Congrès 2013

XIXe journées annuelles
Lyon, 28-29 mars 2013

Les prochaines journées annuelles de la Société d'histoire et d'épistémologie des sciences de la vie (SHESVIE) se tiendront les jeudi 28 et vendredi 29 mars 2013 à Lyon. Ces journées sont organisées avec le soutien de l'Université Claude Bernard Lyon 1. Elles se dérouleront à l'Institut de Physique Nucléaire de Lyon (au sein du Bâtiment Paul Dirac, 4-6 rue Enrico Fermi, 69100 Villeurbanne).

La journée du jeudi 28 mars 2013 sera consacrée à un colloque interdisciplinaire dont le thème est le suivant : « Le médicament : quelles ouvertures vers l'histoire et l'épistémologie ? ».

Cette journée sera suivie d'une Assemblée général et d'un Conseil d'administration.

La journée du vendredi 29 mars 2013 sera l'occasion du congrès annuel de la SHESVIE.

L'argumentaire et le programme définitif de ces journées se trouvent ci-dessous.


Jeudi 28 mars 2013
Colloque : « Le médicament : quelles ouvertures vers l'histoire et l'épistémologie ? »

Organisé par le S2HEP, Sciences, Société, Education, Pratiques de l’Université Lyon 1 ; avec le soutien de l’Université Lyon 1 et en partenariat avec l’Institut des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques (ISPB) et l’Institut de Physique Nucléaire de Lyon (IPNL).

Lieu : Institut de Physique Nucléaire, Bâtiment Paul Dirac, 4-6 rue Enrico Fermi, 69100 Villeurbanne.

Argumentaire

Jusqu’à assez récemment, l’histoire des sciences s’est peu préoccupée du médicament. Un sujet de l’histoire sociale considéré comme relevant soit de l’histoire de la pharmacie ou de l’histoire de la santé, les médicaments eux-mêmes ne constituaient pas des objets assez théoriques pour être dignes d’intérêt. Les historiens des sciences se sont intéressés davantage aux ‘grandes découvertes’ telles que les alcaloïdes au dix-neuvième siècle ou la pénicilline au vingtième. Néanmoins, la démarche scientifique de chercheurs comme Pelletier et Caventou ou de Fleming furent jugées particulièrement intéressante du fait des avancées médicales permises par de telles découvertes. Mais, comme l’histoire de la pénicilline le montre bien, il ne suffit pas de révéler la propriété bactéricide d’un produit chimique pour avoir un médicament capable d’influer sur la santé humaine ; il faut la mise en production, la distribution et la consommation de tels produits, chaque phase présentant ses particularités. La question qui se pose alors à l’historien est celle de comment faire l’histoire du médicament, comment éventuellement intégrer et rendre compte de ces multiples aspects de ce produit dans une telle histoire ? Et pour l’historien des sciences ; dans quelle mesure est-il possible de prendre en compte ces différentes étapes de la production d’un médicament ?

A partir du dix-neuvième siècle, l’innovation et le développement des médicaments deviennent intimement liés aux recherches scientifiques, et au cours du vingtième le développement des nouveaux produits se rapproche de la recherche dite fondamentale. La statistique et la logique de l’épreuve sont en même temps intégrées dans les pratiques des laboratoires, où l’essai clinique prend une place prépondérante. Ce sont des développements qui interpellent directement les historiens des sciences. Force est de constater que le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres, depuis longtemps il occupe une place à part dans l’espace juridique comme plus récemment dans l’espace commercial. Mais les historiens ne se penchent que rarement sur ces particularités. Parallèlement, le médicament soulève des controverses qui sont autant sociétales que scientifiques, tant et si bien que définir les cadres permettant d’analyser de telles questions dans les sciences humaines constitue un défi.

Nous présenterons ici des approches assez éclectiques afin d’envisager le spectre des démarches potentielles qui se développent et nous permettent de penser l’histoire des sciences différemment. Les termes de l’imbrication des dimensions scientifique et non-scientifique du médicament constituent une richesse qui nécessite que soient démêlés et mis en relief les différents fils conducteurs des débats que ces objets complexes engendrent. Dans ce contexte, la complexité des médicaments modernes se prêtent à de nouvelles approches des ‘science studies’ qui explorent la matérialité de la culture scientifique et technologique ainsi que les appropriations des produits scientifiques par la société.

Programme définitif

09h00-09h30   Accueil
09h30-10h00 François Locher, ancien Doyen de la Faculté de Pharmacie, Université Lyon 1 Introduction
10h00-10h30 Cécile Maître
Pharmacien
Philippe Jaussaud
Professeur, S2HEP, Université Lyon 1
Enseignement et recherche : les travaux des premiers professeurs de la faculté de pharmacie de Lyon
10h30-11h00 Quentin Ravelli
Post-doctorant, Cermes3, Paris
Un long cri sans écho : l’impasse des infections résistantes
11h00-11h30   Pause
11h30-12h00 Pascal Maire
raticien Hospitalier, Hospices Civils de Lyon
De quelques modes d’existence du médicament depuis 1964
12h00-13h00 Olivier FAURE
Professeur, Université Lyon 3
Le médicament au XIXe siècle : les raisons d’un succès
13h00-14h30   Déjeuner
14h30-15h00 Solène Lellinger
Doctorante, Université de Strasbourg
Médicaments et effets indésirables : l’exemple du Mediator® (benfluorex) et des valvulopathies médicamenteuses
15h00-15h30 Thibaut SERVIANT-FINE
Doctorant, S2HEP, Université Lyon 1
La découverte de la théorie des antimétabolites et son impact immédiat sur la recherche pharmaceutique
15h30-16h00 Jean-Claude DUPONT
Professeur, Université de Picardie
Controverses sur les toxiques de guerre ou la pharmacodynamie biochimique en question
16h00-16h30   Pause
16h30-17h30 Jean-Paul GAUDILLIERE
Directeur d’études, EHESS, Paris
Le retour de l’ancien ? Innovation pharmaceutiques et savoirs du vivant des ‘biologiques’ au screening biomoléculaire
17h30-18h00   Assemblée générale
18h00-18h30   Conseil d’administration

Résumés associés

Cécile MAITRE (Pharmacien) et Philippe JAUSSAUD (Professeur, S2HEP, Université Lyon 1)
Enseignement et recherche : les travaux des premiers professeurs de la faculté de pharmacie de Lyon
En 1877, la nouvelle faculté mixte de médecine et pharmacie de Lyon accueille, pour l’enseignement des sciences pharmaceutiques, des professeurs dont les travaux scientifiques touchent à des domaines disciplinaires très variés : non seulement la chimie et les sciences biomédicales, mais aussi l’histoire naturelle fondamentale. Parallèlement, plusieurs traités ou manuels pédagogiques sont publiés et un riche jardin botanique entretenu. L’étude biographique des universitaires concernés éclaire l’histoire de la « partie pharmaceutique » de la faculté mixte lyonnaise.
Quentin RAVELLI (Post-doctorant, Cermes3, Paris)
Un long cri sans écho : l’impasse des infections résistantes
Les infections suscitées par des germes résistants aux antibiotiques sont à l’origine d’une crise de santé publique majeure : des maladies soignées sans difficultés pendant des décennies reviennent sous une forme insensible aux traitements. Elles génèrent une préoccupation croissante dont on peut suivre les péripéties à partir de cartographies statistiques de la littérature depuis les années 1950. Mais, malgré cette prise de conscience collective, les moyens d’actions restent fort minces, car les infectiologues qui oeuvrent pour un usage raisonné des antibiotiques entament difficilement une situation de surproduction et de surconsommation d’antibiotiques qui se nourrit, entre autres facteurs, d’un marketing pharmaceutique efficace. De l’épistémologie à l’ethnographie, on dessinera les contours de ce nouveau drame médical.
Pascal Maire (Praticien Hospitalier, Hospices Civils de Lyon)
De quelques modes d’existence du médicament depuis 1964
Dans La Raison et les Remèdes, François Dagognet au début des années soixante interrogeait les ruptures épistémologiques qui avaient conduit à la genèse du médicament allopathique, pur produit de la biomédecine. Simultanément à ce mode d'existence scientifique, perdurait au moins un mode d'existence juridique du pharmakon. Dans cette dynamique, il semblait acquis, à la fin du vingtième siècle, que désormais seuls les critères scientifiques devaient être retenus pour caractériser le médicament moderne, de son élaboration moléculaire aux essais cliniques contrôlés à large échelle. Ces certitudes ont été mises à mal ces dernières années à la suite de différents scandales et dysfonctionnements de la chaîne de production du médicament ; simultanément, d'autres modes d'existence de thérapeutiques non biomédicales se manifestent à nouveau. L'objectif de ce travail est de montrer qu'il est désormais nécessaire d'étudier le médicament, objet étrange entre science, marché et société avec les méthodes d'enquête que propose Bruno Latour afin de tenter de capter quelques-unes des caractéristiques de cet être-en-tant-qu'autre qu'est le remède contemporain.
Olivier FAURE (Professeur, Université Lyon 3)
Le médicament au XIXe siècle : les raisons d’un succès
Ancien, le succès du médicament n’est pas principalement lié à l’efficacité de ce dernier. Vanté par une publicité omniprésente, fabriqué en plus grande quantité et de plus en plus souvent de façon industrielle, le médicament est aussi désiré et réclamé par les malades qui en imposent la prescription à des médecins sceptiques. Les systèmes de délivrance gratuite révèlent et parachèvent le triomphe du médicament.
Solène LELLINGER (Doctorante, Université de Strasbourg)
Médicaments et effets indésirables : l’exemple du Mediator® (benfluorex) et des valvulopathies médicamenteuses
Le 25 novembre 2009, l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), suspend l’autorisation de mise sur le marché des produits qui contiennent du benfluorex (principe actif du Mediator®) car la balance bénéfice-risque est « jugée défavorable … compte tenu du risque avéré de valvulopathie et de l’efficacité modeste dans la prise en charge du diabète de type 2». Le cas du Mediator® a soulevé de nombreuses questions autour du médicament, de sa prescription, de sa régulation. Il est également possible d’apporter une réflexion sur la mise en évidence et la reconnaissance tardive des événements indésirables pouvant faire suite à l’absorption de ce médicament ainsi que d’intégrer l'histoire du Mediator® dans une perspective historique de plus longue durée des dérivés amphétaminiques ayant les mêmes effets indésirables comme les fenfluramines.
Thibaut SERVIANT-FINE (Doctorant, S2HEP, Université Lyon 1)
La découverte de la théorie des antimétabolites et son impact immédiat sur la recherche pharmaceutique
En 1940, le jeune biochimiste britannique Donald D. Woods propose une explication novatrice du mode d'action des sulfamides antibactériens, problème très en vue du fait de leur efficacité sans précédent dans le traitement des infections. Reprenant la notion de "métabolite essentiel" développée par Paul Fildes quelques années auparavant, il établit que les sulfamides entrent en compétition avec un composé bactérien de structure chimique voisine. Quelques mois plus tard, Fildes généralise cette découverte en suggérant que ce mécanisme d'action ne se limite pas à un cas particulier et qu'il devrait être possible de développer de nouveaux antibactériens en synthétisant des molécules chimiquement apparentées à divers métabolites essentiels. Cette idée a un impact rapide et important. Elle constitue le point de départ de nombreuses recherches, en bactériologie tout d'abord, mais également dans d'autres domaines.
Jean-Claude DUPONT (Professeur, Université de Picardie)
Controverses sur les toxiques de guerre ou la pharmacodynamie biochimique en question
Dans les années cinquante, un moyen subtil et indirect de contester la théorie neurohumorale et celle des récepteurs était de critiquer les effets de l’inhibition des enzymes impliqués dans le métabolisme des neurotransmetteurs. La controverse pharmacologique qui eut lieu à l’Académie de Médecine de Belgique en 1949 entre Zénon Bacq et Corneille Heymans est à cet égard extrêmement significative. Au-delà de la question de la neurotransmission, c’est la notion de « lésion biochimique », proposée par Rudolph Albert Peters, et tout une représentation de l’action pharmacodynamique qui en sont à l'époque le véritable enjeu.
Jean-Paul GAUDILLIERE (Directeur d’études, EHESS, Paris)
Le retour de l’ancien ? Innovation pharmaceutiques et savoirs du vivant des ‘biologiques’ au screening biomoléculaire

Vendredi 29 mars 2013
Congrès de la Société d’épistémologie et d’histoire des sciences de la vie

Communications libres des membres de la Shesvie

La Société d’Histoire et d’Epistémologie des Sciences de la Vie se veut un lieu de discussion, d'études et d' innovation pour les personnes intéressées par les sciences de la vie, en particulier enseignants, chercheurs dans les sciences biologiques et médicales, étudiants, soucieuses d'envisager les divers aspects de leur développement historique qu'ils soient scientifiques, sociaux ou philosophiques. Elle est heureuse d’accueillir ses membres sans considération de nationalité, et a affirmé dès sa fondation en 1993 une vocation internationale.

Lieu : Institut de Physique Nucléaire, Bâtiment Paul Dirac, 4-6 rue Enrico Fermi, 69100 Villeurbanne.

Programme définitif

09h00-09h30   Accueil
09h30-10h00 Marie Claire VAN DYCK
Chercheur qualifié, Fondation H. et L. Morren
et chargée de cours, Université catholique de Louvain
Pierre-Joseph Van Beneden face au Darwinisme.
10h00-10h30 Brice POREAU
Doctorant, S2HEP, Université Lyon 1
Microbiome : un commensalisme moderne ?
10h30-11h00   Pause
11h00-11h30 Charles GALPERIN
Université de Lille 3 et IHPST
La Colinéarité ; un concept, une donnée expérimentale, la recherche des mécanismes
11h30-12h00 Emmanuel D’HOMBRES
Maître de conférences, Faculté de Philosophie, Université Catholique de Lyon
et UMR SPHERE 7219, équipe Rehseis
Darwin et la division du travail : un essai de clarification.
12h00-12h30 Jean-Sébastien BOLDUC
Docteur, Laboratoire de Biométrie et
Biologie Evolutives, Université Lyon 1 et IHPST)
Rueylin CHEN
National Chung-Cheng University, Taiwan
La dette de Darwin envers la théorie des populations de Malthus : une approche structurelle.
12h30-14h00   Déjeuner
14h00-14h30 Olivier PERRU
Professeur, S2HEP, Université Lyon 1
L’ordre et la vie excluant le hasard : la démarche apologique au XVIIIe siècle.
14h30-15h00 Alex LENA
Doctorant, S2HEP, Université Lyon 1
Le paléontologue est-il un biologiste ?
15h00-15h30   Pause
15h30-16h00 Céline CHERICI
Maitre de conférences, Université de Picardie
Serge Voronoff (1866 -1951) : savant-fou ou génie de son époque ?
16h00-16h30 Jean-Louis FISHER
Ancien chargé de recherches, CNRS
La Philosophie anatomique d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1722 – 1844).
16h30-17h30 Florian BLANC
Qualifiée Maitre de conférences CNU 72
Pils, pub et Cie (s), vers une nouvelle analyse de la « révolution pilule » ?

Résumés associés

Marie Claire VAN DYCK (Chercheur qualifié, Fondation H. et L. Morren et chargée de cours, Université catholique de Louvain)
Pierre-Joseph Van Beneden face au Darwinisme
Le biologiste louvaniste Pierre-Joseph Van Beneden (1809 - 1894) est présenté par la plupart des historiens des sciences comme un fixiste très influencé par ses convictions religieuses. Une relecture systématique de ses écrits fait apparaître un cheminement beaucoup plus complexe de sa pensée. Elle montre que son indéniable première résistance au darwinisme, dont il avait parfaitement compris la teneur, avait un fondement purement scientifique. Ensuite, elle éclaire sa longue carrière de chercheur qui l’a progressivement fait adhérer à la nouvelle théorie sans aucune réticence religieuse.
Brice POREAU (Doctorant, S2HEP, Université Lyon 1).
Microbiome : un commensalisme moderne ?
Alors que le commensalisme est théorisé par Pierre-Joseph Van Beneden dès 1869 comme une catégorie spécifique d'association biologique, qui va intervenir directement dans les débats sur l'évolution durant la fin du dix-neuvième siècle et le premier quart du vingtième siècle, ce concept prévaut essentiellement en zoologie, même si le terme est employé en infectiologie. L'étude des bactéries non pathogènes chez l'être humain n'est entreprise que beaucoup plus tardivement.

Très récemment, après le séquençage complet du génome humain au début des années 2000, un regain d'intérêt a émergé pour identifier, d'un point de vue génétique, tous les organismes contenus dans le corps humain (bactéries essentiellement): le microbiome.

Nous allons analyser le concept de commensalisme entre les bactéries et le corps humain à la lumière de ces nouveaux travaux scientifiques contemporains.

Charles GALPERIN (Université de Lille 3 et IHPST).
La Colinéarité ; un concept, une donnée expérimentale, la recherche des mécanismes
Ed.B. Lewis (1918-2004) définit la règle de colinéarité. "les gènes sont disposés sur un chromosome dans le même ordre dans lequel ils sont exprimés sur l'axe antero-posterieur de l'organisme". Il s'agit de la mouche. Auparavant la colinéarité désigne la correspondance entre la structure d'un gène et celle d'une protéine. Après la découverte de "l'homeobox" la colinéarité est étendue aux vertébrés. La colinéarité des lors est spatiale et temporelle. Peut-on trouver un mécanisme général régulateur de la colinéarité ? C'est un projet vain. Nous insisterons sur la régulation à distance d'un groupe de gènes, les gènes HOX, en prenant pour exemple, le développement des membres et principalement celui des doigts.
Emmanuel D’HOMBRES (Maître de conférences, Faculté de Philosophie, Université Catholique de Lyon et UMR SPHERE 7219, équipe Rehseis).
Darwin et la division du travail : un essai de clarification
Il y a un intérêt historique et philosophique à examiner précisément la façon dont Darwin conçoit le mécanisme de la division du travail en histoire naturelle. En effet, ce mécanisme est intrinsèquement lié au processus dont la notion constitue, de l'avis de Darwin lui-même, un des deux « concepts-clé » (l'autre étant celui de sélection naturelle) de sa théorie évolutionniste : le principe de divergence.

Nous montrerons d’abord les équivoques conceptuelles dans lesquelles tombe Darwin, lorsqu’il mobilise une argumentation pseudo économique (la division du travail entre organes d’un même organisme augmente la productivité ou l'efficience de ces organes, et in fine celle de l’organisme) pour défendre sa thèse de la maximisation des êtres vivants sur un territoire donné par la division du travail entre espèces (notion de division du travail écologique, excluant toute dimension coopérative). Nous proposerons ensuite quelques hypothèses pour expliquer ces glissements, incessants chez Darwin, d’une conception à l'autre et d’une extension à l’autre, de la division du travail.
Jean-Sébastien BOLDUC (Docteur, Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutives, Université Lyon 1 et IHPST) et Rueylin CHEN (National Chung-Cheng University, Taiwan)
La dette de Darwin envers la théorie des populations de Malthus : une approche structurelle
Nous présentons une méthodologie originale pour appréhender, à la fois selon les perspectives synchronique et diachronique, le lien entre des théories distinctes. Le cadre méthodologique que nous suggérons repose sur le concept de « projection-incorporation de structure théorique », et sur l’hypothèse d’une instanciation de cette projection-incorporation à travers certaines opérations épistémologiques particulières.

A titre de cas d’étude, nous étudions comment sont liées la théorie des populations de Malthus et la théorie de l’évolution par la sélection naturelle de Darwin. La méthodologie que nous proposons permet 1° de démontrer que la théorie de Malthus peut être projetée sur la théorie de l’évolution de Darwin ; et 2° de formuler des hypothèses éclairées au sujet du processus d’incorporation de la théorie de Malthus dans la théorisation de l’évolution par Darwin.
Olivier PERRU (Professeur, S2HEP, Université Lyon 1)
L’ordre et la vie excluant le hasard : la démarche apologique au XVIIIe siècle
Chez Malebranche, le primat de l’ordre conduirait paradoxalement à l’interrogation sur le rôle du hasard sur l’absence de détermination. Mais Fénelon et ses successeurs cherchent le meilleur moyen de défendre un ordre du monde. Comme à la même époque dans l’Anti-Lucrèce de Polignac (Melchior de Polignac, L’Anti-Lucrèce, traduit par M. de Bougainville, Paris, Guérin, 1754.), Fénelon joue l’ordre, « l’assemblage des moyens choisis tout exprès pour parvenir à une fin précise », contre le hasard, « concours aveugle et fortuit des causes nécessaires et privées de raison » (François de Salignac de La Mothe-Fénelon, « Démonstration de l’existence de Dieu, tirée du spectacle de la Nature et de la connaissance de l’homme », Traité de l’existence et des attributs de Dieu, OEuvres de Fénelon, Versailles, Lebel, 1820, tome I, p. 6). Toute la méthodologie de sa Démonstration de l’existence de Dieu consiste à poser la nécessité d’une cause extra-mondaine identifiée à Dieu, contre le développement de causalités internes à l’univers physique et impliquant le rôle du hasard. Dans la même logique, Polignac décrit le matérialisme comme impliquant la production de la vie à partir de la matière, sous la forme d’une sorte de génération spontanée de l’ensemble des « êtres vivants éclos tous ensemble », organisés sous la motion du hasard (Melchior de Polignac, L’Anti-Lucrèce, p. 28). Il nous intéressera en tant que formalisant un déterminisme antimatérialiste, destiné à exclure le rôle du hasard, en particulier dans l’apparition de la vie et le développement des espèces vivantes.

Cette communication s’attachera à cerner l’argumentation apologétique, en particulier en ce qui concerne les êtres vivants et la vie et à en souligner aussi la fragilité dès que l’existence de Dieu fera problème. L’alternative brusque entre le hasard et Dieu révèle une incapacité à imaginer des modèles rendant compte de l’embryogenèse des êtres vivants, de leur développement, a fortiori une incapacité à penser une explication rationnelle de l’apparition des espèces.
Alex LENA (Doctorant, S2HEP, Université Lyon 1)
Le paléontologue est-il un biologiste ?
Seules vingt années séparent l’apparition des termes biologie et paléontologie, le premier en 1802 par Lamarck et le second par de Blainville en 1822. La proximité temporelle de leur « naissance », en tant qu’intitulé disciplinaire, et leur objet commun : la vie, provoquent à la fois chez le scientifique et le philosophe l’intuition d’une épistémologie partagée, celle des Sciences de la vie. La paléontologie devient dès lors une « biologie du passé » coutumière des traditions scientifiques de la biologie. Ainsi, la paléontologie se constitue autour d’une épistémologie laissant de côté, de fait, les champs épistémologiques fondamentaux propres aux sciences historiques de la Nature : l’archive et la pétition de principe, qui est l’une de ses conséquences logiques.

Alors, le paléontologue est-il un biologiste ? Derrière cette question laconique se dissimule une réalité épistémologique qui nous impose de revisiter toute la paléontologie au prisme de ce qu’elle possède en définitive : les archives.

Il nous faudra nous rendre à l’évidence : avant d’être un biologiste, le paléontologue est un historien.
Céline CHERICI (Maitre de conférences, Université de Picardie)
Serge Voronoff (1866 -1951) : savant-fou ou génie de son époque ?
Serge Voronoff, chirurgien français d'origine russe, est resté célèbre pour sa technique de greffe de tissus de testicules de singes sur des testicules d'hommes entre 1920 et 1930. Naturalisé français en 1895, il travaillait notamment au Collège de France. Ami et rival d’Alexis Carrel connu pour ses cultures de tissus et d’organes isolés hors de leur organisme d’origine, Voronoff se lance à la poursuite de « la greffe de jouvence » représentée par ses greffes de testicules. Son travail, à la fin de sa vie, perd toute sa crédibilité et le physiologiste franco-russe est raillé par l’opinion publique. Néanmoins, cela fait quelques années, notamment grâce aux travaux de recherche David Hamilton (1986) ou Jean Réal (2001) que la qualité de ses recherches est réhabilitée. En contact avec Enzo Barnaba, un des détenteurs des dernières archives de Voronoff, je me propose dans cet exposé de remettre en perspective ses travaux dans le contexte des développements de l’endocrinologie et de l’histoire des greffes. Il sera également intéressant d’interroger et d’approfondir les rapports entre les sciences et la résurgence de certains mythes, tel que le mythe de l’immortalité.
Jean-Louis FISHER (Ancien chargé de recherches, CNRS)
La Philosophie anatomique d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1722 – 1844)
Etienne Geoffroy Saint-Hilaire publie sa Philosophie anatomique en deux volumes (1818 et 1822). Le premier tome est consacré aux organes respiratoires et le second aux monstruosités humaines. Nous présentons une réflexion concernant le contenu théorique de ces écrits dans le cadre d'une Histoire des sciences de la vie...
Florian BLANC (Qualifiée Maitre de conférences CNU 72).
Pils, pub et Cie (s), vers une nouvelle analyse de la « révolution pilule » ?
La libéralisation de l’usage des contraceptifs, par la promulgation de la loi Neuwirth (1967), est un événement marquant du XXème siècle. Chronologie, acteurs, conséquences, sur la ‘révolution pilule’ tout semble avoir été écrit. Pourtant, un aspect inexploré ouvre à une analyse inédite de ce tournant contemporain : l’étude de la régulation de la publicité de la pilule contraceptive, depuis la promulgation de la loi jusqu’à la fin de la décennie 1970, dévoile un jeu complexe d’acteurs à l’exacte interface entre le médical et le social. Quand l’histoire du médicament vient éclairer (bouleverser ?) la construction de l’histoire sociale.

 

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