L. 57.  >
À Claude II Belin,
le 15 mai 1641

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Monsieur, [a][1]

Comme je ne reçus pas de vos lettres avec celles de M. de Blampignon, [2] je crus bien que vous vouliez être purement désintéressé en cette affaire sur laquelle on me demandait mon avis. Ce qui me fit croire encore plus aisément ce qui en était, fut votre sein ; [1] à cause de quoi je ne voulus rien vous écrire pour lors. Je me contentai, sans témoigner aucune passion particulière, de leur en dire mon avis, lequel j’ai écrit sans aucune prétention que du droit et de beaucoup de conformité avec les règlements de notre École. Probetur an improbetur ab illis mihi proinde est ; [2] ce que j’en ai fait n’a été que pour ce que vous m’avez tous témoigné le désirer ainsi. C’est pourquoi je vous supplie en particulier de ne me savoir mauvais gré en aucune façon pour cette affaire, ne l’ayant fait qu’à bonne intention, vu que, ut sit lex omnibus æqua[3] vous pouvez tous être et revenir syndic par l’élection que vous en faites tous les deux ans. Pour l’antimoine, [3] je ne sais pas ce que notre Faculté en ordonnera. Il eût toujours bien mieux valu que Saint-Jacques [4] ne l’eût fourré dans l’antidotaire [5][6] comme il a fait, nobis insciis et invitis, imo et inconsulta Facultate[4] et ne pas toucher cette corde quæ habet aliquid odiosum[5] M. Moreau [7] a répondu au factum du Gazetier [8] avec beaucoup de doctrine et toute sorte de modestie. [6] Ce bourreau d’adresse, [9][10] merus agyrta, convitiator et sycophanta deterrimus[7] y a fait une réponse pleine d’injures de harangères, où il élude et se moque des raisons de M. Moreau sans répondre à 40 chefs qui lui étaient objectés. De celui de M. Moreau, je vous en promets un ; de celui du Gazetier, je tâcherai d’en recouvrer un et vous les enverrai tous deux. [8] Si ce Gazetier n’était soutenu de l’Éminence, [11] en tant que nebulo hebdomadarius[9] nous lui ferions un procès criminel, au bout duquel il y aurait un tombereau, un bourreau et tout au moins, une amende honorable ; [10][12] mais il faut obéir au temps. Par provision, M. Moreau fait une réponse à ce second libelle, qui est une pure satire. Je pense que le Gazetier y sera horriblement traité, et comme il le mérite, en attendant que le bourreau vienne à son rang tomber sur ce maraud. Ce n’est pas que son livre mérite réponse, mais comme il est méchant et impudent, il se vanterait qu’on n’aurait pu lui répondre. C’est pourquoi stulto iuxta stultitiam suam respondebitur[11][13] M. Riolan, [14] qui est ici maintenant, lui fait aussi une réponse, laquelle sera achevée d’imprimer dans peu de jours ; je tâcherai de vous envoyer le tout ensemble. M. Ranchin, [15] chancelier de Montpellier, [16] est mort. M. de Belleval [17] et un autre professeur sont ici, qui en demandent au roi la nomination. Je ne sais qui des deux l’aura. [12] Notre armée est devers Bapaume, [13][18] mais on ne dit pas encore où elle s’attachera. Les Catalans ont eu du bon sur les Espagnols. Il nous vient un jubilé de Rome pro pace[14] Ce jubilé, [19] si fréquent, n’est autre chose dorénavant que modus habendi monachorum ; [15] ce sont des fanfreluches romaines. Le roi, [20] la reine, [21] Son Éminence et toute la cour furent jeudi dernier aux Jésuites, [22] où il y eut grande frairie pour la consécration de leur belle église, rue Saint-Antoine. [16][23] Je ne savais pas que M. Cousinot [24] fût à Troyes. [25] S’il y est encore, quæso salutes eum meo nomine[17] comme aussi M. Camusat, Messieurs vos frères, Mme Belin ; et je continuerai toute ma vie d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

Ce 15e de mai 1641.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 15 mai 1641

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(Consulté le 17.06.2019)