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Geoffroy. - Correspondance de Geoffroy, médecin parisien (manuscrit Ms 5241 - 5245)

1714-1730
 
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Isabelle Robin-Romero
Université Paris-Sorbonne / UMR 8596-Centre Roland Mousnier
Isabelle.Romero@paris-sorbonne.fr
Juillet 2013
Etienne-François Geoffroy (1672-1731)

Étienne-François Geoffroy était le descendant du côté paternel d’une dynastie d’apothicaires et bourgeois de Paris connue depuis la fin du XVIe siècle. Les Geoffroy jouissaient d’une position sociale avantageuse grâce à leur florissant commerce de pharmacie et au prestige conféré par la charge d’échevin de Paris occupée par l’arrière-grand-père d’Etienne François en 1636 et par son père en 1685. Le patronage prestigieux du chancelier Michel Le Tellier[1] procura de nombreux bienfaits à la famille comme en témoigne le journal de Mathieu-François Geoffroy[2]. Du côté de sa mère, Geoffroy était lié à la famille de chirurgiens parisiens des Devaux (Jean le père mort en 1695 et le fils mort en 1729).

Il a peut-être été au collège, mais surtout il a bénéficié d’une éducation domestique remarquable. Outre l’apothicairerie qui constituait un poste d’observation idéal, et la bibliothèque rassemblée par son père, il se forma auprès des scientifiques de renom qui fréquentaient la maison paternelle, comme l’astronome Cassini, le médecin Du Verney, le chimiste Guillaume Homberg, ou le Père Sébastien, spécialiste de mécanique. Pour se préparer à devenir apothicaire, il partit chez Pierre Sanche à Montpellier comme compagnon apothicaire en 1692-1693 où il fréquenta aussi l’université. A la suite de son serment de maître apothicaire en 1694, il entama des études de médecine qu’il acheva en 1704.

Marié à Barbe Angélique Lézier en 1705, qui lui apporta 30 000 livres de dot, Geoffroy vécut une vie confortable dans sa maison de la rue des Singes. Il y disposait d’un laboratoire au troisième étage pour ses travaux. A sa mort le 6 janvier 1731, il laissait deux filles, émancipées au moment de son décès, et un fils mineur Etienne-Louis âgé de cinq ans placé sous la tutelle de sa mère et de son oncle paternel.  Ce dernier devint médecin à son tour en 1748[3].

Geoffroy mena de front plusieurs activités tout au long de sa vie. Avant même de finir ses études, il se vit offrir une place d’élève auprès de Guillaume Homberg à l’académie des sciences en 1699. Il devint ensuite membre associé puis, en 1715, pensionnaire. Membre également de la Royal Society, il entretenait une correspondance avec Hans Sloane qui en était le secrétaire. Geoffroy se consacra en parallèle à l’enseignement au Jardin du Roi dès 1707 et au Collège royal à partir de 1709. En tant que docteur-régent, il dispensa aussi des cours à la faculté de médecine. Dans les années difficiles des affaires jansénistes et du procès contre la communauté de Saint Côme, il fut doyen de la faculté (1726-1729). Enfin, en tant que praticien, il soignait une clientèle privée que nous connaissons grâce aux manuscrits présentés ci-dessous.

Sources principales

  • Archives nationales, MC, LI, 874, inventaire après décès du 13 février 1731.
  • Archives Départementales de Paris, archives privées - fonds privés communaux, documents entrés par voie extraordinaire, 2AZ 6, pièce 208, papiers Geoffroy.
  • Bibliothèque interuniversitaire de Santé, ms 18 et 19, Commentaires de la Faculté de médecine de Paris
  • Eloge de M. Geoffroy par Fontenelle, Histoire de l’académie royale des sciences, année 1731, Histoire, p. 93-100. En ligne dans Gallica.
Présentation des manuscrits 5241-5245

A l’origine six recueils de correspondance étaient signalés dans le catalogue de la bibliothèque d’Andry mais le catalogue de la bibliothèque de la faculté de médecine de 1909 indique que le dernier des manuscrits est manquant. Au total ils représentent 1295 f° de toute taille, pliés ou non, reliés ensemble, numérotés au recto en rouge, assemblés dans cinq volumes reliés de parchemin de 25 cm x 12 cm à l’origine. Ils ont été pour les besoins de la restauration et de la numérisation déreliés.

Organisation

Ces manuscrits rassemblent une partie de la correspondance de praticien de Geoffroy entre 1712 et 1730. Nous n’avons pas plus d’informations précises sur les conditions dans lesquelles on a constitué ces volumes reliés sinon que les lettres des premières années sont très peu nombreuses par rapport aux courriers des trois dernières années d’exercice du médecin. Néanmoins cet ensemble a subi au moins deux manipulations : la première est un tri dans une correspondance qui, selon des mentions éparses, était plus copieuse, la deuxième est une tentative de classement des dossiers par maux. Ces opérations ont pu être effectuées soit dans les dernières années par Geoffroy lui-même mettant de l’ordre dans ses papiers soit par un de ses confrères après sa mort [4]. Rien ne permet de penser que la mise en ordre avait pour but la composition d’un volume de consultations que l’on aurait publié à l’instar de ce que faisaient à l’époque bon nombre des confrères de Geoffroy.

Contenu

Ces manuscrits présentent des dossiers personnels composés de une à dix pièces de correspondance sur un même cas. On y trouve au moins une demande d’avis -une lettre ou un mémoire de maladie- suivie d’une réponse de Geoffroy sous forme de notes ou d’un brouillon de consultation. Ses textes sont très raturés, avec des ajouts dans la marge, des paragraphes à intercaler etc. Il arrive même qu’il ait inscrit ses notes au dos de la missive conservée. Cette organisation par cas est même rendue apparente par l’ajout parfois de numéros de dossiers comme dans le manuscrit 5243 qui recense 79 dossiers, toutefois ce système n’est pas parfait, puisque deux lettres concernant un monsieur de Cerny sont intercalées entres les dossiers numérotés 46 et 47.

D’autres documents sont glissés au milieu des consultations. On trouve ainsi par exemple des recettes de remèdes : ms 5142, f°166, remède contre l’asthme ; ms 5143, f°80/81, un imprimé sur les remèdes pour les fièvres « Manière de traiter les pauvres dans les fievres qui ont cours pour servir de Suplément à la Lettre écrite à Monseigneur Desmaretz », par M. Chauvin Medecin ordinaire du Roy ; ms 5244, f°23, la recette d’un remède pour la pierre ; f°32, un mémoire sur l’usage des chateignes de Limoges comme remède contre l’insomnie ; f°54, une recette pour guérir les dissenteries malignes qui courent dans le peuple ; f°171-203, plusieurs textes sur les glandes ; ms 5145, f°171, et suivantes un remède excellent contre la vérolle ; f°274, la recette d’un sirop pour la toux. Deux pièces concernant des procès pour impuissance sont insérées : ms 5241, f° 286-288, une demande de réexamen de M. Chevalier en mars 1713, un compte-rendu d’examen du Marquis de Gesvres en avril 1713. Enfin dans le ms 5145 f°83-f°92 sont glissés plusieurs rapports d’ouverture de corps : le 15 février 1714, M. l’abbé de Harlay ; en novembre ?, Melle de Netancourt ; le 6 décembre 1718, M. de Jassan ; le 12 septembre 1722, M. André ; le 2 avril 1723, deux corps à l’hôtel des Invalides ; le 25 avril 1722, M. Vendel ; le 7 avril 1729, M. de Baussan ; le 6 novembre 1718, M. l’abbé de Louvois ; le 14 mai 1725, M. Moriau.

Intérêt

L’histoire des sciences avait surtout retenu Geoffroy pour sa table des affinités, sa correspondance nous présente un autre aspect de son activité qui n’est pas sans lien avec sa vocation de chimiste[5]. Ainsi on peut relever dans sa pratique son usage fréquent des remèdes chimiques, et des eaux minérales. La correspondance met en exergue d’une part ses liens avec des confrères, médecins ordinaires des malades qui vivent loin de Paris, ses amis ou anciens élèves. On notera particulièrement ses échanges de lectures avec un certain docteur Dubois de Rennes[6]. D’autre part, elle est également d’un grand intérêt pour qui s’intéresse à la culture de la correspondance et à l’histoire des patients et des relations qu’ils entretiennent avec les praticiens. Geoffroy, médecin et académicien, chimiste d’un certain renom en son temps, trouve sa place avec sa correspondance entre les consultations publiées par certains médecins pour leurs confrères aguerris ou en formation[7] et les très volumineuses correspondances des médecins de renommée européenne du XVIIIe comme Tissot, Tronchin ou Cullen[8].

Ecrits

Mémoires académiques publiés dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences (M.)

  • Observation sur les Dissolutions & sur les Fermentations que l’on peut appeler froides, parce qu’elles sont accompagnées du Refroidissement des Liqueurs dans lesquelles elles se passent, M. 1700, p. 110.
  • Extrait des Descriptions que Pison & Marc-Gravius ont donnés du Ca-apia, & confrontation des Racines du Caa-apia & Ypecacuanha, tant gris que brun, avec leur Description par laquelle on voit sensiblement la différence du Caa-apia à l’Ypecacuanha, M. 1700, p.134.
  • Manière de recomposer le Souffre commun par la réünion de ses principes, & d’en composer de nouveau par le mélange de semblables substances, avec quelques conjectures sur la composition des Métaux, M. 1704, p. 278.
  • Problème de Chimie, trouver des cendres qui ne contiennent aucunes parcelles de fer, M. 1705, p. 362.
  • Analyse Chimique de l’Eponge de la moïenne Espece, M. 1706, p. 507
  • Observation anatomique, M. 1706, p. 509.
  • Observation sur les Analyses du Corail & de quelques autres Plantes perreuses faites par le Comte Marsigli, M. 1708, p. 102.
  • Expériences sur les Métaux faites avec le Verre Ardent du Palis Roïal, M. 1709, p. 162.
  • Ses Observations sur le Vitriol & sur le Fer, M. 1713, p. 170.
  • Du changement des Sels Acides en Sels Alcalis volatils urineux, M. 1717, p. 226
  • Table de différents rapports observés en Chimie entre différentes Substances, M. 1718, p. 202
  • Moïen facile d’arrêter les Vapeurs nuisibles qui s’élèvent des Dissolutions Métalliques, M. 1719, p. 71
  • Eclaircissement sur la table insérée dans les mémoires de 1718 concernant les Rapports observés entre différentes Substances, M.1720, p. 20
  • Des supercheries concernant la pierre philosophale, M. 1722, p. 61
  • Observations sur la préparation du Bleu de Prusse ou de Berlin, M. 1725, p. 153
  • Nouvelles observations sur la préparation du Bleu de Prusse, M. 1725, p. 220

Publications

  • Traité des vertus médicinales de l'eau commune. Où l'on fait voir qu'elle prévient & guérit une infinité de maladies, par des observations appuyées de quarante ans d'expérience: avec quelques règles pour le régime de vivre, par M. Smith. Et le Grand febrifuge du docteur Hancock. Traduit de l'anglois. On y a ajouté les thèses de messieurs Hecquet & Geoffroy, avec quelques réflexions sur le remède de l'eau à la glace. Seconde édition.
  • Abregé de toute la médecine pratique où l'on trouve les sentimens des plus habiles médecins sur les maladies, sur leurs causes, & sur leurs remèdes avec plusieurs observations importantes traduit [par Jean Devaux] de l'ouvrage de Mr. John Allen, médecin anglois, Nouvelle edition, revûë, corrigée, & augmentée de plus de double, tant des additions contenuës dans la dernière edition de l'auteur, que de quantité d'autres pièces & articles intéressans pour la pratique médécinale, & chirurgicale par ** ** [i.e., Benoît Boudon], docteur en médecine

Publications posthumes

  • Tractatus de materia medica, sive de Medicamentorum simplicium historia, virtute, delectu et usu, Parisiis, sumptibus J. Desaint et C. Saillant, 1741, 3 vol. in-8°, pl.
  • Matière médicale, cours de matière médicale publié après sa mort par Etienne Chardon de Courcelles, traduit en français par A. Bergier, en 1743, 7 vol, in 12.
[1] O. Lafont, Echevins et apothicaires sous Louis XIV. La vie de Matthieu-François Geoffroy, bourgeois de Paris, Paris, Pharmathèmes, 2008, p. 34.
[2]Journal, f°8, 18 recto, 19 recto, 24 verso.
[3] Notice biographique sur Medic@. http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?90945x05x14
[4] Son fils est trop jeune en 1731 pour en être l’auteur, à moins que ce tri n’ait été fait bien plus tard.
[5] L. Brockliss, « The medical practice of Etienne François Geoffroy » in A. La Berge et M. Feingold (ed), French Medical Culture in the Nineteenth Century, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1994, p. 79-117; I. Robin-Romero, « Etienne François Geoffroy (1672-1731), entre l’Académie et ses patients », in La santé des populations militaires et civiles, nouvelles approches et nouvelles sources hospitalières, XVIIe-XIXe siècles, colloque d’octobre 2008, sous la direction d’E. Belmas et S. Nonnis, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2010, p. 191-207.
[6] I. Robin-Romero, art. cit.
[7] Voir dans la présentation de la Médecine pratique ce qu’écrit Joël Coste sur les recueils de cas,  consilia et consultations (http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/medpratique.htm).
[8] S. Pilloud, S. Hachler, V. Barras, « consulter par lettres au XVIIIe siècle », Gesnerus, Swiss Journal of the History of Medicine and Sciences, 2004, 61, p.232-253 ; G. .B. Risse, « Doctor William Cullen, Physician, Edinburgh. A Consultation Practice in the Eighteenth Century», Bulletin of the History of Medicine, 1974, 48, p. 338-351; W. Wild, Medicine by Post, the changing voice of illness in Eighteenth Century British consultation letters and literature, 2006. Voir aussi http://www.cullenproject.ac.uk/index.php