Un coffret dentaire à cinq tiroirs par
John D. Chevalier de New York, ca. 1855

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Five drawers dental case" par John D.Chevalier, New York c.1855

 

LA MAISON JOHN D. CHEVALIER À NEW YORK

John D. Chevalier de Champtaure, d’origine suisse, d’abord coutelier renommé pour ses couteaux de chasse, s’établit dés 1833 à New York. Il y crée la première fabrique américaine spécialisée dans l’instrumentation dentaire, installée en 1835 au 169 William street. Son entreprise profitant du développement considérable de la profession dentaire aux Etats-Unis deviendra grâce à la qualité de sa production une des plus célèbres d’outre atlantique.

En 1841 dans le tout récent "American Journal of Dental Science", premier journal dentaire au monde, Chevalier commence en français une publicité par : "Avis aux dentistes" peut être réminiscence de l’influence française dans les débuts de la dentisterie américaine. Il y signale qu’il a transféré sa fabrique d’instruments dentaires au 29 Gold street en précisant qu’il fabrique lui-même exclusivement des instruments dentaires d’un acier spécial traité sur place sous sa propre surveillance.

Publicité de J.D.Chevalier dans l’
American Journal of Dental Science 1841

Dans une autre publicité du même journal en 1845 on le retrouve au 184 Broadway ou il vend en plus des instruments, de l’or dentaire, des dents minérales, des fauteuils dentaires : Réelle nouveauté nous prouvant qu’il répondait tout à fait à la rapide évolution de la profession. Une autre annonce dans le Dental Register d’avril 1851, J.D.Chevalier donne sa nouvelle adresse au 193 Broadway en nous présentant sa production et notamment son tour à pédale mobile pour travail des prothèses dentaires et surtout son "Chevalier’s drill stock" : C’est un porte-fraise dentaire à manivelle s’adaptant en toutes positions pour usage en bouche, promu dés octobre 1850 dans le New York Dental Recorder.

Catalogue illustré de John D.Chevalier à New York 1855

Un catalogue de la maison John D.Chevalier 1853 serait répertorié aux USA ainsi qu’un autre illustré de 1855, comme celui de la collection Klein, disponible au Dental Museum Rijksuniversiteit à Utrecht aux Pays-Bas. Dans ce dernier catalogue sont proposés sept modèles de coffrets de rangement, trois en cuir et quatre en palissandre, dont le plus important l’"Operating Set n°7" illustré en gravure. John D.Chevalier y mentionne : "I invented in 1840 or 1841" et en présentant ses possibilités de rangement il n’oublie pas de souligner l’effet de forte impression produit sur les patients à l’ouverture de son coffret opératoire. Le catalogue nous apprend que les dentistes très logiquement faisaient d’abord le choix de leurs instruments et que la taille du coffret et sa gainerie était adaptée à la distribution instrumentale choisie. Selon l’instrumentation désirée un grand coffret équipé pouvait dépasser les 400$, somme extrêmement importante en comparaison avec, dans le même catalogue, un beau fauteuil dentaire adaptable de Porter à 30$.

Chez John D.Chevalier les dentistes disposaient d’un choix considérable : En effet on pouvait obtenir des daviers de trois qualités différentes selon la qualité de l’acier et la forme du corps. La plupart de l’instrumentation manuelle d’une qualité d’acier remarquable était aussi disponible avec plusieurs choix de manches : Manches en ébène, ivoire, ou nacre équipés de viroles soit en maillechort, argent, laiton plaqué or, ou or pur ! Par exemple pour un même instrument à détartrage en qualité manche ébène à 0.63$ on pouvait passer à 3$ pour une qualité orfèvrerie manche nacre, virole or. Le porte-fraise "Chevalier’s drill stock", avec une douzaine de fraises était vendu la somme de 15$. Cet instrument en double illustration occupe toute une page du catalogue, preuve de son importance dans l’arsenal dentaire de la maison Chevalier, prêt à remplacer le drill socket à appui palmaire et rotation digitale disponible encore dans le catalogue comme les fraises à main. Incontestablement John D.Chevalier vit venir la dentisterie conservatrice avec les débuts d’une dentisterie rotative. Il chercha à se positionner avec son "Chevalier’s drill stock" au milieu de la nébuleuse des brevets dentaires de l’époque. Difficile de prévoir la révolution qu’allait apporter le tour dentaire de Morrison des années 1870.

Ce modèle de grands coffrets restera longtemps un produit phare de la maison John D.Chevalier et on le retrouvera dans de nombreuses publicités comme une de 1860 nous donnant une nouvelle adresse au 639 Broadway, naturellement toujours à New York. C’est à cette époque que la maison dentaire Jones & White de Philadelphie reprendra l’idée du rangement dans des coffrets, notamment le "Five drawers dental case" visible dans une publicité du Dental Cosmos de 1859. Puis il sera présenté dans le catalogue 1862 de Samuel S.White (successeur de Jones & White) comme "Operating Case n°1", ainsi qu’en 1867 et 1876 avec de nombreux autres modèles plus petits. Dés 1865 la maison Claudius Ash & sons de Londres intégra aussi dans ses catalogues le concept de ces coffrets de rangement comme le "Five drawers dental case".

Publicité 1860 de
John D.Chevalier

 

NOTRE COFFRET DE JOHN D.CHEVALIER "FIVE DRAWERS DENTAL CASE"

Il s’agit d’un important coffret en placage de palissandre sur structure d’ébénisterie palissandre et hêtre, cerclé avec coins renforcés d’une armature en maillechort, orné d’une plaquette centrale non monogrammée. Ce coffret avec ses cinq tiroirs et son plateau central se compose de six niveaux d’instruments garnis de velours de soie teinté à l’origine rouge orangé. A l’ouverture du coffret nous soulevons un lourd couvercle agrémenté à l’intérieur d’un grand miroir et découvrons tout un plateau central. Dés l’ouverture ce coffret était destiné à jeter ses effets en impressionnant la clientèle par sa taille et l’éclat de l’instrumentation en nacre, or et acier étincelant, augmenté par différents miroirs en garniture. Les dentistes savaient déjà "communiquer".

Après avoir dégagé les tiges de fermeture on peut ouvrir deux grands tiroirs latéraux avec leurs contre tiroirs instrumentaux. A la base du coffret un grand tiroir frontal est destiné aux daviers. Sous le plateau central on découvre un important espace de rangement compartimenté. On remarque quatre serrures à clef, aucun marquage sur le coffret mais le grand nombre d’instruments marqués John D.Chevalier New York trouvant parfaitement leur place dans la gainerie authentifie incontestablement l’attribution de cet ensemble à la maison John D. Chevalier de New York. Ceci est de plus certifié par la documentation du catalogue.

Le coffret avec et sans le plateau central

 

LE PLATEAU CENTRAL

Il est constitué latéralement de deux séries d’instruments marqués J.D.Chevalier, l’une de neuf instruments à aurifications en acier poli à très gros manches en nacre massive avec des viroles plaquées or, et l’autre série d’instruments à manches ivoire, viroles maillechort. Au milieu trois pièces maîtresses du coffret : Un exceptionnel grand miroir facial à surface argentique à entourage de nacre sculptée et gravée orné de six améthystes, manche nacre avec virole plaquée or. Un magnifique miroir buccal à surface argentique concave à monture et virole plaquées or montée d’un grand manche en nacre sculptée garni d’une améthyste. Un porte-fraise à manivelle, le "Chevalier’s drill stock", manches en nacre, virole plaquée or, mécanisme adaptable en acier poli permettant un fraisage en bouche dans toutes positions, mais occupant les deux mains.

Le plateau central avec le Chevalier’s drill stock et les deux miroirs

L’instrumentation du plateau central

 

LE TIROIR LATÉRAL DROIT

Il est composé d’une série de dix-huit instruments en acier poli, en majorité des fouloirs, à manches ivoire marqués J.D.Chevalier. Son contre tiroir est équipé de dix-huit instruments manches ébène : Détartreurs, fouloirs, cautères, bistouris.

Composition du tiroir latéral droit
Composition du contre tiroir droit

 

LE TIROIR LATÉRAL GAUCHE

Le tiroir latéral gauche comporte un bel ensemble de dix-huit instruments à manches en camée, réalisés en Cypraecassis Ruffa, viroles plaquées or et fait d’un acier de haute qualité très soigneusement poli. Ils sont marqués HC et SSW, c'est-à-dire par Henry Coy, maître coutelier de la firme S.S.White à Philadelphie de 1861 à 1875. Ces très beaux instruments s’intègrent très bien dans le gainage mais ne sont probablement pas d’origine et ont dû être rapportés ensuite. Il n’est pas anormal de trouver des instruments d’un autre fabriquant. D’une part les praticiens agençaient eux- mêmes leurs coffrets. D’autre part les compositions de ces coffrets, qui servaient de nombreuses années, évoluaient naturellement en fonction des pertes, des usures, des nouvelles techniques, des nouvelles habitudes des propriétaires. Un tel coffret complet avec ses instruments d’origine ne pourrait être qu’un coffret qui n’aurait jamais servi. Le contre tiroir, comme son homologue de l’autre côté, est aussi équipé de dix-huit instruments manuels à manches ébène.

Composition du tiroir latéral gauche : Instruments manches en camée par Henry Coy de S.S.White

Composition du contre tiroir gauche

 

LE TIROIR FRONTAL DU BAS

Dans le tiroir frontal du bas on trouve tout un ensemble de quatorze daviers tous de marques américaines non nickelés. La plupart marqués J.D.Chevalier, à corps de forme ovalaire ou forme octogonale (forme dite américaine. Chevalier en serait-il l’inventeur ?) Certains sont marqués "360 Broadway" donc fabriqués entre 1853 et 1859. Il est probable que le gainage d’origine de ce tiroir ait été supprimé pour permettre un rangement plus serré, mais plus aléatoire des daviers, clefs et élévateurs.

 Les daviers du tiroir frontal

 

AU SUJET DE CE COFFRET

Très probablement l’idée première de coffrets dentaires de rangement à tiroirs latéraux, frontaux et parfois contre tiroirs revient à John D.Chevalier que lui-même date de 1840-1841. Dans les années 1840-1850 devant un développement considérable de l’instrumentation nécessaire à une dentisterie conservatrice naissante, les dentistes ont de plus en plus besoin de matériel et il devient indispensable de ranger les instruments. C’est aussi l’apparition des premiers fauteuils dentaires commercialisés avec les premiers meubles dentaires et naturellement ces coffrets d’instrumentation. N’oublions pas qu’à cette époque la profession n’est pas complètement sédentarisée et peut-être plus particulièrement au nouveau monde. Même dans les grandes villes le dentiste se transporte parfois encore à domicile chez ses patients 

Notre coffret d’après le catalogue John D.Chevalier de 1855, par son "Chevalier’s drill stock" et des daviers marqués 360 Broadway est certainement sorti de ses ateliers autour des années 1855. Ce coffret a été longtemps en usage. Des problèmes aux serrures, des traces d’usures à la gainerie, sa belle ébénisterie revernie viennent donner vie à ce coffret. L’instrumentation a manifestement été soigneusement entretenue, et les manques normaux complétés : Actuellement le coffret est présenté complet avec certainement une très grande majorité d’instruments d’origine marqués John D.Chevalier.

L’examen attentif de ce coffret et surtout de ses instruments nous permet de souligner que toutes les pièces sont d’une qualité métallurgique rare avec un acier remarquablement homogène. Le coutelier Chevalier dominait particulièrement bien ses procédés métallurgiques. Cette haute qualité de métallurgiste a certainement contribué à sa grande réputation. Naturellement aucune trace de nickelage. Par contre le travail de tabletterie des manches avec le sertissage des viroles n’est pas toujours du même niveau de fabrication. Il en est de même de l’ébénisterie et de la finition des coffrets qui ne sont pas de la même qualité de travail que la métallurgie instrumentale.

L’importante firme S.S.White de Philadelphie en reprenant ces modèles de coffrets, en leur ajoutant son savoir faire avec une excellente finition de meilleure qualité, soutenue par son réseau commercial, va porter ce concept de "Five drawers dental case" à un haut niveau de promotion internationale.

La maison Claudius Ash & sons de Londres suivra aussi le mouvement avec une production adaptée à sa distribution. (Pour plus d’informations voir  www.biusante.parisdescartes.fr/aspad/expo24.htm).

Cependant faisons remarquer qu’à ce niveau de haute qualité la production américaine et anglaise aura du mal à arriver à un niveau comparable à la qualité des grands facteurs parisiens de l’époque.

Bien encadrés par leurs publicités les "Five drawers dental Cases" ont été des produits porteurs pour la promotion de ces firmes dentaires. Témoins en sont ces quelques coffrets que l’on peut admirer actuellement dans les musées et collections dentaires.

 

LES COFFRETS DE J.D.CHEVALIER RÉPERTORIÉS

Les coffrets de ce type provenant de chez S.S.White sont comparativement plus nombreux que ceux sortis de chez J.D.Chevalier : Le plus brillant de ceux de Philadelphie est celui de A.P.Préterre qui était dans la collection Fauchard de l’Ecole Dentaire de Paris et qui maintenant se trouve dans les collections de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris.

A côté de notre coffret faisant partie de la collection particulière d’un membre de l’ASPAD, il nous parait intéressant d’essayer de répertorier les autres grands coffrets sortis de chez J.D. Chevalier. On en trouve un très bel exemplaire, contenant un "Chevalier’s drill stock", au Dental Museum of Temple University à Philadelphie. Un autre exemplaire à trois tiroirs, daté 1844 est au Country Doctor Museum Eastern North Carolina. L’historien bien connu B.Weinberger nous présente dans son livre de 1948 un remarquable exemplaire à sept tiroirs de sa collection personnelle. Un coffret de J.D. Chevalier à cinq tiroirs en excellent état est passé en vente chez Sotheby’s en septembre 1995 (actuellement de localisation inconnue). Un autre est dans une collection privée en Allemagne, mais d’autres encore doivent certainement exister. Cependant il faut noter que la production de coffrets par J .D. Chevalier, avec son réseau commercial limité, n’a probablement pas été d’un nombre important, car en plus de la concurrence, ces pièces coûtaient une petite fortune à l’achat. Ajoutons le côté bien plus pratique des nouveaux meubles dentaires de rangement nouvellement commercialisés qui restreignit fortement l’indication ergonomique du concept du grand coffret.

DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE DE L’ASPAD.

BIBLIOGRAPHIE

Chevalier John.D.
Chevalier’s catalogue of dental instruments, operating cases and chairs. 360 Broadway New York 1855

Klein collection. Dental Museum Utrechtuniversiteit. Netherland

Edmonson James M.
American surgical instruments. Norman publishing. San Francisco 1997.

Eastern North Carolina Digital Library.
www.digital.lib.ecu.edu/historyfiction/artifact.aspx?id=cbt

Lohse Ulrisch Dentalkataloge.
Bibliography of dental trade catalogs. Pelican Publishing.1999.

Rousseau Claude
Importante documentation personnelle sur ce sujet.
Conférence FDI 8 octobre 1991 à Milan : The origin of the five drawer case.
Histoire du cabinet dentaire : www.biusante.parisdescartes.fr/sfhad/cab/texte04.htm

 
 
     

 

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