PrésentationMode d’emploiServices associésRéutilisations

Mélanges. (manuscrit ms5017)

1686-1688
 
Consulter ce document en ligne
Joël Coste
Université Paris Descartes / Ecole Pratique des Hautes Etudes
joel.coste@parisdescartes.fr
Juin 2012

Description générale

Le manuscrit comprend 252 pages au format inhabituel 15x21 cms qui lui donne l’apparence d’un cahier. Incomplet à plusieurs endroits, notamment à son début (la première page conservée correspond à la fin d’une recette de remède chimique) et dans la collection de consilia (le premier consilium conservé [page 42 du texte numérisé] est tronqué, etc.), il est rédigé à plusieurs mains, avec pas moins de trois écritures différentes, dont une, plus soignée (par exemple, au début du manuscrit), se retrouve aussi dans le Ms 2075. Le manuscrit comprend en outre de nombreuses ratures, passages barrés (pages 68-72, 87-9, 163, etc.), et des mentions « bon » dans les marges (pages 13, 18, etc.) comme dans le Ms 2075. Le manuscrit comprend également des renvois internes (par exemple, page 128), suggérant un usage préconçu du cahier par son (ses) commanditaire(s).

Datation et attribution

La collection de consilia (au nombre de 20, pages 42-128) qui constitue le cœur du manuscrit comprend sept dates, qui suivent un ordre chronologique du 26 juillet 1686 au 12 juin 1688. Huit consilia sont signés « A Helvetius, MD » (par exemple, page 72), six autres avec les initiales « AH » (par exemple, page 111). Le consiliumPtyalismus praeter naturalis (pages 77-82) comprend aussi une prescription de « sudorifer noster » (notre sudorifique). L’ensemble de ces indications permet d’attribuer sans hésitation le manuscrit à Jean-Adrien Helvétius (1661-1727) et (ou) à son entourage.

Jean-Adrien Helvétius est né en 1661 à La Haye et mort à Paris en 1727. Il commença ses études à Leyde, puis fut envoyé à Paris en 1679 par son père Jean-Frédéric Helvétius (1631-1709) afin de vendre des remèdes. Docteur en médecine à Reims en 1680,Jean-Adrien exerça ensuite diverses activités de pharmacie à Paris, protégé par la duchesse de Chaulnes des poursuites pour exercice illégal des médecins parisiens. En 1687, le succès qu’il obtint avec l’utilisation de l’ipécacuana dans le traitement de la dysenterie lui valut la richesse (il obtient 1000 louis d’or pour la guérison du Dauphin puis le monopole de la distribution) et la fin des ennuis avec les médecins parisiens. Médecin du Duc d’Orléans en 1701, Jean-Adrien Helvétius conduisit des missions diplomatiques en Hollande en 1707-10 avant d’être envoyé à Cour d’Espagne pour la maladie de la Reine en 1714 et anobli en 1724. Il est surtout à l’origine de l’entreprise, commencée en 1706, des « remèdes du Roi », visant à expédier dans les provinces des remèdes préparés permettant aux intendants de faire face aux épidémies.[1]


 

Contenu

Le cahier Ms 5017 est composé de plusieurs sections bien distinctes :

- des recettes de remèdes chimiques en français (pages 2-40) dont le début manque, avec des commentaires et des références à Willis, Paracelse, Charas, etc.

- des consilia en latin la plupart signés de Jean-Adrien Helvétius (pages 41-128). Une lettre portant sur la chimie datée du 5 juillet 1685, une demande de conseil à Fagon sur l’opportunité des eaux de Bourbon à la suite d’une apoplexie datée 16 juin 1686, ainsi qu’un compte-rendu de nécropsie sans rapport avec les cas discutés par ailleurs (entre le 12ème et 13ème) sont insérés au milieu des consilia.

- une méthode thérapeutique contre la maladie vénérienne en latin (pages 130-4), une méthode thérapeutique contre la gonorrhée en latin (pages 135-7), des recettes de remèdes chimiques en latin (pages 138-60), des recettes de remèdes en français (pages 161-5)

- un « Abrégé des dix lettres du Cosmopolite, ou Michel Sendivogius[2], escrites à un révérand père religieux de ces amis, touchant la véritable matière des philosophes et sa légitime préparation, décédé le 5me juillet 1651 » (pages 166-92)

- « Les santances dorées des philosophes, que le Cosmopolite, ou Michel Sendivogius, a tiré des livres des plus grands philosophes et envoiées à un reverend père religieux de ces amis pour le mieux satisfaire sur toute les difficultez de la vraye matière et de sa véritable préparation, ainsi qu’il luy a promis et escrits dans lesdites dix lettres ci-devant escrites, décédé leditMichel Sendivogius le 5me juillet 1651 »  (pages 194-228)

- Des dessins divers à la plume, notamment d’œufs et de « fourneaux philosophiques » (pages 230, 232, 234, 236)

- Un catalogue de remèdes (principalement chimiques) d’abord répartis selon 8 ordres, puis en 3 groupes « sur la planche » (28 items), « devant la cheminée » (12 items), « au côté de la cheminée » (3 items) (pages 238-46) ; pour la dernière répartition il s’agit peut-être de l’indication du rangement des remèdes à l’intérieur d’une pièce.

- Un « Catalogus librorum medicinae » (pages 248-52) dans lequel on trouve 80 titres, répartis en 3 « ordres », principalement de médecine chimique (incluant la Bibliotheca chimica, des œuvres de Hartmann, Juncker, Willis, Glaser etc.) mais aussi des œuvres religieuses (comme une Histoire de Joseph en 5 volumes, un Caresme de saint Martin, les Devoirs de la vie monastique, l’Importance du Salut… ) ou d’actualité politique ou littéraire (comme un Cid, une Relation de Versailles, un Richelieu…)

Portée et intérêt du manuscrit

Ce manuscrit, véritable « cahier d’atelier » de Jean-Adrien Helvétius lors des années 1686-8, donne un aperçu exceptionnel sur la pratique, les préoccupations et les lectures de ce médecin, alors adepte enthousiaste de la médecine chimique. Les textes des consilia, probables brouillons des originaux, offrent notamment un reflet de la pratique médicale d’Helvétius à la période où il obtint la reconnaissance de la Cour (voir Supra). Cette pratique est apparue sans surprise particulièrement développée dans sa dimension thérapeutique et caractérisée par les remèdes chimiques, présents dans 15 des 20 consilia, incluant le mercure, la teinture de mars et le vitriol de mars (à base de limaille de fer), le tartre vitriolé, l’élixir de Paracelse, l’« eau bénite » de Ruland (à base d’antimoine), le cinabre de Quercetan (Duchesne), lessels polychrestes et des préparations originales comme la « teinture de lune » (à base de cuivre), le diaphorétique et bien sûr le remède contre la dysenterie (ipécacuana), des préparations qu’Helvétius adressaient aux demandeurs avec les consilia.

[1] Louis Lafond, La dynastie des Helvétius, Les remèdes du Roi, Toulouse, Marqueste, 1926
[2] Michał Jakób Sędziwój, dit Michael Sendivogius, (1566-1646) était un médecin et (surtout) alchimiste polonais, élève d’Alexander Seton, dit « Cosmopolite ». Sur Sendivogius, voir D. Kahn, « Le Tractatus de sulphure de Michael Sendivogius (1616), une alchimie entre philosophie naturelle et mystique », In C. Thomasset (éd.), L’Écriture du texte scientifique au Moyen Âge. Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2006, p. 193-221.