PrésentationMode d’emploiServices associésRéutilisations

Recueil de consultations médicales (manuscrit ms5425)

1695-1728

 
Consulter ce document en ligne
Joël Coste
Université Paris Descartes / Ecole Pratique des Hautes Etudes
joel.coste@parisdescartes.fr
Juin 2012

Description générale

Le manuscrit de 298 pages in-quarto est relié et paginé des pages 1 à282. Il est rédigé d’une même écriture soignée et comprend une table de 8 pages de la même écriture à la fin du texte. Une consultation, datée de 1728, et d’une écriture différente, a été manifestement ajoutée dans un second temps dans un espace laissé blanc vers la fin du manuscrit (pages 277-8). Le manuscrit forme donc un tout, élaboré par son auteur, ou son commanditaire, à partir de documents (consultations, textes académiques) qui ont été colligés et recopiés les uns à la suite des autres. On remarque quelques ratures, et quelques erreurs de recopiage (pages 149-52, 253), ainsi que de rares passages raccourcis, indiqués par trois petits points (par exemple, page 253).

Datation et attribution

Dix consultations partent des dates qui s’échelonnent entre 1695 et 1706 ; une onzième, rédigée dans un second temps est datée de 1728. La rédaction du recueil semble donc avoir été un peu postérieure à 1706.

Le nom de Jean-Antoine Fatio (et la date de 1850) apparaît à plusieurs endroits du manuscrit, mais ce personnage n’est pas l’auteur, mais un des propriétaires successifs du manuscrit sur lequel il a apposé des ex libris. L’auteur ou le commanditaire du manuscrit, collateur des consultations, est en revanche anonyme. C’était très probablement un étudiant de la Faculté de médecine de Montpellier, assistant à des consultations et s’intéressant à des questions de médecine pratique (voir Infra). Il appartenait à l’entourage de Charles Barbeyrac (1629-1699) dont il a recopié les préceptes (« Mr Barbeyrac nous a fait remarquer… », page 36), d’Antoine Sidobre (1672-1747), le neveu de Barbeyrac qu’il a également suivi (le titre d'une consultation, page 182, est « Curation d’une fievre maligne particuliere que j’ay veu traitee par Mr Sidobre ») et de Pierre Chirac (1648-1732). Le possesseur du manuscrit était en revanche à Paris en 1728, lorsque la dernière consultation a été recopiée. Parmi les étudiants de la Faculté de Montpellier au début du XVIIIe siècle, secondairement installés à Paris, et donc possiblement liés à l'histoire du manuscrit, figure Jean-Baptiste Silva (1682-1742), docteur en médecine de Montpellier en 1702, élève de Chirac qui suivit celui-ci à Paris, où il s’attacha à J.A. Helvétius et à Molin.[1]

Contenu

Le manuscrit comprend 110 consultations, toutes dotées d’un titre, à l’exception de celle ajoutée en 1728. Il n’y a pas d’ordre thématique ni chronologique dans les consultations présentées, qui sont très majoritairement en français (cinq seulement sont en latin). Six textes relatifs à des questions de médecine pratique ont été intercalés entre les consultations ou recopiés à la fin de celles-ci : 1. « Synovia paracelsi » (page 72, qui traite de la fluxion articulaire et de son origine supposée), 2. « An procidentiae uteri pessaria ? », (pages 83-5, qui traite de l’utilisation des pessaires et de l’origine de la procidence utérine), 3. « De apoplexia, comate et caro » (pages 157-71, qui traite des mécanismes, diagnostic, traitement de ces affections), 4. « Description de l’ouverture d’une petite fille de deux ans et demy morte d’une affection soporeuse avec des convulsions » (pages 264-9), 5. « Discours sur les maux de poitrine » et 6. « Discours sur les maux du bas ventre » (pages finales non numérotées, deux discours qui traitent des mécanismes de ces troubles). Quarante-six consultations portent un ou plusieurs noms de médecins montpelliérains : Sidobre (mentionné dans 33 consultations), Barbeyrac (dans 14 consultations), Chirac (dans 12 consultations), Vergne (dans 4 consultations), Molin (dans une consultation).Le plus souvent, les consultations semblent avoir été rédigées après la rencontre avec les patients, ce qui peut expliquer la rareté des mémoires dans le recueil (deux mémoires seulement ont été recopiés, pour les consultations commençant pages 63 et 240).

Portée et intérêt du manuscrit

Ce recueil de consultations est d’un grand intérêt pour la connaissance de la pratique clinique de l’élite médicale montpelliéraine de la fin du XVIIe siècle et notamment de Barbeyrac et de ses élèves (Sidobre, Chirac, Molin). Les conceptions de ces médecins, qui ont laissé peu d’écrits, et notamment peu d’ouvrages théoriques, peuvent ainsi être appréhendées par les développements physiopathologiques qu’ils donnaient dans leurs consultations. Ces derniers accordaient une grande place aux « obstructions » ou « embarras » des « voies » digestives ou des organes (foie, poumon, utérus, etc.) mais aussi à l’acrimonie ou la « salure » des humeurs et des « sérosités ». Ces conceptions physiopathologiques témoignent d’un mécanisme éclectique, ouvert à la chimie, mais aussi obsédé par les impuretés à nettoyer. Il en résulta logiquement de fréquentes prescriptions de purgations et de saignées, ainsi que d’eaux minérales et de lait.

Ce recueil permet également de documenter les pathologies, essentiellement chroniques, motivant les consultations des médecins montpelliérains à la fin du XVIIe siècle, bien entendu dans les limites des possibilités d'application du diagnostic rétrospectif. Il s’agissait d’infections digestives, génitales et pulmonaires (notamment tuberculeuses), du paludisme, d’affections neurologiques d’origine probablement vasculaire, de cancers digestifs et du sein, de lithiases urinaires, d’asthme et de bronchites chroniques, de divers troubles mentaux, de probables insuffisances cardiaques et cirrhoses du foie.

[1] Silva eut beaucoup de succès comme consultant. Il devint premier médecin du prince de Condé, médecin consultant du roi en 1724 puis du roi de Bavière et fut anobli en 1738.