La Migraine
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Introduction par Esther Lardreau-Cotelle
Agrégée de Philosophie Docteur en Philosophie de l'Université Paris I
Détachée à l'IHPST-UMR
8590 (CNRS/ENS/Paris 1) 13 rue du Four, 75006 Paris
esthercotelle@wanadoo.fr
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Janvier 2008 |
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La Migraine. -
Album comique de pathologie pittoresque,
Recueil de vingt caricatures
médicales, Paris : A. Tardieu, 1823. © BIUM |
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Remarques terminologiques
Des articles "céphalée" ou "cephalea", "céphalalgie", "migraine",
"hémicrânie", "douleur de tête", "carébarie" (littéralement, "pesanteur de tête", "lourdeur de
tête", figurent dans les grandes encyclopédies du dix-neuvième siècle numérisées sur
Medic@.
Mais selon l'époque, les entrées sont séparées, ou au contraire confondues, et certains articles
peuvent manquer : par exemple, le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques
(articles "céphalalgie"
et "hémicrânie"
)
comporte, en 1833, un article "hémicrânie", mais n'a pas d'entrée "migraine"; en revanche, en
1837, le Dictionnaire ou répertoire général des sciences médicales (articles "céphalée,
céphalalgie"
et "migraine"
)
comporte une entrée "migraine", mais aucun article n'est consacré à l'hémicrânie. En 1876, le
Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (articles "céphalalgie, céphalée"
et "migraine ou hémicrânie"
)
n'a pas d'entrée "hémicrânie", mais l'article "migraine" est intitulé : "migraine ou
hémicrânie". Alors qu'une place était réservée, au début du siècle, à la "douleur de tête",
comme on voit dans l'Encyclopédie méthodique (articles "céphalalgie"
,
"hémicrânie"
,
"migraine"
)
et "douleur de tête", la rubrique disparaît des autres encyclopédies. Il en va ainsi de
la notion de "carébarie"
qui devient obsolète.Migraine, hémicrânie, céphalée, céphalalgie, douleur de tête, maladie de
tête, etc. : quantité de termes, entre lesquels il n'est pas évident de distinguer, renvoient à
ce que la langue populaire désigne comme "mal de tête".
L'étymologie ne peut être, ici, de grand secours.
Migraine et hémicrânie sont des altérations du latin médiéval :
par l'intermédiaire du latin tardif hemicrania, ou mieux, de hemicranium, dont
l'emploi semble plus courant, hemigranea, hemigrania, migranea, migrana,
empruntent au grec hêmicranion et hêmicrania, eux-mêmes composés de hêmisus
(demi), et de cranion (crâne). Ces termes désignent à la fois la moitié de la tête comme
siège de la migraine (l’hémicrâne) et la douleur dans cette moitié de la tête : la maladie
coïncide avec sa localisation anatomique. Il est assez fréquent, dans l'Antiquité grecque ou
latine, qu'une maladie soit nommée par le lieu atteint, de sorte qu'une analyse des noms suffit
à donner une définition de la maladie.
Mais, si d'un point de vue étymologique, migraine et hémicrânie
sont strictement synonymes, leur usage ne l'est pas. Comme il en va de tout doublet, tout couple
de mots issus du même étymon, l'usage s'est spécialisé. De formation populaire, migraine,
apparu au douzième siècle avec le sens non médical de «dépit, ennui» (sens qui perdure jusqu'à
la fin du dix-neuvième siècle, à travers un verbe comme « migrainer » [1] : « donner la
migraine, agacer fortement, lasser », attesté par exemple chez les Goncourt), suit une évolution
phonétique normale, avec des modifications de sens assez considérables pendant deux siècles,
tandis que hémicrânie, de formation savante, apparu vraisemblablement au seizième siècle
(on en trouve occurrence chez Ambroise Paré), au moment de la relatinisation de la langue
française, est emprunté directement au latin et au grec, avec des transformations mineures. Du
fait de cette évolution phonétique, migraine est, d’une part, plus éloigné, par sa forme,
de l’étymon, et présente, d’autre part, un écart plus important entre signifiant et signifié que
ne présente hémicrânie.
On ne saurait donc considérer ces deux termes comme exactement synonymes.
Entre le seizième et le vingtième siècles, hémicrânie ne désigne que la douleur de tête
unilatérale, alors qu’au contraire, libéré de l’étymologie, migraine en vient, dès la fin
du dix-huitième siècle (chez Tissot, par exemple), mais essentiellement au cours du dix-neuvième
siècle, à désigner des formes extraordinairement éloignées les unes des autres, des formes avec
douleur bilatérale à des formes où la douleur fait totalement défaut.
Lorsque le français dispose des deux termes concurrents, hémicrânie
est systématiquement préféré à migraine jusqu'à une date historiquement situable, entre
1829 (Prosper Martin) et 1831 (Pierre-Adolphe Piorry) [2]. Après quoi, le choix du terme
migraine s'impose : hémicrânie ne désigne plus, alors, qu'un symptôme. C'est que la
migraine ne se réduit plus à sa définition anatomique, et qu'on tend, au contraire, à
privilégier un ensemble de symptômes et de prodromes qui, jusque-là, avaient été, non pas
négligés, mais considérés comme très secondaires par rapport à cette sensation matricielle
qu'est la douleur.
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Honoré Daumier. Le mal de tête
Lithographie parue dans Le Charivari, 23 avril 1833
© Brandeis University |
Tout se passe comme si textes antiques et textes du dix-neuvième siècle
parlaient bien des mêmes sensations, d'un même réel, non de la même maladie. De fait, la
catégorie des « douleurs de tête » (dolores capitis) a disparu, alors qu’aux siècles
précédents, figurant explicitement dans les nosographies, elle constituait un genre de maladie,
dont la migraine était espèce. Etaient rangés parmi elles, migraine,
vapeurs, folie,
épilepsie, paralysie, catarrhe, mais encore, ophtalmie, otalgie, odontalgie, rhumatismes, selon
les classements envisagés (voir, par exemple, Jean Fernel, La Pathologie, ou discours des
maladies, en 1655
, ou Boissier
de Sauvages, Nosologia methodica, en 1763
, -
traduite en 1772 sous le titre de Nosologie méthodique
-, ou Linné
[3])
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Les Vapeurs. -
Album comique de pathologie pittoresque,
Recueil de vingt
caricatures médicales, Paris : A. Tardieu, 1823.
© BIUM |
Rejet du concept de douleur
Les textes ici numérisés concernent principalement le dix-neuvième siècle,
que signale un grand nombre de publications académiques sur la maladie migraineuse
(thèses
d'étudiants en médecine, monographies, articles de dictionnaire, de périodique, chapitres de
manuel ou de cours), mais aussi des romans [4], vaudevilles [5], opérettes [6], lithographies
[7], etc.Cette décision de numérisation n'est pas accidentelle. Certains textes,
absents de la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine, ou pour lesquels existent toujours des
ayant-droits, ne pouvaient faire l'objet d'une numérisation (aussi, certaines références
importantes, pour l'histoire de la migraine, ne sont-elles pas consultables en ligne, bien
qu'elles figurent dans les éléments bibliographiques).
Mais, par ailleurs, le corpus a été volontairement restreint, en partie, à la
fin du dix-huitième siècle et au dix-neuvième siècle, dans la mesure où le concept de migraine
se construit alors pleinement au cours de cette période. Ce serait un grossier anachronisme de
penser que la "migraine" a existé "de tout temps" : un problème médical surgit à une
époque déterminée, dans un lieu déterminé, en fonction d'un état de la médecine, et de celui des
discours qu'elle rencontre (physiologie, pharmacologie, etc.), bien qu'il soit vraisemblable que
les sensations migraineuses, le réel de la maladie, enveloppent quelque pérennité.Les maladies sont saisies dans des complexes culturels. Tel siècle, telle
région, élisent volontiers une maladie comme représentative de leur histoire. Chaque époque,
chaque pays, a « ses » maladies : il était courant, au dix-huitième siècle, que les Français
appellent la vérole le « mal napolitain » ; de leur côté, les Anglais parlaient du « mal
français ». Les Anglais ont eu le spleen. La France du dix-neuvième siècle a la
« migraine » : « on peut dire que la France est la patrie de la migraine » [8]. Pour le
dix-neuvième siècle français, qui sort de la Révolution, et de la Terreur, la migraine est
problématique, et renvoie une grimace des fractures, sociales ou sexuelles : maladie des beaux
esprits, maladie de la femme mal mariée, maladie de la bourgeoisie.
Il serait cependant erroné de croire que les Anciens ignoraient quelque chose
comme la "douleur de tête". Il serait également erroné de penser que le dix-neuvième siècle n'a
rien voulu savoir des siècles antérieurs.
C'est, au contraire, un passage obligé dans les thèses médicales de ce siècle
que de dresser un tableau des connaissances acquises au cours de l'Antiquité. Galien
, le
Pseudo-Galien
, Arétée
, Caelius
Aurelianus
, Alexandre
de Tralles
ne sont
guère lus (les références sont souvent de seconde main), mais sont à l'envi répétés. Quant au
corpus hippocratique, il n'est mentionné qu'à titre d'autorité, car si l'on y trouve des
expressions comme "céphalagie", "douleur de tête", "douleurs autour de la tête", "pesanteur dans
les tempes", "pesanteur de tête", rien ne ressemble à un tableau de maladie migraineuse – sauf
un passage des Epidémies
qui livre
sans doute une description de migraine ophtalmique, non explicitement rapportée à la migraine.
Malgré cette tradition universitaire, malgré les choix de traduction que font
Littré et Daremberg dans leurs entreprises pour rendre accessibles les Anciens, ce que
l'Antiquité décrit sous les noms grecs d'hêmicrania, hétérocrania (Arétée), et
sous les noms latins d'hemicrania, hemicranium, correspond-il à ce que le
dix-neuvième siècle a appelé "migraine"? Cela n'est guère évident. Alors que l'Encyclopédie,
que les premières encyclopédies du dix-neuvième siècle, conservent des définitions dans
lesquelles le concept de douleur demeure central, la fin du premier quart du dix-neuvième siècle
change radicalement de perspective.
Des traditions parallèles, art vétérinaire et astronomie, ont, au reste, mis
en avant, depuis un certain nombre d'années, des phénomènes oculaires "étranges", - hémiopsie
[9], phosphènes [10], etc. -, suivis de céphalalgie, que la tradition médicale, depuis
Hippocrate, avait envisagés comme relevant d'une maladie à part (la scotodynie [11]). Il devient
désormais impensable, à la médecine, que ces phénomènes soient séparables de la migraine.
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Représentation d'une aura migraineuse avec symptômes ophtalmiques
(hémianopsie ou perte de la vue dans une partie du champ visuel; scotome positif avec
perception d'une tache noire - en bas, à droite ; amblyopie ou baisse de l'acuité
visuelle), et osmophobie (hypersensibilité, intolérance aux odeurs). Aucun symptôme
douloureux, ici. |
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Jean-Jacques Grandville, Sans titre,
Old Nick (Paul Emile Forgues),
Petites misères de la vie humaine -
Joco Seria,
sans lieu, imprimerie de H. Fournier et Cie, s.d. (1842), p. 313.
© Collection privée, E. Lardreau |
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L'un des premiers textes médicaux à envisager l'aura ophtalmique, cet
ensemble de symptômes ophtalmiques qui généralement arrivent au moment où commence le mal de
tête migraineux, ou qui le précèdent immédiatement, est celui de Fothergill, passé inaperçu
jusqu'à ce que Hubert Airy en 1870, puis Liveing
, en 1873, le
relisent.
Mais le mémoire fondateur, et par son impact, et par sa décision, est celui
de Piorry, qui invente le concept de migraine ophtalmique [12] (voir aussi Jules Pelletan de
Kinkelin
) : parmi les
états de sensations dont un patient est susceptible de faire expérience, les symptômes
ophtalmiques (et notamment, le scotome scintillant [13]), proches du vertige (Mémoire sur le
vertige
; voir aussi
l'article de Ménière
), ou les
défaillances de la parole, ne sont pas moins décisives que la douleur qui assurément le point.
En dehors du volume de Liveing et de l'article de Hubert Airy déjà cités, le travail de Piorry
est continué par trois thèses de médecine d'importance, celle de Dianoux
qui fait le
point des connaissances en 1875, celle de Robiolis
, en 1884,
témoignage sur l'hypothèse de l'ophtalmologue Nicati (lequel avait envisagé des "migraines" pour
chaque organe de la sensibilité spéciale (migraines ophtalmique, auditive, olfactive,
gustative), celle de Fink
, en 1891 qui
dresse un tableau des connaissances sur la migraine hystérique; et par trois articles décisifs
de Galezowski
, de Féré
, et de
Babinski
.
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Représentation de scotomes.
- Hubert Airy,
"On a distinct form of transient hemiopsia",
Philosophical transactions of the Royal
Society of London, février 1870, p. 247-264.

© BIUM |
L'ancienne définition de la "migraine" apparaît dès lors mal formée : non
seulement, l'histoire de la médecine a mis en avant des hémicrânies qui n'étaient pas des
migraines, mais il semble qu'il puisse y avoir des migraines présentant d'autres types de
symptômes que la douleur (Labarraque
, par
exemple). Quantité de symptômes ne sont, d'ailleurs, pas localisés au niveau du "crâne" : mains,
bras, langue, peuvent être affectés de fourmillements.
Il s'agira, cependant, moins de remplacer l'ancienne définition par une
autre, toute aussi nominale, que de lui substituer des descriptions cliniques.
Chez des médecins aussi différents que Trousseau ou Liveing, le départ
ne se trouve plus dans une définition théorique, mais dans la pratique, que ce soit a) la
pratique hospitalière ou b) la pratique de laboratoire (l'expérimentation).
a) Il est remarquable que nombre de cas, rapportés dans la littérature
médicale, appartiennent à la population hospitalière ou asilaire [14]. Des rapprochements
peuvent ainsi être effectués entre des patients qui ne relèvent pas des mêmes groupes
nosographiques [15]. L'histoire familiale du patient (son hérédité), son histoire individuelle,
l'efficacité d'une thérapeutique anti-migraineuse sont déterminantes pour le diagnostic : des
phénomènes très hétérogènes à ceux que la migraine, d'habitude, présente ne sont pas a priori
exclus, s'ils s'inscrivent dans une histoire migraineuse, et s'ils sont traités par des
anti-migraineux. Il se pourrait, dès lors, qu'entre des maladies aussi éloignées en apparence,
que la goutte et la migraine (Trousseau, Chaumier
, Soula
), que
l'épilepsie et la migraine (Liveing, tous les textes de Féré ici présentés, Gowers), ou que
l'hystérie et la migraine (Babinski, Fink), une famille se dessine : transformations, ou
similitudes. Place est faite à des formes marginales, irrégulières, formes minimales et
atténuées de la maladie qui, sans les commémoratifs - l'histoire du patient et l'histoire
familiale -, seraient méconnaissables : bâillement, crise de mutisme, démangeaisons, congestion
de la face, éblouissement, formation d'images lumineuses sur la rétine, sont susceptibles d'un
diagnostic de migraine.
b) Une autre modification décisive par rapport aux siècles précédents est le
recours à l'expérimentation en laboratoire. Dès les travaux d'Auzias-Turenne, en 1846 [16] et
1849
, un modèle
vasculaire mécaniste voit le jour, rejetant et la doctrine de la sympathie [17], et la
conception finaliste de la causalité sur laquelle elle était fondée. A partir de la seconde
moitié du dix-neuvième siècle, les théories "vasomotrices" proprement dites (Du Bois-Reymond
, Möllendorff
, Eulenburg
,
Jaccoud [18], Latham
) reposent
sur le développement récent de la physiologie, et sur une découverte expérimentale majeure,
qu’on attribue à la fois à Claude Bernard et à Brown-Séquard : des nerfs vasomoteurs régulent le
flux sanguin des artères. La section, ou au contraire l'excitation du nerf sympathique sont
réalisables en laboratoire, sur animal. Due à une excitation du sympathique, la
vasoconstriction, ou diminution du calibre des vaisseaux par contraction de sa musculature,
produit une anémie locale (pâleur, diminution de la température, etc.). Due à une paralysie du
sympathique, la vasodilatation ou augmentation du calibre des vaisseaux par relâchement de sa
musculature, provoque une hyperémie (rougeur, augmentation locale de la température, etc.). De
là, pourraient exister :
-
soit deux modèles contradictoires de la migraine (Du Bois-Reymond,
Möllendorff);
-
soit deux types de migraine, les migraines par vasoconstriction (dites
populairement "migraines blanches", ou savamment "migraines sympathico-toniques"), et les
migraines par vasodilatation ("migraines rouges", ou "migraines neuroparalytiques") (Eulenburg);
-
soit enfin, deux moments dans une crise de migraine, une phase initiale
de vasoconstriction, suivie d'une phase de vasodilatation (Latham, Jaccoud).
Non seulement les différents symptômes doivent se constater empiriquement en
faveur de l'un ou l'autre modèles, mais encore des appareils doivent pouvoir mesurer l'état de
vascularisation d'une partie du corps humain : c'est ainsi qu'à la suite de Romain Vigouroux, en
1879, Eulenburg envisage la mesure de la résistance du corps migraineux au courant, et s'efforce
de montrer que celle-ci augmente avec le défaut de vascularisation.Ce changement de perspective n'empêche pas de reconnaître des formes de
migraine où la douleur joue un rôle central. Une forme extrêmement rare est ainsi isolée : la
migraine ophtalmoplégique [19] (autrement connue sous les noms de «maladie de Möbius
», ou de
«syndrome de Charcot-Möbius»), migraine avec paralysie de certains muscles de l’œil (du grec,
ophtalmos : œil, et plêgê : coup). Si ce n’est pas Charcot
qui la
décrit pour la première fois (en 1860, Gubler
donne une
description d'une paralysie du tronc du nerf oculomoteur, précédée de migraines, mais il n'est
pas évident de la considérer comme une véritable "migraine ophtalmoplégique"), c’est lui qui, en
1890, lui donne le nom sous lequel elle est, depuis lors, désignée.
Au terme du dix-neuvième siècle, il n'y a plus sens à parler de la
migraine, comme si celle-ci représentait une unité nosologique. Elle ne constitue pas une
maladie. C'est une entité plurielle, divisée en syndromes distincts : migraine vulgaire,
migraine ophtalmique, migraine ophtalmoplégique. A bien des égards, cette classification
constitue une condition de possibilité de la conception contemporaine de la migraine.
D'autres textes, publiés dans la première moitié du vingtième siècle
notamment, sont également décisifs. L'hypothèse vasculaire est renouvelée par les travaux de
Wolff et de ses collègues [20]. Quant à l'hypothèse neurologique [21], elle est considérablement
enrichie par une série d'articles de Lashley [22], de Leão [23], et de Milner [24].
Thérapeutiques
On imagine volontiers que les thérapies antérieures à notre époque n'offrent
aucune cohérence : mélange de procédures mal pensées, plus proches d'une vague pensée "magique"
que de la pensée rationnelle.
Cette opinion résiste mal à la lecture. Les médications sont, en effet,
homogènes aux théories qui leur sont contemporaines, bien que, ici ou là, quelque décalage
puisse être empiriquement constaté.
On ne saurait résumer, en quelques lignes, la richesse des thérapies
antérieures au dix-neuvième siècle, celles-ci variant selon les Ecoles, et selon le type de
douleur de tête. Elles mettent généralement en
œuvre, en traitement de fond [25], un régime,
une hygiène : gymnastique, bains, promenades, voyages, jeux de l'esprit et du corps [26],
doivent permettre d'éviter chagrins, ennuis, colères, soucis, d'une part, excès de sensations
d'autre part. Le régime alimentaire doit faciliter la digestion, et éviter la pléthore, une des
causes essentielles d'hémicrânie.On peut ensuite reconnaître quelques types de médications reposant sur des
principes différents. 1°) Les « céphaliques » (eau de verveine, ambre gris, camphre, eau
d'orange, etc.), dont l’usage disparaîtra, sont spécifiques aux "maladies de tête", sans être
propres à l'hémicrânie. Ce sont des remèdes qui agissent de manière occulte sur le cerveau, les
nerfs, et leurs maladies, accroissant entendement et mémoire, guérissant épilepsie, manie,
paralysie, douleurs, imbécillité, etc. 2°) Autres spécifiques, les « anodins » (fleurs de
bouillon blanc, de sureau, coquelicot, tilleul, etc.) visent à anesthésier la douleur. 3°)
Certaines thérapies ont pour fonction, au contraire, soit d’exciter une douleur nouvelle et plus
forte en un autre lieu, soit de produire une stimulation d’un autre genre qui fasse diversion.
C’est le cas du moxa, de l’ustion, des vésicatoires (excitant des vessies sur la peau) qui,
créant un second point artificiel d'irritation, contrebalancent un point douloureux. Le cautère
réveille la sensibilité. Ainsi de la technique des frictions, comme remarque Roselyne Rey [27].
4°) Dans le cadre des théories humorales, purgations ou émétiques, saignées, artériotomies,
ventouses ou sangsues, sternutatoires, ont pour fonction d'évacuer les humeurs. Certaines
substances sont également employées dans les douleurs de tête pour leurs propriétés
complémentaires : ainsi de l'ellébore, qui agit à la fois comme purgatif violent, et comme
narcotique. 5°) On choisit parfois de faire mûrir ou suppurer le mal : c'est un des rôles des
onguents et des emplâtres.
A partir du dix-huitième siècle, d'autres médications apparaissent, tandis
que certaines n'ont plus lieu (comme l'ustion, l'artériotomie, la trépanation, les céphaliques)
: le quinquina qui était employé dans les fièvres commence à être utilisé dans le traitement des
hémicrânies intermittentes. On a recours, de plus en plus, à l'électricité, et au magnétisme
animal : bain électrique, étincelles, commotions électriques par l'entremise de la bouteille de
Leyde, aimant. On utilise massivement éther et opium.
Au dix-neuvième siècle, les spécifiques (céphaliques et anodins donc) ont
disparu. La critique violente de la polypharmacie (pharmacie fondée sur la prescription massive
de substances médicamenteuses) est à peu près contemporaine de la critique des concepts de
"maladie de tête" et de "douleur de tête". Selon les modèles théoriques de la migraine, la
thérapie diffère.
-
1°) L'analogie avec l'épilepsie fait utiliser le bromure de potassium
[28]. C'est en 1867 qu'un médecin militaire, Barudel [29] en fit, pour la première fois
usage dans le traitement de la migraine, tandis qu'une dizaine d'années plus tôt, Charles Locock l'avait employé dans des cas d'hystéro-épilepsie; en 1858-1859, Wilks et Radcliffe
l'avaient appliqué au domaine de l'épilepsie. Charcot
systématise son emploi à la migraine : c'est un traitement empirique et analogique, dit-il,
mais dont la pratique est heureuse.
-
2°) Contre la migraine hystérique, le bromure est, en revanche,
inefficace, et on lui substitue une thérapie par hypnose.
-
3°) En tant que manifestation de la goutte ou des rhumatismes, on use des
médications qui ont fait leur preuve contre ces maladies : colchique, bicarbonate de soude,
cure thermale [30] [31], salicylés
,
pyrazolés
.
-
4°) Contre les formes vasculaires de migraine enfin, on emploie tantôt
des vasoconstricteurs, tantôt des vasodilatateurs, selon le type de migraine; dans les
formes angio-paralytiques, avec vasodilatation, on emploie l'ergot de seigle; dans les
formes sympathico-toniques, avec vasoconstriction, le nitrite d'amyle ou le chloral (hydrate
de chloral) sont préférés.
Au cours de la seconde moitié du dix-neuvième siècle se développe le
traitement par les courants galvanique et faradique [voir illustrations], courants qui
s'appliquent dans les deux formes de migraine, mais dont l'action est fort différente. Dans la
méthode polarisée de Brenner, une des électrodes de la pile galvanique est placée au niveau de
la partie cervicale du sympathique, une autre électrode est mise dans la main. Dans la migraine
sympathico-tonique, c’est l’anode qui est appliquée sur le sympathique, et la chaîne de la pile,
composée de 10 à 15 éléments, est brusquement fermée : l’anode, pôle positif, produit un effet
sédatif. Dans la migraine angioparalytique, c’est la cathode qui est mise sur le sympathique, et
la chaîne n’est pas fermée brusquement, mais au contraire, tour à tour ouverte et fermée;
parfois, en inversant le sens du courant, l’excitation est plus violente. La cathode, pôle
négatif, augmente l’excitabilité. La méthode monopolaire, dite du professeur Chauveau, est
également pratiquée : on place la cathode ou électrode active (qui est l’électrode la plus
petite) sur le sympathique, et l’électrode indifférente (dite ainsi, à cause de la faible
intensité du courant à son niveau), plus large, se situe à la nuque. La durée de la séance
quotidienne est très courte : 45 secondes environ, et la densité électrique faible.Courant alternatif obtenu par induction, à l'aide d'un champ magnétique
variable (bobines de Ruhmkorff ou de Clarke), le courant faradique, lui, produit des
contractions musculaires rythmées discontinues (la fin d'une onde est séparée du début de la
suivante par un intervalle important) qui augmentent la circulation sanguine, et diminuent
l'inflammation du muscle.
Antérieurement à 1870, de petits appareils portatifs ont vu le jour, qui
permettaient de transporter chez les malades une pile d'une puissance suffisante
, et
autorisaient le traitement de crise.
Plus généralement, l'histoire de la pharmacie, à la fin du
dix-neuvième siècle, connaît une seconde transformation : des conditionnements ont fait leur
apparition qui impliquent un rapport nouveau des migraineux aux médecins et aux pharmaciens.
Désormais, les médecins eux-mêmes conseillent aux malades de garder sur eux poudres et cachets,
tout en constatant qu'ils délèguent ainsi une partie de leur pouvoir. Alors que jusqu'en 1867,
la publicité médicale, en France, était interdite, par crainte du charlatanisme, la situation de
quasi monopole de Bayer, l'arrivée de produits de synthèse issus de la recherche allemande
(antipyrine, notamment), font que la migraine devient un objet commercial
de dimension
internationale.
Eléments bibliographiques
On ne trouvera ici que quelques indications.
Sources primaires
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hemiopsia, Philosophical transactions of the Royal Society of London, février
1870, p. 247-264
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t. X, vol. 1, appendice XXXVII « Sur des phénomènes de demi-cécité » [cote BIUM 59.376] |
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son traitement par le bromure de potassium, Recueil de mémoires de médecine, de
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BASSER (L.S.). Benign paroxysmal vertigo of childhood
(a variety of vestibular neuronitis), Brain, 1964, vol. 87, p. 141-152 [cote BIUM
91.082] |
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BICKERSTAFF (Edwin Robert). Impairment of
consciousness in migraine, Lancet, 1961, vol. 2, p. 1057-1059 [cote BIUM 90.503] |
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91.110] |
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BURG (Robert). Étude expérimentale, clinique et
thérapeutique sur le pyramidon, thèse de médecine et de pharmacie n° 124, Lyon,
imprimerie A. – H. Storck, 1897 |
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HERSCHEL (John). Familiar lectures on scientific
subjects, New York, G. Routledge and sons, London, A. Strahan and Co, 1871 |
KOVALESKY (Pavel Ivanovich). L’épilepsie et la
migraine, Archives de neurologie, 1906, deuxième série, vol. XXI, p. 365-379
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OVERLACH (Martin). « Migränin », Ein erprobtes Mittel
bei den schwersten Fällen der Migräne, Deutsche Medizinische Wochenschrift, 28
novembre 1893, t. XIX, p. 1245-1246 [cote BIUM 90.667] |
|
OVERLACH (Martin). Migränin, seine Wirkung und
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Notes
| 1 |
La forme substantivée n'enveloppe plus
guère cette nuance: "Tous sont des migrainés, comme ils disent, de profession" (Voir G.
Sée, Du traitement des maux de tête (céphalées, migraines, névralgies faciales) par
l’antipyrine, Bulletin de l’Académie de Médecine, 1887, deuxième série, t. XVIII, p. 267
).
Il en va de même de l'adjectif "migraineux", attesté, en 1864, chez Soudry (A. Soudry,
Quelques remarques sur la migraine, thèse de médecine n° 26, Paris, imprimerie A.
Parent, 1864, p. 15
),
ou du substantif "migraineux", attesté en 1866, chez Michellet (J. Michellet,
Considérations pathologiques sur la migraine, thèse de médecine, Paris, imprimerie A.
Parent, 1866, p. 20
).
En revanche, les adjectifs "migrainé" et "migrainant", courants à la fin du dix-neuvième
siècle, peuvent être encore employés, dans la littérature, avec un tel sens d'"ennui" ("migrainé":
E. Garrett Anderson, Sur la migraine, thèse de médecine de Paris n° 138, 1870, p. 4
; A. Thomas, Contribution à l'étude de la migraine, thèse de médecine de Montpellier n°
63, 1889, p. 50
).
; “migrainant”: E. Garrett Anderson, 1870, p. 18 |
| 2 |
L'article "hémicrânie", cité
précédemment, du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, en 1833, est sans
doute une des dernières occurences académiques du terme. |
| 3 |
K. Von Linné,
Genera morborum, in
auditorum usum, Leiden, Upsaliie, C. E. Steinert, 1763, p. 40. |
| 4 |
Par exemple: H. de Balzac,
L’œuvre de
Balzac, Physiologie du mariage, Paris, Le Club français du livre, 1966, t. 12, p. 1226
(méditation XXVI, § 1); E. Zola, Œuvres complètes, Pot-Bouille, Paris, Fasquelle, 1967,
t. 4. |
| 5 |
A. Joltrois, É. Abraham,
Madame a sa
migraine, comédie-vaudeville en un acte, jouée à Paris aux Folies-dramatiques le 7
décembre 1858, Paris, Librairie théâtrale, 1858. |
| 6 |
E. Audran, La mascotte (1880),
opéra-comique, livret d’Alfred Duru et de Henri Chivot, Paris, Montgredien et Cie, [s.d.],
acte III, air n° 20, p. 275 à 302. |
| 7 |
Par exemple: H. Daumier, Le mal de
tête, série « l’Imagination » n° 9, publié dans le Charivari du 23 avril 1833.
|
| 8 |
A. Haig, Influence of salicylic acid
and its salts on the excretion of uric acid, Proceedings Royal Medical and Chirurgical
Society of London, New Series, janvier-mars 1888, n°8, 18, II, p. 326. Remerciements à
Gill Jackson et à la Royal Society of London. |
| 9 |
Hémiopsie: du grec hêmi (moitié), et
ôps (vue) : conservation de la vision normale dans une moitié du champ visuel. Seul le
terme « hémiopie » demeure employé. |
| 10 |
Phosphènes: du grec phôs (lumière), et
phainein (apparaître) : sensations lumineuses non provoquées par la lumière.
|
| 11 |
Scotodynie: du grec skotos (ténèbres),
et dinos (vertige): forme de vertige avec obscurcissement de la vue, tournoiement des
objets, palpitations du coeur, tintements des oreilles. Synonyme de "scotomie", et de
"vertige ténébreux". |
| 12 |
Cette forme de migraine a
historiquement porté plusieurs noms : « migraine irienne » (Piorry), « migraine
ophtalmique » (Pelletan); « migraine de l’œil » (Allory, Tamin, Galezowski); « migraine
classique », par opposition à « migraine commune ». Aujourd’hui, selon l’International
Headache Society (The International Classification of Headache Disorders, seconde
édition, Cephalalgia, 2004, vol. 24, Suppl. 1, p. 25), à l’expression de « migraine
ophtalmique », inadéquate parce que trop restrictive, on préfère l’expression de «
migraine avec aura », par opposition à « migraine sans aura ». |
| 13 |
Scotome: du grec skotos (obscurité,
ombre) : lacune dans une partie du champ visuel située au centre ou à la périphérie.
Tantôt le patient perçoit une tache (scotome positif) ; tantôt il ne perçoit rien, se
cogne aux objets, a la sensation que les choses disparaissent (scotome négatif).
Scintillement: tache brillante mobile, généralement en zigzags, pouvant accompagner le
scotome. |
| 14 |
Les cas de migraineux hospitalisés
sont assez rares au début du siècle. On en a cependant plusieurs dans les services
dirigés par Chomel, en 1822, à la Charité, et en 1838, à l'Hôtel-Dieu. Pendant la
seconde moitié du siècle en revanche, ils sont nombreux, surtout lorsqu'il s'agit de cas
de migraine ophtalmique, a fortiori de cas de migraine ophtalmoplégique (voir plus
loin). |
| 15 |
En 1870, à la Salpêtrière, le bâtiment
Sainte-Laure, qui relevait jusque-là du service de Delasiauve, était à ce point vétuste,
que l’administration le fit évacuer. Y étaient hospitalisés, sans distinction, aliénés,
épileptiques, et hystériques. On profita de l’évacuation pour séparer les aliénés des
épileptiques non aliénés et des hystériques, présentant en même façon des crises
convulsives, furent regroupés dans un service spécial, le « quartier des épileptiques
simples », confié à Charcot. En 1879, on comptait, à la Salpêtrière, 137 épileptiques
simples, hystériques compris (voir Ludger Jules Joseph Lunier, Etablissements d’aliénés.
Des épileptiques : des moyens de traitement et d’assistance qui leur sont applicables,
Annales médico-psychologiques, 1881, n° 5, p. 231, tableau II
).
Ceci permit d'une part à Charcot de mettre en évidence ressemblances et différences
existant entre les deux grandes névroses, et d’isoler l’hystérie; d'autre part de
raisonner, comme avait fait Liveing, en termes d'équivalents névrotiques, de sorte qu'on
puisse importer des méthodes de raisonnement et des thérapeutiques d'une maladie à une
autre. S'il n'y avait aucun quartier réservé aux migraineux, on savait en revanche qu'il
fallait les traiter comme les épileptiques, avec le bromure de potassium. |
| 16 |
J.A. Auzias-Turenne, Théorie ou
mécanisme de la migraine, Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des
Sciences / Institut de France, Paris, Gauthier-Villars, juillet-décembre 1846, t. XXIII. |
| 17 |
Sympathie: du grec (sun) avec, et
pathos (affection) : on distingue deux sens médicaux ; 1°) physiologiquement, la
sympathie est une interdépendance non mécanique, harmonie existant entre différents
organes d’un corps vivant, telle que l’un participe à ce qui arrive à l’autre
(l’expression « nerf sympathique » provient de ce premier sens) ; 2°) pathologiquement,
elle désigne une relation existant entre différents organes de telle sorte qu’une
maladie produise des effets perceptibles, non pas au lieu initialement affecté (siège
propre de la maladie), mais en un autre sans rapport mécanique avec le premier |
| 18 |
S.
F.
Jaccoud, Traité de
pathologie interne, Paris, A. Delahaye, 1870, t.
1, II, livre III, chap. 1, « migraine –
hémicrânie », p. 452-456.
 |
| 19 |
La définition de la migraine
ophtalmoplégique n’a guère évolué, mais sa classification comme migraine n’est plus
retenue : elle est considérée comme une espèce de névralgie. L’International Headache
Society (The International Classification of Headache Disorders, deuxième édition (ICHD-II),
Cephalalgia, 2004, vol. 24, Suppl. 1, § 13.17 “Ophthalmoplegic "migraine"”, p.
131-132.), la définit comme une série d’attaques récurrentes de mal de tête à caractère
migraineux, associés à une parésie d’un ou plusieurs nerfs crâniens oculaires, en
l’absence de lésion intra-crânienne décelable. |
| 20 |
H. G. Wolff, Personality features and
reactions of subjects with migraine, Archives of neurology and psychiatry, 1937, vol.
37, p. 895-921; H. G. Wolff, J. R. Graham, Mechanism of migraine headache and action of
ergotamine tartrate, Archives of Neurology and Psychiatry, Chicago, 1938, n° 39, p.
737-763; Wolff’s headache and other head pain, (1948), edited by Donald J. Dalessio, New
York, Oxford, Oxford University Press, 1980 (fourth edition). |
| 21 |
On la peut ainsi simplifier:
l'ensemble des phénomènes neurologiques qui précèdent la céphalalgie dépendraient de
l'apparition d'une onde corticale dite de dépression neuronale envahissante (spreading
depression), qui correspond d'abord à une excitation cérébrale, suivie d'une dépression
du potentiel membranaire, s'étendant de proche en proche à une vitesse de 3 mm/minute,
via les neurones, sans respecter les territoires vasculaires. |
| 22 |
K. S. Lashley, Patterns of cerebral
integration indicated by scotomas of migraine, Archives of Neurology and Psychiatry,
1941, vol. 46, p. 331-339. |
| 23 |
A. de A. P. Leão, Spreading depression
of activity in the cerebral cortex, Journal of Neurophysiology, 1944, vol. 7, p.
359-390. |
| 24 |
P. M. Milner, Note on a possible
correspondence between the scotomas of migraine and spreading depression of Leão,
Electroencephalography and Clinical Neurophysiology Supplement, 1958, vol. 10, n° 4, p
705. |
| 25 |
L'opposition traitement de
crise/traitement de fond, pour la migraine, n'est nullement contemporaine. On la trouve
présente dès l'Antiquité. Elle fait l'objet, au dix-neuvième siècle, d'une réflexion
systématique. |
| 26 |
Voir, par exemple, le concept de
laxatio animi, chez Caelius Aurelianus, comme répondant, pour la pensée, à la thérapie
corporelle par relâchement. |
| 27 |
R. Rey, Histoire de la douleur, Paris,
Editions La Découverte et Syros, 2000, p. 153. |
| 28 |
L. Fuchs, Du traitement de la migraine
par le bromure de potassium, Paris, G. Steinheil, 1896. |
| 29 |
M. Barudel, De l’hémicrânie causée par
l’anémie ; de son traitement par le bromure de potassium,
Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et
de pharmacie militaires, 1867, 35, XVIII, p. 371-390. |
| 30 |
J.M.A. Beni-Barde, Manuel médical
d'hydrothérapie, Paris, Masson, 1883, p. 352-355.
 |
| 31 |
L.-J.-D. Fleury, Traité thérapeutique
et clinique d’hydrothérapie : de l’application de l’hydrothérapie au traitement des
maladies chroniques dans les établissements publics et au domicile des malades ; études
de philosophie médicale et de pathologie générale, Paris, P. Asselin, 1866.
|
|