Des crânes au musée

Une exposition consacrée au chirurgien Paul Tessier (1917-2008)

L’exposition « Crânes concrets, avant-projet d’un solid museum Paul Tessier » vient de s’ouvrir au musée d’Histoire de la médecine (du 14 mai au 29 août 2014, 12, rue de l’École-de-Médecine, Paris 6e). Elle a été réalisée par l’Association Française des Chirurgiens de la Face avec le concours de l’université Paris Descartes.

Elle est consacrée au travail de Paul Tessier (1917-2008), chirurgien plasticien français ayant exercé à l’hôpital Foch de Suresnes.

Une exposition sur un chirurgien ? De quoi s’agit-il au juste ?

D’un hommage à Paul Tessier ? L’admiration n’est certes pas absente de l’esprit des organisateurs. Cependant, non. L’exposition évite les pièges de l’histoire célébration.

Cette exposition est-elle pédagogique ? Non. Ni ne veut l’être, bien qu’on y apprenne. Face à ces objets et documents, à chacun de faire ce qu’il veut, ce qu’il peut, avec son étonnement d’homme devant des malformations effrayantes et des techniques opératoires effarantes, avec son savoir d’homme de l’art éventuellement, avec sa curiosité personnelle en tout cas. « À charge pour le visiteur, nous disent les organisateurs, plongé dans ce pêle-mêle, de dénouer l’écheveau, de souligner, de biffer, de jauger, de commenter… »

L’exposition Paul Tessier interroge le spectateur sur plusieurs limites

Crâne acrylique
Syndrome d’Apert – Edimbourg
Phase 3 : un « LE FORT III type ». Long tenon malaire-Sagittal split des R.O.L – Greffes osseuses iliaques.

Limite chirurgicale et anatomique (sphère rhinologique, sphère cérébrale) : celle-ci a été franchie par Paul Tessier, et a permis la naissance d’une nouvelle sous-spécialité chirurgicale, la chirurgie craniofaciale.

Limite éthique : que peut-on opérer ? Où commence la démesure de l’opérateur ?

Limite du possible technique, et de la virtuosité de l’opérateur.

Limite entre science et art, technique et œuvre.

Limite enfin entre ce qui intéresse des spécialistes, et ce qui peut intéresser tout un chacun. Celle-ci me semble franchie dans cette exposition.

De l’œuvre d’un chirurgien on ne peut garder que des traces. Au musée : des crânes, patiemment réunis ; des instruments, des photographies, des textes, un film d’opération. Des schémas préparatoires. Des crânes sciés, ébauches et réflexion en vue d’une étonnante ébénisterie sur le vivant. Voilà des parties du crâne qu’on traite comme le tiroir d’un meuble. Tenons et mortaises d’os… Et voici des patients, nés avec des visages de cauchemar, et à qui le chirurgien a donné une figure humaine.

Pour en savoir plus

– La thèse de Benjamin Guichard traite de la constitution de la collection Tessier : Le crayon rouge, outil d’une rupture chirurgicale. Elle est consultable au pôle Médecine de la BIU Santé (cote 2011AMIEM025) ;

La biographie de Paul Tessier sur le site de la BIU Santé ;

Un article du Monde (19 mai 2014) présentant l’exposition ;

– En cette période de centenaire de 1914-1918, retrouvez notre exposition virtuelle sur les gueules cassées.

Jean-François Vincent

Un fond documentaire d’une quarantaine de crânes malformés et de crânes reproduisant les interventions entreprises, des milliers de dossiers documentés, de dessins, de photographies, des films, des instruments chirurgicaux conçus par l’intéressé, et surtout des notes bibliographiques s’offriront nus aux visiteurs.
Debut: 05/14/2014
Fin: 08/29/2014
12, rue de l'Ecole-de-Médecine
Paris, Île-de-France
75006
FR

 

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Une réflexion sur « Des crânes au musée »

  1. Un grand maître mr Tessier je fus un de ses patients en 1969, merci à lui de m’avoir rendu la vie un peux plus facile aux regards des gens.

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