Histoire de la Société française d’histoire de l’art dentaire, SFHAD

Par Micheline Ruel-Kellermann,
en collaboration avec
Danielle Gourevitch
 et Michel Guillain

Dans le numéro d’août 1932 de la revue Cadmus fondée par François Ferrand, on pouvait lire : « Le mercredi 15 juin a eu lieu dans les bureaux de Cadmus, une première réunion de MM. Viau, Chompret, Hulin, Rénier, Ferrand et Dagen, à l’effet d’échanger quelques idées sur la création d’une Société de l’histoire de l’art dentaire.... » (p. 15) .

 

Ce n’est que le 10 janvier 1949 que la SFHAD voit le jour. « Au cours d’une réunion préparatoire, tenue sur l’initiative de L. J. Cecconi, vient de se fonder la Société française d’histoire de l’art dentaire … destinée à rendre hommage aux précurseurs de notre profession en regroupant leurs travaux, documents, instruments, souvenirs, en entretenant ainsi le sentiment de reconnaissance que nous leur devons et servant de base documentaire pour les chercheurs » (L’Odontologie n°1, Janvier 1949, p. 63). Lucien Solas conservateur à l’époque du musée Pierre Fauchard est le premier président, et le 2 décembre 1949, les statuts sont publiés au Journal Officiel. Sont nommés membres d'honneur à l'unanimité : MM. F. Ferrand, G. Dagen, J. Renier, Regnard, Dr Audy, H. Villain, P. Housset, P. Dubois, P. Pelletier-Dutemple, Dr Beltrami, Dr Hulin, C. Roger, Berthet-Borel, P. Budin. En janvier 1951, L. J. Cecconi succède à L. Solas.

En 1962 paraît le premier numéro de la Revue d’histoire de l’art dentaire, revue officielle de la Société.

Le comité de rédaction est composé de Ch. Bérenholc, L.-J. Cecconi, G. Didier, V. Gauval, A. Landon et L. Verchère. Sept numéros paraîtront jusqu’en 1965. En plus des articles sont données de nombreuses informations sur les activités historiques tant anglo-saxonnes qu’européennes.

La revue complète en ligne sur le site de la BIU Santé
(Bibliothèque numérique Medic@)

En 1967 un numéro spécial paraît pour la participation de la SFHAD à l’exposition historique du XIVe congrès mondial de la Fédération dentaire internationale (FDI) au Palais des congrès à Paris.

De 1977 à 1992, Victor Gauval préside la Société et fait reparaître la revue de 1978 à 1981 ; elle devient Revue de la Société Française d'Histoire de l'Art Dentaire. En 1979, elle commémore les trente ans de la Société et relate l'hommage rendu à Horace Wells en 1964.

    

 

En 1981, dans le dernier numéro de cette « nouvelle série » le secrétaire général, R. R. Warnault. exprime les difficultés financières qui assombrissent désormais l’avenir de la publication ; il évoque également le colloque organisé à Garancière par le doyen Guy Penne pour les 30 ans de la Société. Le nouveau secrétaire général, François Vidal, va faire participer la Société aux congrès de l’Association dentaire française (ADF) ; il continue à organiser des réunions à la faculté de chirurgie dentaire de Paris VII (Garancière). Auteur de nombreuses publications depuis 1980, il entraîne dès 1989 avec lui des confrères à assister, à la Sorbonne, aux séminaires d’histoire de la médecine de Mirko Grmek, et Danielle Gourevitch, professeurs à l’École pratique des hautes études et du chargé de cours, Jean-François Lemaire ; beaucoup prépareront un DEA. Des articles de ces « étudiants » paraîtront dans diverses revues : Le Chirurgien-Dentiste de France, l’Information dentaire, Clinic et le Bulletin du Conseil national de l’ordre. Le premier congrès officiel de la SFHAD est organisé à Rennes en 1991 par Xavier Deltombe et Yves Léon.

 

En 1992, Victor Gauval démissionne pour raison de santé et François Vidal est élu président. Émanant du Groupe d’études et de recherches sur les textes odontologiques anciens (GERTOA) créé par François Vidal, paraît sous sa direction en dix fascicules tout au long de l’année 1992 Histoire d’un diplôme (1699-1892) avec la participation de Philippe Caron, Didier Granier et Henri Morgenstern. Toujours en 1992, des cours publics sur l’histoire de l’art dentaire sont donnés à l’École supérieure des assistantes dentaires. Enfin, à l’occasion de la célébration du centenaire du diplôme de chirurgien-dentiste, une exposition est organisée par l’Académie nationale de chirurgie dentaire, le Conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes et l’Association dentaire française. Cette manifestation doit en grande partie sa réussite à la collaboration très active de la Société. Pierre et Armelle Baron, Claude Rousseau, Guy Robert et François Vidal ont conçu et réalisé l’exposition où étaient présentés un important mobilier du musée dentaire de Lyon, des tableaux, des livres et de somptueux coffrets d'instruments provenant également d’autres musées ou de collections particulières. Ils ont également élaboré un très beau catalogue de 88 pages  Des dents et des hommes, centenaire du diplôme de chirurgien dentiste, 1892-1992, malheureusement épuisé.

 

En 1996, François Vidal est élu président d’honneur, Claude Rousseau lui succède. Sur la proposition de Micheline Ruel-Kellermann, récemment élue secrétaire général du GSSOS, la Société adhère au Groupement des Sociétés scientifiques odonto-stomatologiques, ce qui vaudra aux membres de communiquer lors des congrès du GSSOS ou lors des séances du GSSOS au congrès de l’ADF et de faire connaître plus largement les travaux de la SFHAD. Claude Rousseau organise plusieurs voyages, à Utrecht (1998), Londres (2000), Munich et Ingolstadt (2001) et différentes visites, notamment une ancienne fabrique de brosse à dents près de Beauvais avec toute la compétence en la matière de Sacha Bogopolski. Il inaugure une collaboration avec l’Académie nationale de chirurgie dentaire et sous la présidence de Pol Danhiez, il communique au Palais du Luxembourg en 1999, lors d’une séance solennelle de l’Académie consacrée au « Centenaire de la découverte des rayons X et de la radioactivité, 100 ans d’application en odonto-stomatologie ». Cette même année, lors des manifestations organisées dans le cadre du 150e anniversaire de l’Assistance Publique, François Vidal prononce à l’Hôtel-Dieu de Paris une allocution sur l’« Institution hospitalière et son évolution ». Il participe largement aussi à l’organisation du site Internet de l’Académie.

 

Dans le courant de l’année 2000 des pourparlers sont engagés avec la BIUM qui, conforme à ses missions de diffusion du savoir, offre la possibilité à la SFHAD souhaitant l'information la plus large sur ses activités de publier gratuitement sur son site les pages web transmises par elle-même en mettant à sa disposition les compétences informatiques de son conservateur informaticien, Jacques Gana. La convention est signée en avril 2001 et la SFHAD, reconnaissante, a le grand avantage de faire partie des douze Sociétés d’histoire hébergée par la BIUM tantôt médicale, chirurgicale, botanique ainsi que l’ASPAD (Association de sauvegarde du patrimoine de l’art dentaire). Ainsi, les actes des congrès qui étaient publiés sur papier sous la rédaction de Marguerite Zimmer depuis 1995 sont désormais numérisés. Cette mise en ligne est extrêmement précieuse, rendant ainsi les travaux scientifiques de la SFHAD accessibles au monde entier. Progressivement sur ce site, paraîtront Une petite histoire de l’art dentaire par Marguerite Zimmer ainsi que l’ Histoire du cabinet dentaire par Claude Rousseau, ces deux publications sont très fréquemment consultées.

En novembre, lors du congrès de l’ADF-FDI, Pierre Baron, Xavier Deltombe et Claude Rousseau présentent une communication à la réunion de l’International association of history of dentistry, organisée et présidée par Marguerite Zimmer. Des membres de la Société sont élus à l’Académie et des membres de l’Académie adhèrent à la SFHAD.

 

2001, Pierre Baron succède à Claude Rousseau à la présidence. En avril, lors d’une séance commune avec la Société française d’histoire de la médecine, Marguerite Zimmer, Pierre Baron et Claude Rousseau communiquent, leurs textes sont publiés dans la revue Histoire des sciences médicales 2002, XXXVI, p. 21-73. À la fin de cette même année, François Vidal décède et peu de temps après lui, Roger Guichard qui venait d’être élu secrétaire général.

 

2002, le congrès se tient pour la première fois à Paris en présence des présidents de l’Ordre, André Robert, et de l’Académie, Michel Guillain. Une modification des statuts fait entrer un conseiller technique et des conseillers scientifiques. Une visite de l’Institut de France est organisée par le vice-président, Pol Danhiez.

 

2003, sur la proposition de l’un de nos membres, Gérard Braye, secrétaire général de l’ASPAD (Association de sauvegarde du patrimoine de l’art dentaire), est inauguré le 6 février, en présence du maire et du conseil municipal de Nice, le jardin Henri Lentulo «mécanicien et chirurgien-dentiste (1889-1981), inventeur du bourre-pâte»

Lors du congrès de Metz, de nouveaux statuts sont votés et des membres du conseil d’administration sont élus. Danielle Gourevitch est nommée conseiller scientifique. Juste avant le congrès, le Pr Javier Sanz, président de la Sociedad española de historia de la odontologia (SHEO) avait envoyé ses vœux de réussite : ce sera le début d’échanges aussi fructueux qu’amicaux. En mai, Jean Granat organise un voyage en préhistoire dans le Périgord. En juin, Sacha Bogopolski meurt accidentellement.

 

2004, lors du congrès à Caen, le règlement intérieur est voté. Pierre Baron présente le très beau livre européen édité par Christine Hillam : Dental practice in Europe at the end of the 18th century, auquel ont participé, en plus de lui-même, Louis Philippe Cosme, Xavier Deltombe et Pierre Laudet. Le projet d’une médaille pour honorer certains des membres ou personnalités externes présents à nos congrès est adopté. En octobre, trois membres de la Société, lors d’une séance de travail de l’Académie, présidée par Michel Guillain, évoquent « Trois grands noms ignorés de l’art dentaire » : Francisco Martinez, Louis Lécluse et Pierre Apolloni Préterre (Bulletin de l’Académie nationale de chirurgie dentaire, 2005, 48). Plusieurs membres assistent au congrès de la SHEO à Valence, visitent le musée dentaire du « Pr Borja de Guzman » à Gandia et s’arrêtent ensuite à Madrid pour voir en compagnie de son directeur, Javier Sanz, le musée de la faculté d’odontologie de l’Universidad Complutense. En décembre, Marguerite Zimmer soutient une thèse d’histoire de la médecine à l’École pratique des hautes études, sur « Les brevets d’invention en matière d’anesthésie. (1795-1908) », dirigée par le Pr Danielle Gourevitch. Son livre Histoire de l’anesthésie sera publié en 2008.

 

Au début de 2005, Pierre Baron démissionne de la présidence, Marguerite Zimmer, vice-président, en assure l’intérim en attendant le renouvellement du bureau. En avril, le premier colloque international de pathographie présidé par Danielle Gourevitch et organisé par Philippe Charlier se tient à Loches à l’occasion de l’étude paléopathologique et de la ré-inhumation des restes d’Agnès Sorel dans l’abbatiale de Loches ; Thibault Monier y communique sur la momie de Ramsès II (Actes du 1er colloque de pathographie. Collection Pathographie, dirigée par Phiilippe Charlier aux éditions De Boccard, Paris).

Pol Danhiez, est élu président lors du congrès de Reims. Pour la première fois, la médaille qui vient d’être élaborée par Jean Granat, est offerte pour honorer et remercier en particulier les personnalités rémoises qui ont contribué activement à la réussite du congrès.

Ce congrès inaugure la participation de confrères venant de Madrid, de Wroclaw et la dimension internationale de la Société se confirme l’année suivante avec la venue de confrères de Moscou et du Congo-Brazzaville qui deviendront eux aussi de fidèles intervenants lors des congrès rendant compte ainsi de l’histoire de l’odontologie de leurs pays.

Entre temps, le musée dentaire Pierre Fauchard est « passé » du Conseil de l’Ordre (22, rue Émile Ménier) au musée de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (47, quai de la Tournelle). Le conservateur de l’AP-HP propose à la BIUM le dépôt des livres du fonds Fauchard. Ceux-ci sont numérisés pour en faciliter l’accès à tous et Micheline Ruel-Kellermann a présenté les livres les plus anciens (BIUM Medic à Odontologie P).

 

2006, lors du renouvellement du bureau et du conseil d’administration au congrès de Rouen Michel Guillain est élu président. La Société a soutenu l’exposition intitulée « Histoires de dents. Croyances populaires, soins, prévention » organisée, l’occasion de ce congrès, par madame Dubois, conservateur du musée Flaubert et d’histoire de la médecine, en collaboration avec Gerard Braye, Clause Rousseau et Pol Danhiez. Concernant les actes, Danielle Gourevitch et Micheline Ruel-Kellermann en assurent désormais, sous l’autorité du président, la révision avec la relecture minutieuse de Frédérique Lesca.

Lors du congrès de la SHEO à l’Escorial, Pierre Baron fait un exposé sur « La recherche biographique en histoire de l’odontologie ». Et, Javier Sanz remet à Micheline Ruel-Kellermann, secrétaire général, un joli document attestant que la SFHAD est faite « Socio de honor » de la SHEO.

 

2007, la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron en la personne de son secrétaire général, Pierre Lançon informe Micheline Ruel-Kellermann du projet de rééditer le livre d’Urbain Hémard, Recherche de la vraye anathomie des dents, nature et propriété d’icelles (1582) et, la sollicite pour en écrire l’introduction. La Société vote une subvention pour participer aux frais de publication pour ce premier livre dentaire français dont il ne reste que quelques exemplaires dans le monde.

Lors du congrès annuel en mai à Castéra-Verduzan deux communications sont consacrées à Louis Robach (1871-1959), chirurgien-dentiste, astronome , pyrénéo-alpiniste et photographe, en présence de l’un de ses fils, Gerald Robach et de ses petits-enfants. Ayant exercé en tant que chirurgien-dentiste à Condom, les congressistes assistent dans la soirée à la pose d’une plaque commémorative de son activité professionnelle au 12 de la rue Gambetta en présence du fils (sur la photo), de la Société archéologique du Gers et d’autorités locales.

 

En vue de la célébration du soixantième anniversaire de la Société en 2009 à Paris, il est décidé de préparer une plaquette en l’honneur de François Vidal. Des contacts sont pris avec Madame Vidal et avec son aide Micheline Ruel-Kellermann établit le répertoire de l’œuvre écrite. Pierre Baron qui l’a bien connu se chargera de la biographie.

Toujours grâce à la très grande compréhension et à l’intérêt grandissant manifesté par tous les conservateurs de la section d’histoire de la médecine et de l’odontologie de la BIUM, les cinq cahiers manuscrits de notre confrère Robach sont mis en ligne dans la Bibliothèque numérique Medic@

En octobre, trois membres assistent ou communiquent au congrès de la SHEO à Laguardia : Pierre Baron sur « L’art dentaire à travers la peinture » et Micheline Ruel-Kellermann sur « Frontispicios, viñetas, letras floridas y orlas en las obras odontológicas de Francisco Martinez de Castrillo y Jean-Baptiste Gariot ».

 

En 2008, l’état de santé du président Michel Guillain ne lui permettant pas d’assumer ses fonctions, le vice-président, Louis Miniac le remplace momentanément et préside le congrès qui se tient à Nancy. Le programme scientifique est particulièrement riche et éclectique : notre confrère du Congo communique sur les mutilations dentaires encore d’actualité dans certaines régions et notre confrère de Moscou présente un petit film sur la fabrication de la couronne estampée, technique encore utilisée dans une grande partie de la Russie à côté de techniques de pointe.

Au congrès de la SHEO qui s’est tenu en octobre à Oviedo devant un auditoire à dominante jeune, de par l’enseignement de l’histoire de l’odontologie dans les facultés espagnoles, Micheline Ruel-Kellermann a présenté les emprunts occultes de Bernardin Martin à Francisco Martinez dont Fauchard héritera à son tour, discrètement.

Enfin, soulignons que la Société, qui va célébrer son soixantième anniversaire lors du congrès des 20 et 21 mars 2009 à Paris, a bien augmenté au fil des années le nombre de ses adhérents et de ses congressistes ; elle s’enorgueillit de l’intérêt grandissant manifesté par les étrangers, mais la moyenne d’âge dépasse la maturité. Et une ombre plane depuis longtemps. La Société a pour objectif de contribuer à l’avancement et à la divulgation des connaissances concernant l’histoire de l’art dentaire et de l’odonto-stomatologie ; elle s’efforce d’avoir un rôle de mécène en facilitant des publications érudites auxquelles collaborent ses membres. Elle n’a malheureusement jamais rencontré, malgré de nombreuses tentatives, l’écoute attendue pour qu’un enseignement d’histoire de l’art dentaire existe dans les facultés d’odontologie. Recueillir les programmes d’enseignements à Moscou, à Madrid, dans d’autres villes et autres pays, rassembler aussi le contenu de l’enseignement dispensé dans quelques rares facultés françaises permettra peut-être un jour de démontrer le retard de la France dans ce domaine et d’inciter les doyens à organiser une initiation à l’histoire de la profession. D’autre part, quelques étudiants présentent des thèses d’histoire, ce qui prouve leur intérêt pour le passé ou l’évolution de la profession, ne serait-il pas judicieux qu’ils soient officiellement encouragés à se faire diriger par des historiens compétents ?

À l’occasion du soixantième anniversaire de la Société célébré lors du congrès des 20-21 mars 2009, un hommage a été rendu à François Vidal (1922-2001), président d’honneur. En effet, la veille, le 19 mars à 18h00 dans l’une des salles de la mairie du Ve arrondissement, généreusement mise à notre disposition par son maire, M. Jean Tibéri, et en présence de madame Vidal et de ses deux fils, Pierre Baron a évoqué sa rencontre avec celui qui a voué une grande partie de sa vie à l’histoire des arts de guérir. Une plaquette a été remise avec le texte de Pierre Baron suivi de la bibliographie historique établie par Micheline Ruel-Kellermann.

Le congrès a connu une fréquentation étrangère importante due certes à sa tenue à Paris, mais aussi aux communications de nos confrères allemands, congolais, espagnols, polonais et russes qui ont contribué avec nos conférenciers à son succès scientifique.

Par ailleurs l’organisation logistique sans faille de Jean Granat et de son équipe a permis à tous les congressistes de repartir absolument satisfaits.

 

À l’occasion du soixantième anniversaire de la Société célébré lors du congrès des 20-21 mars 2009, un hommage a été rendu à François Vidal (1922-2001), président d’honneur. En effet, la veille, le 19 mars à 18h00 dans l’une des salles de la mairie du Ve arrondissement, généreusement mise à notre disposition par son maire, M. Jean Tibéri, et en présence de madame Vidal et de ses deux fils, Pierre Baron a évoqué sa rencontre avec celui qui a voué une grande partie de sa vie à l’histoire des arts de guérir. Une plaquette a été remise avec le texte de Pierre Baron suivi de la bibliographie historique établie par Micheline Ruel-Kellermann.

Le congrès a connu une fréquentation étrangère importante due certes à sa tenue à Paris, mais aussi aux communications de nos confrères allemands, congolais, espagnols, polonais et russes qui ont contribué avec nos conférenciers à son succès scientifique.

Par ailleurs l’organisation logistique sans faille de Jean Granat et de son équipe a permis à tous les congressistes de repartir absolument satisfaits.

 

2010, le nouveau président, le Pr Danielle Gourevitch a choisi un château dans l’Aube à Pouy-sur-Vannes pour y tenir le congrès en mai. Ce cadre champêtre a été fort apprécié après le tumulte parisien par une forte délégation étrangère, notamment espagnole. Certains membres se sont retrouvés en février au congrès de Turin de la Società italiana di storia dell’odontostomatologia (SISOS) ; Pierre Baron, Robert Cavezian, Marguerite Zimmer y ont présenté des communications. En octobre, à Madrid, lors du congrès de la Sociedad Española de la Historia de la Odontologia, ont également présenté des communications Pierre Baron et Micheline Ruel-Kellermann, celle-ci a été nommée « socio de honor » par son président le Pr Javier Sanz qui lui a remis la très belle médaille de la SEHO.

2011 est une date importante pour l’histoire de la SFHAD et pour l’histoire de l’art dentaire en général. Année du 250e anniversaire de la mort de Fauchard, le congrès (31 mars - 2 avril) s’est tenu, grâce à M. Guy Cobolet, directeur de la BIU Santé, dans la prestigieuse salle du Conseil de l’ancienne faculté de médecine de Paris La première matinée scientifique consacrée à Fauchard a permis aux congressistes d’apprendre de Gilles Henry la très récente découverte du lieu et de la date de naissance du « père de l’art dentaire moderne ».

Une médaille à l’effigie de Fauchard a été éditée avec l’aide de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes, de l’Académie nationale de chirurgie dentaire et de l’Association dentaire française. Elle a été offerte à chaque congressiste, parmi lesquels de nombreux étrangers et nouveaux adhérents.

Restait à explorer le lieu de naissance de Fauchard. Micheline Ruel-Kellermann s’est rendue à Saint-Denis-de-Gastines, charmante commune de la Mayenne, pour rencontrer son maire, M. Charles Brochard qui s’est immédiatement investi dans un projet de cérémonie. Le 20 octobre, en présence de nombreux participants, le Pr Danielle Gourevitch et Charles Brochard ont dévoilé la plaque commémorant la naissance et la mort de Fauchard. Aux côtés des membres de la SFHAD, le Pr Georges Dorignac représentait l’Académie nationale de chirurgie dentaire, René Canat et plusieurs membres, l’Ordre des chirurgiens-dentistes de la Mayenne. Des membres de l’Union des chirurgiens-dentistes retraités (UCDR) étaient également présents, tant des Pays de Loire que du bureau national, lequel était représenté par Jean Gounant, secrétaire général. Assistait aussi à la cérémonie un des descendants du « père de la dentisterie moderne ». Après avoir admiré la plaque commandée par la SFHAD et les étendards élaborés par la mairie qui ornaient les trois autres faces du petit monument situé place de l’église, les assistants ont été conviés à un très sympathique vin d’honneur. Celui-ci fut précédé de brèves allocutions : celle du maire (1), celle de Gilles Henry (2) sur la découverte de son acte de baptême, et celle de Xavier Deltombe (3) sur l’importance de son œuvre. À son tour, le président de la SFHAD adressa ses remerciements au maire pour la très belle réussite de cette commémoration. Enfin, Micheline Ruel-Kellermann tint à saluer plus particulièrement Christiane Béchu, secrétaire de mairie, pour son efficace collaboration, et Thierry Chrétien, pour ses actives recherches généalogiques locales, en leur remettant la médaille de Pierre Fauchard. Cette rencontre entre confrères et élus dyonisiens restera un excellent souvenir de convivialité et de partage. autour de Pierre Fauchard.

Voici les trois allocutions des personnes citées :

M. Charles Brochard, maire de Saint-Denis-de-Gastines

Mesdames, Messieurs,

Suite à une première entrevue avec certains d’entre vous, la date du 20 octobre 2011 a été retenue pour marquer d’une façon officielle la naissance de Pierre Fauchard. Depuis peu, cette date a été retenue par le Chef de l’État pour une visite en Mayenne, aussi nous sommes au regret de noter l’absence et les excuses de nombreux élus. Permettez-moi de remercier de leur présence : le Conseil Général : Monsieur Dutertre, représentant le président du Conseil Général, Monsieur le président de la Communauté de Communes de l’Ernée, Mesdames, Messieurs les maires, mesdames, messieurs les élus. En ce qui concerne vous les professionnels de l’art dentaire, je ne voudrais pas faire d’impairs en oubliant certains d’entre vous ; aussi, je vous laisserai le soin de vous présenter. Je propose de donner la parole à madame Micheline Ruel-Kellerman (secrétaire général de la Société française d’histoire de l’art dentaire) qui a été notre interlocutrice pour cet évènement. Après je retracerai en quelques mots l’histoire de Saint-Denis-de-Gastines à l’époque de la naissance de Pierre Fauchard, aidé pour ces écrits par Thierry Chrétien, élu et passionné d’histoire et je vous laisserai le soin d’évoquer le parcours professionnel de Pierre Fauchard.

Pierre Fauchard né dans la paroisse de Saint-Denis-de-Gastines le 2 janvier 1679, est un dionysien du XVIIe siècle. Ce futur scientifique et praticien de la chirurgie dentaire moderne a vu le jour sans doute dans l’un de ces deux hameaux qui seraient le Bois Béranger ou le Nézement. Sa destinée s’est peut-être dessinée sur le parcours d’un autre illustre mayennais, Ambroise Paré né vers 1510 au Bourg-Hersent, dans le quartier d’Avesnière à Laval et qui fut le père de la chirurgie moderne. Sur l’une des routes qui mène au Mont-Saint-Michel, la paroisse de Saint-Denis-de-Gastines est à cette période à l’image d’aujourd’hui ; quant à sa superficie, pratiquement identique avec une vaste campagne vallonnée et boisée où régnait encore le loup, traversée de chemins creux et alimentée par de nombreux ruisseaux. Ces derniers ont permis l’implantation de moulins dès la fin du XVe siècle, une activité forte qui occupe de nombreux meuniers et tisserands, sans oublier dans cette région, à caractère rural, de nombreux laboureurs mais aussi éleveurs avec de très petits cheptels. Le territoire dionysien s’articule sur deux axes principaux : le bourg et son église où vit une bourgeoisie locale et indépendante, et le château de Montflaux, situé à trois kilomètres au nord-ouest de la bourgade gastinaise, un haut-lieu de l’aristrocratie locale appartenant au comté de la famille noble de Froullay qui régnait à cette époque sur les régions de Couesmes-Vaucé, Montenay, Ambrières-les-Vallées et possédait des droits à Lassay-les-Châteaux.

Pierre Fauchard est donc le fils de Gilles Fauchard et de Mathurine Germain, mariés le 10 février 1678 à Saint-Denis-de-Gastines. Gilles Fauchard est tisserand, issu sans doute d’un milieu bourgeois. Cette union avec Mathurine Germain est un second mariage pour cet homme qui se mariera à cinq reprises. De cette union avec Mathurine Germain, il n’aura que Pierre comme fils, sa femme décédera le 7 janvier 1681 à Ernée : paroisse où Gilles Fauchard s’est établi jusqu’en 1710, le 29 août date de sa disparition à l’hospice d’Ernée vers la soixantaine. Pierre sera malgré tout l’aîné d’une fratrie de neuf demi-frères et demi-soeurs. Tout porte à croire que Pierre serait né au Bois Béranger où existaient autrefois un château et l’un des plus grand moulins de Saint-Denis-de-Gastines à seulement une lieue de la paroisse de Charné, le coeur de la ville d’Ernée au XVIIe siècle.

Saint-Denis-de-Gastines est une commune de 1 750 habitants sur une superficie de 4 875 ha. Comme autrefois, elle garde son caractère bocager, et marque une certaine fierté d’avoir su garder un grand nombre de chemins utilisés pour la randonnée. C’est également une commune où la vitalité est marquée par les 450 emplois. Un tissu associatif dynamique avec 35 associations. 190 enfants sont scolarisés dans les deux écoles. Aujourd’hui, Saint Denis rajoute un évènement à son histoire, en dévoilant la plaque commémorative de cet illustre dionysien. Permettez-moi de remercier la Société française d’histoire de l’art dentaire qui nous a remis cette plaque. Notre devoir sera désormais de faire connaître dans notre région cette partie méconnue de notre histoire. Pierre Fauchard restera à tout jamais, un personnage illustre pour la Mayenne et bien sûr pour Saint-Denis-de-Gastines, commune associée à son lieu de naissance.

Gilles Henry, écrivain et historien :
"Comment j’ai trouvé le lieu de naissance de Pierre Fauchard (1679-1761)"

La vie de Louis Dominique Cartouche (1693-1721), le « brigand de la Régence », m’a toujours intéressé : après en avoir publié la biographie (Tallandier, 2001), j’ai repris les recherches pour une nouvelle édition, travaillant particulièrement sur le Minutier Central des notaires de Paris, au CARAN, Archives nationales (cf : Cartouche, le justicier, Historia spécial, juin 2010).

En 1720, les « Cartouchiens » sont poursuivis par la police, mais échappent au filet tendu ; Cartouche, même, se marie en juin et signe un contrat de mariage avec Marie Antoinette Néron, voleuse confirmée ; l’acte indique qu’il est « fabricant de chocolat » pour les « limonadiers » (cafés). Un faux-pas et il est conduit au commissariat d’où il ressort libre, ayant déclaré – avec la complicité d’un policier – qu’il réside à l’hôtel de l’Alliance, rue des Fossés-Saint-Germain (aujourd’hui rue de l’Ancienne Comédie). Je m’attache alors à retrouver des documents sur cet hôtel, situé juste en face du Procope (promoteur du café et du chocolat au XVIIIe), imbriqué depuis des années avec l’hôtel de la Comédie Française, inaugurée à cet endroit en 1689. Les comédiens et les voleurs de la bande de Cartouche, ainsi que d’autres personnages de toute activité, se croisent quotidiennement dans les cours, escaliers, passages et doubles sorties des deux immeubles. Or, dans ces édifices mêlés, vit et travaille Pierre Fauchard, dont la première épouse, Marie Anne Lefebvre, meurt en 1729.

Examinant les actes des 122 études du Minutier Central des notaires de Paris, mais en particulier celle de maître de Savigny, le notaire des Comédiens français, la bibliothèque de la Comédie française, la Bibliothèque Historique de la ville de Paris, je relève et accumule des documents concernant Pierre Fauchard et ses alliances avec des acteurs (Chemin, son beau-frère) et des confrères (Landumiey), qui me renvoient plutôt vers l’ouest de la France. Ma propre famille étant originaire de Loire-Atlantique, je connais un peu la région, dont j’ai depuis longtemps étudié certaines données généalogiques ; je reprends mes propres archives, les relaye avec les moyens informatiques et internet modernes, contacte les dépôts départementaux de l’Ouest (Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Côtes d’Armor, Mayenne) ainsi que l’Association Bretagne-Généalogie (Rennes) et le Cabinet Bontemps à Guichen et je finis par « loger » - comme aurait dit le Commissaire Maigret (dont j’ai écrit il y a plusieurs années la biographie) - l’acte de mariage de Pierre Fauchard avec M.A. Lefebvre à Guingamp, en 1699, puis l’acte de baptême de Pierre Fauchard, en plein pays mayennais (Saint-Denis-de-Gastines près d’Ernée), le 2 janvier 1679. Il reste maintenant à mettre en place un plan de nouvelles recherches afin de comprendre comment Pierre Fauchard est devenu – à vingt ans - « chirurgien » à Ernée, prenant son envol jusqu’à devenir le « père de la dentisterie moderne », mondialement connu.

Docteur Xavier Deltombe

Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, chers confrères et consœurs,

Merci, monsieur le Maire de nous accueillir dans votre commune de Saint-Denis-de-Gastines, sous les éclairages de l’actualité médicale. L’année 2011 a été riche en communications et en publications sur Pierre Fauchard, appelé le « Père de la chirurgie dentaire », dont nous célébrons le 250e anniversaire de sa disparition. Pierre Fauchard est connu en Europe et dans le monde entier, et particulièrement aujourd’hui à Saint-Denis-de-Gastines, par votre obligeance, Monsieur le Maire. Quelques descendants de Pierre Fauchard n’ont pu être présents, mais ils m’ont chargé de vous dire qu’ils sont très sensibles à l’honneur que vous faites à leur ancêtre dont ils conservent précieusement intacts les peintures les lettres et les souvenirs. Les raisons de cette aura sont nombreuses. Aujourd’hui, pour être bref, je n’en retiendrai que deux : l’Art et la Manière.

Dans le premier tiers du dix-huitième siècle, la France compte 20 millions d’habitants. Il naît un million d’enfants chaque année (contre 800.000 aujourd’hui). Au bout d’un an, 300000 ne sont plus de ce monde. Avec les guerres, les épidémies et les famines, l’espérance de vie n’atteint pas 30 ans. Vous comprendrez aisément que dans ce contexte social et médical, les problèmes dentaires ne sont pas la priorité. Pourtant ils existent réellement, et nous en avons la preuve déjà par les nombreuses observations cliniques décrites par Pierre Fauchard et encore par l’impressionnant commerce européen des élixirs, des substances à base de plantes censées apaiser les douleurs et les pathologies dentaires. Un commerce tellement florissant que les détenteurs de brevets royaux autorisant leur vente n’hésitent pas à défendre leurs droits devant les tribunaux.

Dans l’univers des soignants, on retrouve les charlatans, les marchands d’orviétans et d’élixirs, les empiriques, mais aussi les experts pour les dents, reçus par les communautés de chirurgiens ; ces derniers sont itinérants ou sédentaires, mais peu nombreux. Dans cet univers, le chirurgien Pierre Fauchard définit le terme « chirurgien dentiste » en décidant d’appliquer aux soins de la bouche les nouvelles méthodes de la chirurgie : une connaissance fine de l’anatomie, l’observation clinique et le raisonnement scientifique. Il consignera son art dans un traité publié pour la première fois en 1728. Amélioré plusieurs fois, cet ouvrage extraordinairement complet, précis et détaillé, fera référence pendant plus d’un siècle. Pierre Fauchard nous donne les motifs de son exigence en insistant sur la nécessité d’une très bonne formation théorique et pratique : La pratique seule ne suffit pas à porter ces opérations de chirurgie à leur perfection, à moins qu’elle ne soit dirigée par une étude exacte de l’anatomie et il ajoute : Je me suis abstenu à hasarder des conjonctures vagues sur des choses qui ne sont pas encore suffisamment connues. Pierre Fauchard a guidé sa vie professionnelle par une réflexion éthique, se soumettant à une remise en cause permanente, dans un souci de vérité et d’amélioration de ses compétences professionnelles. Tout ce qu’il écrit est issu de sa réflexion personnelle. Il n’hésite pas à se corriger : L’expérience que m’a donné une pratique sans relâche de plus de quarante années, m’a conduit à de nouvelles connaissances et à corriger ce qui m’a paru défectueux dans mes premières idées. Décrivant les maladies des dents et des gencives, il porte une grande attention à la douleur, et améliore les instruments et leur usage pour diminuer cette douleur. Fauchard nous montre qu’il appartient à chaque praticien d’avoir un éclairage éthique sur son exercice, et que le pilier central est le consentement du malade et la décision médicale appropriée. Relisons-le : Ce n’est qu’avec regret que je me détermine à ôter des dents… j’hésite, j’élude et je diffère à les ôter par le grand cas que j’en fais, et à cause de l’importance de leur usage. Il semble bien, avec le développement actuel de la chirurgie dentaire et de l’implantologie en particulier, que la phrase de ce grand praticien est parfaitement d’actualité, au centre d’une réflexion importante.

Voilà ce que je retiens de Pierre Fauchard, l’Art et la Manière.

Un des étendards a été offert par la commune à la SFHAD, celle-ci l’a exposé, fin novembre, lors du congrès de l’Association Dentaire Française. Il est définitivement suspendu sur l’un des murs du département de l’Histoire de la médecine à la BIU Santé, 12, rue de l’École de Médecine à Paris, 75006.

 
     

 

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