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Recueil de consultations médicales (manuscrit Ms 2075)

 
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Joël Coste
Université Paris Descartes / Ecole Pratique des Hautes Etudes
joel.coste@parisdescartes.fr
Juin 2012

Description générale

Le manuscrit est un gros in-folio (28x20 cms) de 724 pages, rédigé à plusieurs mains comme le Ms 5017. Il ne comprend pas moins de sept écritures différentes dont une, plus soignée, apparaît dès la « Table des maladies sur lesquelles il y a des consultations » et prédomine dans le manuscrit. La table (page 2du texte numérisé) annonce quatre sections de 4, 5, 5 et 2 chapitres auxquels sont associés des numéros de page. Le manuscrit est en effet paginé de 1 à 720, mais certaines pages présentent des numéros barrés qui suggèrent la réorganisation de recueil(s) plus ancien(s) (par exemple, pages 8, 22, 24, etc.). Certaines pages comportent des mentions « bon » en haut de celles-ci et il existe une relation très forte (mais toutefois pas constante) entre ces mentions et les ratures de numérotation de page (toutes celles où il y a rature portent la mention « bon », l’inverse n’est pas vrai pour 9 textes). Le manuscrit comprend par ailleurs plusieurs textes de format différents insérés dans le corps du folio, dont un imprimé de 1718 intitulé « Remède spécifique pour guérir plus seurement les pleurésie… » du médecin Wagret des Hôpitaux de Valenciennes (pages 100-13). Le manuscrit comprend en outre un grand nombre de feuillets blancs numérotés, notamment entre les chapitres, qui confirment son caractère inachevé ou « ouvert ».

Datation et attribution

Le recueil de consultations s’ouvre sur une « Consultation pour une pneumonie et phtisie pour la reine d’Espagne » « donnée à Paris ce 30 janvier 1714 » et signée J. Helvétius. Au total, 28 noms et 29 dates apparaissent dans le manuscrit. Le nom d’« Helvétius » ou la lettre « H » apparaît 15 fois, dont 4 fois complété de « fils » ou « F » (pages 68, 88, 95, 564), mais des auteurs étrangers à la famille Helvétius sont aussi présents comme Silva (3 fois), Fagon et Dodart (2 fois), etc. Les dates s’étendent de 1692 à 1729, mais surtout de 1709 à 1727. Si l’on fait l’hypothèse que la table et les têtes de chapitres (dont les numéros correspondent bien) sont contemporaines d’un premier « état » du recueil manuscrit, une rature de la table, qui indique une « Consultation sur des sueurs habituelles par Mr Winslow » de 1725 (pages 214-9), suggère que ce premier état est antérieur à 1725. Comme par ailleurs, il n’y a pas de « bon » ni de ratures sur des textes postérieurs à 1726, on peut suggérer une probable constitution du recueil vers 1723-4, avec l’insertion ou le recopiage de consultations sélectionnées par Jean-Adrien Helvétius, auteur vraisemblable des mentions « bon » sur les textes (aussi trouvées sur des textes du Ms 5017[1]). Après 1726, les mises à jour du recueil semblent avoir été plus rares : 3 en 1727, une en 1728 et une 1729 (les deux dernières portent la mention « H fils »). La mort de Jean-Adrien Helvétius en 1727 et la nomination de son fils Jean-Claude-Adrien (1685-1755) à la charge de médecin de la Reine durent sérieusement ralentir l’activité de « l’atelier » familial de consultation auquel le recueil était lié.

Jean-Claude-Adrien Helvétius est né à Paris en 1685 et mort à Versailles en 1755. Après des études au collège des quatre nations, il étudia la médecine à la Faculté de Paris où il fut reçu docteur en 1708. Il obtint une charge de médecin par quartier de Louis XIV en 1713, de médecin ordinaire de Louis XV et médecin inspecteur des hôpitaux militaires en 1720, puis de médecin de la Reine Maria Leczinska en 1728. Admis à l’Académie des Sciences en 1719, il échoua cependant à devenir premier médecin du Roi à la mort de Chirac en 1732. Il se ruina presque pour obtenir une bonne situation pour son fils Claude-Adrien (1715-1771) (avec une charge de fermier général de 100 000 écus en 1738) mais il ne vécut pas le scandale de la publication De l’Esprit en 1758.

Contenu

Le manuscrit Ms 2075 comprend 73 consultations (dont 11 reportées avec le mémoire du demandeur), 3 « mémoires d’épidémies» sans consultation associée et 5 textes consacrés à des méthodes thérapeutiques ou à des remèdes, dont l’imprimé de Wagret dont il a été fait mention plus haut. Le texte présente typiquement la copie de la lettre adressée au correspondant, parfois abrégée notamment pour des recettes de remèdes apparaissant auparavant dans le recueil (par exemple page 171) ou pour les détails sur le régime de vie à suivre (par exemple page 201). Un titre était habituellement donné à la consultation, se référant à la pathologie (et plus rarement) au malade concerné. La plupart des consultations avaient été rédigées dans un cadre épistolaire (4 fois la rédaction de la consultation suivait une rencontre avec le malade), et sont rapportées en français à trois exceptions près, où la consultation est en latin (pages 22-3, 362-71, 558-60). Les consultations ont été réparties en 4 sections : 1) les « [Maladies] de la poitrine » avec des « péripneumonies », pleurésies, hémoptysies, « asthmes » ; 2) les « [Maladies du] bas ventre » avec des maux d’estomac, des vomissements, des constipations ; 3) les « Obstructions des viscères du bas ventre, de la ratte, du mesentere et du pancreas » incluant aussi des hémorroïdes et des hydropisies ; et 4) les « [Maladies des] reins [et de la] vessie ». Un certain nombre de consultations concernent des hautes personnalités figurant dans la clientèle « huppée » des Helvétius :la Reine d’Espagne déjà mentionnée (pages 8-13) mais aussi « Monseigneur » (le Grand Dauphin) (pages 538-43), la Reine de Savoie (pages 326-30), le Duc de Beauvillers (pages 204-8), la maréchale de la Feuillade (pages 576-8).[2]

Portée et intérêt du manuscrit

Comme le Ms 5017, ce manuscrit apparaît comme un véritable « cahier d’atelier » des Helvétius (Jean-Adrien et Jean-Claude-Adrien) lors des années 1710-30. Constitué pour une utilisation régulière, sinon quotidienne, comme un livre de recettes, de formules, d’aide à la rédaction et finalement comme un aide mémoire pour la pratique, le recueil Ms 2075 apparaît pourtant plus structuré que le Ms 5017 et était peut-être destiné à être publié et servir ainsi la postérité des Helvétius, notamment de Jean-Adrien dont la marque est encore très présente dans le recueil. Quoiqu’il en fût, la lecture du Ms 2075 suggère un atelier bien organisé, mettant à contribution l’entourage (peut-être les femmes et les filles) pour les travaux de rédaction, si l’on en juge par les différentes écritures présentes dans les recueils. C’est aussi un atelier proposant une pratique assez standardisée et même « industrialisée » des consultations, dont certaines étaient envoyées avec les remèdes et des imprimés détaillant leur mode d’emploi. Le recueil permet par ailleurs d’appréhender les pratiques devenues plus éclectiques de Jean-Adrien Helvétius qui a, s’il on peut dire, mis « du séné dans l’émétique » tout en restant accueillant aux apports des « empiriques ». Outre les pathologies (surtout chroniques) motivant les consultations, le recueil permet encore d’appréhender les réseaux (étendus) des collègues et correspondants des Helvétius, notamment dans les hôpitaux militaires (dont Jean-Claude-Adrien fut inspecteur à partir de 1720), et celui des malades et leurs entourages en continuelle discussion, négociation, transaction, argumentation avec leurs soignants.

[1] Voir la notice de ce manuscrit.
[2] A cet impressionnant « tableau de chasse », on peut ajouter la « Consultation de Mr Fagon… sur la maladie de Mr Bayle qui est une peripneumonie avec crachement de sang qui est mort avant l'avoir recüe » du 27 décembre 1706 (pages 132-7).