Visite du Département odontologique
de la Wellcome Collection
au Science Museum de Londres

Il est inutile de présenter le Science Museum de Londres, institution muséographique internationale, inutile aussi de présenter la Wellcome Collection qui est probablement la plus importante et la plus riche collection médicale mondiale. Une partie de la Wellcome Collection occupe les deux étages supérieurs du Science Museum situé dans le quartier de Kensington.

Le Science Museum avec ses exceptionnelles collections bénéficie aussi d’une muséographie de très grande qualité. De peur d’être capté par l’intérêt d’autres collections scientifiques, nous monterons directement aux étages réservés à la Wellcome Collection ou l’histoire de la médecine universelle à travers les siècles est remarquablement bien présentée : Toutes les civilisations et toutes les époques sont abordées et très bien expliquées. Nous visiterons plus spécifiquement ce qui concerne l’odontologie.

PRĒSENTATION HISTORIQUE AVANT 1800

(cliquer sur les vignettes pour les agrandir)

Fac simile de prothèses et d’attelles en or étrusques
Etui à instruments pour extractions 17ème
Pélicans et tiretoire 16ème et 17ème
Rustique nécessaire à extractions 19ème Bois sculptés 16ème :
A gauche :Martyre de Ste Apolline, France.
A droite : Dentiste et chirurgien, Allemagne.

Bel ensemble renaissance pour hygiène buccale

Enseigne de dentiste chinois Nécessaire à dents 16ème

Deux vitrines exposent des instruments à extractions exceptionnels datant du 16ème au 18ème.

Rares pélicans

 

 

Elévatoires et tiretoires


 

 

 

 



Pélicans à branches adaptables




Remarquables
daviers

Dans une autre vitrine la célèbre gravure satirique de Thomas Rowlandson mettant en valeur les nouveaux dentiers en céramique importés par Nicolas Dubois de Chémant à Londres.

Thomas Rowlandson, fin 18ème Prothèses en ivoire, Angleterre, ca.1795

Ces deux prothèses haut et bas, articulables, sont d’une rare qualité d’exécution. Leur présentoir en porcelaine est décoré avec le motif des plumes du Prince de Galles. Cet occluseur est appelé présentoir de Ruspini. Bartolomeo Ruspini (1728-1813) avait reçu sa formation de dentiste en France. Il vint à Londres en 1766 et y soigna une clientèle choisie, dont le Prince de Galles, le futur roi George IV. Ces deux prothèses ne sont que des pièces de présentation, comme la pièce en ivoire sculptée suivante.

Bloc d’ivoire d’une seule pièce, 19ème. Brunissoirs dentaires à extrémité d’agate, Angleterre ca. 1780. Instruments argent et or du Dr Lyons, dentiste de la famille royale de Suède.
PRĒSENTATION HISTORIQUE APRĒS 1800.

Nous abordons maintenant une autre série de vitrines avec des collections plus récentes.

Coffret américain, ca. 1840

Ce magnifique coffret américain en palissandre à six plateaux d’instruments dentaires date des années 1840. Les pièces sont très travaillées à manches torsadés en nacre rehaussés de minces filets d’or avec viroles dorées et extrémités décorées d’embouts colorés.

Sur le plateau supérieur exposé on peut distinguer : Un écarte-joue, des détartreurs, deux manches porte-lime, un tiretoire, quatre clés de Garengeot dont une à noix, des élévateurs, un porte-foret avec son grand archet d’entraînement équipé de son tendeur de corde. Le plateau au-dessous (illustré dans le livre de E.Bennion) se compose de nombreux instruments à manches plus fins, mais toujours en nacre torsadés, fouloirs, spatules, détartreurs et quatre bistouris.

Tous ces instruments exécutés en acier poli finement décorés sont de très belle facture et ont été probablement produits pour des exhibitions de prestige. La forme des manches, leurs garnitures et notamment leurs viroles agressives les rendent difficilement utilisables pour un exercice confortable.

Porte-fraise Erado de G.Harrington, 1864. Mécanisme à mouvement d’horlogerie Deux daviers pour extractions perpendiculaires Maillet électromagnétique de Bonwill pour aurification ; ca.1880

 

Coffret de Savigny

Très beau coffret en palissandre de Savigny, Everill et Mason. Londres, ca.1840. Instruments en acier poli avec manches en ivoire :
Dans le tiroir inférieur activé un davier à ressort d’ouverture.
Dans le coffret, au niveau inférieur trois daviers avec miroir buccal. Sur un plateau intermédiaire instruments à détartrer, fouloirs, sonde de Ricci. Le plateau supérieur contient deux élévateurs, un davier, un sécateur dentaire, deux clés dentaires à un seul manche et leurs panetons.

Set de détartrage avec un manche en nacre et huit instruments interchangeables. Angleterre ca.1850 Deux forceps 19ème. Inde du sud Crachoir fin 17ème

Une autre vitrine est consacrée à la prothèse dentaire.

Porte-empreinte en céramique et métal doré ; ca.1840

Prothèses dentaires deuxième moitié 19ème :

Prothèse en ivoire d’hippopotame avec dents naturelles rapportées. Rare paire de prothèses en or et bois. Elles sont soutenues par deux ressorts latéraux. Au niveau antérieur des tenons étaient prévus pour y intégrer des dents naturelles, reste une canine supérieure.
Paire de prothèses à corps métallique, avec dents en céramique, équipées d’ancrages articulés pour ressorts. Prothèses complètes en vulcanite avec ressorts de sustentation.

 

Maillet de Thew

Cet imposant coffre n’est qu’un maillet chirurgical automatique électrique destiné au dégagement osseux des dents incluses. Il était fabriqué à Londres par Tools and Machinery supply. Autonome, il était alimenté par sa batterie de piles chimiques rechargeables et commandé par un interrupteur à pédale.

QUELQUES PIĒCES DE LA COLLECTION D’ĒLECTROTHERAPIE.

Au milieu du 19ème toute la profession médicale s’est intéressée aux nouvelles possibilités de l’électricité, et les dentistes tout particulièrement. La collection du musée est assez importante.

Machine magnéto-électrique
de Davis et Kidder ; 1832 (plus probablement 1854). Figure dans le catalogue dentaire de Cl.Ash de 1865.
Appareil électromagétique pour faradisation ; ca.1860. Machine pour faradisation de Duchenne, 1865.

Le Science Museum a reconstitué l’extraordinaire cabinet d’électrothérapie du Dr Alexander Bruce d’Edimbourg, complètement équipé par la maison G. Gaiffe de Paris.

Le Dr Bruce en
consultation en 1903.
Panneau central
d’alimentation.
Installation pour arsonvalisation utilisant un courant alternatif de haute fréquence. Coffret électromagnétique de Spamer, ca.1890.
Figure au catalogue dentaire 1892 de G.Poulson.
RECONSTITUTION DE DEUX CABINETS DENTAIRES

Le Science Museum a reconstitué aussi deux cabinets dentaires des années 1880 et 1930

Cabinet des années 1880.

Le dentiste exerce en redingote avec un jeune patient assis sur le fauteuil à bascule de la maison S.S.White de Philadelphie 1878. Ce fauteuil avait la particularité d’avoir un système d’élévation par manivelle assisté par un important ressort. Nous distinguons au premier plan un tour à pédale de Morrison. Sur la tablette à côté un crachoir avec carafe et verre d’eau. Notre praticien travaille sur un meuble tablette d’Owen, meuble de rangement rotatif modulable très astucieux. Au fond dans l’angle à gauche un meuble dentaire type Archer avec un modèle anatomique sous globe et sur le bureau sans doute un coffret complémentaire d’instruments. Derrière le praticien un autre meuble dentaire, peut être un meuble contenant un lavabo avec ses réserves d’eau. Le cabinet sans électricité est éclairé par un lustre d’éclairage au gaz équipé de becs Argand modifiés Maccaud.

Cabinet 1932

Le dentiste soigne maintenant en blouse avec un assistant qui administre une anesthésie au protoxyde d’azote à une patiente assise à coté d’un équipement dentaire « Rathbone ». Cet unit construit par the Dental Manufacturing Company de Londres est équipé d’un crachoir à alimentation d’eau, d’un tour à bras articulé, d’un ventilateur, d’un éclairage focalisé, de nombreux petits équipements annexes et d’une tablette mobile.

Au fond on peut apercevoir un tube radiogéne de Coolidge avec son bras dépliable et sa colonne assistée. Il s’agit d’un équipement par Watson and Sons de Londres, le « Sunic II dental Xrays apparatus » 1931. Le coffre mobile support de la radio contient le transformateur électrique. On distingue bien les très dangereux câbles non isolés d’alimentation du tube ! Au plafond un éclairage à quatre éléments réglable en hauteur. Sur la droite, accroché au mur le diplôme du praticien, en dessous un stérilisateur électrique à proximité d’un lavabo d’époque.

ART DENTAIRE ET ANESTHESIE.

Succinctement rappelons les liens étroits qui unissent l’Art Dentaire avec les débuts de l’anesthésie. C’est Humphrey Davy (1778-1829) à la fin des années 1790 qui remarqua que le protoxyde d’azote par inhalation lui supprimait ses douleurs dentaires et il en fit une communication en 1799. En 1844, Horace Wells (1815-1848), dentiste américain, commença à faire des extractions sans douleur à l’aide du protoxyde d’azote. Malheureusement ses démonstrations devant les chirurgiens de la Harvard Medical School furent un échec. Deux ans plus tard la première anesthésie à l’éther fut réalisée pour des extractions par un autre dentiste américain William Morton (1819-1868).

En 1847 Sir James Simpson (1811-1870) introduisit le chloroforme en obstétrique. Pour la chirurgie, en Angleterre, l’éther fut abandonné en faveur du chloroforme dés son introduction, mais se révélant dangereux à l’usage il fut finalement écarté vers 1880 au profit de l’éther. Aux Etats Unis cependant l’éther était toujours resté le plus employé et simplement administré directement à l’aide d’une serviette sur la face du patient, quand les médecins britanniques préféraient utiliser des inhalateurs.

Pour les actes de courte durée, notamment les extractions dentaires, le protoxyde d’azote fut réemployé et adopté avec succès dans les années 1860 et devint l’anesthésie de choix. Quelques années plus tard il fut aussi adopté pour les anesthésies chirurgicales de longue durée.

Parallèlement les anesthésies locales par injections de cocaïne et dérivés se développèrent et furent employées notamment en dentisterie. La cocaïne découverte en 1855 fut utilisée en technique d’injection hypodermique dés 1884.

Seringue de Rynd

Conçue par Francis Rynd (1801-1861) en 1844. Le modèle présenté est de Weiss, Londres ca.1860. C’est l’ancêtre des seringues hypodermiques modernes. Ce fin trocart perfectionné permettait d’introduire sous la peau des substances médicamenteuses.

Les premières seringues ca. 1850-1860 Seringue d’anesthésie dentaire et sa cupule de préparation. Une des premières seringues hypodermiques utilisées pour anesthésie dentaire avec de la morphine. Parke Davis and Co. à Londres ca.1885. La préparation était réalisée en dissolvant dans un liquide des cristaux de chlorhydrate de cocaïne en les chauffant doucement dans une cupule en céramique.
Masque à chloroforme ; ca.1865. Appareil à chloroforme pour obstétrique ; ca.1865. Inhalateur de Murphy pour chloroforme ; ca.1850.
Inhalateur d’Ellis ; ca. 1870. L’obstétricien Robert Ellis conçu cet inhalateur, par Savigny and Co. à Londres, en 1870. Il était utilisé avec un mélange d’alcool, chloroforme et éther. Ce mélange fut peu employé. Inhalateur de Junker pour chloroforme ;1867.
Seringue à vapeur de chloroforme pour anesthésie localisée ; 1854. Machine à chloroforme de Clover. Appareil à chloroforme de Levys avec régulateur ; ca.1905.

Etui d’anesthésiste et inhalateur en poirier.

Trois appareils à éther :

Inhalateur de Morton, 1867. Inhalateur «Letheon» 1847. Magnifique réplique de l’inhalateur de Squire, 1848.
Machine à anesthésie physiologique de R. Dubois. Appareil pour administration d’éther par voie rectale ; ca.1900. Inhalateur d’Hewitt pour éther ; 1901.

Deux modes anesthésiques très utilisés en dentisterie :

Bouteille de Dupuy de Frenelle pour vaporisation de méthyle chlorure d’éthyle ; ca.1905. Bouteille et masque à protoxyde d’azote ; 1868.
CONCLUSION

Une visite de la fabuleuse collection médicale de la Wellcome Collection bénéficiant au Science Museum d’une remarquable prestation est réellement un moment privilégié. L’Histoire de l’Art Dentaire y est particulièrement bien représentée. C’est une visite exceptionnelle qui fait de Londres, avec ses autres musées concernés par l’odontologie, la capitale de notre mémoire professionnelle.

REMERCIEMENTS

Reportage photographique de l’ASPAD avec la très aimable autorisation du Science Museum et de la Wellcome Collection pour sa diffusion sur notre site Internet.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES POUR LA VISITE

Science Museum
Exhibition Road.
South Kensington
LONDON SW7 2DD
Tél. : 020 7942 4455
Underground : South Kensington.
Bus : 9, 14, 10, 45, 49, 52, 74, C1

Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. Gratuit à partir de 16 h

Possibilité de restauration.

Importante boutique librairie, mais pratiquement rien sur la Wellcome Collection ( en 1999, 2000 et 2001)

Photos autorisées.

ATTENTION : Prévoir beaucoup de temps car visite passionnante.

 
     

 

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