Deux grands coffrets de dentisterie
par Claudius Ash (ca. 1870-1875)

Un collectionneur de l’ASPAD nous présente deux grands coffrets de dentisterie par Claudius Ash de Londres.

Coffret portatif (ca. 1870)

Ce coffret est en acajou, muni d’une poignée type valise de transport, avec instruments non nickelés et manches en ébène. Il est très bien organisé sur trois niveaux, extrêmement pratique pour le rangement. Il est destiné à un exercice tant en cabinet qu’itinérant.

Ce coffret ne figure pas dans le catalogue de Ash 1865, mais figure sur le catalogue de 1887 et 1903 comme "Trousse portative n°5 de Ash". Les instruments trouvés d’origine lors de l’acquisition n’étant pas nickelés, notamment les daviers, ce coffret est datable autour de 1870. En effet à partir du catalogue de Ash 1875 les instruments de luxe devenaient nickelés.

(cliquer sur les vignettes pour les agrandir)

Le coffret et ses trois niveaux.

Derrière le rabat du couvercle, avec sa languette frappée Cl. Ash, se rangent des papiers et carnets à feuilles d’or pour aurification. Le plateau supérieur avec instruments à obturation, aurification, nettoyage.

Détails d’instruments insculpés C. Ash & Sons.

Détails du plateau des daviers et élévateurs Daviers non nickelés inscultés C. Ash
Niveau inférieur à multiples rangements Petite pharmacie avec mortier et mercure pour amalgame
Instruments pour extraction Porte-empreintes, spatule à plâtre Dents naturelles, ivoire d’hippopotame
Médicaments flaconnage d’époque Matériel à digue Strips abrasifs et brosses à dents pour la vente

 

Coffret de cabinet (ca. 1875)

Le coffret de cabinet de Cl. Ash aux initiales de son propriétaire G.F.

Il s’agit d’un remarquable coffret en palissandre cerclé de laiton avec instruments nickelés et manches en ivoire. Il existe sur le catalogue Ash 1865 une description détaillée de ce « dental case » mais avec des instruments non nickelés. Sur le catalogue Ash 1875 les instruments de ce coffret sont nickelés.

AU SUJET DU NICKELAGE : En 1841, Ruolz avait breveté le dépôt galvanique du nickel. Il semble que dès 1842 Charrière utilisa très occasionnellement le procédé d’électrodéposition plus pour un usage décoratif. L'United Nickel Company de New York déposa des brevets en 1866, 1868 et 1869. C’est Isaac Adam de Boston qui fit passer le procédé du nickelage au stade industriel en 1869. L’industrie du nickelage fut introduite en France par Ladislas Gaiffe en 1872.

La première mention de nickelage d’instruments se trouve dans une publicité de la Buffalo Dental Company parue dans le Dental Advertiser de novembre 1870. La technique du nickelage va révolutionner tout l’artisanat de l’instrumentation médicale. Elle permettait une protection anti-corrosion des métaux et une excellente qualité de finition à un moindre coût. Le procédé eut du mal à s’imposer car au début l’adhésion de la couche de nickel n’était pas toujours parfaite, certains fabricants restèrent fidèles aux aciers de qualité uniquement polis. On trouva une réponse en ajoutant un dépôt de cuivre sur les métaux avant de les nickeler.

La Centenial Exhibition Philadelphia de 1876 marque incontestablement un tournant car tous les fabricants américains y exposèrent que des instruments nickelés. La découverte d’importante quantité de nickel en Nouvelle Calédonie en 1876, les débuts d’une réelle asepsie par vapeurs exigeant une absence de corrosion, le développement des techniques chirurgicales finirent très rapidement à imposer le nickelage à une véritable industrie naissante de l’instrumentation médicale.

Etant donné l’imparfaite qualité du nickelage on peut retenir la période de 1875 pour ce coffret. On retrouve ce «dental case» dans le catalogue Ash de 1887 et de Billard de 1895. Les dentistes commencent à disposer d’une instrumentation de plus en plus importante. Ce coffret luxueux servait au cabinet à la mise en valeur de l’instrumentation et du praticien, ainsi qu’au rangement. Naturellement il pouvait aussi servir pour des déplacements à domicile à une époque ou l’exercice n’était pas encore complètement sédentarisé.

Inspiré des «dental cases» américains de J.D. Chevalier et S.S. White, mais d’une taille légèrement réduite, ce coffret se compose, en ouvrant le couvercle garni d’une glace, d’un plateau supérieur recouvrant un espace de rangement inférieur. Un grand tiroir frontal inférieur contient les daviers. De chaque côté latéralement un tiroir équipé d’un contre tiroir pour la petite instrumentation.

Ce coffret complètement ouvert est d’une présentation très ergonomique et très impressionnante avec les instruments manches ivoire brillants sur le fond bleu du velours de gainerie.

Probablement pour des problèmes de prix, les instruments sont alors nickelés, ils sont ainsi brillants imitant l’éclat d’un acier de haute qualité poli, avec des demi-manches ivoire rivetés permettant plus facilement de la petite série. On reste cependant dans une production de prestige.

Le plateau supérieur. Les douze instruments de gauche, destinés aux aurifications, demandant une excellente prise en main sont plus longs que les douze instruments de droite destinés aux détartrages.

Sous le plateau supérieur apparaît le niveau intermédiaire de rangement Le tiroir frontal est réservé à une impressionnante série de daviers

Le tiroir latéral gauche contient, avec manches ivoire, une scie, une seringue à gencives, une précelle à aurification, un instrument à amalgame, une trépine, une pince à tenon. Le contre tiroir qui lui est intégré en façade est garni d’une classique petite instrumentation.

Le tiroir latéral droite contient des instruments manches ivoire pour les nettoyages. Petite instrumentation dans le contre tiroir.

Des vues détaillées des instruments de ce coffret permettent d’en apprécier la finition.

Rugines pour nettoyage Instruments pour aurification,
grands manches
Excavateur, petits manches Porte-fil, porte-scie
Trépine, doseur amalgame, précelle Miroir et bistouri nacre trois lames
Seringues à gencives et à cocaïne Instrument pour évaluer la longueur des pivots

Instruments à extraction du compartiment intermédiaire

Ces deux coffrets d’exercice ont sans doute beaucoup servi. Ils reflètent cette période de transition de la dentisterie avec un exercice pas encore tout à fait sédentarisé. A partir des années 1870 c’est l’apparition du tour à pédale de Morrison avec des techniques de dentisterie rotative, des meubles de rangement, et surtout de l’asepsie. C’est alors la disparition du concept d’une instrumentation luxueuse avec des coffrets prestigieux.

 
     

 

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