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17, 18 et 19 juin 2011
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Sortie de la SFHM à Strasbourg
Les journées d’histoire de la médecine, qui se sont déroulées à Strasbourg les 17, 18 et 19 juin 2011, étaient organisées par la SFHM à l’invitation du Dr Jean-Marie LE MINOR et de son équipe.
Les conférences se sont tenues à la Faculté de Médecine de Strasbourg dans l'enceinte des Hospices Civils de Strasbourg (CHRU) et, à proximité immédiate du centre-ville et du quartier de la Petite-France.
Les journées ont été ouvertes par les interventions des personnalités suivantes :
- Doyen Jean SIBILIA (Faculté de Médecine) ;
- Doyen Jean-Yves PABST (Faculté de Pharmacie) ;
- Doyen Youssef HAIKEL (Faculté de Chirurgie Dentaire) ;
- Pr Jean-Marie VETTER, Président des Amis des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Président de l'Institut des Arts et Traditions Populaires d'Alsace ;
- Dr Jean-Jacques FERRANDIS, Président de la Société Française d'Histoire de la Médecine
Communications
Samuel KOTTEK
Médecine et hygiène chez les Esséniens
Les Esséniens étaient une secte juive, qui fit parler d'elle pendant 2 à 3 siècles autour du début de notre ère. Nous n'avons pas détaillé l'histoire de cette secte, caractérisée essentiellement par son ascétisme et ses tendances eschatologiques. Les auteurs qui ont été consultés, c'est-à-dire Flavius Josèphe, Philon d'Alexandrie et Pline l'ancien, étaient des contemporains de la secte, les 2 premiers des témoins visuels.
Notre propos a été de décrire le mode de vie de ses membres, en particulier leur hygiène de vie. La vie en communauté structurée, les repas en commun, les exigences de propreté – disons plutôt de pureté, le repos du Sabbat, l'habillement, les latrines, tout cela est passé en revue. La plupart des Esséniens restaient célibataires; ils adoptaient de jeunes enfants et les éduquaient selon leurs principes. Leurs propriétés étaient mises en commun, les vieillards et les malades jouissaient de soins gratuits.
L'intérêt des Esséniens pour la médecine, soit dans des textes anciens, soit par une étude des plantes médicinales, est documentée par Josèphe. Quant aux Thérapeutes décrits par Philon, ils avaient, eux aussi, la réputation de guérisseurs holistiques.
La question de l'unicité de ces trois communautés décrites, Esséniens, Thérapeutes et résidents de Qumran, reste posée, il y a en tous cas de nombreux points communs.
Antoine DRIZENKO
Les "Institutions Anatomiques" de Jean Guinter d'Andernach (1487-1574), médecin strasbourgeois, et André Vésale (1514-1564)
Le texte des "Institutions Anatomiques" de Jean Guinter d’Andernach, dans sa version originale, parut quasi simultanément à Paris et à Bâle en 1536. Guinter était alors dans sa cinquantième année, André Vésale qui n’avait que vingt-deux ans avait été son élève à Paris entre 1533 et 1536. Après avoir achevé ses études à Louvain et publié sa thèse dont la première édition est imprimée à Louvain en février 1537, et la deuxième à Bâle en mars 1537, Vésame se rendit à Padoue où il fut nommé professeur d’anatomie et de chirurgie. Vésale, outre les raisons invoquées dans la lettre de dédicace à Jean Armenterianus, cherchait à disposer rapidement de supports imprimés pour ses étudiants. Il publia ainsi en avril 1538 la version gravée des grandes planches qu’il avait en grande partie lui-même dessinées et qui lui servaient à appuyer ses démonstrations lors des séances de dissection. Pour le texte d’accompagnement, son choix se porta vers le manuel de son maître Guinter d’Andernach qu’il décida d’éditer en incorporant des modifications et fit publier à Venise en 1538 chez D. Bernardinus. Les modifications apportées par Vésale au texte de Guinter peuvent être classées en plusieurs rubriques : des aménagements mineurs, des adjonctions de remarques anatomiques, des adjonctions corroborant la physiologie traditionnelle, et des anecdotes venant émailler le texte.
Axel GAMPP
L'influence des traités anatomiques sur le développement des ornements dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Vésale inspirateur de Wendel Dietterlin ?
En 1543 à Bâle, Johannes Oporinus publiait l'un des plus fameux traités de l'histoire de l'anatomie, De humani corporis fabrica d'André Vésale. Le livre connut un succès immédiat dans toute l'Europe, et tout particulièrement dans la région du Rhin supérieur. À Strasbourg, Walter Ryff (Gualterius Rivius) en donna rapidement une copie ; d'autres suivirent, comme par exemple Félix Platter à Bâle en 1581. Une des nouveautés de tous ces ouvrages consistait dans le fait que, pour la première fois, le corps humain était disséqué dans ses plus petites parties. Des éléments anatomiques tels que la cage thoracique ouverte, la colonne vertébrale, le rein sectionné, ou les cartilages du larynx ont apparemment inspiré un artiste de la fin du XVIe siècle de la même région géographique : Wendel Dietterlin (c.1550-1599) qui oeuvra principalement à Strasbourg et introduisit ces éléments dans son traité sur l'architecture comme ornements architecturaux. Cela semble le premier exemple de transfert de motifs de l'anatomie humaine vers l'architecture. Par la suite, ce transfert réapparut dans quelques travaux jusqu'à l'époque de William Hogarth au XVIIIe siècle.
Christine MULLER
Instruments chirurgicaux à travers les emblèmes de métiers alsaciens et les archives d'Obernai (XVIe-XVIIIe siècles)
Cette étude présente quelques données originales concernant les instruments utilisés par les chirurgiens-barbiers alsaciens du XVIe au XVIIIe siècle. Des emblèmes de métiers figurent fréquemment sur des maisons particulières en Alsace, et 35 emblèmes concernant des chirurgiens-barbiers ont pu être retrouvés ; six, particulièrement caractéristiques, sont analysés ici (Soultz 1568, Marlenheim 1581, Sainte-Croix-en-Plaine 1587, Rosheim 1681, Rosheim 1733, et Wasselonne 1738). Le rasoir (Schermesser), la lancette (Lanzette), et la "flamme" (Lasseisen, Fliete) sont les instruments les plus fréquemment représentés. Des inventaires après décès inédits apportent également des données instructives et en particulier ceux du barbier Hans Artz de Molsheim (1597) et du barbier Jacob Pflieger d'Obernai (c. 1608-1609). Enfin, sont évoquées des mentions inédites concernant deux barbiers originaires d’Obernai ayant exercé en Europe de l’Est (Sebald Korn autour de 1583, et Johannes Baur autour de 1637).
Claude MULLER De la santé du cardinal Gaston de Rohan. La maladie, vecteur diplomatique dans les cours princières au XVIIIe siècle ?
Les quelques éléments concernant la santé et la médecine découverts au cours d'un dépouillement exhaustif des multiples fonds qui évoquent la famille des Rohan sont présentés ici. Ils concernent essentiellement Gaston de Rohan (1674-1749). Né à Paris le 27 juin 1674, fils de François de Rohan, prince de Soubise, lieutenant-général des armées du roi, et d'Anne Julienne de Rohan-Chabot, Gaston de Rohan fut élu chanoine du grand chapitre de Strasbourg en 1690, puis coadjuteur du prince-évêque de Strasbourg en 1701. Il devint prince-évêque de Strasbourg en 1704 et cardinal en 1712. Il décéda à Paris le 19 juillet 1749. La "goutte" du cardinal est omniprésente dans la vie de cet homme d’Église. Ensuite, la goutte s'impose dans la vie de cet homme d’État, lui évitant de se rendre en tel endroit qui ne l'enthousiasme guère. Elle permet enfin d'imposer l'étiquette, puisque l'on est obligé de se rendre chez le cardinal, qui reçoit. La maladie devient non diplomatique, mais diplomatie.
Philippe EDEL Les professeurs de médecine d'origine française à l'Université impériale de Vilnius au début du XIXe siècle
Connue sous le nom de Vilna au début du XIXe siècle, Vilnius (aujourd'hui capitale de la Lituanie) était alors une ville en pleine expansion et à la croisée des sciences et des arts en Europe. Le moteur de ce rayonnement fut sans conteste son Université, qui était la première de Russie en nombre d’étudiants, avant celles de Dorpat (Tartu aujourd’hui) et de Moscou. Lorsque l'Université fut sécularisée en 1773, parmi les nouvelles disciplines qui y furent introduites, figurèrent les sciences naturelles. Il fut ainsi décidé de créer un Collegium medicum. L’évêque Massalski, en tant que président de la Commission de l’Éducation Nationale, chargea son médecin personnel, le Français Nicolas Regnier (1723-1800), originaire de Strasbourg, de créer cette école et le nomma dès 1775 professeur d’anatomie et de chirurgie. Nicolas Regnier fut ainsi le premier des sept médecins d’origine française qui marquèrent l’essor de la Faculté de Médecine de Vilnius avec : Jacques Briotet (1746-1819), Jean Emmanuel Gilibert (1741-1814), Auguste Bécu (1771-1824), Jean Pierre Frank (1745-1821), Joseph Frank (1771-1841), Louis Henri Bojanus (1776-1827).
Grégory QUIN et Jacques MONET L’essor des établissements orthopédiques et gymnastiques à Paris (1815-1862). Essai d’une sociohistoire de l’orthopédie et de la gymnastique
Différents historiens ou sociologues ont déjà abordé la question de la génération conjointe de l’orthopédie et de la gymnastique, toutefois à notre connaissance il n’existe pas d’étude exclusivement centrée sur les établissements orthopédiques et gymnastiques, et cela malgré le récent accroissement des publications en matière d’histoire sociale et culturelle de la médecine. Dans la présente contribution, nous essayons d’esquisser une sociohistoire de l’essor des établissements orthopédiques et gymnastiques de 1820 aux années 1860 à Paris. Ces établissements sont singuliers de par leur inscription dans plusieurs processus sociaux fondamentaux du XIXe siècle : la structuration du champ médical, sa spécialisation, sa professionnalisation, mais encore la légitimation des pratiques d’exercice corporel ou la compréhension du corps féminin. Plusieurs types d’intérêts et d’enjeux - épistémologiques, pédagogiques, sociaux, professionnels ou symboliques - se croisent en ces lieux, et font d’eux des éléments majeurs dans la constitution d’une histoire de l’engagement des médecins pour la production d’une éducation du physique au XIXe siècle. De fait, ces établissements sont de véritables laboratoires d’une nouvelle orthopédie et d’une gymnastique médicale. Lieux de savoirs et de pouvoirs, ils sont aussi les terrains d’une éducation plurielle, à la fois médicale, morale, intellectuelle et physique. Nous analyserons tour à tour différents éléments d’une sociohistoire de l’institutionnalisation des établissements orthopédiques : d’une sociologie des fondateurs d’établissements, à la répartition géographique et à une description de leur clientèle, pour finir par une brève description des divers processus rééducatifs et éducatifs mis en œuvre dans ces « cliniques ».
Jean-Yves PABST La chaire de chimie médicale de la Faculté de Médecine et la chaire de chimie de l'École de Pharmacie de Strasbourg de 1794 à 1870
Strasbourg a occupé au XIXe siècle une place privilégiée en chimie, tant dans l'enseignement que dans la recherche, et celà, en particulier au sein de trois institutions créées après la dissolution de l'ancienne Université lors de la Révolution : la Faculté des Sciences, l'École puis Faculté de Médecine créée en 1794, et l'École de Pharmacie créée en 1804. En 1871, l'Alsace fut annexée par l'Allemagne. La chaire de chimie médicale de la Faculté de Médecine fut occupée successivement par : Pierre François Nicolas (1743-1816) en 1794-1795, Frédéric Louis Ehrmann (1741-1801) de 1796 à 1798, Gabriel Masuyer (1761-1849) de 1798 à 1838, et Amédée Cailliot (1805-1884) de 1838 à 1871. La chaire de chimie de l'École de Pharmacie fut occupée successivement par : Louis Hecht (1771-1857) de 1804 à 1835, Jean François Persoz (1805-1868) de 1835 à 1852, Adrien Loir (1816-1899) de 1852 à 1855, Charles Frédéric Gerhardt (1816-1856) en 1855-1856, et Eugène Théodore Jacquemin (1828-1909) de 1856 à 1871. Parmi les élèves et collaborateurs de ces chaires s'illustrèrent en particulier : Antoine Gerboin (1758-1827), Charles Adolphe Wurtz (1817-1884), Paul Schützenberger (1829-1897), Louis Pasteur (1822-1895), Charles Émile Kopp (1817-1875), Antoine Béchamp (1816-1908), et Gustave Clément Fleury (1833-1910).
Denis DURAND de BOUSINGEN Regards croisés : Récits de voyages hospitaliers entre Strasbourg et l’Allemagne au XIXe siècle
Apparue au XIXe siècle, la vogue des voyages scientifiques puis des congrès médicaux amena de nombreux médecins à découvrir les institutions médicales des pays européens. Beaucoup de médecins alsaciens partirent ainsi à la découverte de la médecine et des hôpitaux d'Allemagne et d'Europe centrale, puis publièrent les récits de leurs périples. Les médecins allemands furent nombreux à se rendre à Paris, et certains passèrent par Strasbourg pour en étudier les institutions médicales. À partir de différents témoignages, sont présentées la vision des médecins strasbourgeois sur la médecine germanique et la vision allemande de la médecine à Strasbourg : dans les deux cas, ces impressions illustrent le rôle de "pont" entre la France et l'Allemagne traditionnellement joué par la Faculté de Médecine de Strasbourg.
Jean-Marie LE MINOR & Jean-Baptiste RICHERT Étudiants japonais à la Faculté de Médecine de Strasbourg de 1872 à 1918
Après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, ratifiée par le traité de Versailles en janvier 1871, une nouvelle université de grande envergure fut créée à Strasbourg par les autorités allemandes. Elle fut inaugurée le 1er mai 1872, dénommée Kaiser-Wilhelms-Universität à partir de 1877, et exista jusqu'au retour de l'Alsace à la France en 1918. Par son prestige, cette université attira rapidement des étudiants étrangers (c'est-à-dire ni alsaciens ni allemands, représentant la majorité). Parmi ceux-ci, 48 étudiants japonais furent inscrits à la Faculté de Médecine de 1872 à 1918, auxquels s'ajouta un assistant, avec en particulier (par ordre chronologique de première inscription) : Kenji Osawa (1878-1882), Yoshikiyo Koganei (1882-1883), Tsukasa Hirota (1885-1888), Masunosuke Hirayama (1889-1890), Trasaburo Araki (1889-1893), Tatsukichi Irisawa (1890-1892), Katsutake Azuma (1898-1899), Akira Fujinami (1898-1899), Toshijiro Chiba (1899-1900), Junichi Mochizuki (1899-1900), Buntaro Adachi (1899-1903), Haruo Hayashi (1903-1904), Ryokichi Inada (1904-1905), Takaoki Sasaki (1905-1906), Kaoru Aoki (1908-1913), et Jujiro Honda (1910-1911), qui eurent ensuite une brillante carrière universitaire au Japon. Parmi ces 48 étudiants, 7 au moins soutinrent leur thèse de doctorat en médecine à Strasbourg (Osawa 1882, Maki 1884, Takahashi 1887, Mayeda 1890, Araki 1891, Matsuyama 1898, Ito 1899).
Bernard CRIBIER Strasbourg, capitale du mycosis fongoïde de 1919 à 1964, ou la fortune des éponymes
Les deux appellations "microabcès de Pautrier" et "maladie de Woringer-Kolopp" font références à deux professeurs dermatologie de la Faculté de Médecine de Strasbourg. Ces éponymes, surtout celui de Pautrier, sont universellement utilisés par les pathologistes dans le monde entier. Leur origine est particulièrement étonnante. Louis Marie Pautrier (1876-1958) n’est en effet pas le père des microabcès qui portent son nom. Cette image pathognomonique du mycosis fongoïde a été décrite en fait par Jean Darier en 1889. C’est sans doute en raison des liens étroits entre Pautrier et ses collègues de New-York que son nom a été attaché de façon doublement erronée à ce signe histologique, puisque les abcès contiennent par définition des polynucléaires et pas des lymphocytes. Pautrier a été entre 1919 et 1958 l’un des principaux dermatologues français passionné par les granulomatoses et par le mycosis fongoïde. Son élève Frédéric Woringer (1903-1964) a publié en 1939 le cas clinique d’une affection mystérieuse, qu’il avait interprétée plutôt comme une maladie de Paget. Ce n'est après sa mort que cette entité tout à fait caractéristique a été baptisée maladie de Woringer-Kolopp. Kolopp était dermatologue libéral à Metz et avait adressé la biopsie du cas princeps à Strasbourg. Cette affection rare est considérée aujourd’hui comme une entité au sein du spectre des lymphomes T épidermotropes, dont le mycosis fongoïde constitue l’essentiel.
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