MOUTHON (Jean-Marie)

Les médecins de langue allemande à Paris au XIXe siècle (1803-1871)

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Résumé

Très nombreux à Paris durant cette période, ces jeunes praticiens parlaient les langues germaniques et étrangères : ils venaient bien sûr des états allemands, d’Autriche-Hongrie, de Suisse, des Pays-Bas, mais aussi de nombreux royaumes d’Europe du Centre, du Nord et de l’Est. Ce voyage de formation complémentaire s’effectuait généralement après la thèse, durait quelques semaines, parfois davantage.

La loi du 10 Mars 1803 indiquait que le gouvernement pouvait accorder « s’il le jugeait convenable », le droit d’exercer la médecine sur le territoire français à des médecins gradués dans les Universités étrangères. La guerre de 1870-71 bouleversa les relations de part et d’autre du Rhin. La Société médicale allemande de Paris, née en 1844, fut alors dissoute. Précédée de réunions informelles dès les années 1830, elle s’était rapidement développée, sauf durant l’année 1848. Les deux principaux buts, qu’elle s’était fixé dans ses statuts inspirés de l’Académie Leopoldino Carolina, furent atteints : accueil et rencontres régulières pour les jeunes praticiens allemands, discussions et échanges d’expériences qui permettaient d’élargir les connaissances médicales. Le Docteur Henri Meding, président reconduit pendant quinze ans, en fut la cheville ouvrière. Le recueil des travaux publiés a permis aussi de prendre connaissance de la liste des 1.188 membres : des éléments biographiques ont été retrouvés pour 650 d’entre eux. Aucune trace n’a été retrouvée pour les 538 autres.

Grâce aux différentes sources, un répertoire biographique de 1.037 médecins de langue allemande a pu être établi, incluant les 650 de la Société et 387, qui n’ont pas figuré sur ses listes. Finalement le nombre total des médecins de langue allemande venus à Paris au XIXe siècle a très probablement dépassé le nombre de 1.575 (1.037 additionnés aux 538 de la Société, restés sans trace).

L’étude de cet ensemble de praticiens répertoriés a permis de distinguer trois groupes en fonction de la durée de leur séjour parisien, à propos duquel certains ont publié un compte- rendu ou des réflexions. La grande majorité resta moins de six mois dans la capitale française, étape incontournable d’un voyage de formation complémentaire dans plusieurs Universités européennes pour les étudiants en médecine de langue allemande. Un petit nombre resta davantage. Enfin quelques uns exercèrent à Paris durant plusieurs années, voire définitivement. Outre l’obtention du droit d’exercer, ils avaient aussi la possibilité d’y faire leurs études, avant de soutenir leur thèse dans une des trois facultés françaises (Paris, Montpellier et Strasbourg). Enfin ils avaient l’opportunité de présenter une seconde thèse, s’ils étaient déjà diplômés d’une faculté étrangère. Peu demandèrent et obtinrent la naturalisation française.

Par ailleurs cette étude a mis en évidence la spécialisation médicale, croissante au cours du XIXe siècle : traditionnellement médecine, chirurgie et accouchements, mais aussi urologie, médecine thermale, anatomo-pathologie, neurologie, pédiatrie et bien d’autres. Certains allemands tinrent une place prépondérante à Paris en ophtalmologie et ORL. Plusieurs enfin, de confession juive, rejoignirent leur communauté, comme en ont témoigné les listes établies par le Consistoire de Paris.

C’est dire que de 1803 à 1871, la démarche anatomo-clinique, les explorations endoscopiques, l’émergence des techniques microscopiques et la thérapeutique, ont bénéficié des échanges franco-allemands, pour faire progresser l’art de guérir.

Abstract

German Speaking Medical Doctors in Paris during the XIXth century (1803-1871)

During this period the number of Young Practitionners in Paris was important. They spoke German language and other non French languages. They were originally from the German States, Austria, Hungaria, Switzerland and the Netherlands as well as other kingdoms from Central Europe, North and East. This complementary training period in Paris, usually took place after their thesis and lapsed for several weeks, sometimes more.

March 10, 1803 law granted the right to the French Government to allow, on a discretionnary basis, Foreign Medical Doctors whom graduated from non French Universities the right to practice Medicine in France. The 1870-1871 war changed the applicable rules on both sides of the Rhine. The German Medical Society of Paris, founded in 1844, was then dissolved while its developments were important. Its by-laws were inspired from the Academy Leopoldino Carolina. Its main purposes and objectives were to welcome and organize meetings, among Young German Medical Practitionners, and favour discussions and exchanges of experiences among them, in order to increase the level of knowledge. Dr Henri Meding, was the main actor of the Society and its President for fifteen years. These objectives have been satisfied. The collection of all the Works published has allowed to know the list of 1188 members of the Society and biographicals information have been collected for 650 of the members. No information has been found on the other 538.

Thanks to the various sources of information, a biographical directory of 1037 German speaking Medical Doctors has been compiled including the 650 members of the Society and 387 non members. The total number of German speaking medical doctors whom came to Paris during the XIXth century should have been greater than 1575 (1037 increased by the 538 from the Society for whom we have no information).

The study of the group of registered German speaking Medical Practitionners has allowed to distinguish three different groups based on the duration of their stays in Paris with sometimes reports published. A large majority of them stayed for less than six months. This was somehow a mandatory additional training for many European Universities for German speaking Medical students. Some of them stayed for a longer period. Few of them settled in Paris where they practiced for a period of time. The latter had the possibility to not only practice as Medical Doctors but also finish their studies and obtain a thesis from one of the three French universities (Paris, Montpellier or Strasbourg). They also had the opportunity to present a second thesis if they already graduated from a German University. Very few requested and obtained French naturalization.

Furthermore, this study highlighted that medical specialties were growing during the XIXth century : not only medicine, surgery and obstetrics but also urology, thermal medecine, pathology, neurology, pediatrics and many others. A number of German practionners were among the most famous specialists in Paris in the field of ophtalmology and otorhinolaryngology. Finally several of them, from Jewish confession, joined their community as idicated by the lists from the Paris Consistoire.

It goes without saying that, from 1803 to 1871, clinico-pathological developments, endoscopy, microscopy and therapeutics benefited from the French German exchanges and contributed to medical progress.

© 2010 Jean-Marie MOUTHON
Contact : jeanmarie@mouthon.com