Lors du XVe congrès de la Société française d’histoire de
l’art dentaire (SFHAD) qui s’est tenu à Reims, en 2005, Philippe
Vergnes, chirurgien-dentiste à Auch, avait présenté "Histoire de
soins en Armagnac". Parmi ces dentistes du passé, il nous avait
exposé succinctement la vie éclectique de Louis Robach. C’est
par l’une de ses patientes, très âgée, qu’il avait entendu
parler pour la première fois de ce confrère original et
exceptionnel. Les recherches de notre confrère, curieux d’en
savoir plus, l’ont conduit jusqu’à l’un des fils Robach, Gerald.
Celui-ci, très charmant et ému de l’intérêt porté à son père, a
bien voulu confier les manuscrits autobiographiques, lesquels
ont été écrits entre 1948 et 1950, au milieu de l’Océan
Atlantique, lors des nombreuses navigations vers l’Amérique du
Sud de cet intrépide voyageur.
Ces manuscrits sont passionnants et se lisent comme un roman.
Doué d’une mémoire prodigieuse, Louis Robach relate avec minutie
et humour les épisodes d’une vie commencée en 1871 à Besançon.
Une enfance soumise à la rudesse paternelle; un service
militaire mouvementé, qui durait trois ans dans cette fin du
XIXe siècle; des études à l’École
dentaire de Paris qui était encore rue Rochechouart, dont il
sera le lauréat en 1897; ses premiers remplacements, sa première
installation à Condom etc. Puis, ses déboires à la déclaration
de guerre de 14 lorsqu’on le prend pour un espion; son activité
à l’hôpital de Toulouse, sortant largement de sa compétence de
chirurgien-dentiste, lorsqu’il recevait et soignait les soldats
blessés : toutes ces évocations sont celles d’une époque
captivante. Et dans un tout autre registre tout aussi étonnant,
il décrit ses activités de pyrénéiste, d’alpiniste, d’astronome
et de photographe qui sont des exploits porteurs d’un véritable
intérêt historique. En 1905, admis à la Société astronomique de
France, il prend les premières photos de Mercure et montre que
la Lune est aplatie aux pôles. Il escalade de nombreux sommets
dont 43 fois le Mont-Perdu, 8 fois le Mont Blanc. Grâce à son
appareil photo "Makenstein", il prend et conserve 8000 plaques
de ses escalades et voyages qui seront prochainement numérisées
aux archives d’Auch. Louis Robach est véritablement une
personnalité fascinante dont la longue vie fut
exceptionnellement sobre : un régime végétarien et une
consommation permanente de sucre et d’eau. Cet homme singulier
ne devait pas rester inconnu, non seulement de ses pairs, mais
aussi de tous ceux qui s’intéressent à la vie des pionniers de
la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe. Deux
articles lui sont consacrés dans les actes 2007 de la SFHAD; ils
ne sont qu’un aperçu de tout ce qui peut être découvert dans ces
manuscrits qui de surcroît sont merveilleusement écrits et très
lisibles.