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Article extrait de : Frédéric Charrière (1803-1876) Fabricant d’instruments de
chirurgie et 150 ans de l’histoire d’un
établissement parisien
du quartier des Cordeliers, Paris, 2008
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Joseph Frédéric Benoit Charrière (1803-1876)
© Coll. Académie nationale de médecine |
Seringue de type "Pravaz" dans sa boîte avec deux aiguilles, par
Charrière
© Coll. Musée de l'AP-HP - coll. de l'ancien musée Pierre Fauchard |
Frédéric Charrière, qui a été placé au nombre des ouvriers
habiles et heureux, fut le premier industriel d’instruments de
chirurgie, en France et à l’étranger. Il fut le premier aussi à
avoir formé dans ses ateliers un très grand nombre d’émules qui,
plus tard, s’établirent à leur compte et devinrent un peu ses
concurrents ; mais ils formèrent à leur tour d’autres artisans
qui tous mirent dans leur pratique quelque chose qui venait des
ateliers de la rue de l’École de Médecine. La renommée de
l’instrumentation chirurgicale française lui doit tout.
Longtemps laissée entre les mains des forgerons et des
couteliers, la fabrication des instruments de chirurgie n’avait
pas progressé d’un pas, ou si peu. En ce début du
XIXe siècle, l’art de fabriquer les
instruments se plaça en France au-dessus de toute concurrence,
par suite des perfectionnements dus à l’intelligence et aux
travaux de plusieurs artisans éminents. Charrière fut l’un de
ceux-là, et aussi l’un des tout premiers. Il travaillait sans
relâche dans ses ateliers, seul ou avec les ouvriers et les
contremaîtres. Il a tout de suite senti que, seul dans son coin
ou dans son magasin, il ne pourrait donner à son talent qu’une
petite part de ses possibilités. Il lui fallait aller là où
s’appliquaient les instruments qui sortaient de ses mains. Il
l’a écrit lui-même, dans l’introduction de sa notice de 1834 :
« J’ai compris tout l’avantage qu’il y aurait de voir
fonctionner mes instruments. J’ai donc demandé à assister à des
opérations chirurgicales. J’ai été singulièrement favorisé par
les chirurgiens de la capitale, car tous m’ont accueilli avec
une grande bienveillance, et la plupart m’ont, j’ose le dire,
servi de maîtres ».
Ainsi, de jour en jour, associé de plus en plus étroitement
aux exploits des chirurgiens, Frédéric Charrière devint, en
quelque sorte, l’animateur du progrès de l’arsenal chirurgical
qui a profondément marqué le XIXe
siècle. Façonnés par sa main, les instruments qui sortaient de
ses ateliers acquirent une qualité qu’ils n’avaient eue
qu’imparfaitement jusqu’alors. Il fallait entendre par là, que
les nouveaux instruments, sous le petit encombrement
qu’il avait réussi à leur donner, avaient maintenant une force
et une résistance qui permettaient aux praticiens de vaincre les
grands obstacles présentés par le corps humain. Cette solidité à
toute épreuve, ce fut la trempe de l’acier qui la leur donna,
trempe où excella notre coutelier. C’est la pensée que le
docteur Tuffier, chargé de rédiger le rapport centennal sur les
instruments de chirurgie à l’exposition de 1900, exprima pour
évoquer Frédéric Charrière et son œuvre. Il y avait donc bien
une « qualité Charrière ».
À son talent d’inventeur, à sa belle capacité de travail,
Charrière avait ajouté des dons exceptionnels de mécanicien et
même de solides notions de physique et de chimie. En 1842, avant
de déposer un brevet pour un nouveau système de galvanisation
des métaux, il fit et refit sans cesse des expériences pour
assouplir l’os et l’ivoire, expériences qui aboutirent en 1840 à
un brevet très lucratif pour des tétines de biberons et des
bouts de seins artificiels ; il proposa même un nouvel
électro-aimant qui semble, en revanche, n’avoir pas beaucoup
retenu l’attention des électriciens.
Mais son vrai domaine, celui où il était à l’aise et qu’il
porta à l’excellence fut la fabrication des instruments de
chirurgie. Cette industrie, pour ainsi dire, naquit en France, à
Paris, plus exactement dans ses ateliers. « Sous l’impulsion de
M. Charrière, elle a pris, il y a environ quarante ans, une
importance considérable et elle a fait des progrès incessants. »
C’est ainsi que le docteur Onimus concluait son rapport sur les
instruments au retour de l’Exposition internationale de Vienne
(1873). Charrière était à cette date retiré des affaires, mais
tous les observateurs reconnaissaient en lui son action passée :
la création et l’animation de cette industrie française qui fut
si prospère jusqu’avant la Première Guerre mondiale.
Notons que cette qualité des instruments Charrière que
nous louons aujourd’hui déjà à son époque faisait l’objet
d’éloges quasi unanimes. Les chirurgiens surtout appréciaient
leur maniabilité, la qualité de l’acier, la perfection des
tranchants, la finesse de leur exécution, la facilité de leur
démontage qui permettait un meilleur entretien. Le premier de
ces praticiens, le grand Dupuytren, l’autorisa à suivre ses
interventions afin qu’il se rendît compte des gestes que
l’opérateur avait à faire. Ainsi entre les deux hommes
s’installa une très belle coopération qui aboutit à la création
de quelques instruments restés dans les annales de l’arsenal
chirurgical : les lithotomes simple et double, l’amygdalotome,
par exemple. Le célèbre urologue Jean Civiale fit de Frédéric
Charrière son fabricant attitré. Pour lui, ce dernier créa à sa
demande ou suivant ses propres idées, dans un domaine où très
peu d’instruments existaient, un grand nombre d’instruments et
d’appareils qui permirent d’exécuter des opérations que personne
encore n’avait imaginées. Pour Duchenne de Boulogne, il
construisit la machine volta-faradique qui fut à l’origine de
l’introduction de la photographies dans le domaine médical. Pour
le jeune chirurgien Maisonneuve, il mit au point l’un des tout
premiers appareils d’anesthésie ; il exécuta pour Pravaz la
seringue que celui-ci avait dessinée.
Finalement Charrière est aujourd’hui un personnage mal connu
alors qu’il fut le premier des industriels de la coutellerie
chirurgicale, celui qui la créa de toutes pièces et la porta si
haut qu’il fit de la France et de Paris la première place
mondiale dans ce domaine et de son nom, de sa signature comme on
dit, le gage d’une excellence. L’écrivain polygraphe Noël
Régnier, dans le chapitre consacré à l’Exposition universelle de
1867, résuma ainsi la situation : « La France tenait le premier
rang pour les instruments de chirurgie, les appareils
orthopédiques, hydrothérapiques, etc. 5000 personnes
travaillaient dans cette industrie spéciale dont le rapport
atteignit 15 000 000 francs1. »
La maison Charrière renvoyait l’image respectée et
respectable d’un pays en pleine expansion industrielle et
commerciale. Elle était aussi bien placée au sein du mouvement
qui entraînait les entreprises dans une véritable révolution
industrielle et sociale.
Aujourd’hui, Frédéric Charrière ne peut plus être considéré
comme simple ouvrier ou marchand. Il doit compter parmi les
hommes qui ont su joindre à une grande activité un vif désir de
servir les intérêts de l’humanité et de la science.
Joseph Frédéric Benoît Charrière, le 20 mars 1803,
naquit à Cerniat, petit village tranquille (aujourd’hui de trois
cent trente-huit habitants) du canton de Fribourg, en Suisse,
dans la région aux prairies verdoyantes de la Gruyère du nom de
son emblème un échassier appelé grue. Peu après ses dix ans, il
vint à Paris retrouver ses parents qui s’y étaient installés,
depuis peu, l’un comme garçon de recette, l’autre en qualité de
couturière. En 1816, il entra en apprentissage chez un « artisan
repasseur » en coutellerie, un certain Vincent, qui employa
jusqu’à huit ouvriers et trois apprentis parmi lesquels se
trouvait Hippolyte Guyot. Ce compagnon d’apprentissage ne quitta
plus Frédéric qui lui confia, beaucoup plus tard, la direction
de ses ateliers et l’apprentissage de son fils.
Chez Vincent, l’assiduité du jeune Charrière étonnait tout le
voisinage : « On remarquait particulièrement qu’au lieu d’imiter
la plupart de ses compagnons, il restait le dimanche dans
l’atelier s’amusant à forger, à limer le fer, à chercher, à
penser2. »
Après quelques années de formation, il passa son grade de
maître coutelier en 1821 et, à l’âge de dix-huit ans, s’installa
à son compte dans le local de son ancien employeur qu’il acquit
pour la somme de 2 500 francs3, local que lui céda la
veuve Vincent qui ne pouvait plus continuer d’exercer l’activité
de feu son mari. En effet, les veuves ne pouvaient que « tenir
boutique » ; elles ne pouvaient ni engager de nouveaux ouvriers
ni former de nouveaux apprentis, elles continuaient seulement
l’apprentissage de ceux que leur mari avait commencé à former4.
Le local de la veuve Vincent était situé dans la Cour
Saint-Jean-de-Latran dans le Ve
arrondissement. Cette cour était en fait un passage qui
traversait l’enclos du même nom et conduisait de la place de
Cambrai (aujourd’hui place Marcellin-Berthelot) à la rue
Saint-Jean-de-Beauvais (aujourd’hui rue Jean-de-Beauvais). La
pioche des démolisseurs la détruisit en novembre 1854 lors du
percement de la rue des Écoles.
Frédéric Charrière resta à cette adresse jusqu’en 1833. Dans
le catalogue de la première vente des instruments provenant de
l’ancien musée de Frédéric Charrière, le n° 79 décrit un
magnifique lithotome double de Dupuytren que le fabricant fit
graver ainsi dans un cartouche orné de deux serpents enroulés
autour d’un vase surmonté par deux couronnes de laurier :
« Charrière En face le Collège de France au fond de la cour St
Jean de Latran n° 34-35 ». Cette signature dans son cadre
emblématique ne sera que très rarement reproduite sur un autre
instrument de cette qualité.
Le développement qu’il avait donné à sa petite industrie de
la Cour Saint-Jean-de-Latran l’obligea bientôt à chercher un
nouveau local beaucoup plus vaste. Il le trouva en 1833 dans le
quartier des Cordeliers où il déménagea ateliers et magasins. Il
s’installa d’abord au 7, puis au 9 de la rue de l’École de
Médecine (aujourd’hui n°7 bis). Ce ne fut qu’à la fin de l’année
1842 qu’il traversa la rue pour s’établir définitivement au
numéro 6. L’entrée des ouvriers se faisait par la rue Pierre
Sarrazin. Pour cette année 1842, le revenu brut déclaré de
Frédéric Charrière est de 6 600 francs5.
Dans le nota de l’introduction de son catalogue de
1842, Charrière expliquait à ses clients les raisons de son
dernier déménagement : « Pour cause d’agrandissement, mes
ateliers et magasins seront transférés, à la fin de cette année,
dans la maison faisant face à celle que j’occupe actuellement.
Là, je pourrai réunir des ateliers pour chaque genre d’articles,
notamment pour la confection des bandages. Je pourrai en outre
donner à la fabrication de tous les instruments, appareils et
coutellerie, une extension plus grande que je n’ai pu le faire
jusqu’à ce jour. »
Effectivement l’extension qu’il souhaitait se poursuivit très
peu de temps après puisque le ministre de l’Agriculture et du
Commerce, dans le rapport en demande de naturalisation qu’il
adressa au ministre de la Justice, écrivait : « Il paraîtrait
même, d’après les renseignements qui m’ont été transmis, que le
Sr Charrière s’est vu, par suite de l’importance qu’a prise
aujourd’hui [janvier 1843] son industrie, dans la nécessité de
faire construire de nouveaux atteliers (sic) dans une maison
qu’il vient d’acquérir6 ».
Au physique, selon Farabeuf qui l’a beaucoup fréquenté,
Frédéric Charrière « était un homme grand et robuste, d’une
énergie morale et physique extraordinaire. » ; il était acharné
au travail. Dans une même journée, on pouvait le voir dans son
magasin avec les clients et les employés, dans l’atelier avec
les ouvriers, dans les salles d’opérations et les amphithéâtres
avec les chirurgiens, dans son bureau, tard le soir, à rédiger
les innombrables notices que publiait la maison ou les demandes
de brevets, les projets de modification des instruments, les
adresses aux Académies, etc.
Farabeuf qui habita quelque temps de l’autre côté de la rue
fut le témoin direct de son ardeur au travail ; chargé de
l’éloge du coutelier, il l’a dit sur sa tombe devant une
assistance nombreuse le jour de ses funérailles : « Il
fréquentait les cliniques et les amphithéâtres, faisait de ses
mains et à ses frais essais sur essais pour réaliser ses
conceptions ou celles des autres ; et le soir, lorsque la
journée faite, la boutique était vide et l’atelier fermé,
l’infatigable artisan descendait à la forge et forgeait toutes
les pièces qui devaient occuper ses limeurs le lendemain. »
L’établissement de la rue de l’École de médecine était très
prospère, tous les témoignages s’accordent pour le dire ; et en
cette première moitié du XIXe
siècle, l’industrie des instruments de chirurgie dont la maison
Charrière était, en France, le plus beau représentant,
constituait sans aucun doute la partie la plus intéressante de
la coutellerie. En effet, aucun autre des articles de cette
branche de l’industrie ne reçoit une destination aussi utile et
aussi noble. Pour cette mission qui est de fournir aux
chirurgiens des auxiliaires aussi puissants et indispensables,
Frédéric Charrière a tout de suite compris le rôle qu’il pouvait
jouer dans un domaine où manquait un innovateur : à sa grande
habileté manuelle, il apporterait une connaissance technique et
scientifique indiscutables. Il ne sera donc jamais le simple
« industriel » qu’il aurait pu se contenter d’être, comme le
furent bien d’autres parmi ses concurrents. Gaujot, et il n’est
pas le seul, n’hésitait pas, pour sa part, à lui accoler le nom
« d’artiste » qu’il trouvait bien digne, par ses travaux et les
services qu’il rendait à la science, « de figurer honorablement
à côté des chirurgiens. »
Tout obligeait le coutelier Charrière à satisfaire les goûts
variés d’une clientèle d’élite et exigeante. Il devait prendre
l’initiative des innovations réclamées qu’aucun sacrifice de
temps ou d’argent ne pouvait arrêter. Dans ses tentatives,
répétées jusqu’à une complète réussite, il pouvait compter sur
l’aide de quelques ouvriers habiles qu’il avait formés
patiemment.
À la demande de ses clients, les grands chirurgiens, ou de
son propre chef, Frédéric Charrière façonnait des modèles qu’il
faisait ensuite fabriquer « en grand » à Nogent7; les
usines à vapeur de la Haute-Marne se trouvaient ainsi
considérées comme une extension des ateliers de Paris.
À cette époque-là, deux centres français principaux, Nogent
et Paris, suffisaient pour alimenter la presque totalité de la
coutellerie spécialisée en instruments de chirurgie. Arthur
Daguin a noté que ce fait existait déjà en 1839 : « Tous les
instruments spéciaux de la chirurgie se fabriquaient à Paris ;
mais tous ceux qui se rattachent directement à la coutellerie et
à la cisellerie, aussi bien que les pinces à anneaux, les
daviers, les clefs à dents, sortent de Nogent où leur
fabrication occupe un grand nombre d’ouvriers habiles. Les
fabricants parisiens ne peuvent lutter avec ceux de Nogent, qui
produisent dans d’excellentes conditions et à bas prix. »
Les deux autres centres, Châtellerault et Thiers, ne
fournissaient que la coutellerie de table ou de jardin,
« l’ordinaire et le bon marché ». Lors des statistiques établies
en 1878, deux années seulement après la mort de Frédéric
Charrière, Nogent comptait vingt usines mues par l’eau ou la
vapeur, quarante maisons de commerce en gros et employait dix
mille ouvriers répartis en ville et dans les quarante communes
des cantons voisins. C’était à peu de chose près la même
situation avant le décès du coutelier parisien.
Des deux districts contigus de Nogent et de Langres provenait
la coutellerie dite fine et demi-fine : lames et ciseaux. La
plupart des usines possédaient des « cabinets dans lesquels
étaient rangés avec ordre des milliers de poinçons destinés à
marquer les objets expédiés à qui de droit. Les fameux rasoirs
anglais de M… lui sont expédiés de Nogent par 5 et 600 douzaines8. »
Il est bien difficile ainsi de pouvoir affirmer que tel ou tel
outil ou instrument portant le poinçon bien connu d’un coutelier
de Paris ou de Londres sort d’un atelier parisien ou anglais
puisqu’il a pu être fabriqué dans la Haute-Marne.
Les ouvriers des diverses branches de cette industrie
travaillaient soit dans des usines ou des fabriques, soit dans
leur foyer. Leur production était ensuite vendue pour les deux
tiers aux couteliers parisiens et pour un tiers expédiée à
l’étranger, principalement en Amérique du Sud. De toute cette
production, la coutellerie chirurgicale n’occupait qu’une partie
de l’activité des ouvriers et du commerce.
La marchandise des ateliers parisiens de Charrière provenait
de Nogent, et plus particulièrement des usines des frères Eugène
et Adolphe Vitry, créées en 1795. Elles s’étaient transmises
dans « la même famille avec les meilleures traditions de loyauté
et d’expérience acquise9. » Les frères, dont Eugène
était le gendre de Frédéric Charrière, occupaient deux cent
cinquante ouvriers en 1867. Ils avaient ajouté à leur
fabrication très variée de ciseaux, couteaux de poche et
instruments de jardinage, la fabrication des instruments de
chirurgie. Guidés par les conseils de Frédéric Charrière qui les
poussa aussi à développer à grande échelle cette branche de leur
industrie, ils lui fournissaient l’essentiel des lames en acier
trempé dont il leur avait imposé la technique apprise lors de
son séjour à Sheffield.
Sous l’impulsion de Frédéric Charrière, les usines de Nogent
avaient été modernisées à la fin des années quarante. Les
moteurs à vapeur nouvellement installés permettaient de mouvoir
de puissants tours-laminoirs ; de même, des ventilateurs
remplaçaient les soufflets anciens, réduisant ainsi
considérablement « les frais de bras ». Le même ouvrier qui
conduisait la machine à vapeur pouvait aussi contrôler « une
petite usine à gaz pour l’éclairage ». Cette économie sur les
bras fut, bien entendu, répercutée sur le prix des articles qui
sortaient des ateliers nogentais. Ainsi, une médaille de
première classe attribuée lors de l’exposition de 1855
récompensa les auteurs de cette « coutellerie à bon marché » ;
une deuxième fois en 1867, une double médaille d’argent couronna
les frères Vitry pour leurs instruments de chirurgie et pour
leurs ciseaux et sécateurs.
Les frères couteliers avaient aussi amélioré, dans toutes
leurs parties, les ateliers de production : la forge,
l’ajustage, le montage et le poli et ils ont appliqué « autant
que possible le régime de la division du travail ».
La production de l’établissement parisien de Frédéric
Charrière et celle des usines associées de Nogent maintenant
entièrement modernisées pouvaient affronter la production de la
concurrence française et étrangère.
Après la mort de Frédéric Charrière, le 22 juillet 1876,
Eugène Edmond Vitry acheta l’immeuble du 6 de la rue de l’Ecole
de Médecine où il s’installa avec sa femme. Eugène Collin était
alors son seul locataire (la société Robert et Collin sera
dissoute en juin 188410). Peu de temps après, en
1877, Eugène Vitry céda l’usine de Nogent à son frère Adolphe
qui la revendit en 1887 à M. Schwob.
En 1866, la maison Charrière fut adjugée après
enchères à deux anciens employés de Frédéric Charrière : Robert
et Collin qui publièrent leur premier et unique catalogue en
1867. L’établissement sera repris plus tard par Pierre Urbain
Louis Collin ; son petit-fils Pierre lui succèdera en 1923.
Pierre Gentille absorbera l’ancienne maison Charrière, devenue
entre temps maison Collin, en 1957. Le fonds Charrière-Collin-Gentile
fut vendu en 1972 lorsque Pierre Gentile prit sa retraite. Avec
la vente de ce fonds s’achevaient cent cinquante ans d’activité
de la plus illustre maison française d’instrumentation
chirurgicale.
Notes
|
1 |
Soient
aujourd’hui environ 55 millions d’euros (données
INSEE communiquées à titre purement indicatif car
reposant sur des hypothèses relativement fragiles) |
|
2 |
Achille
Chéreau, Charrière, extrait de la Bibliothèque
universelle et Revue suisse, Lausanne, 1876. |
|
3 |
Soient
aujourd’hui environ 9 200 euros (idem). |
|
4 |
Article
« coutelier » in : Encyclopédie ou dictionnaire
raisonné des sciences, des arts et des métiers. |
|
5 |
Soient
aujourd’hui environ 35 000 euros (idem). |
|
6 |
Archives
nationales, dossier naturalisation, n° BB/11/444/1. |
|
7 |
Nogent-le-Roi, Nogent-en-Bassigny,
Nogent-sur-Seine ? Ces différentes dénominations
désignent un même lieu en Haute-Marne ; nous dirons
seulement Nogent. |
|
8 |
Revue de
l’Exposition de Dijon. Journal des exposants, 1858,
p. 156. |
|
9 |
Camille Pagé,
La coutellerie depuis l’origine jusqu’à nos jours,
Châtellerault, 1896-1905, 6 vol. |
|
10 |
Calepin du
cadastre, Archives de la ville de Paris, dossier n° DP4 374,
année 1876 |
Références
|
CHÉREAU
(A.), Charrière…[Extrait de la Bibliothèque
universelle et Revue suisse]… Lausanne, G. Bridel,
1876 |
|
DAGUIN (A.), Nogent et
la coutellerie dans la Haute-Marne.- Nogent, Mongin,
1878 |
|
DEMARQUAY, Rapport sur
les instruments et les appareils de chirurgie…
Paris, Imprimerie centrale des Chemins de fer, 1862 |
|
FARABEUF (L.H.),
Joseph Frédéric Charrière… Éloge in Le Progrès
médical, mai 1876 |
|
FOUCAUD
(E.), Les artisans illustres… Paris, Béthune et
Plon, 1841 |
|
GAUJOT (G.) &
SPILLMANN (E.), Arsenal de la chirurgie
contemporaine. Description, mode d’emploi et
appré-ciation des appareils et instruments en usage
pour le diagnostic et le traitement des maladies
chirurgicales, l’orthopédie, la prothèse, les
opérations simples, générales, spéciales et
obstétricales… Paris, J.B. Baillière, 1867-1872, 2
volumes |
|
ONIMUS (E.),
Exposition universelle de Vienne en 1873. Section
française. Rapport sur les instruments de précision
et de l’art médical.- paris, 1873 |
|
REGNIER
(N.), L’industrie française au XIXè s.- Paris, Léon
sault, 1878 |
|
TUFFIER
(T.),Musée rétrospectif de la classe 18. Médeicne et
chirurgie à l’Exposition universelle de 1900 à
Paris.- Paris, Belin frères, 1900 |