Le coffret dentaire du chevalier Lemaire

(CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR LES AGRANDIR)

L’Association de l’Ecole Odontologique, dans les locaux de l’Université Paris VII, rue Garancière à Paris, détient une importante collection dentaire. Si une grande partie est constituée par une bibliothèque historique, le remarquable coffret de dentisterie du Chevalier Joseph Lemaire en est certainement la pièce majeure.

 
Diplôme de titularisation
du Chevalier Lemaire

 

Joseph LEMAIRE (1784-1834)

Joseph Lemaire est né à Brest en 1784. Issu d’une famille de chirurgiens sa formation initiale sera assurée par son père. Un oncle chirurgien à Guernesey lui fera connaître les œuvres de B.Hunter et plus particulièrement de J.Fox dont il sera le traducteur et le promoteur en France. A Paris il sera l’élève du célébre Laforgue et il obtiendra en 1809 son diplôme d’Officier de santé chirurgien dentiste. Plus tard installé au 15 rue de Richelieu à Paris il sera docteur en chirurgie dentaire de la faculté de médecine de Paris. Chirurgien de S.A.S. la Princesse de Nassau Sarrebruck, il deviendra le dentiste de leurs majestés le Roi et la Reine de Bavière.

Comme l’atteste le grand diplôme de titularisation exposé dans les locaux de Garancière, Joseph Lemaire, sous l’autorité de Louis XVIII, sera nommé Chevalier dans l’« Ordre royal militaire hospitalier religieux et Archiconfrèrerie royale du Saint Sépulcre de Jérusalem » le sept novembre 1820. Ce diplôme porte sa signature.

Dés 1812 il fera paraître « Le dentiste des dames » pour une clientèle choisie avec un certain succès puisque trois éditions furent publiées jusqu’en 1833. Puis ce fut en 1821 et 1822 son « Traité sur les dents » en trois volumes destiné à ses confrères. Reconnu et apprécié il sera même nommé en 1833 Chirurgien-Dentiste consultant du Roi Louis-Philippe.

Le coffret du
Chevalier Lemaire

 

COFFRET D’INSTRUMENTS DENTAIRES DU CHEVALIER JOSEPH LEMAIRE

Ce coffret datant des années 1825 fut offert par Louis 1er de Bavière au Chevalier Lemaire. Il s’agit d’un coffret en écaille de tortue agrémenté d’une belle poignée à doubles serpents entrelacés et d’armatures en bronze doré. La serrure est rustique mais son élégante clé est en or ciselé. L’écaille de tortue est de très belle qualité : Le maître tabletier a tout à fait bien dominé l’apposition, la cohésion des nombreuses plaques, le rendu tacheté des couleurs, la mise en forme tourmentée et équilibrée en technique « écaille pressée » des parois du coffret.

Le coffret comprend trois niveaux garnis d’une gainerie en velours rouge d’une finition minutieuse, très esthétique mettant bien en valeur les éléments de ce coffret. Le niveau supérieur est composé d’une clé de Garengeot droite avec ses trois pannetons. Le manche est en écaille avec embouts et écusson en or maté et ciselé. Deux daviers en acier avec leurs exactes répliques en ivoire viennent compléter ce niveau. Les deux daviers en ivoire étaient préconisés par Lemaire pour les extractions des dents chez les enfants pour ne pas les effrayer.

Les niveaux intermédiaire et inférieur contiennent différentes pièces :

  • Trois petites et fines paires de ciseaux en acier poli avec anneaux de préhension rapportés et soudés.

  • Une droite, une coudée sur le champ, la dernière coudée sur le côté.

  • Un miroir buccal, grande nouveauté d’usage à cette époque, sans doute à surface argentique, avec son manche d’une belle esthétique en métal doré.

  • Douze très exceptionnels instruments à soins conservateurs et traitements d’hygiène. Comme pour la clé, les manches sont en écaille de tortue, travaillée pour devenir sombre en technique « écaille fondue », garnis de larges plaquettes écussons en or. Les viroles et les embouts sont aussi en or massif maté et finement ciselés d’un motif d’une élégance recherchée.

  • Deux belles lancettes, gainées d’écaille portant les mêmes écussons en or, sont elles insculpées « Michel à Paris ». De tout le coffret c’est le seul marquage décelable. On devrait donc classiquement attribuer ce coffret au coutelier «  Michel à Paris ».

Niveau supérieur Niveau intermédiaire Niveau inférieur
La clé de Garengeot
Les daviers acier et ivoire Le miroir et les ciseaux
Les instruments à soins opératoires
Les deux lancettes

 

AU SUJET DE CE COFFRET

Malgré le marquage des deux lancettes il semble peu probable que la majeure partie de ce coffret ait été réalisée par des artisans parisiens. Le coffret en écaille et l’allure générale des instruments ne permettent pas de faire un réel rapprochement avec la production parisienne de cette époque. Les instruments et leur gainerie sont dans un état neuf et n’ont jamais été utilisés : Chose tout à fait normale pour ce magnifique cadeau, avec des pièces d’une exceptionnelle qualité n’étant pas vraiment destinées pour un emploi en bouche.

On est en effet stupéfait par notamment l’excellence de l’acier d’une homogénéité sans faille, absolument sans aucune trace d’oxydation sur aucune des pièces: Remarquable maîtrise de la qualité du métal, de son travail et de sa mise en forme. Les embouts, les viroles, les plaquettes écussons en or ciselé mat et brillant avec leurs motifs à bel effet, sont manifestement de la main d’un orfèvre de classe. La qualité d’ajustage des manches par le tabletier est sans défaut. Le miroir avec un dépôt argentique pourtant vulnérable est comme neuf. Son manche élégant a été recouvert par une fine dorure à l’or fin, probablement par la technique du « trempage ».

Le coffret complètement en écaille de tortue n’est sans doute pas une production française. De plus les coffrets de qualité des artisans parisiens étaient alors réalisés en bois précieux. Ce travail est assez typique notamment des pays germaniques où traditionnellement les tabletiers avaient l’habitude de travailler l’écaille. Il n'est d’ailleurs pas impossible que le coffret soit d’une époque antérieure, car la finition de son écaille, les importantes et profondes rayures, son polissage, le coté très brut de son intérieur, quelques perçages inexplicables, ne sont pas en adéquation avec la qualité des pièces qu’il contient et ceci malgré l’ornementation de qualité qui lui a été ajoutée.

Etant donné l’origine du donateur, l’usage de l’écaille, la qualité des pièces, on pourrait raisonnablement émettre l’hypothèse, sans preuve, d’une production bavaroise de ce coffret : A Munich exerçaient alors des artisans renommés pour leur production de qualité et leur sens artistique.

Mais alors comment expliquer le marquage sur les deux lancettes : « Michel à Paris » ?

Tout d’abord ce coutelier parisien ne nous semble pas connu. Or pour réaliser tout le travail de coutellerie de ce coffret dentaire il fallait sans doute être une maison importante, donc connue. De plus les couteliers parisiens de l’époque commençaient alors à marquer les pièces principales de leurs nécessaires. Or ici aucun marquage sur la clé, ni sur les daviers ou ciseaux. Si c’était Michel le coutelier principal du coffret, on ne comprend pas pourquoi il n’aurait pas marqué des pièces importantes alors qu’il a insculpé les deux plus petites. On sait d’autre part que certains petits ateliers de coutellerie étaient spécialisés dans les lancettes, bistouris et rasoirs avec des qualités de métaux et une finition spécifique aux objets très tranchants. Les lancettes de Michel ont pu être choisies spécialement chez ce coutelier parisien et être équipées par le tabletier pour rentrer dans la composition du coffret .La participation de plusieurs ateliers, de plusieurs artisans spécialisés, à la réalisation d’un travail important de qualité était fréquente à cette époque. Mais laissons aux spécialistes le soin de recherches nous donnant peut être un jour des précisions sur ce coutelier parisien qui derrière l’excellence du tranchant de ses lancettes se cache comme un remarquable coutelier d’instrumentation médicale.

 

QUELQUES AUTRES PIECES DE LA COLLECTION DE L’A.E.O.

Dans les locaux de Garancière, au rez de chaussée à proximité des bureaux administratifs, l’Association expose dans des vitrines quelques pièces historiques dentaires intéressantes. Pour des raisons techniques nous n’avons pu avoir un accès direct à ces objets, c’est ce qui explique quelques difficultés d’appréciation et la mauvaise qualité des photos.

Deux nécessaires d’hygiène début 19ème Coffret davier à
mors multiples
Extracteur d’Estanque
Rare élévateur tiretoire ajustable Probablement clé à
extraction perpendiculaire
avec appui externe
Ecarteur à lèvre Ecarteur à joue et langue
pour cautérisation
Exceptionnel porte-foret
rotatif à rappel
Porte-foret à manivelle
pour chirurgie
Premier articulateur de Gysi,
 c.1900, inspiré de celui
de Bonwill 1858
Articulateur Gysi Rumpel,
totalement programmable.
1911
Articulateur apparenté
au Gysi Simplex. 1912
Un des premiers fours à céramique Plaque chauffante pour
conditionnement des
pellets à aurification
Tube radiologique dentaire
de Coolidge c. 1930

 

CONCLUSIONS ET REMERCIEMENTS

Félicitations à l’Association de l’Ecole Odontologique qui possède un patrimoine dentaire historique remarquable. Son coffret de dentisterie est magnifique. Exceptionnel par sa qualité et son ancienne appartenance, le Chevalier J.Lemaire, personnalité de l’histoire de l’Art Dentaire. Ce coffret mériterait certainement d’être plus souvent exposé. Nous espérons que cette présentation sur ce site Internet contribuera à une meilleure diffusion.

L’ASPAD adresse ses plus vifs remerciements au Professeur J.P.Chairay, Président de l’A.E.O., et à son Conseil d’administration, qui grâce à la gentillesse de Mme Andreetti nous a donné accès complet à ce coffret en nous autorisant à le présenter sur le site Web de notre association.

DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES DE L’ASPAD AVEC L’AUTORISATION DE L’A.E.O.

 
     

 

Le site Web de l'ASPAD est une réalisation du Service informatique de la BIU Santé (Bibliothèque Interuniversitaire de Santé, Paris)
Textes et images © 2011 ASPAD - Reproduction interdite sans autorisation.