Le miroir dentaire dans
la collection de l'ASPAD
Apparition et �volution au cours du 19e si�cle

 

(CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR LES AGRANDIR)

R�sum� d�une communication de l�ASPAD au 16�me congr�s de la Soci�t� Fran�aise d�Histoire de l�Art Dentaire, les 21 et 22 avril 2006 � Rouen.

 

Abaisse-langue, �carte-joue, gratte-langue 17�me

D�s le 17�me nos pr�d�cesseurs, comme Scultet dans son livre de 1672, avaient l�habitude d�utiliser d�j� des abaisse-langue ou �carte-joue pour travailler en bouche. Sur un des mod�les ci-dessus, notre abaisse-langue sur sa face interne a b�n�fici� d�un traitement m�tallique, probablement un �tamage, pour obtenir un effet de r�flexion de la lumi�re. Ces instruments servaient aussi de gratte-langue et leur petite extr�mit� aiguis�e en V permettait de sectionner le filet lingual des enfants.

Conditions favorables � l�apparition du miroir dentaire :

  • Nette �volution des connaissances et des techniques

  • R�els d�buts d�une dentisterie � soins conservateurs

  • On a besoin d��carter, de voir, d��clairer

  • Instrumentation en constante mutation.

  • Progr�s d�terminants des techniques d��clairage.

Comment est apparu l�usage du miroir en bouche ? Quel est le premier qui a eu l�id�e d�utiliser un miroir � la fois comme apport de lumi�re, abaisse-langue et �carte-joue ?

Naturellement il est tr�s difficile de r�pondre � cette question. Comme de nombreuses innovations, l�usage du miroir en bouche est probablement, et tout simplement, le r�sultat de plusieurs facteurs concomitants.

Nous sommes au d�but du 19�me si�cle et il y a une importante �volution des connaissances et des techniques. En dentisterie apparaissent les r�els d�buts des soins conservateurs : On a besoin d��carter, de voir, d��clairer. De plus l�instrumentation est en constante mutation. Mais surtout nous assistons � des progr�s d�terminants des techniques d��clairage.

"Qui dit endoscopie dit �clairage"

Survient l�apparition d�une invention qui va �tre une v�ritable r�volution technique et qui va changer consid�rablement la vie au 19�me si�cle par une promotion de la vie nocturne : Il s�agit du bec d��clairage d�Ami Argand invent� en 1783. Il est en effet difficile pour nous qui appuyons sur un interrupteur �lectrique pratiquement sans nous en rendre compte de r�aliser les probl�mes incroyables que posait la vie nocturne avant 1820 : En r�alit�, le plus souvent r�serv�e � une �lite, elle �tait tr�s limit�e.

Une r�volution au 19�me si�cle : Le bec d��clairage d�Ami Argand

Le principe du br�leur d��clairage du bec Argand est d�obtenir un double courant d�air, autour d�une m�che plate allum�e en forme de tuyau, activ� par une chemin�e en verre. Du fait d�un fort apport d�oxyg�ne, il y a augmentation de la combustion, augmentation de la temp�rature et donc augmentation tr�s importante de l�effet de luminescence.

Ce principe du bec � double courant d�air d�Argand sera naturellement repris pendant tout le 19�me et 20�me si�cle pour l��clairage � huile, � p�trole et � gaz.

Lampes � huile � mod�rateur

Cela va entra�ner tout d�abord dans la premi�re moiti� du 19�me un d�veloppement de l��clairage � huile avec apparition des lampes � huile � mod�rateurs. Gr�ce � cette nouvelle source de lumi�re on commence � voir beaucoup plus clair et la vie nocturne surtout en ville va conna�tre un remarquable essor. Naturellement ces progr�s vont avoir des r�percutions importantes en dentisterie et les conditions de travail en bouche vont pouvoir consid�rablement �voluer.

F. MAURY 1828

Il semblerait qu�il n�y ait aucune trace de miroir dentaire au 18�me. Son apparition daterait du d�but 19�me. C�est classiquement et probablement Maury qui dans son �dition 1828 de son � Trait� complet de l�Art du dentiste � serait le premier � parler s�rieusement de l�usage du miroir en bouche et qui plus est en l�illustrant dans une de ses planches. Pour la primaut� le conditionnel s�impose car certains ont �voqu�, entre autres, Andr� Levet en 1743, et le grand Ruspini.

Elements de datation :

  • Litt�rature professionnelle.

  • Recoupements avec diff�rentes collections.

  • Catalogues des fabricants et revendeurs.

  • Coffrets et ensembles d�instrumentation.

Quels sont les �l�ments de datation dont nous disposons pour ces miroirs ? Nous disposons de la litt�rature professionnelle, des recoupements avec diff�rentes collections, les catalogues des fabricants et revendeurs, mais surtout de la composition de coffrets qui avec des ensembles d�instruments nous permettent une bonne approche : Importance donc des coffrets qui comportent des miroirs pour nos datations qui ne sont pas toujours �videntes.

Dans le coffret ci-dessus par Blanc � Paris nous retrouvons quasiment le miroir illustr� par Maury. Ce coffret avec ses instruments dor�s sur acier et manches ivoire date des ann�es 1840. Son miroir � glace argentique concave, manche ivoire, virole et monture vermeil orientable est frapp� de deux poin�ons nous permettant seulement de reconna�tre une facture parisienne sur argent dor� d�apr�s 1838.

Dans cet autre coffret par John Chevalier � New York au milieu d�un bel ensemble nous retrouvons deux miroirs manches en nacre et un porte-fraise � manivelle. Le miroir buccal est � glace concave argentique monture en vermeil orientable avec virole or, manche en nacre sculpt� de palmettes et orn� d�une am�thyste. La pr�sence du porte-fraise promu d�s 1850 nous permettrait de dater ce miroir post�rieurement � 1850, mais nous savons par ses catalogues que Chevalier produisait ce m�me mod�le de miroir au d�but des ann�es 1840.

Dans ce coffret ci-dessus par L�er � Paris, coffret destin� � un usage courant datant des ann�es 1850, nous trouvons un miroir argentique orientable avec son joli manche en maillechort.

Autre coffret de dentisterie par Charri�re � Paris, au 9 rue de l�Ecole de M�decine, avant son transfert au 6 de la m�me rue, nous permet donc de dater pr�cis�ment ce coffret entre 1833 et 1842. Il comporte un beau miroir � glace ovalaire argentique mont� sur rotule avec manche ivoire. Cependant un examen attentif de cette pi�ce de qualit�, de plus sans marquage Charri�re, nous incite � penser qu�il s�agit d�une pi�ce rapport�e. Malgr� une datation assez pr�cise de l�ensemble nous ne pouvons donc pas l�attribuer de mani�re certaine � son miroir.

Miroir plan ovalaire tout en nacre.
Miroir concave avec sa belle torsade en ivoire.

Curieux miroir � manche ivoire pliable.

Tr�s beau miroir ovalaire en nacre, monture tout en argent orientable: Paris c.1830

Miroir en maillechort, �quip� d�un long et gros manche ivoire permettant une excellente pr�hension pour le travail en bouche : A figur� de nombreuses ann�es sur les catalogues de C.Ash � Londres.

Miroir tout en �b�ne.

"Qui dit endoscopie dit �clairage"

Dans les ann�es 1860 les dentistes vont essayer de focaliser les rayons lumineux en utilisant notamment les boules d�eau de focalisation appel�es loupes de dentelli�res. A l�extr�me gauche de l�op�rateur on apercoit bien une boule d�eau de focalisation mont�e sur �quipement dentaire.

Mais l��clairage � huile va �tre rapidement supplant� par l��clairage � p�trole. Des laryngoscopes, comme celui de Fauvel, sans grand succ�s seront parfois utilis�s pour l��clairage en bouche.

Joli miroir � monture argent toute grav�e, mont�e sur rotule, virole or, manche nacre.

Comment �taient r�alis�es les glaces des miroirs ? A priori tous les miroirs de la collection sont � d�p�ts argentiques : La petite surface de verre � argenter, le plus souvent concave et ovalaire est lav�e, d�cap�e, recouverte d�une solution de nitrate d�argent et d�acide tartrique et glucose. On chauffe l�g�rement et vingt minutes apr�s on lave les exc�s de la solution non fix�s. On peut faire une seconde application. Finalement on prot�ge la couche argentique ainsi d�pos�e par une peinture et une feuille de papier �pais. Le fond de la monture, si elle n�est pas � base d�argent ou maillechort, pourra �tre cuivr�.

Miroir concave � rotule mont� sur argent, joli manche en nacre torsad�. Sur le catalogue de C.Ash pendant presque 50 ans !

Deux grands classiques des catalogues dentaires du 19�me : L�un manche ivoire, l�autre manche en os.

Mod�le int�ressant de ce miroir orientable � manche ivoire, dont l�effet de r�flexion n�est par argentique mais donn� par une surface d�acier finement polie, malheureusement piqu�e par des points d�oxydation

Autre petit miroir buccal, manche en �caille, � surface r�fl�chissante en acier poli. On peut juger de l�excellente qualit� optique obtenue.

Mod�le Kiessler � glace interchangeable par C.Ash

Mod�le avec fioritures d�coratives.

Tout en argent avec initiales �maill�es. Londres.

Dans ce coffret par Charri�re � Paris datant des ann�es 1860, beau miroir argentique concave orientable manche ivoire frapp� Charri�re.

Important ensemble par Claudius Ash de Londres fin des ann�es 1860 avec son miroir en maillechort mont� sur rotule, manche �b�ne.

Autre coffret par Claudius Ash, d�but des ann�es 1870, instruments des d�buts du nickelage, mais le petit miroir orientable en m�tal � base d�argent reste le seul instrument non nickel� de tout l�ensemble � cause de la fragilit� de son d�p�t argentique.

La d�cennie 1870 est une p�riode charni�re pour les progr�s en dentisterie. 1871, une r�volution, apparition du tour � fraiser � p�dale de Morrison. C�est le d�but d�une vraie dentisterie rotative avec, chose capitale, l�utilisation d�une seule main, l�autre main pouvant tenir le miroir. C�est le d�but des techniques de travail en vue indirecte dans un miroir. C�est vraiment un endoscope buccal qui apporte la lumi�re, d�gage le champ op�ratoire, permet une vision du travail indirect.

"Qui dit endoscopie dit �clairage"

C�est l��poque du d�veloppement en ville de l��clairage au gaz. Dans le monde m�dical 1883 c�est l�apparition du r�flecteur de Telschow, dentiste berlinois, avec son optique de focalisation, toujours un bec Argand et son manchon illuminateur Auer.

 
 

Dans les ann�es 1880 les miroirs �voluent, avec des manches en �b�ne, vers une forme simplifi�e. Au cours de la d�cennie 1880, asepsie oblige, les miroirs deviennent compl�tement m�talliques et sont alors le plus souvent nickel�s. Comme nous le voyons ces miroirs dentaires ont d�ores et d�j� une forme tr�s actuelle.

 

Pour �tre plus complet mentionnons d�s 1878 l�usage chez les dentistes d�appareillages �lectriques comme le Polyscope de Trouv�, avec syst�me d��clairage �quip� de miroir. Nous voyons ici un mod�le plus tardif. Appareil � courant continu par Chardin � Paris vers 1880, en acajou, avec galvanoscope magn�tique, �quip� d�une batterie de 16 �l�ments au bisulfite de mercure ou bichromate de potassium. Un miroir peut se fixer sur le manche � l�extr�mit� au niveau de l�ampoule � incandescence pour �tre �clair�.

Plus tard on branchera directement ces miroirs � �clairage �lectrique sur des tableaux muraux d�alimentation pour courants �lectriques de quartiers.

Certains tableaux unit de cabinet dentaire �taient d�j� �quip�s dans les ann�es 1890 par des miroirs �lectriques.

CONCLUSION

Si une recherche sur les premiers utilisateurs de miroirs dentaires peut �tre une curiosit� historique, il est beaucoup plus int�ressant de se pencher sur le concept m�me de l�utilisation d�un miroir dans une bouche. Pour les praticiens de l�Art Dentaire c�est devenu un geste banal : C�est l�endoscope m�dical de loin le plus utilis�. Cependant en y r�fl�chissant bien il n��tait pas du tout �vident d�utiliser une petite glace au bout d�un manche pour aller voir, �clairer le fond d�une bouche et de plus y ex�cuter des soins ; tout ceci d�ailleurs n�a pas �chapp� aux historiens de l�endoscopie m�dicale. Ils ont attribu� cette � r�volution � � l�obligation d�adaptation aux grandes difficult�s op�ratoires rencontr�es en dentisterie.

Pour conclure nous avons vu comment est apparu et s�est impos� le miroir dentaire. Il a pris de nombreuses formes parfois agr�ment�es de belles ornementations li�es aux habitudes et au savoir-faire des fabricants d�instrumentation de l��poque. Cependant d�s 1880 il adopte une configuration qui plus d�un si�cle plus tard est encore de pleine actualit� et qui a de grande chance de perdurer encore quelques d�cennies.

En effet par sa simplicit� et son efficacit� le miroir dentaire est devenu non seulement un instrument incontournable de notre exercice quotidien, mais aussi l�instrument symbolique de toute une profession.

 

 
     

 

Le site Web de l'ASPAD est une r�alisation du Service informatique de la BIU Sant� (Biblioth�que Interuniversitaire de Sant�, Paris)
Textes et images � 2011 ASPAD - Reproduction interdite sans autorisation.