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À Charles Spon, le 4 décembre 1657

Monsieur, [a][1]

Ce 1erde décembre. Je donnai hier à M. Robert, [2] votre collègue, un petit paquet de lettres dans lequel vous en trouverez une petite pour vous et une pour M. Ravaud, [3] dans laquelle je l’exhorte à bien prendre garde à la correction du Heurnius[4] de peur qu’il ne soit aussi maltraité qu’a été le Sennertus [5] dans la dernière édition, quo nomine [1] la lecture m’en déplaît fort. Le Mazarin [6] est de retour de Fontainebleau [7] où il était allé rendre visite à la reine de Suède. [8] On dit qu’elle ne viendra point à Paris, qu’on lui a donné de l’argent et qu’on lui en a promis pour plusieurs années. Je pense que les coups de poignard qu’elle a fait donner à son premier écuyer [9] la reculent un peu d’ici et qu’on ne veut pas entendre de telles marchandises. [2]

Faites-moi une grâce, faites-moi entendre le bas de la page 399 de Varandæus, ubi de μαρασμω περιφρυγη : [3][10] il me semble qu’il y a là quelque demi-ligne oubliée, et ne vois point à quoi l’on puisse rapporter ce mot elanguescat[4]

Je viens d’apprendre que la reine de Suède ne viendra point à Paris, mais qu’elle ira à Bourges. [11] Le prince de Condé [12] est fort malade en Flandres [13] d’une double-tierce. [14] Il a envoyé demander au roi qu’on lui envoyât Guénault, [15] son médecin de jadis, et Dalancé, son chirurgien, [5][16] qui sont partis ce matin avec permission. J’ai ici délivré à M. Fourmy, [17] votre libraire de Lyon, toutes les œuvres de Thomas Erastus [18] qu’il m’a promis d’imprimer in‑fo, de cicéro à deux colonnes ; [19] j’ai eu un petit < peu > de peine à lui persuader, mais enfin il me l’a promis. Ce livre fera pleinement voir l’ignorance des chimistes [20] et le tort que les juges ont de supporter toute cette canaille charlatanesque. Il n’y aura guère de médecin en France, qui aime l’étude et la bonne méthode, qui n’achète ce livre et ne soit bien aise de le voir, et j’espère qu’il en aura très bon débit ; joint que l’impression du Paracelse [21] à Genève y aidera bien, vu qu’à un tel poison un si puissant contrepoison ne saurait manquer d’y venir fort à propos. Le livre ne saurait être gros et je pense qu’il n’aura jamais 200 feuilles, mais j’ai bonne et forte envie de le bien recommander à mes auditeurs et à tous ceux qui me font l’honneur de m’écrire de divers endroits. Je vous conjure au nom de Dieu de le confirmer dans la promesse qu’il m’a faite de l’imprimer si vous trouvez qu’il vacille à l’exécution de sa parole. Il m‘a parlé de vous comme d’un personnage qu’il honore fort particulièrement. Il emporte un mémoire, que je lui ai donné charge de vous montrer, des traités divers de ce livre. Je m’en remets à vous pour l’ordre d’iceux si vous ne le trouvez bien tel que je vous l’envoie.

Le prince de Condé a écrit de sa propre main à Guénault qu’il le priait de l’aller panser et qu’il n’avait alentour de soi que des empoisonneurs. On explique cela des Espagnols qui sont là et qu’il hait bien fort.

Ce 4e de décembre. Le roi et le Mazarin s’en vont au Bois de Vincennes [22] pour huit jours. On dit ici que le prince de Condé apparemment est bien malade puisqu’ayant peur des empoisonneurs de Flandres, il envoie quérir Guénault qui est plus fin et plus corrompu que tous ces Espagnols. Vale, vive, et me ama, cum tua, et Domino Gras, aliisque amicis.

Tuus ex animo, G.P. [6]

Le 4e de décembre 1657.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 4 décembre 1657.
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(Consulté le 19.09.2019)

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