Une collection de prothèses dentaires en ivoire

L’ASPAD nous présente un ensemble de pièces en ivoire de l’un de ses membres.

Le 18ème siècle est dit « siècle d’or de l’Art Dentaire ». C’est l’époque des réels débuts de la prothèse dentaire avec utilisation de l’ivoire comme matériau prothétique. Mais c’est pendant tout le 19ème siècle, notamment dans sa première moitié, que se vulgarise vraiment le travail de l’ivoire en prothèse dentaire. Tous les auteurs mentionnent l’utilisation de l’ivoire jusqu’à la diffusion de la vulcanite à partir des années 1850.

L’ivoire d’éléphant, trop hydrophile, se dégrade très rapidement au contact de la salive en se putréfiant. Il n’est donc pas utilisable en bouche. C’est l’ivoire d’hippopotame pour sa qualité, sa densité et ses possibilités de volumes disponibles qui est le plus employé avec parfois l’ivoire de morse. Le catalogue 1853 de Cl. Ash indique la fourniture de blocs d’ivoire d’hippopotame et de morse ainsi que de cachalot ( mais ce dernier sans le prix ).

Toutes les prothèses de cette collection sont en ivoire d’hippopotame, certaines peuvent être en ivoire de morse car même les spécialistes ont de sérieuses difficultés pour les différencier sur des pièces déjà exécutées. Il est quasiment impossible de dater les prothèses sans des éléments complémentaires liés aux pièces. La qualité et les styles de facture sont trop personnalisés. La grande majorité sont du 19ème, quelques rares du 18ème.

(cliquer sur les vignettes pour les agrandir)

Canines et incisives d’hippopotames

Défenses de morses

Catalogue
Ash 1853

L’ivoire sera employé occasionnellement jusque vers 1914, témoin cette publicité de 1908

Au point de vue réalisation la prise d’empreinte pour ces appareils se fait à la cire vierge ou au plâtre. Après réalisation d’un modèle en plâtre on recouvre la surface avec une couche de vermillon. On pose la pièce dégrossie : On obtient alors des traces de vermillon qui indiquent les endroits devant être échoppés et progressivement la pièce est adaptée sur le modèle. On dégrossit la partie occlusale suivant les mesures prises et on procède aux premiers essayages. Lorsque l’articulé est réglé il reste à terminer la pièce au laboratoire. Une bonne finition et un excellent polissage à la ponce pilée sur une bande de peau de buffle, ou plus tard au tour à polir, sont déterminants pour la pérennité de la prothèse.

Technique d’ajustage prothétique. Vitrine musée de la BDA à Londres. Blocs en taille. On remarque les traces de vermillon.

Complet en cours d’élaboration.

Blocs sectoriels antérieurs avec conservation de la couche d’émail. Hippopotame.

Dents unitaires ivoire pour pivot ou plaque métal.

Prothèse partielle en ivoire, gencive teintée.

Bases ivoire avec dents naturelles rapportées.

Partiel en ivoire avec trous pour ligatures.

Partiel en ivoire avec perforations pour ligatures.

Prothèse ivoire pour maxillaire supérieur.

Exceptionnelle prothèse de contention à facettes.

Bloc antérieur probablement en ivoire de morse.

Prothèses bases ivoire et dents naturelles.

Remarquons les trous pour ligatures et le rivetage des dents naturelles.

Remarquons les crochets de stabilisation en ivoire.

Belle prothèse en ivoire avec un remarquable souci de l’esthétique. Détails avec coins de bois pour rétention de la prothèse sur les dents adjacentes.

Prothèse avec ses coins de bois adaptables.

Rétention dans l’espace interdentaire avec coins de bois.

Magnifique paire de complets ivoire d’hippopotame avec système de ressorts de sustentation. Travail dieppois.

Complet à articulé serré, trous pour fixation des ressorts.

Belle prothèse complète, traces de teinture gingivale à l’éosine au niveau de l’emplacement des ressorts latéraux.

Complet supérieur bien patiné! On remarquera au palais et au niveau antérieur l’attaque d’une stratification éburnéenne typique chez l’hippopotame et l’attaque carieuse dans les espaces interdentaires.

Complet mandibulaire finement travaillé.

Quelques pièces en ivoire du 19ème, provenant du cabinet de Mr. Hébert, dentiste à Rouen, ont été aussi récupérées. Ces pièces de remarquable qualité d’exécution sont des modèles de montre pour la clientèle mais aussi surtout pour le prothésiste : De nombreux modèles de différentes tailles avec les emplacements pour les différents systèmes de sustentation à ressorts devaient servir pour les directives de réalisations prothétiques. Certaines sont de véritables œuvres d’art démontrant la grande dextérité des sculpteurs de l’école dieppoise.

Instrument en ivoire probablement destiné aux mesures en bouche, choix des modèles, hauteur d’occlusion.

Travail dieppois. Notons la qualité de sculpture, la précision de l’articulé, les logettes occlusales pour recevoir des ressorts plats en Z, les emplacements pour les ressorts latéraux.

Autre travail dieppois comme « modèle de montre ». On aperçoit la couche d’émail de la dent d’hippopotame non dégrossie.

Prothèse complète du bas avec son emplacement de protection jugale du ressort de sustentation

Prothèse supérieure avec emplacements de deux molaires résiduelles et coins de bois de rétention.

Prothèses partielles : on distingue nettement la trace de la limite d’une couche éburnéenne de l’ivoire d’hippopotame.

Partielles avec systèmes de rétention sur dents résiduelles.

Complet supérieur.

 

Prothèse avec ses coins de bois de rétention.

Deux palais, avec coins de bois, en ivoire d’hippopotame de la même bouche, probablement pour combler une communication bucco-nasale.

Exceptionnelle attelle de contention malheureusement accidentée.

Petite prothèse partielle avec son bras de stabilité palatin.

Autre prothèse avec son palais partiel, perforé
pour passage d’un fil de rétention.

Belle prothèse partielle
du bloc antéro-supérieur
avec trace de coloration
résiduelle de gencive rose.

Rares blocs mandibulaires postérieur teintés qui devaient être maintenus ensembles par une barre métallique linguale.

Probablement prothèses
taillées dans l’épaisseur
de dents de bovins.

Très exceptionnel travail prothétique de démonstration sur ivoire d’éléphant. La qualité d’engrènement de l’occlusion est tout simplement stupéfiante. Incontestablement une connaissance de la Gnathologie avant l’heure et une incroyable maitrise de l’art de la tabletterie.

Historiquement toutes ces prothèses en ivoire sont la preuve incontestable du savoir-faire exceptionnel de nos prédécesseurs. Avec relativement peu de moyens toute une technologie s’est développée avec une remarquable qualité d’exécution. On est vraiment en admiration en examinant certaines pièces. Ce sont vraiment, comme pour rappeler les premiers livres imprimés, les incunables de la Prothèse Dentaire. 

Bibliographie

Une importante bibliographie existe sur le sujet. Nous nous limiterons à signaler une très intéressante communication peu connue :

Cohen.R.A.: Notes on the identification, description and dating of ivory dentures / Paper read before the sub-committee on Dental History of the Commission on Dental Research, Dublin, June 24,1960. Published in British Dental Journal 16th Oct. 1962.

 
     

 

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