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Paré, Ambroise. - Les Oeuvres d'Ambroise Paré,... divisées en vingt huict livres avec les figures et portraicts, tant de l'anatomie que des instruments de chirurgie, et de plusieurs monstres, reveuës et augmentées par l'autheur. Quatriesme Edition.

Paris, Gabriel Buon, Avec privilege du Roy. 1585
 
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Marie Gaille
pour le projet ANR Philomed
Chargée de recherche SPHERE, (UMR 7219, CNRS-Université Paris Diderot
mariegaille@yahoo.fr
24/01/2013

Les Œuvres se composent des différents traités écrits par Ambroise Paré au fil de sa carrière. Dans cette notice, nous indiquons leur titre initial, parfois différent de celui mentionné dans les Œuvres, et l'année de leur première parution.

Eléments biographiques

Ambroise Paré naît en 1510 près de Laval. Très controversé en raison de son absence de formation académique, il mène une carrière brillante de chirurgien au service du royaume. De 1533 à 1536, il fut compagnon barbier à l’Hôtel-Dieu de Paris. À partir de 1538 et pendant plus de trente ans, il officie comme chirurgien aux armées, sur les champs de bataille. En 1540-1541, il obtient le titre de Maître barbier-chirurgien ; en 1552, il est nommé chirurgien ordinaire du roi ; en 1554, il est reçu Maître en chirurgie par le collège de Saint-Côme ; en 1562, sous Charles IX, il est nommé premier chirurgien du roi. Tout au long de sa longue carrière, il est témoin des trois guerres de religion. Il sert quatre rois : Henri II et François II avant Charles IX et après lui, Henri III. Il meurt un an après l’avènement de Henri IV, en 1590. Il n’est pas le témoin lointain de l’histoire de son temps. De confession protestante, il a sans doute été sauvé par Charles IX au moment de la Saint-Barthélemy.

Présentation générale de son œuvre

Cette vie extrêmement active a été accompagnée de façon constante par l’écriture. Comme bon nombre d’auteurs à la Renaissance dans les domaines les plus divers, il n’a eu de cesse de coucher son expérience sur le papier, reprenant à nouveaux frais ses premières œuvres pour les enrichir du savoir acquis au fil du temps. Ambroise Paré s’inscrit de façon singulière et assumée dans un processus où le savoir augmente par accumulation, partage des expériences et auto-correction. Ainsi, parallèlement à un certain nombre de publications anatomiques, Paré reprend fréquemment son œuvre de chirurgien et de médecin des champs de bataille : dans les années 1560, par exemple, il enrichit l’exposé de sa médecine des champs de bataille proposé dans les années 1540 (Dix livres de la chirurgie, 1564 ; Traité de la peste, de la petite vérole et rougeole ; 1568).

Ambroise Paré n’est pas seulement un chirurgien de premier ordre à son époque. Il est aussi un auteur à part entière, dont l’identité s’affirme au fil des œuvres publiées, notamment à travers les portraits de lui qui figurent dans ses ouvrages à partir de 1561 (La méthode curative des playes et fractures de la teste), les dédicaces au roi et les présentations aux lecteurs. Les sonnets écrits par des amis en son honneur, insérés au début de certains de ses ouvrages, attestent pour leur part de sa renommée et de la reconnaissance dont il fait l’objet.

Comme auteur, il se caractérise par le souci récurrent de situer son œuvre et de l’inscrire explicitement dans une triple filiation : politique (il écrit au service du roi et de son peuple) ; professionnelle (il écrit pour les apprentis-chirurgiens ou ses consœurs) et humaine (il écrit pour ceux qui ne veulent pas souffrir). Le choix du vernaculaire n’est pas étranger à cette triple filiation : Ambroise Paré se sent comme « un membre du corps de la France » (Œuvres, 1585) et veut être entendu par le plus grand nombre.

Médecine et anthropologie dans l’œuvre de Paré

L’apparition d’une réflexion qui noue savoir médical et connaissance de l’homme intervient assez tôt dans l’œuvre de Paré. Elle se structure autour de deux propos. D’une part, elle s’appuie sur la relation établie entre chirurgie et connaissance anatomique (1). D’autre part, elle se déploie dans une vision de l’homme pensée dans ses variations et ses différences avec les autres animaux de la création divine (2).

(1) Dans un premier temps, l’articulation entre chirurgie et anatomie constitue la voie d’entrée d’une réflexion sur l’homme. Dans l’adresse aux lecteurs de la Brève collection de l’administration anatomique (Paris, G. Cavellat, 1549), Paré indique que la connaissance de l’anatomie est le fondement de la pratique chirurgicale et la condition de sa perfection. Tout chirurgien doit être un bon anatomiste. Paré, en ce domaine, ne cherche ni ne prétend faire œuvre de connaissance nouvelle. Il entend plutôt réunir, rassembler, illustrer le savoir en cours et présenter la pratique chirurgicale qui en découle. Il reprend à son compte les connaissances de son temps et s’accorde avec la représentation de l’homme qui lui est le plus souvent associée. À travers son étude, l’homme y apparaît comme le fruit de la volonté divine. Le corps humain est l’illustration éclatante de la puissance et de la perfection de Dieu ; il est un microcosme ou petit monde.

Cette perspective est réaffirmée en 1561, à propos de la connaissance d’une partie spécifique du corps humain – la tête (La méthode curative des plaies et fractures de la tête humaine) et de façon globale dans son Anatomie universelle du corps humain. Dans la dédicace au roi qui ouvre cette œuvre, Paré commente longuement « l’architecture admirable » du corps humain. Cette dédicace, comme l’adresse au lecteur, recèle tous les lieux communs  de la Renaissance anatomique : le thème de la « fabrique », la vision en termes micro/macro-cosmique, l’affirmation de la perfection divine perceptible à travers la perfection du corps humain.

Sur un mode mineur, mais non moins significatif, on pourra remarquer qu’en son travail chirurgical, il fait référence de façon constante à un élément clé de l’anthropologie médicale d’inspiration hippocratique : la conception d’une nature humaine comme un composé d’humeurs, dont le mélange varie d’un homme à l’autre. C’est un aspect aux implications pratiques essentielles car cette diversité exige une adaptation de la cure : « car chacun rationnel et méthodique connaît qu’il faut autres remèdes à un colérique qu’à un phlegmatique et ainsi des autres températures tant simples que composés » (La manière de traiter les plaies, 1551).

Cependant, la chirurgie n’est pas seulement une porte d’entrée ouvrant sur une vision anatomique de l’être humain dans l’œuvre d’Ambroise Paré. Elle joue un rôle propre, relatif à l’entraide réciproque des hommes entre eux, un leitmotiv de ses œuvres. Le Traité de la peste (1568) en témoigne parmi d’autres écrits : « Monsieur il n’y a rien en ce monde de plus recommandable entre les hommes que secourir l’un l’autre en nécessités, lesquelles leur adviennent ordinairement. Car la société humaine est tellement nécessaire que sans elle la forme d’homme qui nous sépare des autres animaux serait du tout perdue si bien qu’elle aurait été faite en vain, si chacun vivait pour soi-même, sans communiquer les grâces et dons que Dieu lui aurait faits ».

Or, du point de vue de cette entraide réciproque, le chirurgien joue un rôle de premier plan : sa spécialité est non seulement la plus ancienne de la médecine, mais elle est aussi la plus nécessaire (Cinq livres de chirurgie, 1572). En effet, si certaines maladies semblent guérir par le seul concours de la nature, d’autres ont besoin de l’intervention chirurgicale. Le chirurgien est donc un acteur essentiel de cette entraide humaine dès lors qu’il est véritablement formé, fin connaisseur de l’anatomie et usager habile des instruments inventés pour réparer les corps blessés. Dans cette perspective, le soin tout particulier que Paré accorde, dans ses ouvrages, à la présentation de ses outils va de pair avec son plaidoyer passionné en faveur d’une chirurgie rationnelle et d’une lutte contre le charlatanisme médical (thématique prégnante du Discours sur la momie, la licorne les venins et la peste, 1582).

(2) En 1573, Ambroise Paré publie Deux livres de chirurgie. L’un est consacré au processus dela reproduction, à l’accouchement et aux soins à consacrer au nouveau-né ; le second s’intéresse auxmonstres « tant terrestres que marins ». L’articulation entre les deux ouvrages se noue avec la reconnaissance que les femmes enfantent parfois des monstres (sans même parler des bébés mort-nés) ou des enfants malades. Là encore, le rôle du chirurgien – aider les autres hommes – est affirmé ; de même que celui de l’écrivain médecin qui, en montrant comment accoucher et prendre soin du nouveau-né, contribue de manière notable à la conservation du genre humain. Mais du point de vue anthropologique, ce double recueil marque aussi l’introduction chez Paré d’un questionnement sur ce que peut la nature, « chambrière » de Dieu.

Ces deux pans de la réflexion anthropologique ne sont pas sans lien pour Ambroise Paré. Leur relation émerge avec la composition de ses Œuvres en trois éditions successives (1575,1579,1585) où Paré présente son « labeur » de toute une vie comme un ensemble cohérent et articulé :

  • la connaissance anatomique et ce qu’elle permet de connaître de l’homme ;
  • l’expérience et le savoir dans le domaine de la chirurgie ;
  • la réflexion sur le statut de l’homme dans la création divine ;
  • Les monstres

Ambroise Paré n’énonce pas de thèse originale pour son époque : dans l’échelle de la nature, l’homme occupe une place à part et supérieure. Son « excellence » est affirmée, ce qui n’empêche pas Paré d’attribuer des qualités tout à fait exceptionnelles à certains animaux. Le monde est ordonné par Dieu, ce qui n’exclut pas le surgissement de formes de vie monstrueuses.

L’originalité de Paré existe cependant. Elle trouve à s’exprimer dans l’affirmation, seulement présente dans ces derniers ouvrages, de ce qui rend possible l’entraide entre les hommes : « l’inclination naturelle à aimer son semblable », gravée dans le cœur humain. L’anthropologie médicale se double ici d’une conception morale, sans laquelle le recours au savoir médical n’a rien de certain.

Éléments de bibliographie

Exposition virtuelle de la BIUM, Ambroise Paré, chirurgien et écrivain français, http://www.bium.parisdescartes.fr/pare.

Ambroise Paré et son temps. Actes du Colloque international, Association de commémoration du quadricentenaire de la mort d’Ambroise Paré, Laval, Mayenne, 1990.

Evelyne Berriot-Salvadore en collaboration avec P. Mironneau (Dir.), Ambroise Paré (1510-1590), Pratique et écriture de la science à la Renaissance, Paris, Honoré Champion, 2003.

Jean–Luc André d’Asciano,Des monstres et prodiges, Paris, L’œil d’or, 2003, Préface.

Jean Céard, Des monstres et prodiges, Genève, Droz, 1971, Introduction.

Jean-Michel Delacomptée, Ambroise Paré. La main savante, Paris, Gallimard, 2007.

Paule Dumaître, Ambroise Paré. Chirurgien de 4 rois de France, Paris, Perrin, 1986.