Histoire de l'aménagement opératoire du cabinet dentaire

Conclusion générale

 

Pierre Fauchard.
Huile sur toile de Rigaud, collection de la famille

 

La publication de l’ouvrage de Pierre Fauchard en 1728 fut saluée comme un événement professionnel majeur et dont le succès est mis en évidence par sa traduction en allemand dès 1793 et par les appréciations de ses contemporains.

Au XVIIIe siècle, où les experts-dentistes pratiquent un exercice à la fois itinérant et sédentaire, Pierre Fauchard est le premier auteur à appliquer des principes d’ergonomie en aménageant les fauteuils de salon et en utilisant aussi la posture allongée du malade sur un lit ou un sofa

Quant à l’instrumentation, elle est déjà, par sa variété et sa richesse, en plein essor à cette époque. L’inventaire après décès de l’obscur Pierre Billard nous montre que ce type d’instrumentation n’était pas réservé à une élite de praticiens.

Sous l’Empire, l’instrumentation atteint le paroxysme du raffinement et de l’élégance avec les instruments des somptueux coffrets de Biennais et de Grangeret.

C’est grâce à la sédentarisation des opérateurs-dentistes, qu’à partir du XIXe siècle, l’aménagement opératoire peut commencer à se développer.

Nous avons vainement cherché chez les quatre grands fabricants français de cette époque, E. Billard et son neveu Heymen-Billard, J. Wirth et Mamelzer un appareillage qui ne soit pas inspiré d’un modèle étranger.

Pour quelle raison la France, berceau de la dentisterie moderne du XVIIIe siècle, fait-elle preuve au siècle suivant d’un tel essoufflement de l’esprit d’invention ?

Nous pensons que ce phénomène relève de deux causes principales 

  • la première se rapporte au démarrage plus précoce de la révolution industrielle dans les pays anglo-saxons.

  • la seconde cause essentielle à nos yeux réside dans les conséquences des décrets de 1791 qui établissent la liberté totale d’exercice de l’Art dentaire et dans ceux de 1793 qui décrètent la fermeture de la Faculté de Médecine et du Collège Royal de Chirurgie, lieux d’élection des experts-dentistes du XVIIIe siècle.

    Une recrudescence du charlatanisme le plus éhonté et de l’empirisme le plus dangereux entraînera la profession dentaire dans l’anarchie la plus complète au sein de laquelle aucune preuve de savoir et d’habileté n’est désormais exigée

Il faudra attendre l’aube de la deuxième moitié du XXe siècle pour assister, grâce à Malençon et à Comhaire, ainsi qu’aux fabricants qui leur ont témoigné leur confiance, à la résurgence de l’esprit créateur européen.

Néanmoins ces deux praticiens, victimes d’une technologie insuffisamment développée, n’obtiendront pas toujours les résultats fonctionnels et la fiabilité escomptés.

Au contraire, l’école américaine des années 60 qui utilise une technologie élémentaire, obtient une posture assise plus fonctionnelle pour l’équipe soignante.

Par contre les équipements présentés dans le cadre du réaménagement du cabinet dentaire, n’ont pas encore réussi à s’adapter à ce nouveau mode opératoire.

Le travail à quatre mains, qui commence à se généraliser à cette époque, est en faite, d’abord destiné à pallier à ces insuffisances.

La suprématie du Den-tal-eze touche aujourd’hui à sa fin. La réussite de sa ligne et l’extrême simplification de sa technologie ont fasciné les fabricants pendant plus de vingt ans en stérilisant leur imagination.

Sous la pression de jeunes et dynamiques firmes scandinaves et italiennes des années 1970, conscientes de la nécessaire collaboration de groupes de chercheurs de la profession, de nombreux perfectionnements sont apportés aux équipements avec l’introduction, entre autres, de fauteuils permettant la position de 6h en posture érigée du praticien, des nouveaux systèmes d’entraînement résultant des travaux de Paul Bleicher et de Pierres Lagny, et des premiers microprocesseurs.

En 2007, à l’aube de la révolution numérique quantique, les principes de base de la grande mutation des années 1960 font toujours partie des impératifs majeurs des concepteurs d’équipements.

Arrivé au terme de cette étude, nous constatons que dans la genèse des connaissances odontologiques, l’art dentaire occidental occupe une place privilégiée. Ce constat m’amène à réaffirmer que tout ne vaut pas tout et que cette position dominante résulte d’une mentalité héritée de la pensée positive d’auteurs grecs comme Hippocrate.

Hippocrate. Miniature byzantine. XIVe siècle.
Bibliothèque nationale

 

 

Remerciements

Nous tenons à renouveler l'expression de notre gratitude à la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine pour la publication et la mise en ligne de cet important travail.

 

 
     

 

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