La collection dentaire du
musée de l'Université d'Utrecht (II)

Le Coffret dentaire de la Princesse Impériale Marie-Louise

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L’IMPĒRATRICE MARIE-LOUISE, DUCHESSE DE PARME, ET SON COFFRET.

L’Impératrice Marie-Louise, née à Vienne en 1791, se marie avec Napoléon en 1810 et donne naissance au Roi de Rome en 1811. En 1814, lors de l’exil de Napoléon à l’île d’Elbe, l’Impératrice reste en France séparée de son fils, le Duc de Reichstadt, vivant au château de Schönbrunn. Après la chute de l’Empire en juin 1815, la Princesse impériale Maria Luigia, Archiduchesse d’Autriche, devient Duchesse de Parme, Plaisance et Guastalla en 1816.

Après la mort de Napoléon elle épouse secrètement le Comte de Neipperg dont elle a trois enfants. Redevenue veuve en 1829 elle se remarie avec le Comte de Bombelles. En 1847 Marie-Louise s’éteint à Parme à l’âge de 56 ans.

Le coffret fait partie de la collection Kalman Klein qui l’acheta en 1930 à un dentiste de Parme, le Dr A.Aureli. Il provient directement de la famille Calembrun Mercure. Il fut réalisé pour la Princesse impériale Marie-Louise, avec les instruments gravés à son chiffre, par Weber à Paris très probablement entre 1823 et 1828. Il fut offert par Marie-Louise au Dr Ferdinando Calembrun Mercure, son chirurgien-dentiste attitré. Après la mort de ce dernier le coffret fut transmis à son fils Cesare Calembrun Mercure, lui aussi dentiste de sa Majesté. Plus tard son fils le Dr Ludovico Calembrun Mercure hérita du coffret que sa veuve Sofia Coppi vendit au Dr A.Aureli assorti de documents joints.

INFLUENCE DE MAURY.

Le coffret est fortement influencé par l’œuvre de Maury. C’est en 1820 que C.F.L. Maury, éminent dentiste parisien, fait paraître le « Manuel du dentiste ». Il y décrit la confection de prothèses avec des dents en porcelaine, mais il aborde aussi la description de certains instruments nouveaux. Ce manuel est suivi dés 1828 du « Traité complet de l’Art du dentiste » avec de nombreuses planches descriptives. Avec succès suivent trois autres éditions ainsi que des traductions en allemand, italien et américain. Dans cette édition de 1828 on retrouve dans les planches lithographiées, copie conforme, les instruments du coffret de Marie-Louise de la collection Klein, avec descriptif détaillé des techniques d’utilisations des instruments. Maury précise que tous les instruments qui y figurent ont été déposés au cabinet de l’Ecole de Médecine à Paris en 1823 pour y être observés.

LE COFFRET DE LA PRINCESSE IMPĒRIALE MARIE-LOUISE.

Le coffret de dentisterie de la collection Klein mesure 21 cm, par 14 cm, par 8 cm. Il est en chêne, plaqué de bois de cerisier. Le revêtement interne est de velours vert agrémenté de cuir orné de dorures aux petits fers. Les instruments sont rangés sur trois niveaux : Un plateau supérieur, un plateau intermédiaire et le fond du coffret.

Le coffret et ses trois niveaux

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Le plateau supérieur comporte :

  • Un petit miroir buccal à glace concave argentique orientable sur sa monture en vermeil avec un manche ivoire tourné. Notons que c’est la première apparition d’un miroir buccal dans un coffret de dentisterie, Maury semblant le premier à en mentionner l’usage avec de plus une représentation lithographiée.

  • Une double sonde de Ricci tout acier.

  • Un instrument doré, manche ivoire, destiné à évaluer la longueur des tenons radiculaires.

Le plateau supérieur Le miroir et la sonde de Ricci Instrument pour évaluation des tenons radiculaires

Un magnifique petit bistouri pliable à deux lames acier, insculpées Weber et Paris. Le manche plaqué de nacre gravée est agrémenté du motif d’une pensée émaillée sur or, travail typiquement parisien des années 1820-1830. La parfaite adaptation de ce bistouri dans son espace de gainerie est une bonne certitude pour que ce coffret soit de Weber à Paris.

Le bistouri et ses lames

Quatre manches à cliquet de blocage pour instruments amovibles. Ces manches, à élégants motifs repoussés, sont en argent comme l’attestent les poinçons (M.G.argent Paris 1819/1838) avec un remarquable traitement de dorure : Considérant la datation il ne peut s’agir ni d’une dorure au trempé (Elkington 1836), ni électrolytique (1841). C’est probablement une dorure au feu par amalgame d’or. Ces quatre manches sont tous gravés sur une face au chiffre ML et sur l’autre face d’une couronne royale. C’est la seule preuve d’appartenance de ce coffret à Marie-Louise. Le motif décoratif de ces manches est strictement identique à celui repris dans l’édition de 1828 de Maury. Est-ce une copie de la lithographie, ou la lithographie une reproduction du travail du coutelier ? A ce premier niveau les manches sont équipés de deux rugines et deux fouloirs en acier poli.

Les manches en vermeil Instruments amovibles et leurs manches à cliquet
Les initiales de ML Couronne royale Poinçons au niveau
de la virole

Le deuxième niveau comporte une série de quinze instruments facettés en acier poli de qualité remarquable destinés à être équipés des manches en vermeil. Elle se compose de quatre fouloirs, de neuf rugines à nettoyage, d’un porte-équarrissoir ou porte-topique, d’un porte-lancette bistouri adaptable.

Les quinze instruments

Porte-équarrissoir et
porte-lancette adaptable

Un porte-lime adaptable coudé en acier poli pour utilisation en bouche avec un des manches amovibles en vermeil. Il est frappé Weber. Un porte-trépan, manche ivoire, avec ses accessoires destinés à intervenir au niveau des pivots radiculaires ( conçu par Miel en 1813).

Le fond du coffret Le porte-trépan

Le porte-lime

Une clef de Garengeot en acier, dorée, à tige droite avec un panneton à système rotatif pour permettre le positionnement des trois crochets de préhension formés à angle droit. Le manche est en ivoire avec cliquet pour blocage de la tige volontairement décentrée permettant de retourner la clef pour un usage dans un autre sens. La butée de la tige dans le manche est dorée, gravée au chiffre FCM pour Ferdinando Calembrun Mercure. Cette clef est bien typique de Maury mais n’a pas de place vraiment prévue par la gainerie du coffret. Elle a sans doute été rapportée. Si elle avait été vraiment d’origine elle serait plutôt au chiffre de Marie-Louise. Or elle est aux initiales du dentiste ce qui prouve qu’il en était bien l’utilisateur.

La clef de Garengeot de Maury Le chiffre du dentiste de sa Majesté

AU SUJET DE CE COFFRET

Le coffret est assorti de documents dont un passeport attribué par la Princesse impériale Maria Luigia à son dentiste attitré Ferdinando Calembrun Mercure pour se rendre de Parme à Paris. Au verso on découvre 21 visas concernant un voyage de Parme à Paris effectué par Mercure entre le 19 juin et le 20 août 1828.

Le passeport Au verso, les visas de passages

Le voyage du passeport était-il en rapport avec le coffret ? Ce n’est pas impossible car l’année 1828 correspond aussi à l’édition de Maury ou furent publiés les instruments du coffret. Mercure se serait alors rendu à Paris pour récupérer le coffret exécuté par Weber, au chiffre de la Duchesse de Parme, avec les derniers perfectionnements de Maury. L’éventualité d’un marquage plus tardif sur place en Italie est peu probable mais n’est pas à écarter.

La composition de ce coffret est alors résolument novatrice avec le tout nouveau miroir buccal, sa double sonde de Ricci, son porte-équarrissoir, son bistouri pliable, son porte-lancette bistouri adaptable, son porte-trépan, son évaluateur à tenon, la forme de son porte-lime, sa clef de Garengeot décentrée. Le système de manche pour instrument amovible est une autre innovation importante. Maury semble être aussi le premier à l’avoir produit avec un blocage efficace pour une instrumentation destinée à un vrai travail en bouche.

Nous connaissons un autre coffret dentaire aux armes impériales de Marie-Louise. C’est un coffret par Grangeret et Savigny donné par l’Empereur à son épouse vers 1810. Il est décrit et documenté précisément dans un article du Dr Breuer en 1911. Après la disparition du coffret lors de la deuxième guerre mondiale, les pièces principales furent heureusement récupérées par un collectionneur parisien. D’une qualité absolument exceptionnelle l’œuvre de Grangeret et Savigny par son exécution est incomparable par rapport au coffret de la collection Klein par Weber. Cependant il ne comporte pas de réelle innovation instrumentale. Par contre le coffret de Weber inspiré par Maury est constitué de nombreux instruments innovants. La comparaison de ces deux coffrets exceptionnels de l’Impératrice Marie-Louise, séparés d’une quinzaine d’années, nous montre bien l’importante évolution qui s’est opérée dans les techniques de soins dentaires au début du 19ème siècle: Elle marque le début d’une réelle dentisterie restauratrice.

DOCUMENTATION COMPLĒMENTAIRE

MUSEO GLAUCO LOMBARDI à Parme , en Italie

Sympathique et intéressant musée avec évocation de Marie-Louise, Duchesse de Parme, à l’aide de très nombreux documents, souvenirs et objets personnels de l’Impératrice.

Nécessaire à couture de Marie-Louise à la Fondation Glauco Lombardi de Parme

SCHATZKAMMER RESIDENZ MUSEUM à Munich, en Bavière

Dans les salles du Trésor de la Résidence à Munich est exposé le plus prestigieux coffret ayant appartenu à Marie-Louise. Il s’agit d’un très remarquable nécessaire de voyage commandé par Napoléon à Martin Guillaume Biennais à Paris. Ce nécessaire, en loupe de thuya aux armes impériales d’Autriche, comporte entre autres objets d’hygiène, trois brosses à dents, un gratte-langue et plusieurs rugines pour le nettoyage des dents. Ces instruments exceptionnels en acier poli, manches or ciselé garnis de nacre gravée avec écussons au chiffre de l’Impératrice, sont tellement proches de ceux du coffret de Grangeret et Savigny que l’on est tenté de les attribuer à Grangeret.

Le très exceptionnel nécessaire de voyage de l’Impératrice Marie-Louise par M.G.Biennais, avec quelques instruments d’hygiène dentaire. Exposé au Schatzkammer Residenz de Munich

BIBLIOGRAPHIE

  • F.E.R. de Maar. Le coffret d’instruments dentaires de Marie-Louise, Archiduchesse d’Autriche, Duchesse de Parme, Plaisance et Guastalla. Revue Française d’Odonto-Stomatologie. 1968. p. 1203 à p. 1214

  • F.E.R.de Maar Documentation conservée au Musée de l’Université d’Utrecht.

  • J.C.F. Maury Manuel du Dentiste, pour l’application des dents artificielles incorruptibles, Suivi de la description de divers instruments perfectionnés. Paris. 1820 Chez l’auteur et chez Latour, Gabon.

  • F. Maury Traité complet de l’Art du Dentiste. Paris. 1828 Chez Gabon.

  • F. Maury Traité complet de l’Art du Dentiste. Paris. 1833 Chez Rouvier.

  • F.Maury Traité complet de l’Art du Dentiste. Complété par Paul Gresset. Paris. 1841 Chez Rouvier.

Documentation photographique de l’ASPAD
avec la très aimable autorisation du Musée de l’Université d’Utrecht.

Remerciements

L’ASPAD tient à remercier les autorités de l’Université d’Utrecht pour leur accueil au sein du Musée, leur autorisation de photographier et de publication sur ce site internet. Les membres de l’ASPAD en profitent pour renouveler aussi leurs remerciements pour l’importante donation en matériel de collection effectuée par l’Université à leur association.

L’ASPAD manifeste toute sa gratitude spécialement auprès du Pr De Stoppelaar, du Dr.Mooyman, du Drs.Reina De Raat ainsi que de toute l’équipe qui anime la collection dentaire du Musée. Nous avons pu apprécier le remarquable travail qu’ils effectuent, leur grand professionnalisme et tout particulièrementt leur accueil chaleureux.

Le Pr. De Stoppelaar et
Drs. Reina De Raat

Conditions de visite des collections

Universiteit Utrecht Museum
Lange Nieuwstraat 106
3512 PN UTRECHT NEDERLANDS

Phone: (030) 253 8008
Info: (030) 253 8007
Fax: (030) 253 8700
http://www.museum.uu.nl

Bus 2/22 Halte WKZ/ Universiteit museum

Ouverture du Musée : de 10 h à 17 h. Dimanche et fêtes : 13 h à 17 h.

Visites des réserves dentaires au Dental Depot sur rendez-vous :

Bijhouwerstraat 6 , à proximité du Musée, face à une petite Poste.

Contact : Mw.Drs. Reina de Raat
Phone : (030) 253 8652
Email : reina.deraat@museum.uu.nl

 
     

 

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