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À Claude II Belin, le 13 janvier 1639

Monsieur, [a][1]

J’ai été très aise d’apprendre par la vôtre que vous et Mme Belin [2] soyez en bonne disposition. Je vous assure que le petit Sorel [3] étudie bien et n’emploie pas mal son temps. Novissime[1] je l’ai examiné ; s’il continue, j’espère que frugem faciet[2] Faites-moi la faveur de présenter mes très humbles recommandations à M. Allen [4] et de le faire participant de ces deux nouvelles : dont la première est que nous attendons la nouvelle édition du recueil des lettres de feu M. Casaubon [5] qui est tout nouvellement achevé en Hollande, il y en a sur le chemin un paquet de 30 et un autre de 50 ; [3] l’autre est que l’on a ici imprimé, en deux volumes in‑fo, un recueil intitulé Traités des droits et libertés de l’Église gallicane, dont le premier de tous est celui de M. Pierre Pithou, [4][6] et plusieurs autres ensuite qui font le premier tome complet ; et le deuxième, qui est bien plus gros, contient les preuves desdites libertés. Le 18e du mois passé nous a ravi le vaillant P. Joseph, [7] capucin[8] par une apoplexie. [5][9] On a fait sur cette mort divers épitaphes un peu trop satiriques, et qui en ont fâché même Son Éminence. [6][10] On lui a fait une harangue funèbre dans les Capucins du faubourg Saint-Honoré, [7][11] par le P. Léon, [12] carme mitigé, [13] qui a semblé être bien aise de trouver ce beau sujet pour étaler son éloquence. [8] Depuis la prise de Brisach, [9][14] nous n’avons ici rien de nouveau de l’Allemagne. On dit que le cardinal de Savoie [15] et le prince Thomas, [16][17] son frère, s’en vont faire la guerre à la duchesse leur belle-sœur, [10][18][19][20][21] et que le roi d’Angleterre [22] s’en va avoir grosse guerre aussi contre les Écossais, qui sont malcontents de lui et qui ne veulent pas le reconnaître pour chef de l’Église anglicane. [11][23] La reine mère [24] est à Londres. On imprime ici toutes les œuvres de Sennertus [25] en trois volumes in‑fo[12] M. Moreau [26] a été un des députés de notre Faculté pour aller à Saint-Germain [27] y consulter pour M. le Dauphin, [28][29] qui dorénavant se porte bien. Le présent qu’il vous a fait de la thèse [30] de dæmonibus n’est pas grand : c’est une sotte thèse et mal bâtie ; lui-même n’en fait guère d’état. [13] Faites-moi la faveur de me conserver en vos bonnes grâces, et de présenter mes très humbles mains à Mme Belin et Messieurs vos frères ; et de croire que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 13e de janvier 1639.

On dit que le Grand Turc [14][31][32] est fort en colère contre les Vénitiens et qu’il vient assiéger leur ville, ou au moins leur île de Candie, [33] avec 100 000 hommes ; [15] et qu’après cela, il fera ce qu’il voudra de la Sicile et de toute l’Italie ; à cause de quoi le pape [34] et les princes d’Italie consultent comment ils pourront repousser de leurs frontières un si puissant ennemi. On parle aussi d’un tiers parti en Allemagne pour obliger le roi de Hongrie [35] à la paix. [16]


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude II Belin à Guy Patin, le 13 janvier 1639.
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(Consulté le 22.09.2019)

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