Mise en ligne du fonds Albéric Pont

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, la Bibliothèque interuniversitaire de Santé a tenu à apporter sa pierre à l’édifice mémoriel en facilitant l’accès au fonds du Dr Albéric Pont grâce à la numérisation et à la mise en ligne d’un grand nombre de documents.

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Album 1

Rappelons en effet que la bibliothèque a acquis en 2012 un important ensemble ayant appartenu au Dr Pont, grâce au soutien de la Société française d’histoire de l’art dentaire, du Groupement des sociétés scientifiques odonto-stomatologiques, de la Société francophone de réhabilitation maxillo-faciale et de la Fondation des gueules cassées.

Ce fonds compte, entre autres, deux albums de photographies des Gueules cassées que le stomatologue avait prises en charge à Lyon, entre 1914 et 1918. Le premier d’entre eux comporte des commentaires, une « histoire de la maladie » succincte mais riche d’informations.

Ces albums sont désormais consultables dans la bibliothèque numérique Medic@ à cette adresse : http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?pont_gc_album

La bibliothèque possède en outre un grand nombre de documents annexes : d’autres photographies et plaques de verre, des céroplasties des visages des patients (une imagerie en trois dimensions avant la lettre), des moulages, des instruments de travail et des publications, regroupés dans la banque d’images de la BIU Santé à l’adresse suivante: http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/images/index.php?mod=a&orig=BIUMICOPON

Le fonds représente ainsi plus de deux mille documents dont la majeure partie a été numérisée et est aujourd’hui offerte au public. Cette mise en ligne a été rendue possible grâce au mécénat de la Fondation des Gueules Cassées qui a subventionné les travaux numériques nécessaires. Elle permet une consultation aisée et ouverte à tous, et favorise également la préservation des originaux, qui restent toutefois communicables sur demande motivée.

Nous attirons l’attention des usagers sur le fait qu’un important travail de structuration des données a été effectué afin de regrouper les documents concernant un même patient ou un même type de traumatisme.

Toutes les mentions de noms des soldats ont bien sûr été masquées sur les images diffusées en ligne afin de préserver leur anonymat. Cependant, dans le cadre d’une recherche généalogique, il est possible de contacter directement le service d’histoire de la santé pour plus d’informations.

Outre cet ensemble documentaire, il existe sur le travail du Dr Pont des éléments complémentaires conservés dans d’autres institutions, notamment au Musée des Hospices civils de Lyon et au Musée du Service de Santé des armées du Val-de-Grâce. Le fonds Albéric Pont, source précieuse pour l’histoire de la Grande Guerre et pour l’histoire de la médecine – notamment concernant les techniques de chirurgie réparatrice et les techniques d’imagerie médicale – mériterait, en conséquence, une étude approfondie que nous encourageons.

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Album 2

Une partie des pièces conservées à la BIU Santé est actuellement présentée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne dans l’exposition « Face à face : regards sur la dé(re)figuration » organisée par le Pr Bernard Devauchelle. On peut y voir par exemple l’un des albums de photographies ainsi qu’une série de onze moulages et céroplasties de visages. Cette exposition, qui devait initialement se tenir jusqu’au 11 novembre, sera prolongée jusqu’au 31 mars 2016.

Estelle Lambert et Chloé Perrot

Exposition « Face à Face »

Le lundi 22 juin 2015 s’ouvre la nouvelle exposition de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne-Thiepval :

Face à face : Regards sur la dé(re)figuration

Le commissariat d’exposition est assuré par le professeur Bernard DEVAUCHELLE, chef du service de chirurgie maxillo-faciale du CHU d’Amiens et fondateur de l’Institut Faire Faces. Il est le pionnier des greffes de la face depuis 2005.

Il a été assisté de Sylvie TESTELIN, chirurgien maxillo-facial et professeur à l’université Picardie-Jules-Verne.

«À partir de l’histoire des « Gueules Cassées », ces combattants défigurés de la Première Guerre
mondiale, «Face à Face» permettra d’évoquer l’évolution de la pensée et des pratiques médicales
grâce aux documents et objets choisis dans les collections de quelques illustres chirurgiens de
la Grande Guerre.
Ces moulages, outils médicaux, photographies, témoignages écrits et filmés seront mis en
perspective avec les moyens, techniques et réalisations actuels. Ces exemples traduisent
l’importante influence de la rencontre entre des médecins du début du siècle venus de tous
horizons au service des soldats défigurés.»

Il y sera notamment question des travaux d’Albéric Pont, déjà évoqué dans certains de nos précédents billets.

L’exposition s’inscrit dans le cadre du projet européen Interreg «1914Faces2014» dont elle constitue la dernière phase. Elle restitue l’essentiel des travaux de recherche réalisés par les partenaires du projet.

L’exposition se tiendra jusqu’au 11 novembre 2015.

Le fonds Albéric Pont

Pour cette exposition, la BIU Santé prête donc un grand nombre de pièces issues du fonds du Dr Albéric Pont (1870-1960), à l’origine de la création à Lyon en 1914 du premier centre de chirurgie maxillo-faciale en France :

  • Un ensemble de onze moulages de visages de blessés, dont la plupart sont en plâtre peint et deux en cire colorée

  • Un album contenant plus de 680 photographies de soldats, avant et après traitement, qui consigne pour chaque blessé les circonstances de la blessure, la date de son entrée dans le service, le diagnostic et la description du traitement. Il recense principalement des opérations pratiquées par le Professeur Vallas et par le Docteur Pont.

En complément de l’album original, certaines pages seront exposées sous forme de reproduction papier et une version numérique complète du document sera accessible sur une borne multimédia.

  • Une prothèse nasale, et une prothèse oculaire en céramique

  • Des reproductions de plaques de verre présentant des appareils pour le traitement des fractures des mâchoires.

La BIU Santé prête également un autre document témoignant de l’activité en chirurgie maxillo-faciale, à Marseille cette fois. Il s’agit d’un montage de photographies, réalisé vers 1919 par le Dr F. Bosano de l’Hôtel-Dieu de Marseille, montrant des appareils de maintien, de prothèse et de redressement, photographiés seuls ou en place sur des patients. Cette planche est présente dans l’exposition Les Gueules cassées (rubrique « Document »), sur notre site.

 

En savoir plus

Le site de l’exposition

Entretien avec le professeur Devauchelle

Notre exposition virtuelle sur les Gueules cassées

Estelle Lambert & David Benoist

Debut: 06/22/2015
Fin: 11/11/2015
Historial de la Grande Guerre, Château de Péronne, BP 20063
Péronne , Picardie
80201
FR

Des crânes au musée

Une exposition consacrée au chirurgien Paul Tessier (1917-2008)

L’exposition « Crânes concrets, avant-projet d’un solid museum Paul Tessier » vient de s’ouvrir au musée d’Histoire de la médecine (du 14 mai au 29 août 2014, 12, rue de l’École-de-Médecine, Paris 6e). Elle a été réalisée par l’Association Française des Chirurgiens de la Face avec le concours de l’université Paris Descartes.

Elle est consacrée au travail de Paul Tessier (1917-2008), chirurgien plasticien français ayant exercé à l’hôpital Foch de Suresnes.

Une exposition sur un chirurgien ? De quoi s’agit-il au juste ?

D’un hommage à Paul Tessier ? L’admiration n’est certes pas absente de l’esprit des organisateurs. Cependant, non. L’exposition évite les pièges de l’histoire célébration.

Cette exposition est-elle pédagogique ? Non. Ni ne veut l’être, bien qu’on y apprenne. Face à ces objets et documents, à chacun de faire ce qu’il veut, ce qu’il peut, avec son étonnement d’homme devant des malformations effrayantes et des techniques opératoires effarantes, avec son savoir d’homme de l’art éventuellement, avec sa curiosité personnelle en tout cas. « À charge pour le visiteur, nous disent les organisateurs, plongé dans ce pêle-mêle, de dénouer l’écheveau, de souligner, de biffer, de jauger, de commenter… »

L’exposition Paul Tessier interroge le spectateur sur plusieurs limites

Crâne acrylique
Syndrome d’Apert – Edimbourg
Phase 3 : un « LE FORT III type ». Long tenon malaire-Sagittal split des R.O.L – Greffes osseuses iliaques.

Limite chirurgicale et anatomique (sphère rhinologique, sphère cérébrale) : celle-ci a été franchie par Paul Tessier, et a permis la naissance d’une nouvelle sous-spécialité chirurgicale, la chirurgie craniofaciale.

Limite éthique : que peut-on opérer ? Où commence la démesure de l’opérateur ?

Limite du possible technique, et de la virtuosité de l’opérateur.

Limite entre science et art, technique et œuvre.

Limite enfin entre ce qui intéresse des spécialistes, et ce qui peut intéresser tout un chacun. Celle-ci me semble franchie dans cette exposition.

De l’œuvre d’un chirurgien on ne peut garder que des traces. Au musée : des crânes, patiemment réunis ; des instruments, des photographies, des textes, un film d’opération. Des schémas préparatoires. Des crânes sciés, ébauches et réflexion en vue d’une étonnante ébénisterie sur le vivant. Voilà des parties du crâne qu’on traite comme le tiroir d’un meuble. Tenons et mortaises d’os… Et voici des patients, nés avec des visages de cauchemar, et à qui le chirurgien a donné une figure humaine.

Pour en savoir plus

– La thèse de Benjamin Guichard traite de la constitution de la collection Tessier : Le crayon rouge, outil d’une rupture chirurgicale. Elle est consultable au pôle Médecine de la BIU Santé (cote 2011AMIEM025) ;

La biographie de Paul Tessier sur le site de la BIU Santé ;

Un article du Monde (19 mai 2014) présentant l’exposition ;

– En cette période de centenaire de 1914-1918, retrouvez notre exposition virtuelle sur les gueules cassées.

Jean-François Vincent

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