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À André Falconet, le 21 décembre 1671

Monsieur, [a][1]

Le roi [2] a accordé la paulette [3] à plusieurs officiers et presque à tous ceux qui avaient affaire. M. de Puyguilhem [4] a été envoyé au même lieu que M. Fouquet, [5] à Pignerol, [6] sans que nous sachions la cause de sa disgrâce. On l’appelle à la cour le comte de Lauzun. [1] M. de Bezons, [7] intendant de justice en Languedoc, a été fait par le roi premier président de Provence [8] à la place de M. d’Oppède. [2][9] Le roi d’Angleterre [10] nous donnera du secours contre les Hollandais, étant fort ami du nôtre.

Il court ici beaucoup de fièvres catarrhales [11] et des rhumatismes, [12] mais nous les guérissons aisément par la saignée [13] et la boisson d’eau. Le vin nouveau [14] a déjà fait des goutteux [15] et des hydropiques. [16] Je vous envoie deux de nos thèses, [17] notre dernier catalogue [18] et la dernière affiche de notre Collège royal[19] Au mois de novembre de l’an 1672, nous aurons un nouveau doyen et un nouveau catalogue, mais qui y sera ? [20]

Prudens futuri temporis exitum
caliginosa nocte premit Deus
[3]

Les rabins disent que Dieu s’est réservé trois clefs, dont la première est du beau ou du mauvais temps, la seconde de la fertilité ou stérilité, la troisième est la science du futur. Certes, voilà trois beaux secrets, mais qui n’appartiennent qu’à ce Grand Maître.

M. de Puyguilhem a été arrêté le même jour que le fut à Londres le duc de Buckingham. [4][21] Mme la duchesse d’Orléans [22] est à Saint-Germain [23] où tout est en réjouissance. Elle trouve la cour fort belle, elle y fait bonne chère et y trouve le vin fort bon. [5] Bientôt on la doit mener promener à Saint-Cloud, [24] logis de M. le duc son mari, [25] pour lui faire voir les belles cascades et les fontaines qui y sont.

Pour la guerre, [6][26] on la tient certaine si les Hollandais < ne > la préviennent par leur prudence républicaine. Il est vrai que M. le chancelier [27] est bien vieux et qu’apparemment, sa place sera bientôt remplie par M. Le Tellier, [28] père de M. de Louvois, [29] ou par M. Pussort, [30] oncle de M. Colbert. M. le cardinal de Bouillon [31] est grand aumônier de France. Je me souviens bien de Damascène, [7][32] ce n’est qu’un fou. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 21e de décembre 1671.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 21 décembre 1671.
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(Consulté le 16.11.2019)

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