Histoire de l'aménagement opératoire du cabinet dentaire

L’installation de l'Ecole dentaire libre de Paris au 57 rue de Rochechouart

La nouvelle installation de l'École

L'Ecole dentaire de Paris de la rue Rochechouart, côté de la rue Turgot en 1889

Charles Godon, fondateur de l'Ecole dentaire libre de Paris (1854-1923)

Dans l'article intitulé "La nouvelle installation de l'École dentaire de Paris", publié par "L'odontologie" (1), le rédacteur reconnaît que malgré l'adjonction d'un étage en 1882, l'École de la rue Richer est encore trop à l'étroit. L'auteur la compare à une "ruche bourdonnante" compte tenu de l'encombrement provoqué par la présence d'une centaine d'élèves à chaque scolarité et des cinquante malades traités chaque jour dans les deux appartements.

Le samedi 10 novembre 1888, le nouveau local de la rue Rochechouart est inauguré lors de la neuvième séance de réouverture des cours de l'École. Dans son rapport annuel, Charles Godon déclare que le nouvel aménagement de l'École a épuisé la plus grande partie de leur réserve, compte tenu des dépenses qui avoisinent les 15.000F.

Une nouvelle souscription, dite de "l’installation", est ouverte à laquelle les membres du Conseil de direction ont voulu à nouveau participer (2). Une subvention annuelle de la ville de Paris est accordée à l'École depuis 1884.

Le nouveau local

Plan du rez-de-chaussée

Il est constitué par un hôtel de deux étages auquel est adjoint un jardin avec des dépendances.

La salle des conférences (C)

La salle de conférences

C'est une grande salle de 11 m sur 5 m qui est destinée aux cours théoriques et aux séances de la Société d'odontologie.

La salle de clinique (E)

Elle est destinée aux consultations qui s'effectuent avec deux fauteuils.

La salle d'opération (F)

A l'occasion de la célébration du cinquantenaire de l'École dentaire de Paris, "Odontologie" du 28 février 1931 reproduit une photo de cette salle avec la mention suivante :

La salle d'opération de la nouvelle installation de l'Ecole de la rue Rochechouart (1889)

Clinique de dentisterie opératoire dans l'ancien local de la rue Rochechouart (1889)

Ce précieux document fait partie des sept photos de la nouvelle École, prises à l'occasion du premier congres dentaire international tenu dans le cadre de l'exposition universelle de 1889.

Cette photo est répertoriée dans le catalogue de l'exposition au chapitre "Principaux épisodes de la vie scolaire : a) Coup d'oeil général de la grande salle d'opération."

Afin d'obtenir une salle assez vaste et bien éclairée, la commission d'installation s'est décidée à faire construire un nouveau local en utilisant une partie du jardin de l'hôtel.

Cette pièce, qui mesure 17 m sur 6 m, peut contenir jusqu'à quarante fauteuils répartis sur quatre rangées.

L'examen de la photo met bien en évidence la bonne répartition de la lumière du jour qui résulte de l'important vitrage de la façade sur jardin et des cinq baies situées au plafond.

L'éclairage nocturne est assuré par des plafonniers supportant chacun deux becs de gaz.

L'aménagement opératoire

Fauteuil de clinique d'Heymen-Billard n° 302

Fauteuil sélectionné pour équiper la salle d'opération (1889)

Marchepied du fauteuil d'Heyman-Billard n° 303 utilisé avec le modèle n° 302

Les fauteuils qui équipent la salle d'opération correspondent à la description des modèles de la rue Richer. Ils s'en différencient par l'adjonction d'un marchepied coulissant soutenu à l'avant par deux pieds. Ce fauteuil correspond au modèle modifié par Heymen-Billard. Il est reproduit dans le catalogue du fabricant de 1895 à la figure 302.

Le repose-pied est par contre spécifique de celui de la figure 303.

Les crachoirs du type Butler sont fixés à une potence qui est solidaire du fauteuil.

Les tablettes sont soutenues par une seconde potence qui est assujettie au support de l'accoudoir gauche.

Un tour à pédale est utilisé par un étudiant situé au niveau de la troisième rangée de fauteuils. Il exécute une retouche avec la pièce à main en dehors de la bouche du malade.

Les boîtes d'instruments

Elles sont visibles sur le rebord de la baie vitrée utilisée par les étudiants de la première rangée. Le quatrième élève de la seconde rangée a posé le coffret sur la tablette en position haute.

L'aspect ergonomique

Plusieurs élèves sont photographiés en train d'opérer.

L'étudiant au premier rang de la deuxième rangée

La position est correcte ; le buste est droit, la distance oeil-tâche semble normale. Il en est de même de la position des bras et des avant-bras.

Cette bonne note émane du positionnement correct de la malade en rapport avec une élévation suffisante du siège.

La patiente semble confortablement installée avec les épaules et la tête bien soutenues.

Les jambes, à la verticale, révèlent le point faible du fauteuil : l'absence de réglage en hauteur du marchepied.

L'étudiante du premier rang de la troisième rangée

La flexion du buste de l'élève procède d'une élévation insuffisante du siège.

Faute d'avoir tiré le repose-pied, la patiente est assise avec les jambes pendantes ; à moins que la petite taille de la malade rende l'utilisation de la plate-forme inopérante.

 

La salle d'opération de l'école de la rue Rochechouart vers 1894 avec les nouveaux fauteuils de Mamelzer et les vitrines du Musée ; les pièces anatomiques de l'hôpital Saint-Louis proviennent du don du Lecaudey effectué en 1894

La salle d'anesthésie

L'Ecole dentaire de Paris de la rue Rochechouart : la salle d'anesthésie (1889)

Un démonstrateur, entouré de ses élèves est en train d'administrer du protoxyde d'azote à une malade. L'appareillage est du type portatif pour l'usage du protoxyde d'azote liquide. Le coffret, posé sur un tabouret, supporte la bouteille qui peut fournir 450 litres de gaz.

Un étudiant règle le débit du gaz liquide qui se transforme immédiatement en gaz avant de s'accumuler dans le sac de Cattlin et d'être inhalé par la malade. L'anesthésie obtenue est de courte durée ; ce qui explique pourquoi l'étudiante tend un davier à l'opérateur alors que l'étudiant de gauche est prêt à passer la poire à eau pour faire rincer la malade.

L'événement de 1889 : le premier Congrès dentaire international de Paris

Le caractère événementiel de cette manifestation se situe à deux niveaux. C'est d'abord le constat de la participation des deux sociétés parisiennes concurrentes au Comité d'organisation du premier Congrès dentaire international.

D'un commun accord, le Dr David (3) est nommé Président du Comité d'organisation et le Dr Gaillard (4) Président du Congrès.

Le rapprochement entre ces deux associations survient après des années de fréquentes polémiques suscitées par la concurrence de l'Ecole dentaire de France de la rue de l'Abbaye, créée par la Chambre syndicale du Dr Andrieu en 1884.

L'originalité de ce congrès se manifeste par ailleurs par la présentation d'une vitrine d'exposition conçue par l'Ecole dentaire de Paris au Palais des Arts libéraux de l'Exposition universelle.

Cette exhibition se différencie de celle des fabricants d'instruments et de matériels à usage du dentiste par sa vocation essentiellement destinée au grand public.

Cette vitrine présente le programme d'enseignement de l'Ecole et de l’Hôpital dentaires libres de Paris et les instruments et appareils utilisés par les élèves de l’Ecole.

Un catalogue très détaillé a été constitué à cette occasion.

Au chapitre II, consacré au matériel, les numéros 16 à 19 correspondent à quatre modèles réduits réalisés par la maison Mamelzer. Ils représentent un fauteuil métallique de clinique, un tour à fraiser de cabinet, une tablette d'opération et un crachoir.

Le fauteuil de Mamelzer

Dans l'introduction du catalogue, il est spécifié que le fauteuil de clinique de Mamelzer a été adopté par l'Ecole pour son mécanisme simple, robuste et son prix peu élevé.

Il est reproduit dans le catalogue d'Ash de 1889. Il est doté d'un marchepied réglable, d'un dossier inclinable et d'une assise de siège dont la hauteur est déterminée à l'aide d'une manivelle qui agit sur un mécanisme à vis.

Le cintrage des pieds arrières est plus marqué que sur le modèle en bois en assurant une meilleure stabilité.

Le n° 15 correspond au dessin représentant le fauteuil métallique de clinique exécuté par la fabrique de J. Wirth ; ce modèle a été présenté par le constructeur le 4 décembre 1888 à la Société d'odontologie de Paris.

Son piétement est inspiré du fauteuil de Wilkerson. Ce modèle complétera l'équipement de la clinique de l'Ecole de la rue Rochechouart après l'agrandissement de 1894.

Bibliographie et notes

1 L'Odontologie - avril 1888 - p. 362-367
2 L'Odontologie - novembre 1888 - p. 520-527
3 Le Dr David est directeur de l'Ecole dentaire de Paris
4 Le Dr Gaillard est directeur de l'Ecole dentaire de France en remplacement de M. Brasseur, récemment décédé.

 

 
     

 

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