Les débuts des stérilisateurs en art dentaire
 
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L’ASPAD présente avec ses collections quelques pièces relatives aux débuts de l’asepsie et de l’antisepsie en Art Dentaire pour illustrer le sujet. En réalité les dentistes n’ont fait que suivre les préconisations médicales contemporaines adaptées aux progrès scientifiques. Il est certain qu’à ses débuts l’asepsie, comme en chirurgie, fut difficile et lourde à accepter et à mettre en place. L’instrumentation dentaire importante n’était pas adaptée aux traitements thermiques et chimiques. On pouvait considérer que le peu de conséquences des actes opératoires en milieu septique du travail en bouche n’encourageait pas à revoir complètement son exercice. On pensait et constatait qu’en bouche tout ne se passait pas si mal sans se charger des conditions d’asepsie, sans se compliquer l’exercice par des protocoles d’asepsie. Dame Nature faisait bien les choses. Praticiens et lecteurs des années 2010 ne sourions pas trop, que penseront nos successeurs début 22ème siècle de nos matériels, protocoles et techniques actuels ?

UN PEU D’HISTOIRE

Ignace Philippe Semmelweis (1818-1865) est né à Budapest en Hongrie. Il commence des études de médecine à Vienne en 1838. En 1844 il se spécialise en obstétrique pratique, étudiant plus spécialement les méthodes de diagnostics et les statistiques, ce qui allait être déterminant pour ses découvertes. En 1846 il est chef de clinique au premier service d’obstétrique de l’hôpital général de Vienne.

Or il y a un problème majeur dans ce service avec une importante mortalité maternelle et néonatale due à la fièvre puerpérale avec un taux de 18% en 1847. (Ce service est devenu la hantise des parturientes de Vienne qui évitent de s’y rendre pour aller accoucher). Lorsque dans l’autre service d’obstétrique du même hôpital on n’a que 3% de mortalité.

Semmelweis stupéfait par ce taux catastrophique étudie toutes les hypothèses. Il remarque entre autres que ce dernier service est destiné à la formation des sages femmes tandis que le sien est destiné à la formation des médecins qui ont aussi accès aux salles de dissections cadavériques dans ce même hôpital. Or cette même année 1847, on constate le décès d’un professeur d’anatomie d’une fièvre puerpérale suite à une blessure accidentelle de scalpel. Semmelweis fait immédiatement le rapprochement entre fièvre puerpérale et contamination cadavérique. En conclusion ce sont les enseignants et les étudiants qui depuis les salles d’autopsies rapportent sur leurs mains des « particules de contamination » aux accouchées qu’ils soignent ensuite. A l’époque la théorie des maladies microbiennes n’a pas encore été formulée, mais Semmelweis en déduit que c’est une substance cadavérique inconnue qui cause la fièvre puerpérale.

Dés 1847 il préconise l’emploi d’une solution d’hypochlorite de calcium pour le lavage des mains avant l’examen des accouchées. La mortalité chute de suite de 18% à 2.4%, puis il impose ce lavage à l’ensemble des examens avec encore une chute à 1,3%. Avec ces résultats cependant une bonne partie des chirurgiens viennois réfutent ses conclusions.

Malgré une telle observation, une telle découverte, Semmelweis refuse de communiquer officiellement sa méthode aux médecins de Vienne. Il n’est que Hongrois et on lui fait souvent sentir qu’il n’est pas Autrichien. Les relations avec ses confrères ne sont pas toujours des plus faciles. Semmelweis en effet est d’un caractère spécial, d’une humeur changeante, avec un relationnel délicat. C’est donc son ami Ferdinand von Hebra qui dés 1847 expliquera par deux articles l’étiologie de la fièvre puerpérale en recommandant l’usage de l’hypochlorite de calcium comme méthode préventive.

Malgré le soutien de certains confrères convaincus, le message passe très difficilement. En effet le protocole du lavage de mains dure cinq minutes et utilise des solutions chlorées assez irritantes. De plus il n’est pas facile de reconnaitre que ce sont eux-mêmes, les médecins, qui transmettent la maladie.

En 1848 Semmelweis étend l’usage de son protocole en faisant nettoyer tous les instruments et grâce aux statistiques il prouve qu’il a presque éliminé la fièvre puerpérale à l’hôpital. En 1850 il présente lui-même ses découvertes aux médecins de Vienne avec une communication « Sur l’origine de la fièvre puerpérale ». De 1851 à 1857 il retourne à Budapest pour diriger une maternité et faire reconnaitre ses méthodes. En 1861 il publie un imposant ouvrage répondant à toutes les invectives de ses détracteurs viennois. Il décède en 1865 des suites d’une maladie d’Alzheimer.

Semmelweis tire de ses observations la conclusion que la fièvre puerpérale a un agent unique. Cette idée ouvre la voie à l’hypothèse microbienne. C’est seulement après la mort de Semmelweis qu’est élaborée la théorie des maladies microbiennes. On voit en lui un pionnier des mesures antiseptiques et de préventions des infections nosocomiales.

PASTEUR ET LISTER

De 1859 à 1876, notamment, les travaux de Louis Pasteur (1822-1895) sont déterminants pour expliquer et prouver l’hypothèse sur la germination, la fermentation, l’inexistence de la génération spontanée et les maladies microbiennes. Après avoir eu connaissance des travaux de Pasteur le chirurgien britannique Joseph Lister (1827-1912) est convaincu que les infections postopératoires sont dues aussi à des organismes microscopiques. Lister lave alors ses plaies à l’eau phéniquée et ses blessures au phénol. Lister publie sa thèse et sa méthode en 1867 en les rattachant explicitement aux travaux de Pasteur. L’antisepsie listérienne, qui triomphera rapidement, fait partie de la théorie microbienne.

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Intervention chirurgicale avec le nébulisateur de Lister et
autre chirurgie sous vaporisation de phénol du champ
opératoire par l’appareil de Lucas-Championnière. 1868 1870.

Lister vaporise de l’acide phénique dans l’air, sur le champ opératoire pendant les interventions avec efficacité sur les plaies superficielles, les mains des opérateurs, les tissus, l’air ambiant. Mais quand il faut opérer en profondeur c’est peu efficace et l’acide phénique, le phénol, est assez corrosif pour les opérateurs et le patient. On cherche donc bientôt à prévenir l’infection, c’est l’asepsie, plutôt qu’à la combattre, c’est l’antisepsie. Pasteur est de ceux qui cherchent à dépasser l’antisepsie par l’asepsie. L’usage du phénol avait été préconisé dés 1863 par le pharmacien Jules Lemaire alors sans être suivi. En 1868, Just Lucas-Championnière (1843-1913) étudiant en médecine français ayant connaissance des travaux de Lister se rend à Glasgow pour suivre sa méthode et devenir un ardent défenseur de l’antisepsie de Lister. Il publie en 1869 le premier article en français sur les vertus de l’antisepsie, soutenu en 1875 par un «Manuel de chirurgie antiseptique ».

On lui doit le pulvérisateur de Lucas-Championnière , appareil qui en France sera utilisé dans de nombreuses salles de chirurgie pour nébuliser les vapeurs de phénol préconisées par Lister.

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Pulvérisateur de Lucas-Championnière par Collin à Paris, complet avec sa sacoche de
transport, son bruleur à alcool, ses deux becs de vaporisation, son récipient à phénol.
Grand modèle pour les hôpitaux avec une autonomie de quatre heures de pulvérisation
ca 1880.

 

Highslide JS Exceptionnelle photo d’une intervention chirurgicale sous spray d’acide phénique produit par un vaporisateur de Lucas-Championnière (modèle présenté ci-dessus) ca 1875. On remarquera la tenue en jaquette des chirurgiens avec cependant des manches relevées !

Puis la vaporisation d’acide phénique, avec ses inconvénients, est abandonnée au profit des moyens thermiques pour tuer les microbes que l’on commence à voir et à reconnaitre.

Etuve de fermentation avec circuit d’air chauffé ou stérilisateur à air chaud avec son bruleur à alcool. Ca 1890 Cornelsen revendeur à Paris.

Highslide JS Highslide JS Stérilisateur à air chaud, système Soulard, par G. Creuzan, fabricant d’instruments chirurgicaux à Bordeaux. Ca.1900. Chauffage à alcool, mais de préférence au gaz, avec son thermomètre de précision.

 

Quelques dates clefs pour les débuts des premiers stérilisateurs
  • En 1881, premières stérilisations par ébullition de l’eau, procédé facile mais pas toujours assez efficace..

  • En 1885, stérilisation par la vapeur d’eau, Ernst von Bergmann, relayé en 1886 1889 par les travaux de William Stuart Halsted aux USA.

  • En 1888, premières utilisations du Poupinel, inventé dés 1885, pour stérilisation à la vapeur sèche.

  • En 1888, premier autoclave à vapeur d’eau sous hautes pressions et hautes températures 120° et plus, par Redard, Teraillon et Terrier. Nombreux équipements hospitaliers.

  • En 1896, le Dr Joseph Bloodgood propose les premiers vrais gants chirurgicaux en caoutchouc comme moyen antiseptique.

Puis le nouveau siècle verra de nouvelles techniques de stérilisation avec de nombreux appareillages de plus en plus efficaces et sécurisés.

Petit appoint de stérilisation par ébullition au gaz pour cabinet dentaire. Ash&sons ca. 1900.

Highslide JS Highslide JS Petit nécessaire transportable de recours pour flambage occasionnel à l’alcool ca. 1920.

 

Petit stérilisateur à eau bouillante ou air sec pour instrumentation manuelle dentaire  « à la demande » pour un passage juste avant utilisation! Ash&sons 1908. Alimentation gaz ou électricité.

Highslide JS Highslide JS Cloche d’ambiance stérile pour instrumentation canalaire dentaire entretenue par des comprimés d’aldéhyde formique.

 

Seringue pour anesthésie dentaire baignant dans son flacon d’alcool. Ce flacon porte seringue trôna dans tous les cabinets dentaires de 1905 à 1955 .Les aiguilles non jetables n’étaient changées que lorsqu’elles ne piquaient plus ! La seringue était rincée avec l’aiguille par aspiration dans l’alcool avant d’être remplie d’anesthésique. L’arrivée des carpules anesthésiques changea rapidement les habitudes.

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Le Poupinel. Stérilisateur du Dr Gaston Poupinel 1885 avec une commercialisation 1888. Stérilisateur à air sec, ici modèle de la Société Française de Fabrication Dentaire ca. 1920. Le Poupinel a équipé tous les cabinets dentaires de 1900 à 1980. La chauffe électrique était de 160° pendant deux heures ou 170° pendant une heure. Les instruments tranchants étaient rapidement brulés à ces traitements.

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Meuble dentaire des établissements Gallus avec un Poupinel incorporé.1960 1970.

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Remarquons cependant, malgré la découverte de très nombreux nouveaux micro-organismes comme certains virus et prions, le principe d’une stérilisation sous vapeur d’eau à haute pression et température de 125 ° reste toujours le procédé de choix préconisé en odontologie en ce début du 21ème siècle.

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