Le tout premier catalogue dentaire de
Claudius Ash & Sons à Londres (1853)

 

Présentation du catalogue de 1853

Il s’agit d’un catalogue non illustré de fournitures dentaires de la maison Claudius Ash & sons à Londres de 34 pages (moins six pages manquantes les 5, 6, 7, 8, 18 et 19) dont certaines bien annotées. Ce catalogue (100 mm x 140 mm) daté de 1853, à notre connaissance, ne semble répertorié dans aucune bibliothèque ou collection et serait le plus ancien connu de cette firme.

Les débuts de la maison Claudius Ash & sons

C’est avec une certaine émotion que nous feuilletons ce remarquable catalogue illustrant les débuts prometteurs de la maison Claudius Ash & sons qui jouera un rôle déterminant pendant plus de cent cinquante ans pour la promotion de la profession dentaire.

En 1814 Ash & son est répertoriée « Silversmith and Jeweller, 64 St James street » à Londres, donc comme orfèvre et bijoutier. La tradition veut que ses connaissances d’orfèvre, performant en adaptations de pièces en or, aient amené ce bijoutier à réaliser des prothèses dentaires sur demande. 1820 serait la date officielle de la fondation de la maison Claudius Ash & sons. En 1835 Claudius Ash & sons se trouve installée au 9 Broad street, Golden square à Londres et en 1840, comme en 1844 à cette même adresse, Claudius Ash & sons est répertoriée «  manufacturers of mineral teeth ». Il faudra attendre 1859 pour que Claudius Ash & sons, au 6, 7, 8, 9 Broad street, soit enregistrée « manufacturers of mineral teeth and dental materials ». Puis avec une extension rapide et importante au Royaume-Uni comme à l’étranger ce sera en 1865 la sortie du premier catalogue illustré de la firme.

Le catalogue de la maison Claudius Ash & sons de 1853

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Contenu du catalogue de 1853

Notre catalogue de 1853 reflète bien le tournant que vient de prendre Claudius Ash. C’est en introduction une présentation de la firme et des conditions commerciales, puis nous trouvons dés la page 11 un choix important de dents minérales de différentes tailles et formes, avec ou sans gencive, dans quatorze teintes. Il est important de souligner que la fabrication de ces dents minérales a été le tremplin de départ de la maison. On retrouve d’ailleurs à la même époque ce même tremplin pour les maisons White à Philadelphie et Billard à Paris. C’est le progrès de la prothèse dentaire, avec l’apparition de la vulcanite et des dents minérales qui favorisera le formidable essor de toute la dentisterie, relayé par le développement de l’anesthésie et l’utilisation du tour à pied permettant une dentisterie rotative.

Il est donc pas étonnant de retrouver dans ce catalogue de nombreuses fournitures pour la prothèse dentaire : Page 13 de l’or en plaque et en fil de différentes tailles et qualités. Page 14 de la soudure, des ressorts et un choix impressionnant de qualités de pivots. Notons pages 12 et 13 les fournitures pour amalgame (metallic paste) et aurifications sans oublier les feuilles d’étain à fouler. Relevons page 15 «Animals teeth» : Il s’agit de la fourniture de morceaux d’ivoire pour y sculpter des prothèses. Choix incroyable entre des pièces d’ivoire d’hippopotame ou de morse, pièces brutes ou avec leur couche d’émail décapée. Il y a même une possibilité d’ivoire de cachalot mais sans notification de prix ! Ces nombreuses références nous montre bien qu’au milieu 19e ce matériau était encore très utilisé.

Toute la page 16 concerne des boites de rangement pour prothèses dentaires, certaines avec des serrures à clefs ! Preuve du grand soin de conservation de ces prothèses. Page 17 on dispose d’un grand choix de boites à poudre dentifrice et brosses à dents, souvent vendues par les praticiens de cette époque. Les pages 18 et 19 sont manquantes et devaient commencer par des instruments pour le travail en bouche.

Pages 20 et 21 on y retrouve les premiers miroirs buccaux avec huit possibilités de qualité de manche : Or, argent, métal argenté, ivoire, nacre, écaille, ébène, ou acier, ainsi que scies, porte-foret d’Archimède, élévateurs et daviers, détartreurs et fouloirs. Puis des pages 22 à 28 toute une instrumentation pour le travail des prothèses dentaires depuis des tours pour meulage et polissage jusqu’aux petites meulettes en Corundum en passant par les différentes pinces et limes de laboratoire.

Pages 28 à 31 sous la rubrique « Sundries » que l’on peut traduire par « Divers », nous sont proposés de nombreux produits à l’usage du laboratoire et du cabinet : notamment des porte-empreintes pour utiliser avec des pains de cire d’abeille, des pièces de dragonnier, des bocaux à sangsue, des seringues à aiguille en argent. Naturellement d’autres nombreux produits font encore partie de notre arsenal thérapeutique. Une seule pièce d’équipement dentaire nous y est proposée : « Scagliola pedestals with marble top and plinth » c’est un crachoir colonne garni de marbre.

C’est avec une émotion encore plus grande que nous examinons les deux dernières pages de garde manuscrites par Mr Colin Logan, agent de la maison Claudius Ash & sons à Paris. Nous y trouvons certainement ce qui ne figurait pas dans le catalogue et était cependant bien demandé : Plusieurs tours à polir et meuler, les livres de Tomes et surtout de Harris qui rencontra un énorme succès, des morceaux d’ivoire de morse de grosse taille, et toute la nouvelle série des daviers modèle de Tomes produite par les ateliers de Joseph Gray à Sheffield. Mr Logan avait pris soin aussi d’établir un tableau de correspondance entre la monnaie anglaise et les francs.

Conclusion

Ce catalogue a été édité à une période charnière de la maison Claudius Ash & sons. En effet à côté d’importante fourniture dédiée à la prothèse dentaire s’appuyant sur sa première spécialisation Claudius Ash commence à proposer toute une instrumentation pour le travail en bouche. Cependant mis à part un crachoir, il n’y a encore aucune proposition d’équipement opératoire. Il semble qu’il faille attendre un catalogue de 1858 pour trouver les premières traces de fauteuil dentaire : Catalogue sans titre répertorié il y a plusieurs années par U.Lohse à la British Dental Association, mais actuellement indisponible. Le fauteuil d’Owen ne sera présenté qu’en 1859. Le premier catalogue illustré de Claudius Ash & sons sortira en 1865 avec de remarquables présentations de fauteuils, équipements et instrumentations. Par ce nouveau catalogue Claudius Ash, en s’adaptant à la demande du monde dentaire, nous montre qu’il s’est manifestement tourné vers une production de qualité qui lui assurera un formidable succès commercial.

Provenance du catalogue 1853

Ce catalogue, annoté de sa main, était celui de Mr Colin Logan (1832-1913), d’origine écossaise, agent de Claudius Ash & sons en France. Son fils Kenneth Logan (1875-1961) fit ses études dentaires à Paris et fut diplômé de l’EDP en 1897. Cet éminent praticien exerça de nombreuses années à Versailles où il était très connu, d’abord au 36 avenue de Saint Cloud puis en 1920 au 9 boulevard du Roi. Il céda son exceptionnel cabinet vers 1940 au Dr Henri Touraille qui récupéra quelques archives transmises à sa fille et à son gendre, les docteurs Marie Madeleine et Claude Lavaste. Leur fils le docteur Rémi Pierre Lavaste continue la tradition familiale, en exerçant toujours au même cabinet.

Mr Colin Logan avec
ses filles vers 1900
Remerciements

L’ASPAD tient à remercier le Docteur Claude Rousseau qui grâce à sa sagacité d’historien repéra ce document important et nous le fit connaître. Tous nos plus vifs remerciements vont au Docteur Claude Lavaste qui très spontanément nous a confié ce document et nous a autorisé à le faire photographier et diffuser par la BIU Santé tout en nous apportant de nombreux renseignements complémentaires.

Numérisation du document par la BIU Santé.

Documentation photographique du Dr Rousseau pour l’aquarelle du cabinet de K.Logan.

Avec la très aimable autorisation de la famille des docteurs Lavaste pour toutes ces photos.

 

Le cabinet de Kenneth Logan à Versailles.
Aquarelle de V.Lorant-Heilbronn 1918

Bibliographie
  • LAVASTE Claude. Documentation d’archives familiales.

  • ROUSSEAU Claude. Histoire du cabinet dentaire. www.biusante.parisdescartes.fr/sfhad/cab/texte20.htm

  • Claudius Ash & sons. Catalogue Londres 1865.

  • LOHSE Ulrich. Dentalkataloge Bibliography of dental trade catalogs. Pelican publishing 1999.

 
     

 

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