNAM Institut National d’Anthropologie
et d’Histoire du Mexique

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Les hasards des voyages nous ont fait découvrir une très intéressante exposition temporaire en 2000 « Odontologίa prehispànica » au fabuleux Musée National d’Anthropologie de Mexico, dépendant de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique. Quelques photos complémentaires furent prises par un confrère italien au Musée de la Facultad de Odontologia de l’Universitad National Autonomia de Mexico. L’ASPAD présente d’habitude ses collections ou d’autres provenant de collectionneurs ou de Musées, avec l’aide de documents externes nous avons fait le choix un peu exceptionnel d’exposer ce sujet qui nous a vraiment impressionné par la qualité des réalisations de nos confrères mayas.

Il ne s’agit que d’un simple éclairage sur ce sujet. Notre but est simplement de présenter et faire connaitre ces réalisations. On pourra éventuellement se reporter vers d’autres sources car le sujet est très documenté chez les anthropologues.

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Crane Maya trouvé à Xochitécatl Tlaxcala. 650-900 ap.JC
Incrustation de jade et obsidienne. MNAM

 

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Crane Maya avec ornementations différentes sur
les quatre incisives : obsidienne, jade et turquoise. MNAM

 

LES MAYAS

Resituons brièvement les Mayas. Ce sont des amérindiens précolombiens. Ils ont occupé le sud du Mexique actuel, la presqu’ile du Yucatan, le Belize, le Guatemala et l’Honduras. Civilisation très avancée en de nombreux domaines, de 2600 av.JC à 1500 ap.JC, avec son apogée exceptionnelle du 3ème au 9ème siècle ap.JC. Un déclin progressif à partir de l’an mille leur fera céder la place au Toltèques, plus tard remplacés par les Aztèques. Plusieurs causes sont évoquées pour l’effondrement d’une telle civilisation sans vraiment de preuves: probablement un problème de démographie, avec sécheresse et famine, catastrophes écologiques, lutes politiques internes, guerres de voisinage. Les Mayas nous ont cependant laissés de très nombreux restes archéologiques, notamment des remarquables sites avec pyramides, relativement bien redécouverts malgré une destruction massive de documents mayas et aztèques par les envahisseurs espagnols de Cortes en 1521.

Crane Maya avec incrustations en turquoise en haut, en jade en bas. MNAM

Highslide JS Highslide JS Crane avec pathologie d’un bec de lièvre
associé à des dents surnuméraires. MNAM

 

LES ORNEMENTATIONS DENTAIRES

De nombreux cranes avec des dents ornementées d’incrustations lapidaires circulaires sont parvenues aux anthropologues de plusieurs régions et d’époques différents de la civilisation Maya. Il s’agit bien d’une manifestation typiquement maya dont on ne connaît aucun texte, aucune description si ce n’est que le résultat, sachant qu’à d’autres époques d’autres civilisations, ailleurs dans le monde, ont exécutés des rites semblables. Cet ensemble de dentitions d’amérindiens issu des collections de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique a fait l’objet d’études approfondies, connaissant les techniques mayas, permettant d’émettre de solides suppositions quant à leurs réalisations.

Il semblerait que ces ornementations ne soient pas particulièrement destinées à un groupe social déterminé, ni particulièrement plus à des hommes qu’à des femmes. Les buts de ces incrustations devaient être rituels, religieux et esthétiques, avec peut être recherche d’un pouvoir protecteur de talisman contre les mauvais esprits. Mais incontestablement ces incrustations devaient demander un certain courage, nécessitaient beaucoup de temps pour leur réalisation par des spécialistes, la fourniture de pierres précieuses, donc destinées à certains membres choisis.

LES INCRUSTATIONS

Les incrustations lapidaires ont été exécutées en grande majorité sur les faces vestibulaires des incisives et canines supérieures, rarement sur les dents du bas et exceptionnellement sur des prémolaires. Leurs symétries et la qualité des pierres incrustées privilégient incontestablement une fonction esthétique. Elles sont circulaires de 3 à 4 mm de diamètre avec une épaisseur de 1 à 3.5 mm. On retrouve comme pierres ornementales l’hématite, noire à rouge, le jade et jadéite, vert clair à bleu gris vert, les pyrites, les turquoises, pierres bleu vert, l’obsidienne, grise à noir, le cinabre, rouge cannelle à écarlate, magique pour les Mayas.

Highslide JS Civilisation Maya. Quatre belles incisives avec trois incrustations lapidaires : obsidienne, jade et turquoise. Une cavité vide de son ornementation. MNAM

 

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Beaux exemples d’ornementations en jade incrustées au
ras de l’émail ou à débordement rabattu. MNAM

 

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Mandibule maya avec incrustations en jade et gravure
décorative, post mortem. Ile de Jaïna en Campeche.
MFOAM MNAM.

 

PRÉPARATIONS DES CAVITÉS
Aucun instrument dentaire n’a été retrouvé. Les préparations des cavités pour incrustations, parfaitement rondes, ont très probablement été exécutées à l’aide de porte-forets à arc ou porte-forets à va et vient, entrainés par enroulement déroulement d’un cordon sur l’axe avec volant d’inertie, équipés de pointes en basalte ou silex. Un premier trou central de perçage devait être pratiqué. Ces forets, pointes pleines ou creuses (peut être en cuivre) activaient des poudres de silex ou de quartz pour user l’émail et la dentine (se reporter aux déductions de Mata 1995). La précision des cavités, leur remarquable symétrie, nous oblige à envisager des bandeaux guides de perforations des forets sans doute en cuir. D’une manière générale les ajustages des pierres à incruster dans les cavités, réalisés par taille et usure de finition, étaient exceptionnellement précis assumant déjà une bonne rétention, condition obligatoire pour persister en bouche. Cependant un produit de comblement à base de calcium et phosphate de silicium a été analysé au niveau de certains inlays lapidaires, de même qu’une résine à base de sèves d’orchidée relativement collante servant sans doute de liant dans d’autres cas.

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Technique maya très probable de préparation
dentaire avec porte-forets,
d’après Mata 1995. MNAM

 

Highslide JS Classification
des mutilations dentaires

d’après Javier Romero. MNAM

 

Mutilations dentaires sur crane Aztèque, valle Mexico.

MFOAM MNAM

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Mutilations dentaires sur cranes Zapotèques.
200-600 ap.JC. Musée Monte Alban.

 

Offrande au temple de Quetzalcoatl. Pièces d’un important collier avec imitations de dents par coquillages. Période Miccaolli. MNAM Highslide JS

Les anthropologues ont naturellement radiographié les dents et cranes et n’ont pratiquement pas constaté de réactions apicales, pas d’atteinte pulpaires importantes (rares exceptions). Cependant de nombreuses rétractions pulpaires confirment que ces incrustations avaient bien été effectuées ante mortem et non pas post mortem comme l’on supposé certains chercheurs.s.

Notons aussi des cas de mutilations avec différentes tailles et entailles selon les localisations et les époques. Bien plus faciles à réaliser de nombreuses mutilations dentaires de toutes sortes ont été, et sont toujours, pratiquées par de nombreuses ethnies aux quatre coins du monde. Chez les Mayas elles étaient parfois associées à des incrustations lapidaires.

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Exceptionnel crane aztèque recouvert d’une mosaïque de jade. MNAM

 

Highslide JS Crane Maya d’un enfant de quatre ans avec déformation d’allongement volontaire dés la naissance. 100-850 ap.JC. MNAM

 

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Déformations crâniennes volontaires en allongement, typiques de certains
cranes de la civilisation Maya. El Zapotal (Veracruz). MNAM

 

Crane Maya avec des cavités dentaires vestibulaires déshabitées de leurs incrustations. Des ornementations avaient été prévues en grand nombre : haut et bas en incluant certaines prémolaires. Doc web MNAM.

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CONCLUSION

A l’observation de tous ces travaux exécutés en bouche on est quand même complètement stupéfait par l’habileté des dentistes mayas mais surtout par la qualité des réalisations et des remarquables résultats esthétiques. Ceci d’autant plus que les dentistes que nous sommes connaissons la difficulté de ces travaux. On est vraiment en admiration devant ces exceptionnelles incrustations lapidaires réalisées grâce à l’incroyable dextérité des odontologistes mayas qui participent de cette manière à la pérennité des civilisations amérindiennes précolombiennes.

DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE DE L’ASPAD ET D’UN CONFRÈRE ITALIEN.
QUELQUES CLICHÉS PROVIENNENT DU SITE WEB DE INAHM, AVEC NOS REMERCIEMENTS.

Intéressant présentoir dentaire pour différents modèles de réalisations disponibles en cabinet et à la mode dans les années 1930 au Mexique. Simplement d’autres ornementations dentaires ! Un éternel recommencement.

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