L. 9.  >
À Claude II Belin, le 12 janvier 1632

Monsieur, [a][1]

Après vous avoir premièrement supplié de m’excuser si j’ai été si longtemps sans vous écrire, je vous dirai que la présente sera pour satisfaire finalement par écrit au catalogue que m’avez par ci-devant envoyé. [1] Pour le 16e tome du Mercure français[2][2] je vous l’enverrai quand vous voudrez, il coûte environ 40 sols. Toutes les œuvres d’Argentier [3] se trouvent in‑fo, en gros volume, dans lequel il y a plusieurs pièces qui ne se trouvent en nulle autre façon ; [3] quand il se trouve (car il est un peu rare) il se vend 8 francs. Enarrationes Valleriolæ [4] ne sont point si rares, [4] elles sont de 32 sols. Scaligeri patris multa sunt alia præter librum de Subtilitate : nimirum Commentarii in libello Hippocratis de insomniis ; in Aristotelem de historia animalium, in‑fo ; in libros de plantis tributos Aristoteli, in‑4o ; eiusdem epistolarum liber ; de causis linguæ Latinæ libri xiii, in‑8o ; Poemata omnia, in‑8o, qui est un volume plus gros que des épithètes ; Poetices libri vii, in‑8o, qui est un fort bon livre ; Animadversiones in Theophrastum, in‑fo, qui est le plus rare ; Oratio funebris in obitu filioli Andecti, in‑8o ; quæ quidem omnia esse censeo Scaligieri patris opera, non adeo repertu difficilia[5][5] Mandez-moi lesquelles vous en désirez, je les chercherai et marchanderai comme pour moi. Le Lacuna [6] est ici fort rare en petit volume, mais il se trouve plus souvent en grand, fort beau ; [6] il peut valoir bien relié environ sept livres ou un peu moins. Pour le Gesnerus [7] des plus beaux et meilleurs (qui est dorénavant fort rare), l’histoire de quadrupedibus, avibus, piscibus, serpentibus et autres, se trouve en trois grands volumes in‑fo avec une infinie quantité de figures. [7] Je sais un homme qui en a un bien relié et tout neuf, mais on ne le peut avoir de lui à moins de 32 livres, lui en ayant déjà par plusieurs fois offert 30 pour un mien ami de Tours. [8][8] Le mien me revient à plus de 35 et s’il n’est pas si beau, un libraire le vendrait 40 livres comme il est. Ce sont de grands volumes où la quantité des figures et leur beauté son admirables, dans lesquels toute l’histoire naturelle est comprise. Des œuvres de Paracelse, [9] il s’en voit peu ici de tomes séparés, et néanmoins fort chers. Toutes les œuvres de Sylvius [10] en un volume in‑fo bien reliées vaudront sept livres pour le moins. [9] Erotiani Onomasticon n’est pas tant rare, mais je n’en sais pas le prix. [10][11] Les œuvres de Ulysses Aldrovandus, [12] impression de Bologne, [11][13] sont bien chères et bien rares ; elles ont été contrefaites à Francfort, [12][14][15][16] encore n’en voit-on quasi point ici. C’était un grand personnage qui a fort obligé le public, ayant dépensé 100 000 écus pour l’édition de ses œuvres ; et néanmoins, étant devenu vieil et pauvre après tant de dépenses, est mort misérable et presque de faim, nihilque aliud, pro fama (quam ex ingrata patria et posteritate vir dignissimus herculeis pene laboribus aucupabatur), nisi famem miser retulit[13] Columna [17] de plantis est bien cher et bien rare ; j’en ai vu quelquefois, mais je ne l’ai point acheté, pretii gravitate deterritus[14] Je pense avoir céans tous les autres herbiers. Piso, [18] de morbis a serosa colluvie, est un livre in‑4o assez bon et curieux, il peut être de 40 sols. Il est fils de celui [19] qui a écrit de Morbis curandis, etc., de sorte qu’on peut dire de lui : docti patris docta proles[15][20] Il fait encore imprimer un autre livre de médecine que nous aurons bientôt. Il est fort honnête homme, j’ai reçu quelquefois de ses lettres. Je vous envoie une petite satire qui est ici de nouveau, où sont contenues quelques énigmes, desquelles l’explication serait longue à déduire ici. Le roi [21] est toujours et sera, dit-on, encore longtemps à Metz. [16][22] Je vous prie de me permettre que Madame votre femme et M. Dacier trouvent ici mes très humbles mains. Si vous m’excusez de ce que j’ai été si longtemps à vous écrire, vous m’obligerez de demeurer à jamais, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.

Patin.

Ce 12e de janvier 1632.


1.

Entre le 12 janvier, date de la présente lettre, et le 2 janvier, date de la précédente, Guy Patin avait dû en recevoir une où Claude ii Belin se plaignait de n’avoir rien reçu depuis le 4 novembre (pénultième de Patin), malgré, sans doute, deux qu’il lui avait envoyées. Patin n’osait ici lui avouer qu’il avait pris les devants, le 2 janvier, lui laissant sans doute la bonne surprise de le découvrir dans son courrier. Le texte qu’on va lire, entièrement consacré à des requêtes bibliographiques (le « catalogue ») de Belin, cherchait à y apporter réponse. Patin tenait beaucoup à entretenir le lien avec celui qui lui était un précieux fournisseur d’ouvrages, et particulièrement de thèses parisiennes, dont il souhaitait tenir une collection la plus complète possible.

2.

Le Mercure français est un recueil historique qui présentait chaque année au lecteur un résumé des événements intéressant la France. Successeur de la Chronologie septénaire de l’histoire de la paix, entre les rois de France et d’Espagne, 1598-1604, par Palma Cayet, le Mercure français fut publié d’abord par Jean et Étienne Richer, puis, de 1638 à 1644, par Eusèbe Renaudot (v. note [16], lettre 104). L’ensemble forme 25 tomes. Le seizième tome du Mercure français, ou Suite de l’Histoire de notre temps, sous le règne du très-chrétien roi de France et de Navarre Louis xiii (Paris, Étienne Richer, 1632, in‑8o) couvre les années 1629-1630.

3.

Giovanni Argenterio, en français Jean Argentier (Castel-Nuovo, Piémont 1513-Turin 1572) fut successivement médecin à Lyon, à Anvers, à Naples, professeur à l’Université de Montereale (Frioul), puis à celle de Turin. Il fut un des premiers et des plus puissants antagonistes de l’École de Galien (A.‑J.‑L. Jourdan in Panckoucke).

Ses œuvres complètes ont été réunies pour la première fois à Venise (1592, in‑fo) par son fils Ercole, avec en effet trois opuscules inédits : De Febribus [Les Fièvres] ; In Librum Galeni de febribus [Contre le Livre de Galien au sujet des fièvres] ; De Vi purgantium medicamentorum [Le Pouvoir des médicaments purgatifs] ; mais Guy Patin voulait sans doute parler de la seconde édition :

Opera Johannis Argenterii Castelllonovensis Pedemontij, Philosophi ac Medici acutissimi simul et gravissimi, in florentissimis Italiæ Academiis, Neapolitana scilicet, Pisana, Taurinensis, etc. Medicinæ quondam cùm Theoricæ, tum Practicæ Professoris primarii ac celeberrimi. Quorum nonnulla iam ante excusa, plurima vero a nemine hucusque visa, avidissime tamen desiderata, tandemque ab hæredibus ipsius reperta et in lucem prolata sunt. Omnia nunc pridem ex exemplari Veneto diligentius revisa, ex divisis quatuor partibus in unum volumen collecta, ac ab innumeris, quibus hinc inde scatebant, mendis maculata. In quibus præcipuæ difficilesque materiæ, tam Medicæ, quam philosophicæ, et præsertim hac tempestate adhuc controversæ, non docte minus, quam subtiliter et enucleate elucidantur, ipsiusque habitæ sanitatis tuendæ et amissæ pariter recuperandæ ratio plenissime traditur. Accessit ad hæc Fabii Paulini Utinensis Philosophi ac Medici non vulgaris in libros artis Medicinalis Galeni per tabulas œconomia. Quo vero in loco quoque ordine operum contentorum unumquodque inquirendum sit, pagina orationem Herculis Argenterii autoris filii ad Lectores subsequens sua serie demonstrabit [Œuvres de Jean Argentier), natif de Castel-Nuovo en Piémont, philosophe et médecin à la fois très fin et très sérieux, jadis premier et très célèbre professeur de médecine tant théorique que pratique dans les plus florissantes universités d’Italie : Naples, Pise, Turin, etc. Quelques-unes d’entre elles ont déjà été publiées, mais plusieurs n’ont encore jamais été vues par personne, tout en étant très avidement désirées ; ses héritiers les ont retrouvées et les mettent enfin au grand jour. Les voici maintenant complètes, tirées de l’édition de Venise, revues avec grand soin, réunies en un seul volume au lieu d’être divisées en quatre parties, et purgées des innombrables fautes qui y pullulaient. Les matières principales et difficiles, tant médicales que philosophiques, et surtout celles qui sont encore aujourd’hui controversées, sont élucidées non moins savamment que finement et sobrement ; et la façon de préserver sa propre santé quotidienne et de la retrouver quand on l’a perdue est enseignée de manière tout à fait complète. On y a ajouté l’économie de l’art médical de Galien présentée en tableaux par Fabio Paolini, philosophe et médecin hors du commun, natif d’Udine (1535-1605, professeur de langue grecque à Venise). La page qui suit le discours d’Ercole Argenterio aux lecteurs montrera à qui voudrait chercher où et dans quel ordre est placée chacune des œuvres] (Hanau, Wechel, chez les héritiers de Claudius Marnius, 1610, in‑8o).

4.

Enarrationum medicinalium libri sex. Item responsionum liber unus. Francisco Valleriola medico autore. Cum indice rerum notatu dignarum locupletissimo [Six livres de Commentaires médicaux, et un livre de réponses, par Franciscus Valleriola, médecin. Avec un très riche index des choses dignes d’être remarquées] (Lyon, Sébastien Gryphe, 1554, in‑fo ; réédition à Venise, Balassaris Constantinus, 1555, in‑8o).

Franciscus Valleriola (François Valleriole, Montpellier 1504-Turin 1580) « s’appelait Variola [vérole], mais comme il était d’une fort petite stature, on lui donna le premier nom qui est le diminutif du sien [petite vérole] » (Éloy). Il a certainement exercé en Arles, comme en atteste l’épître dédicatoire de ce livre, nobilissimis atque prudentissimis inclytæ urbis Arelatæ consulibus, senatuique universo amplissimo [aux très nobles et très sages consuls de l’illustre ville d’Arles, et à tout son très ample sénat]. Plus tard, il enseigna et pratiqua à Valence dans le Dauphiné, avant de remplir une des premières chaires de la Faculté de Turin. C’était un adepte convaincu des doctrines de Galien.

5.

« Scaliger le père a écrit bien d’autres ouvrages que son livre sur la subtilité : certes ses commentaires du petit livre d’Hippocrate sur les insomnies, d’Aristote sur l’histoire des animaux in‑fo, des livres d’Aristote sur les plantes, in‑4o ; mais aussi un livre de lettres, 13 livres sur les origines de la langue latine in‑8o, les poèmes complets in‑8o […] sept livres poétiques in‑8o […] des observations sur Théophraste in‑fo […] une oraison funèbre pour la mort du fils d’Andectus, in‑8o ; voilà ce que je crois bien être les œuvres complètes de Scaliger père, et il ne m’a pas été difficile de les retrouver. »

Un « volume plus gros que les épithètes » signifie que l’ouvrage vaut bien mieux qu’un amas de simples ornements de style : « L’épithète appartient proprement à la poésie et à l’éloquence […]. Retranchez d’une phrase l’adjectif, elle est incomplète, ou plutôt c’est une autre proposition ; retranchez-en l’épithète, la proposition pourra rester entière, mais déparée ou affaiblie. Telle est la règle générale pour distinguer l’épithète de l’adjectif » (F. Guizot, Dictionnaire des synonymes).

Jules-César Scaliger (Giulio Cesare Scaligero, Riva del Garda, près de Vérone, 1484-Agen 1558), le père de Joseph-Juste (v. note [5], lettre 34), était fils d’un peintre en miniature nommé Benedetto Bordoni et prétendait descendre de la famille des princes della Scala, souverains de Vérone, auxquels il emprunta son nom (v. note [10], lettre 104). Il mena d’abord la vie la plus aventureuse. Vers 1515, plongé dans une profonde misère, il étudiait la théologie et la philosophie à Bologne. À Turin, il se lia intimement avec un médecin de l’armée française et se mit à étudier la médecine, ce qui le mena à apprendre le grec. En 1525, Antoine de La Rovère, évêque d’Agen, le prit pour médecin et l’emmena dans sa résidence épiscopale. À 43 ans, après avoir été reçu docteur par l’Université de Padoue, il épousa Audiette de Roques. En 1528, François ier, roi de France, lui accorda ses lettres de naturalisation. Ce fut aussi l’époque où parurent ses premiers ouvrages, ses invectives contre Érasme à propos de Cicéron, et qu’il commença la longue liste de ses publications érudites, et notamment sa remarquable série de commentaires sur l’histoire naturelle telle que l’avaient comprise les anciens, Aristote et Théophraste. Outre sa vanité proverbiale, on lui a reproché la violence et la dureté de ses critiques à l’égard de ses contemporains (G.D.U. xixe s.).

Les ouvrages que Guy Patin citait ici sont dans l’ordre :

  • Exotericarum exercitationum liber quintus decimus de Subtilitate, ad Hieronymum Cardanum [Quinzième livre d’essais publics sur la Subtilité, contre Jérôme Cardan (v. note [30], lettre 6)] (Paris, Michael Vascosanus, 1557, in‑4o) ;

  • Commentarii in Hippocratis librum de Insomniis [Commentaires sur le livre d’Hippocrate, des Insomnies] (Lyon, 1538, in‑8o) ;

  • Aristotelis Historia animalium gr. et lat. cum commentariis [L’Histoire des animaux d’Aristote, en grec et en latin, avec commentaires] (Toulouse, 1619, in‑fo) ;

  • In libros duos qui inscribuntur de plantis, Aristotele autore, libri duo [Deux livres à propos des deux livres qu’Aristote a écrits sur les plantes] (Paris, 1556, in‑4o) ;

  • Epistolæ et orationes [Épîtres et discours] (Leyde, 1600, in‑8o) ;

  • De Causis linguæ latinæ libri xiii [Treize livres sur les Origines de la langue latine] (Lyon, 1540, in‑4o ; Genève, 1580, in‑8o) ;

  • Poemata [Poésies] (Genève, 1574, in‑8o) ;

  • Poetices libri vii [Sept livres de Poésie] (Lyon, 1561, in‑fo) ;

  • Animadversiones in Theophrasti Historia plantarum [Observations sur l’Histoire des plantes de Théophraste] (Lyon, 1584, in‑8o) ;

  • Iosephi Scaligeri, Iul. Cæs F., Epistola de vetustate et splendore gentis Scaligera, et Iul. Cæs. Scaligeri oratio in luctu filioli Andecti. Item testimonia de gente Scaligera et de Iul. Cæs. Scaligero [Lettre de Joseph Scaliger, fils de Jules-César, sur l’ancienneté et la splendeur de la famille Scaliger, et discours de Jules-César Scaliger sur le chagrin occasionné par la mort du jeune fils d’Andectus. Et aussi des témoignages sur la famille Scaliger et sur Jules-César Scaliger] (Leyde, ex Officina Plantineana, apud Franciscum Raphelengium, 1594, in‑4o).

6.

Andrés de Laguna (Lacuna en latin, Ségovie 1499-1560), après avoir longuement étudié dans diverses universités espagnoles (Salamanque, Alcala de Henarez, Tolède) et à Paris, mena une très brillante carrière médicale, servant tour à tour l’empereur Charles Quint, son fils, Philippe ii, et le pape Jules iii. Lacuna a publié de nombreux ouvrages médicaux qui sont soit des contributions originales, soit des éditions commentées des auteurs de l’Antiquité. Les deux livres qui lui ont valu le plus grand renom au xviie s. sont : Compendium curationis præcautionisque morbi passim populariterque grassantis, hoc est vera et exquisita ratio noscendæ, præcavendæ atque propulsandæ febris pestilentialis [Abrégé du traitement et de la prévention de la peste, une maladie qui se propage en tous sens dans la population, ce qui est la raison véritable et recherchée pour laquelle il faut la connaître, s’en prémunir et la repousser] (Strasbourg, 1542, in‑8o) ; et Epitome Galeni operum in quatuor partes digesta ; accedit vita eius et liber de ponderibus et mensuris [Abrégé des œuvres de Galien distribué en quatre parties ; s’y ajoutent sa vie et son livre sur les poids et les mesures] (Bâle, 1551, in‑8o, pour la première édition) (R. Desgenette in Panckoucke).

Ce dernier ouvrage est probablement celui dont Guy Patin voulait parler ; au moins est-ce celui qu’il a vivement recommandé de lire à Hugues de Salins dans sa lettre du 27 mai 1655 (v. note [16], lettre 396).

7.

Conrad Gesner, surnommé le Pline de l’Allemagne (Zurich 1516-ibid. 1565), étudia la médecine à Paris, à Montpellier, puis à Bâle où il se fit recevoir docteur ; il se fixa ensuite à Zurich. Travailleur acharné et écrivain prolifique, il a laissé une Bibliotheca universalis [Bibliothèque universelle] et quantité d’ouvrages de médecine, philologie, botanique ou zoologie. « Quand on pense qu’il mourut [de la peste] à 49 ans, qu’il fut toujours pauvre, qu’il était myope et qu’il jouissait d’une mauvaise santé, on conçoit difficilement qu’il ait pu s’élever dans les sciences jusqu’au point où il est parvenu ». Guy Patin citait ici les cinq livres de son Historiæ animalium [Histoire des animaux] :

  • liber primus, de quadrupedibus viviparis… [premier livre : sur les quadrupèdes vivipares…] (Zurich, 1551 ; Bâle, 1603, in‑fo) ;

  • Liber secundus de quadrupedibus, de oviparis [deuxième livre : sur les quadrupèdes, sur les ovipares] (ibid., 1554, in‑fo ; Francfort, 1586, in‑fo) ;

  • Liber tertius de avium natura [troisième livre : sur la nature des oiseaux] (ibid. 1555, in‑fo ; Francfort, 1586, in‑fo) ;

  • Liber quartus qui est de piscium et aquatilium animantium natura [quatrième livre : sur la nature des poissons et des animaux aquatiques] (ibid., 1558, in‑fo) ;

  • Liber quintus qui est de serpentium natura [cinquième livre : sur la nature des serpents] (ibid. 1587, in‑fo ; Bâle, 1621).

L’ensemble a été réimprimé en trois volumes à Francfort en 1617 et 1620 (Jourdan in Panckoucke).

Gesner était aussi iatrochimiste : Quatre livres [de Conrad Gesner] des secrets de la médecine, et de la philosophie chimique. Faits en français par M. Jean Liébaut Dijonnais, docteur médecin à Paris. Esquels sont décrits plusieurs remèdes singuliers pour toutes les maladies tant intérieures qu’extérieures du corps humain : traitées bien amplement les manières de distiller eaux, huiles et quintes essences de toute sorte de matières, préparer l’antimoine et la poudre de mercure, faire les extractions, les sels artificiels, et l’or potable (Lyon, Benoît Rigaud, 1593, in‑8o, avec épître datée de 1573 ; Gallica).

8.

Tours (Indre-et-Loire), capitale de la Touraine, au confluent du Cher et de la Loire, avait connu son apogée royal de 1450 à 1550. « Tours est une ville ancienne, grande, très agréable et célèbre par les étoffes de soie qu’on y fabrique. Elle a un fort beau pont de pierre de dix-neuf arches sur la Loire, un archevêché, un présidial et une Chambre de monnaies. Ses habitants sont si spirituels et si enjoués qu’on les appelle les rieurs de Tours » (Trévoux).

9.

Iacobi Sylvii Ambiani, medici et professoris regii Parisiensis, Opera medica, iam demum in sex partes digesta, castigata et indicibus necessariis instructa. Adiuncta est eiusdem vita et icon, opera et studio Renati Moræi, doctoris medici Parisiensis [Œuvres médicales de Jacques Sylvius d’Amiens, médecin de Paris et professeur royal, réunies pour la première fois en six parties, corrigées et munies des index nécessaires. S’y ajoutent sa vie et son portrait ; par le travail et l’étude de René Moreau, docteur en médecine de la Faculté de Paris] (Genève, Jacques Chouët, 1630, in‑fo, rééditions en 1634 et 1635).

Sylvius, nom latinisé de Jacques Dubois (Louville, près d’Amiens, 1478-Paris 1555), se consacra à la médecine après avoir étudié les langues anciennes. Il étudia d’abord à Paris où il se mit à enseigner avec succès sans même avoir reçu le diplôme de docteur, qu’il n’obtint qu’à l’âge de 51 ans, à Montpellier. Revenu aussitôt à Paris, on l’obligea à se faire recevoir bachelier (en 1530) afin de pouvoir reprendre son enseignement. En 1535, il professait la médecine avec le plus grand succès au Collège de Tréguier, démontrant l’anatomie, la préparation des remèdes et la botanique. En 1550, Sylvius fut nommé professeur au Collège royal, en remplacement de Guido Guidi (Vidus Vidius). Il fut le premier qui substitua en France les cadavres humains aux cochons, dont jusque-là on s’était servi pour les démonstrations anatomiques. Il fut le maître de Vésale (v. note [18], lettre 153), mais prit ombrage de l’immense talent de son élève. Sylvius donnait malheureusement plus de crédit à l’autorité de Galien qu’à ce qu’il voyait en disséquant ; au point qu’ayant fait plusieurs découvertes, il les considéra comme des anomalies de structure, ou bien il les attribua à la dégénération de l’espèce humaine (S. in Panckoucke et Triaire). L’aqueduc qui relie le 3e au 4e ventricule du cerveau a conservé le nom de Sylvius.

10.

Erotianus est un glossateur grec du ier s. de l’ère chrétienne ; son glossaire [Onomasticon] est ce qu’il a laissé de plus célèbre. L’édition dont parlait ici Guy Patin ne pouvait être que celle du libraire–éditeur Henri Estienne (Paris, 1564, in‑8o) intitulée Dictionarium medicum, vel expositiones vocum medicinalium, ad verbum excerptæ ex Hippocrate, Aretæo, Galeno, Oribasio, Rufo Ephesio, Ætio, Alex. Tralliano, Paulo Ægineta, Actuario, Corn. Celso. Cum latina interpretatione. Lexica duo in Hippocratem huic dictionario præfixa sunt, unum Erotiani, nunquam antea editum, alterum Galeni, multo emendatius quam antea excusum [Dictionnaire médical, ou explications des mots médicaux, tirées à la lettre d’Hippocrate, Arétée, Galien, Oribase, Rufus d’Éphèse, Ætius, Alexandre de Tralles, Paul d’Égine, Actuarius, Celse. Avec leur explication en latin. Deux lexiques sur Hippocrate sont ajoutés à ce dictionnaire : le premier d’Erotianus, inédit à ce jour ; le second de Galien, édité avec beaucoup plus de soin qu’auparavant].

11.

Bologne (nom que Guy Patin, à la manière de son temps, écrivait Boulogne), siège de l’université considérée comme la plus ancienne du monde (fondée en 1088), est aujourd’hui la capitale de l’Émilie-Romagne (nord-est de l’Italie). Elle faisait partie des États Pontificaux depuis 1506, dirigée par un cardinal-légat assisté d’un Sénat qui élisait tous les deux mois un juge (gonfaloniere) secondé par huit consuls plus âgés que lui.

12.

Traversée par le Main, affluent du Rhin, Francfort (Francfort-sur-le-Main, Hesse), l’une des plus grandes cités du Saint-Empire, était une ville libre impériale depuis 1220. L’empereur et le roi des Romains (son successeur présomptif) y étaient élus, puis couronnés dans la cathédrale. Il se tenait chaque année deux grandes foires à Francfort, au printemps et à l’automne, spécialement réputées pour le grand commerce de livres qui s’y faisait, imprimés sur place ou venus de toute l’Europe.

13.

« le malheureux n’a rien récolté d’autre que la faim pour renommée (que cet homme très méritant avait cherché à obtenir d’une patrie et d’une postérité ingrates, par des travaux presque herculéens). »

Ulisse Aldrovandi (Aldrovandus, Bologne, 1522-ibid. 1605) fut l’un des plus savants naturalistes du xvie s., surnommé le Pline moderne. Après de longues études parsemées de voyages en Europe, où il devint l’ami de Guillaume Rondelet (v. note [13], lettre 14), il prit en 1533 le bonnet de docteur en médecine à Bologne. L’année suivante, il obtint la chaire de logique, puis celle de philosophie, et enfin celle de botanique, auxquelles il ne renonça qu’en 1600, contraint par son grand âge et par la cécité. On dit en effet qu’il consuma toute sa fortune à la constitution de son cabinet d’histoire naturelle, le plus considérable qui existât alors, et d’une très belle bibliothèque, ainsi qu’à la publication de ses œuvres, pour mourir misérable à l’hôpital des indigents ; mais le fait a été contesté (Jourdan in Panckoucke). Guy Patin faisait allusion à la première édition complète de ses œuvres : Aldrovandi Opera omnia (Bologne, sans nom, 1599, 13 volumes in‑fo).

14.

« dissuadé par l’énormité du prix. »

Fabio Colonna (Fabius Columna, Naples 1567-1650), médecin botaniste, était issu d’une des plus anciennes familles d’Italie. Il a donné la description d’une centaine de végétaux inconnus jusqu’alors, a posé les vrais fondements de la philosophie botanique et a, le premier, établi les véritables genres dont ses prédécesseurs n’avaient fait que lui fournir l’idée. Son livre « sur les plantes » dont parlait ici Guy Patin est intitulé : Φυτοβασανος, sive plantarum aliquot historia, in qua describuntur diversi generis plantæ veriores, ac magis facie viribus respondentes antiquorum Theophrasti, Dioscoridis, Plinii, Galeni, aliarumque delineationibus, ab aliis hucusque non animadversæ. Accessit insuper piscium aliqot, plantarumque novarum historia [Phytobasanos (Examen des plantes), ou histoire de quelques plantes, où les plantes très exactes de divers genres sont décrites, et surtout présentées selon leur aspect d’après les travaux des Anciens, Théophraste, Disoscoride, Pline, Galien, et les dessins d’autres qui n’avaient pas été reconnues jusqu’alors. S’y ajoute une histoire de quelques poissons et de nouvelles plantes] (Naples, Horatius Salvianus, 1592, in‑4o).

15.

Remplacement de parentis par patris dans un vers de Scévole de Sainte-Marthe (v. note [9], lettre 48) tiré d’un poème intitulé Ad Iosephum Scaligerum, Iul. Cæsaris F. [À Joseph Scaliger, fils de Jules-César] (Lyricorum, livre ii) :

Non sæva totum te feret Atropos :
Dicere vatis carminibus tui,
Docti parentis docta proles
Innumeros celebris per annos
.

[La cruelle Atropos {a} ne t’emportera pas tout entier : chanter les vers que tu as composés, docte postérité d’un docte père, te rendra célèbre pour d’innombrables années].


  1. V. note [31], lettre 216.

Nicolas Le Pois (Piso en latin, Nancy 1527-ibid. 1590), médecin en 1578 du duc Charles de Lorraine, a publié De cognoscendis et curandis præcipue internis humani corporis morbis libri tres, ex clarissimorum medicorum, tum veterum, tum recentiorum, monumentis, non ita pridem collecti [Trois livres sur les maladies, principalement internes, du corps humain qu’il faut connaître et soigner, rassemblés pour la première fois à partir des écrits des médecins les plus brillants, tant anciens que modernes] (Francfort, 1578, in‑fo ; ibid. 1585, in‑8o).

Son fils, Charles Le Pois (Nancy 1563-Pont-à-Mousson 1633), avait d’abord étudié à Paris au Collège de Navarre pendant cinq ans. Ayant pris le grade de maître ès arts en 1581, il avait suivi pendant quatre ans les cours de la Faculté de médecine. Après un séjour studieux de deux ans à Padoue, il avait repris ses études parisiennes en 1588 sous Louis Duret, Simon i Piètre et Michel i Marescot (v. note [14], lettre 98). Reçu bachelier sur-le-champ, il avait été admis à la licence en 1590, mais n’avait pas pris le bonnet de docteur, faute d’avoir l’argent nécessaire pour faire la dépense de cette cérémonie. Il était donc revenu à Nancy où le duc Charles iii lui conféra le titre de médecin-consultant, place qu’il avait conservée auprès d’Henri ii, le fondateur de l’Université de Pont-à-Mousson. Le Pois, qui en fut nommé doyen et premier professeur, s’était empressé d’aller se faire recevoir à Paris, où le bonnet doctoral lui avait été conféré en 1598, puis il consacra le reste de sa vie au développement de sa Faculté lorraine. Il mourut du typhus qui ravageait Nancy, au secours de laquelle il voulut se porter malgré son âge avancé. Charles Le Pois a laissé plusieurs livres, dont celui que citait ici Guy Patin : Selectiorum observationum et consiliorum de præteritis hactenus morbis, effectibusque præter naturam ab aqua, seu serosa colluvie et diluvie, ortis, liber singularis [Livre unique d’observations et de conseils choisis sur les maladies négligées jusqu’à ce jour, et sur les effets contre nature engendrés par l’eau, ou par les eaux d’égout et de débordement] (Pont-à-Mousson, 1618, in‑4o pour la première de nombreuses éditions) ; Bernhard Langwedel en a extrait quelques observations choisies qu’il a publiées sous le titre de Piso enucleatus… [Le Pois épluché…] (Amsterdam, Elsevier, 1639, in‑12o) (O in Panckoucke) ; mais je n’ai pas su identifier le livre que Le Pois s’apprêtait alors à publier (ce que la mort put l’empêcher de faire).

16.

Berceau des Carolingiens et ville forte d’Alsace-Lorraine, au confluent de la Moselle et de la Seille, Metz était sous domination française depuis 1552, avec Toul et Verdun, pour former les Trois-Évêchés. À la suite du mariage secret de son frère Gaston avec Marguerite de Lorraine (3 janvier 1632), Louis xiii avait signé le 6 janvier, à Vic-sur-Seille (à une quarantaine de kilomètres au sud de Metz), avec Charles iv de Lorraine, un traité (v. note [37], lettre 6) qui imposait notamment la stricte neutralité du duc dans les hostilités de la guerre de Trente Ans, avec le libre transit des troupes françaises à travers son territoire.

a.

Ms BnF no 9358, fo 13 ; Triaire no ix (pages 35‑39).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude II Belin à Guy Patin, le 12 janvier 1632.
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(Consulté le 15.10.2019)

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