| Les travaux de Joseph-François Malgaigne,
au XIXe siècle, ont désigné Ambroise Paré
(1510-1590) comme le restaurateur de la chirurgie française.
Ses innovations les plus connues, dans le traitement des
plaies par armes à feu, dans la pratique des amputations,
dans la chirurgie réparatrice, ont peut-être laissé dans
l’ombre la place qu’occupent ses traités et ses œuvres
dans l’histoire de l’édition médicale en langue française. Venu de Laval, après un apprentissage
dont on sait peu de chose, Ambroise Paré exerce trois ans à
l’Hôtel-Dieu de Paris avant de commencer, en 1537, une
carrière de chirurgien aux armées, sans autre préparation
que sa courte expérience et sa lecture de la Chirurgie
de Jean de Vigo. Le traité qu’il publie, en 1545, avec les
encouragements du médecin Jacques Sylvius, pour divulguer sa
Methode de traicter les playes faictes par hacquebutes,
est le premier acte d’une longue carrière qui va faire de ce
praticien sans formation académique le « chirurgien de
quatre rois de France » et l’auteur de la première grande
collection écrite en langue française. Portant le titre de
barbier-chirurgien depuis 1541, il est reçu Maître en
chirurgie en 1554 et nommé premier chirurgien du roi en
1562, quelques mois après la publication de La Methode
curative des playes et fracture de la teste et de l’Anatomie universelle où s’affirme déjà le projet de
construire, « par la main et par la plume », une pratique
générale du corps universel. La chirurgie militaire puis
l’anatomie apparaissent comme les fondements d’une
expérience et d’une science qui lui permettent d’élargir peu
à peu le domaine de son art au-delà des opérations que la
tradition lui concède. les œuvres offertes à
Henri III en 1575, in-folio illustré de près de 300 figures,
rassemblent, amplifient, recomposent les neuf traités
précédemment publiés, et s’augmentent de livres nouveaux,
achevant de tracer, pour la postérité, l’itinéraire d’un
praticien qui, « par tous les moyens possibles, a mis la
chirurgie plus au net que jadis ».
Doncques de tout ce que j’ay veu
et cogneu par l’espace dudict temps, j’ay faict une
entiere recollection, n’ayant rien espargné pour en
tirer la mouelle, et pour esclaicir ceux qui
viendront apres nous, des choses non peult estre
cogneues par cy devant, ou si elles l’ont esté, non
entendues ainsi qu’il estoit requis. […]
Et pour revenir à mon œuvre, j'en
ay faicte la division par cy devant : mais craignant
que par icelle, le corps dissout en parties, ne vint
à quelque aneantissement, estant ainsi
eschantillonné, je l'ay (avec bon conseil) reduict
en un volume, entant que le tout ainsi assemblé,
pourra mieux resister aux injures du temps, que s'il
alloit çà et là separé, et divisé en parties. [A.
Paré, Œuvres, 1575, Au
Lecteur]
Malgré les tentatives de la Faculté pour
s’opposer à la diffusion d’une somme chirurgicale en langue
vernaculaire, qui, avec audace, traite des « hauts points de
philosophie et médecine », les Œuvres rééditées et
encore augmentées en 1579 et en 1585, rencontrent un accueil
puis une fortune dont attestent les neuf éditions parues
entre 1598 et 1685, et les traductions en latin, en anglais,
en allemand, en néerlandais, en japonais. |
Voir, aussi, l’exposition virtuelle
www.biusante.parisdescartes.fr/pare
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