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Barbeyrac, Charles. - Cahier des observations faites soubs monsieur Barbeyrac (manuscrit ms2120)

1686-1727
 
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Joël Coste
Université Paris Descartes / Ecole Pratique des Hautes Etudes
joel.coste@parisdescartes.fr
Juin 2012
Description générale

Le manuscrit Ms 2120, de 106 folios au total, regroupe plusieurs cahiers de format 25× 18 cm. Il est rédigé d’une même écriture fine, parfois serrée (notamment au bas des pages) et peu soignée mais habituellement lisible. Plusieurs numérotations de page sont visibles sur certains cahiers dont une correspond à l’état final du manuscrit. On trouve trois index, indiquant les titres des matières traitées avec les numéros de page correspondants pour trois parties du manuscrit.

Datation et attribution

Le manuscrit comprend plusieurs dates mais deux mentions sont particulièrement importantes. Une première, page 29, « J'ay commencé à suivre Mr Barbeyrac le 1er juillet 1686, j’ai veu en pr lieu un homme… », et une seconde, en tête du troisième cahier, page 117 du texte numérisé « Suite des observations de Monr Chirac 1686 ». Le manuscrit peut ainsi, sans aucun doute possible, à être attribué à la main de Pierre Chirac (1648-1732).

Pierre Chirac est né à Conques en 1648. Après des études de théologie, il devint précepteur des enfants de Michel Chicoyneau (1626 - 1701) alors chancelier de la faculté de médecine de Montpellier, et qui l’encouragea dans la voie médicale. Docteur en médecine en 1683, Chirac compléta sa formation pratique avec Charles Barbeyrac et fut élu professeur à la faculté de médecine de Montpellier en 1687. Recommandé par Barbeyrac au Maréchal de Noailles, Chirac fut engagé comme médecin des armées en Catalogne en 1692, puis à Rochefort. De retour à Montpellier vers 1696, il entretint une querelle avec Vieussens (1698) avant de suivre le Duc d’Orléans en campagne en Italie en 1706 et en Espagne en 1707. En 1708, il se fixa à Paris, obtint la place de médecin du Duc d’Orléans (puis de premier médecin du régent du 1715) et une clientèle importante. En 1720, il envoya son gendre (François) Chicoyneau à Marseille, qui nia la peste puis sa contagiosité. Chirac fut anobli en 1728 et termina sa carrière comme premier médecin du roi, une charge obtenue en 1731. Chirac a peu écrit (et fut accusé de plagiat) mais une cinquantaine de ses consultations ont été imprimées de manière posthume.[1] Elles révèlent un praticien éclectique, recourant aux remèdes chimiques dans plus de la moitié de ses consultations, mais aussi prudent et réservé dans la rédaction de ses avis.

Contenu

Trois parties principales, qui formaient préalablement des cahiers séparés aux numérotations distinctes, peuvent être distinguées dans le manuscrit. La première, le « Cahier des observations faites soubs monsieur Barbeyrac » proprement dit, regroupe des consilia résumés, des observations diverses sur des points de doctrine, particulièrement de thérapeutique et des relations de cas en français et quelquefois en latin. Cette partie, dont certaines pages ont été numérotées deux fois, comprend 106 pages (53 folios) et plusieurs index (pages 4 et 105). Elle est complétée d’un cahier de 8 pages sur des sujets de thérapeutique divers comme les fards, l’usage thérapeutique du lait, les remèdes de la goutte, etc. Une deuxième partie qui porte le titre d’« Abbrégé de la pathologie » (page 117) traite aussi de sujets variés (de pathologie mais aussi d’anatomie, de physiologie, de thérapeutique) et comporte un index (page 172). Une troisième partie comprend encore de petits développements sur des sujets divers, principalement de pathologie (pages 173 à 212) qui évoquent des notes de cours. On ne trouve aucune allusion à Barbeyrac dans les deuxième et troisième parties du manuscrit.

Portée et intérêt du manuscrit

Le « cahier des observations faites soubs monsieur Barbeyrac » montre l’intérêt, somme toute assez compréhensible, de Chirac pour les sujets pratiques lors de ses dernières années de formation, peu avant son élection au professorat. Il témoigne aussi d’une pratique alors courante chez les étudiants en médecine, celle de s’attacher à un maître expérimenté et de le suivre auprès de ses malades pour s’aguerrir à la pratique clinique. Bien que protégé par le chancelier Chicoyneau, Chirac décida de suivre quelques mois le très réputé Charles Barbeyrac (1629-1699) et ses notes – qui mériteraient une exploitation approfondie – permettent aujourd’hui d’appréhender la pratique de ce dernier.[2]

[1] Au total 33 consultations « toutes de l’année 1727 » ont été imprimées dans le « Traité des fièvres malignes » édité en 1742 et 20 dans les trois volumes de Dissertations et consultations médicinales de MM. Chirac et Silva édités par J.-J. Bruhier d’Ablaincourt de 1744 à 1755. Plusieurs manuscrits conservés à la BIU Santé se rapportent à l’activité (réputée) d’enseignant de Chirac à la faculté de Montpellier dont le Ms 5251 « Traité de chirurgie, par monsieur Chirac, professeur en médecine à l'Université de Montpellier », le Ms 2099 « Traité de la matière médicale, selon le sentiment de Monsieur Chirac », le Ms 2071, le « Traité de pathologie, par Pierre Chirac » et le Ms 5103 « Cursus medicus Monspeliensis D. Chirac, professoris illustrissimi ».
[2] Charles Barbeyrac (1629-1699), docteur en médecine de Montpellier en 1649, a exercé avec un grand succès à Montpellier pendant 50 ans, sans pouvoir accéder au professorat en raison de son protestantisme, jamais abjuré. Si Barbeyrac a peu écrit (tous ses écrits sont posthumes), il eut une néanmoins une influence considérable par ses nombreux élèves qui ont suivi ses visites (et recopié ses consultations et observations…) parmi lesquels on compte Chirac mais aussi Locke qui restera l’ami et correspondant de Barbeyrac après son séjour montpelliérain. La pratique clinique de Barbeyrac, très éclectique comme sera celle de Chirac, a été discutée par M.D. Grmek (« Le Néohippocratisme montpelliérain au XVIIe siècle : l'énigme Barbeyrac », In ‎Actes du 110e Congrès National des Sociétés savantes, Montpellier, 1er-5 avril 1985, ‎Montpellier, C.T.H.S. (Comité des Travaux Historiques et Scientifiques), 1985, p. 103-13).