L. 95.  >
À Charles Spon, le 26 octobre 1643

Monsieur, [a][1]

Le titre du livre intitulé Du rappel des juifs[2] qui vous semble scandaleux, n’est pas ce que vous pensez : il entend par là le rappel des juifs à l’Église, etc., [1] et y conte de fort belles chansons qui vous feront pitié quand vous les verrez ; il y a néanmoins aussi quelque chose de bon. Sunt bona, sunt quædam mediocria, sunt mala multa, etc[2][3]

M. de Saumaise [4] est encore ici, on parle de l’y arrêter et retenir tout à fait moyennant quelque grosse pension ; à quoi lui peut servir extrêmement la faveur de M. le président de Bailleul, [5] surintendant des finances, qui est mon grand et intime ami ; il n’y a pourtant encore rien d’arrêté. Il ne m’importe où il aille, pourvu qu’il soit bien et que ses œuvres soient imprimées. Les pensions ne sont jamais guère soigneusement payées de deçà, à qui que ce soit. Le savant Casaubon [6] pensa en mourir de faim à Paris sous Henri iv ; [7] sur quoi vous voyez une si belle épître contre les financiers in Epistolis Iosephi Scaligeri, viri incomparabilis : [3][8] c’est l’épître 58, elle est de l’an 1601. D’un autre côté, il est haï en Hollande par les amis de Daniel Heinsius, [9] auquel il a été préféré publico decreto ; [4] joint que mademoiselle sa femme [10][11] voudrait bien n’y pas retourner et aimerait tout autrement demeurer ici. [5][12] Pour moi, ubinam sit, nihil moror, modo ei bene sit, modo vivat et valeat[6] Je sais ce que c’est pulvis nabathæus ad albuginem oculorum[7] Nabathæa est une province de l’Afrique. [13] M. Grotius [14] en louant Scaliger a dit Læva tenet chartas Nabathæi munera cœli, etc., [8] par où il entend le papier.

Feyneus [15] était un professeur de Montpellier [16] qui a eu grande réputation, qui vivait vers l’an 1564 ; [9] vous m’en direz davantage quand il vous plaira. Le duc d’Enghien [17] était ici revenu quelques jours après la prise de Thionville, [18] mais il a été obligé de s’y en retourner pour contenir son armée dans le devoir et aider M. de Guébriant [19] contre l’armée bavaroise qui le menaçait. [10] L’armée du Parlement d’Angleterre [20][21] a eu de l’avantage sur le roi [22][23] qui a perdu 4 000 hommes, [11] et les troupes du pape [24] ont été malmenées par le duc de Parme. [25] M. l’abbé de Saint-Cyran, [26] très docte et très excellent personnage, mourut ici d’apoplexie [27] dimanche 11e de ce mois, âgé de 66 ans. Il a toujours été cru être le vrai Petrus Aurelius, il était aimé et révéré de tous les gens de bien de deçà, et surtout de la Sorbonne. [28] Le P. Caussin, [29] que la feu Éminence [30] avait fait exiler, est ici qui fait imprimer sa Cour sainte en cinq tomes in‑8o et un volume in‑fo, avec beaucoup de changements de ce qui a été par ci-devant[12]

J’ai autrefois ouï dire que les jésuites de Lyon vendaient en leur maison à tous venants une certaine confection purgative[31] comme une espèce de lénitif des boutiques, 8 sols l’once ; [32] qu’ils en vendaient de si grande quantité que les apothicaires [33] de Lyon en étaient malcontents, en tant que cela les empêchait de débiter leur lénitif et leur catholicon ; [13][34] et que quelques médecins s’en plaignaient aussi sur ce que divers malades prenaient et usaient de ce remède à contretemps et fort mal à propos. Je vous prie de me mander ce que vous savez de cela : si ces bons pères continuent ce trafic, ce que c’est que cette drogue, combien ils la vendent, et savoir si les apothicaires ou médecins de Lyon n’ont jamais fait aucune plainte contre eux là-dessus.

J’ai vu aujourd’hui M. de Saumaise. Oh, l’excellent et incomparable personnage ! Il m’a dit que pulvis nabathinus [14] est une poudre faite ex saccharo Nabeth[15] qui est une espèce de sucre [35] duquel il est souvent parlé dans les Arabes, [36] et que ce mot de Nabeth peut venir de Nabathæa, qui est en Arabie pétreuse, et qu’il en a parlé dans son livre de manna et saccharo[16][37][38] Il m’a aussi appris que M. Samuel Petit, [39] professeur à Nîmes, [40][41] était mort de trop étudier. Cette mort m’a fort touché. J’ai céans quelques bons livres de lui. [17] Il y a longtemps qu’il travaille sur le Josèphe [42] grec et latin à y faire des notes, et m’a dit que l’ouvrage en était tout achevé, qu’il serait imprimé. [18] Pulvis nabathinus sera quelque poudre détersive ad albuginem[19] comme quelques médecins se servent aujourd’hui du sucre candi en telle maladie des yeux. Hic laboramus penuria novitatis[20] c’est pourquoi je finis en vous suppliant très humblement de croire que je suis et serai de tout mon cœur, et toute ma vie, Monsieur, votre très humble serviteur.

Patin.

De Paris, ce 26e d’octobre 1643.


1.

Rappel : « pardon qu’on accorde aux disgraciés et aux condamnés » (Furetière).

L’Au lecteur du Rappel des Juifs éclaire sur les intentions d’Isaac de La Peyrère (v. note [1], lettre 93) :

« Mon dessein est de faire voir dans ce traité que les juifs seront appelés à la connaissance de l’Évangile. En quoi je fais consister leur rappel, que je pose spirituel. Je démontre par même moyen que le salut des gentils est contenu dans le rappel des juifs, et que tous les hommes de la terre seront en même temps convertis à la foi chrétienne. C’est le sujet du premier livre.

Je fais voir ensuite que du rappel des juifs, que j’ai posé spirituel, résulte le rappel des juifs que je pose temporel. Je fais voir que les juifs convertis seront rappelés de tous les endroits du Monde où ils sont épars, pour être menés et rétablis temporellement dans la terre qui leur a été promise, qui est la Terre sainte, et leur héritage. Je démontre que ce rappel et ce rétablissement temporel des juifs se fera par le ministère d’un roi temporel qui provoquera les juifs à cette sainte jalousie de connaître Jésus Christ et de le servir. Je fais voir que ce roi temporel sera le roi universel prédit par les saints prophètes, à qui tous les autres rois de la terre feront hommage. Et je fais voir que ce roi sera un roi de France. C’est le sujet du second livre.

Le troisième livre exhorte les chrétiens de faire tout ce qui leur sera possible pour obliger les juifs de se faire chrétiens ; à quoi les chrétiens sont exhortés et sollicités par les devoirs de la charité chrétienne, et par la considération de leur propre intérêt.

Le quatrième livre expose Jésus-Christ aux juifs et leur fait voir clairement que le Jésus-Christ venu en chair pour les gentils, doit venir en esprit pour les juifs ; ce qui est démontré par des passages tirés des Livres de l’ancienne Loi, qui sont les Livres des juifs, et par des raisons prises de leur croyance même.

Le cinquième et dernier livre propose des expédients raisonnables et possibles pour attirer les juifs à nous. Et je fais voir que dedans ces expédients se trouvent des moyens propres et plausibles pour rappeler et réunir au giron de l’Église toutes les sectes chrétiennes qui se sont séparées d’une si sainte union.

C’est le sommaire de tout ce traité. Quid dignum feram tantis promissis ? {a} Le lecteur favorable en jugera. »


  1. « Qu’apporterai-je qui soit digne de si grandes promesses ? »

2.

Martial (Épigrammes, livre i, xvi) :

Sunt bona, sunt quædam mediocria, sunt mala plura,
Quæ legis hic : aliter non fit, Avite, liber
.

[Il y a du bon, du moyen et beaucoup de mauvais, dans ce que tu vas lire ici : Avitus, aucun livre n’en va autrement].

3.

« dans les Épîtres de Joseph Scaliger, homme incomparable ».

Guy Patin renvoyait ici à la lettre lviii de Joseph Scaliger à Isaac Casaubon, datée de Leyde le 24 avril 1601(Ép. lat. livre i, pages 185‑188). Il vaut la peine d’en transcrire les deux premiers tiers, tant pour ce qu’elle dit que pour procurer un échantillon du style qui a inspiré Guy Patin dans l’écriture de ses propres lettres.

Binas nudiustertius a te literas accepi, quæ non dico maiori me lætitia, an mœrore affecerunt. Nam omne gaudium quod ex illis percipere debebam, contaminavit sollicitudo animi tui, quam in illis de arrogantia quæstorum expressisti, quo genere hominum nullum tibi infensius fore post pædagogos augurabat ; a quibus plus tibi inuidiæ quam damni imminere sciebam. Sed, mi Casaubone, non tu primus es, qui horum hominum superbæ obiectus es ; si hoc aliquid ad leuandum dolorem tuum facere potest. Parum tamen erat superbiam in te incidisse, nisi etiam rapacitas experienda esset. Eorum maior pars fraterculi Gigantum, terræ filii, quum hos honores adhamauerunt, atque eo ascendisse se, ex quo decipiunt homines, viderunt, quid eis insolentius ? quid intolerabilius ? Itaque merito regnant, quia summates viros obnoxios sibi habent. Hæc vero est omnium tempestatum spurcissima, quam tranquillitati tuorum studiorum semper metui. Iccirco non solum te, ut de ea cogitares sæpe monui, sed etiam magnos amicos tuos, qui te ex honesto illo otio sollicitarunt, ut te ab illa securum præstarent, rogavi ; neque committerent, ut te Lutetiam traduxisse viderentur, non ut te docti homines, sed ut tu Terræ filios curares, et nunc primum patientiæ tuæ, quam nondum in discrimen vocasses, periculum faceres. Sed speculæ aliquid reliquum video in illis summis amicis, quorum fides et humanitas tibi spectata est. Hi tibi crebro adeundi, ut per eos ad Regem ipsum querela tua deferatur. Quæ est ultima anchora ; si nihil aliud το απανθρωπον δυσωπειν poterit. Nam certe hoc modo expugnandi sunt illi Pici, qui aureos montes colunt. Miseram Galliam quæ tot Alastorum iniuriis opportuna est. In ea pisces minutos magnus comest : magistratus miserorum sanguine farciuntur : et, quo nihil exitiabilius fore puto, in tanta veritatis luce, tenebræ mendacii homines, prudentes, ac videntes occupant. Nunquam alias tantum sacrificulorum ac monachorum fuit. Quotidie in nostra Aquitania, in Tectosagibus examina Loiolitarum crescunt : et quod procul dubio fiet, in ipsum pristinum nidum Lutetiæ aut restituentur, aut irrumpent. Absque istis omnibus incommodis, quibus omnis bonus in Gallia, et nusquam alibi quam in Gallia, obnoxius est, iamdudum in præsidium meum Aquitanicum et me, et Musas meas abdidissem, ut si nihil aliud, saltem hoc consequerer, ut in illo angulo grabatulum meum collocarem, in quo sanctissimus senex parens meus, quos indigna fuit Aquitania, tot libros elaboravit. Nam nescis, mi Casaubone, quantum desiderium me illius gurgustioli tenet. Qui tamen, quare hoc honestum, quo fruor, otium etiam deferere velim, non habeo ; et tum omnia mihi adversa in Gallia proposita sunt, quæ nouerca semper ingeniorum pacis et quietis amantium fuit. Sed obdurabo. Et Hollandiam, ubi mihi bene est, matrem ; Aquitaniam de me pessime meritam, nouercam habebo.

[J’ai reçu deux de vos lettres il y a trois jours. Je ne sais dire si elles m’ont plus comblé de joie qu’affligé de tristesse. C’est que l’inquiétude de votre esprit a gâté tout le plaisir que je devais en tirer, à cause de ce que vous y avez exprimé sur l’arrogance des trésoriers, genre d’hommes auxquels, après les pédagogues, nul ne peut vous être plus importun. Je vous savais plus menacé par leur malveillance que par leur cupidité ; mais, mon cher Casaubon, si cela peut vous consoler un peu, vous n’êtes pas le premier à être exposé à la morgue de ces individus. Que leur superbe vous tombe dessus aurait pourtant été peu de chose, si vous n’aviez aussi eu à subir leur rapacité. La plupart d’entre eux sont les petits frères de géants et des fils de la terre, mais on les a vus s’élever jusqu’au point d’abuser les hommes qui leur ont insufflé ces charges : qu’y a-t-il de plus insolent, de plus intolérable qu’eux ? Les voilà donc qui règnent, puisqu’ils se tiennent à juste titre pour capables de nuire aux plus éminents hommes. C’est en vérité la plus affreuse des tempêtes que j’aie jamais redoutée pour la tranquillité de vos études. C’est pourquoi je vous en ai souvent averti afin que vous vous y prépariez, et pourquoi j’ai aussi prié vos grands amis de vous inciter à sortir de votre candide insouciance ; ils auraient dû s’unir pour vous éloigner de Paris, non pas pour que de savants hommes prennent soin de vous, mais pour que vous vous préoccupiez des fils de la terre et pour que vous ne mettiez pas en péril votre patience, que vous n’aviez encore jamais mise en telle situation. Mais je vois quelque reliquat d’espérance dans ces éminents amis, dont vous pouvez attendre fidélité et bonté. Ils doivent vous aller souvent visiter pour présenter votre doléance au roi lui-même. C’est l’ultime recours, même s’il n’y a rien de plus inhumain que s’humilier. Pourtant, c’est sans doute ainsi qu’il faut s’y prendre pour mater ces griffons qui habitent les montagnes d’or. {a} Misérable France, qui est propice aux outrages de tant de démons ! Le gros poisson y mange le menu fretin ; les magistrats s’y gavent du sang des misérables ; et ce que je crois être le plus pernicieux de tout quand partout brille la vérité, les ténèbres du mensonge se rendent maîtres des hommes prudents et prévoyants. Nulle part ailleurs il n’y eut tant de prêtres et de moines. En notre Aquitaine, pays des anciens Tectosages, {b} les essaims de jésuites croissent un peu plus chaque jour : et ce qui est hors de doute, soit ils se rétabliront dans leur nid d’origine à Paris, soit ils l’envahiront. Sans tous ces inconvénients, auxquels tout homme de bien est exposé en France, et nulle part ailleurs qu’en France, je me serais depuis longtemps réfugié dans ma retraite d’Aquitaine, avec mes Muses, pour, à tout le moins, rechercher à placer mon grabat là où mon très sacré père s’est appliqué à tant de livres, dont l’Aquitaine ne fut pas digne. Vous ne pouvez savoir, mon cher Casaubon, à quel point m’habite le regret de cette petite masure. Quand je voudrais m’accorder cet honnête repos, pour en jouir, je ne le puis même plus car la France, qui a toujours été la marâtre des esprits amoureux de la paix et du repos, m’a gratifié de tous les revers imaginables. Mais je tiendrai bon ; et j’aurai pour mère la Hollande où je me sens bien, et l’Aquitaine pour marâtre, qui a mérité le pire de moi].


  1. V. note [4], lettre latine 320.

  2. Tectosages : « noms de peuples de l’ancienne Gaule, fort connus dans l’Histoire. Après avoir parcouru divers pays, ils passèrent dans l’Asie Mineure, s’y établirent dans le pays depuis appelé de leur nom Galatie et Gallogrèce, parce qu’étant gaulois, ils se mêlèrent avec les colonies grecques du pays » (Trévoux).

4.

« par décret public ».

Claude i Saumaise détenait depuis 1631 la chaire de l’Université de Leyde qu’avait occupée Joseph Scaliger. Le fils spirituel de cet éminent maître, Daniel Heinsius (v. note [4], lettre 53), était en perpétuelle querelle avec lui, mais je n’ai pas trouvé le décret dont parlait ici Guy Patin et qui tranchait un différend entre les deux érudits. Deux ouvrages de Saumaise sont directement et vivement dirigés contre Heinsius :

  • Cl. Salmasii de Hellenistica Commentarius, controversiam de lingua Hellenistica decidens, et plenissime pertractans origines et dialectos Græcæ linguæ [Commentaire de Claude Saumaise sur l’hellénistique, tranchant la controverse sur la langue hellénistique, et étudiant à fond les origines et les dialectes de la langue grecque] (Leyde, Elsevier, 1643, in‑12) ;

  • Funus linguæ Hellenisticæ… (v. note [4], lettre 53) suivi de Ossilegium Hellenisticæ, sive Appendix ad Confutationem Exercitationis Danielis Heinsii de Hellenistica [Ossuaire de l’hellénistique, ou Appendice à la réfutation de l’essai de Daniel Heinsius sur l’hellénistique] (Leyde, Jean Maire, 1643, in‑12).

5.

L’abbé Papillon (tome second, pages 249 et 253) :

« Encore que Saumaise le père {a} ait toujours été bon catholique, on dit que sa femme, {b} qui affectionnait fort les prétendus réformés, {c} avait élevé son fils dans les mêmes principes, et qu’il s’y affermit encore davantage pendant son séjour à Heidelberg. {d} Il s’y engagea de plus en plus par le mariage qu’il contracta, le 5 septembre 1623, avec Anne Mercier, fille de Josias Mercier, {e} sieur des Bordes, l’un des hommes les plus accrédités parmi les protestants de France, et qui d’ailleurs avait donné plusieurs preuves de son savoir. Il avait une jolie maison de campagne près de Paris, nommée Grigny, {f} où les nouveaux mariés passèrent une partie des années suivantes ; et ce fut là où Saumaise mit la dernière main à son grand ouvrage sur Solin ou pour mieux dire, sur l’Histoire naturelle de Pline, qui parut à Paris, en 2 vol. in‑4o, en 1629. {g} […]

Il y avait déjà quelques années que l’illustre Christine, reine de Suède, se faisait un plaisir d’attirer dans sa cour les plus savants hommes de l’Europe. Comme elle mettait, avec raison, Saumaise au premier rang, elle l’avait invité par plusieurs lettres très pressantes à se rendre auprès d’elle. Il eut bien de la peine à s’y résoudre, surtout à cause de sa santé, à laquelle l’air de Suède ne pouvait manquer d’être fort contraire. Enfin, les sollicitations de sa femme, qui se persuada qu’il tirerait de grands avantages de ce voyage, le déterminèrent à partir au mois de juillet 1650. Mais comme elle était fort entêtée de la haute noblesse de son mari, elle exigea de lui qu’il paraîtrait à Stockholm, non en habit de savant modeste, tel qu’il le portait ordinairement, mais vêtu en courtisan et en homme de guerre. Il eut la facilité de suivre ce conseil ; et cette complaisance fit faire beaucoup de plaisanteries à ses dépens. »


  1. Bénigne Saumaise, v. note [2], lettre 119.

  2. Élisabeth Saumaise, née Virot.

  3. Calvinistes.

  4. 1606-1610, pour étudier le droit.

  5. V. note [5], lettre 44 ; Anne Saumaise mourut en 1657.

  6. Dans l’actuel département de l’Essonne, à 23 kilomètres au sud-est de Paris.

  7. V. note [6], lettre 52

Michaud a dressé un portrait peu flatteur d’Anne Mercier :

« son caractère impérieux et tracassier rappelait l’humeur de la femme de Socrate. {a} […] < Les > immenses travaux < de son mari > furent accomplis en présence d’une femme qui tenait la porte de son mari fermée à ses amis et le forçait de travailler au milieu des tracasseries domestiques. Entêtée de sa noblesse, elle voulut qu’il parût devant Christine en habit d’homme de guerre, ce qui fit dire à la reine qu’elle admirait encore plus la patience de Saumaise que son savoir »


  1. Xanthippe.

6.

« en quelque lieu qu’il soit, je le laisse libre d’aller, pour autant que ça lui convienne, qu’il vive, et soit en bonne santé. »

7.

« que la poudre nabathéenne contre la taie oculaire », c’est-à-dire l’opacification de la cornée. La Nabathée est la partie de l’Arabie Pétrée dont la capitale était Petra. Son peuple descendait de Nab’ath, fils d’Ismaël.

8.

Cinquième vers d’une épigramme de Grotius sur le dernier portrait de Joseph Scaliger :

Hæc est Scaligeri mortem meditantis imago :
Luminis heu tanti vespera talis erat.
In vultu macies et tortor corporis hydrops,
Sed tamen et magni conspiciuntur avi.
Læva tenet chartas Nabathæi munera cœli :
Armatur calamo nunc quoque dextra suo.
Hæc est illa manus vitam cui tota vetustas
Debet, et a primo tempora ducta die.
Quodsi Scaligero meritis par vita daretur,
Nonnisi cum mundo debuit ille mori
.

[Ceci est le portrait de Scaliger méditant sur la mort car tel, hélas, était le crépuscule d’une si grande lumière : il a le visage émacié et le corps torturé par l’hydropisie ; on y reconnaît pourtant encore la grandeur de ses aïeux ; de la main gauche il tient les feuilles de Nabathée qui sont les dons du ciel ; la droite est comme toujours armée de sa plume. C’est à cette main que l’Antiquité tout entière doit de vivre, et l’Histoire d’avoir été écrite depuis son premier jour. Mais si une vie de longueur égale à ses mérites avait été donnée à Scaliger, alors le monde aurait dû s’éteindre avec lui].

En donnant à chartas Nabathæi le sens de papier, Guy Patin semble avoir résolu une question qui en tracasse encore quelques-uns aujourd’hui.

9.

François Feynes (Feyneus, mort en 1573), natif de Béziers, docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1556, fut nommé, dès 1557 ou 1558, titulaire de la chaire que la mort du Chancelier Jean Scyron y avait laissée vacante. Feynes a composé un cours de médecine qui est demeuré longtemps manuscrit. René Moreau, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, l’a tiré de sa bibliothèque pour le faire imprimer en 1650 sous le titre de Medicina practica… (v. note [12], lettre 252) (Éloy).

10.

Jean-Baptiste Budes, comte de Guébriant (près de Saint-Brieuc 1602-en Souabe 1643) avait reçu de Louis xiii en 1636 la défense de la ville de Guise. Il s’était emparé l’année suivante de plusieurs places de la Franche-Comté, avait été ensuite envoyé en Allemagne au secours de Bernhard de Saxe-Weimar, avait emporté plusieurs villes du Bas-Palatinat, et exécuté en 1639 un passage du Rhin qui le couvrit de gloire et qui lui permit de faire sa jonction avec le Suédois Bauer. Après la mort de ce général (1641), Guébriant avait pris le commandement des armées suédoise et française réunies, et gagné sur Piccolomini (v. note [12], lettre 418) la sanglante bataille de Wolfenbüttel, puis celle de Kempen sur le général Lamboy en janvier 1642. Il avait reçu en récompense le bâton de maréchal en mai suivant. Dans la campagne de 1643, il allait obtenir encore quelques succès, mais être blessé au siège de Rothweil (Souabe) le 19 novembre pour en mourir le 24, après avoir emporté la place (G.D.U. xixe s. et Triaire).

V. note [4], lettre 85, pour la prise Thionville.

11.

Première bataille de Newbury (Berkshire), le 20 septembre 1643, remportée par les troupes parlementaires que commandait Robert Devereux, comte d’Essex, contre les troupes royales commandées par Charles ier en personne. Le combat était encore indécis quand le roi, à la surprise de ses ennemis, décida de battre en retraite (Plant).

Le Parlement d’Angleterre (Parliament of England) était l’organe législatif du royaume d’Angleterre. Depuis le milieu du xive s., il était composé de deux chambres : la House of Lords, composée de nobles et de représentants du clergé qui étaient membres de droit ; la House of Commons, composée de roturiers qui étaient élus.

Installé en septembre 1640 par le roi Charles ier, le Long Parliament avait la particularité de ne pouvoir être dissous que sur la décision de ses propres membres, ce qui lui permit de traverser les tourments des guerres civiles (qu’il avait lui-même déclenchées et entretenues) et de la République (Commonwealth) jusqu’à la restauration de la royauté (mars 1660), mais en traversant de nombreux remaniements qui lui valurent divers surnoms : Rump Parliament (Parlement Croupion, décembre 1648-avril 1653), Barebone’s Parliament (du nom de Praise-God Barebone, marchand de cuir et prêcheur qui était un de ses membres ; juillet-décembre 1653), First Protectorate Parliament (septembre 1654-janvier 1655), Second Protectorate Parliament (septembre 1656-février 1658), Third Protectorate Parliament (janvier-avril 1659), Restored Rump Parliament (mai-octobre 1659).

12.

La Cour sainte, du P. Nicolas Caussin, de la Comp. de Jésus, mise en bel ordre, avec une notable augmentation des personnes illustres de la cour, tant du Vieil que du Nouveau Testament (Paris, Claude Sonnius et Denis Bechet, 1645, 2 volumes in‑fo, et 5 volumes in‑8o ; v. note [5], lettre 37). V. notes [9], lettre 16, et [9], lettre 108, pour Petrus Aurelius, et [2], lettre 94, pour l’abbé de Saint-Cyran.

13.

Catholicon (Furetière) :

« est un électuaire, le premier des remèdes purgatifs. Il est composé de casse, de séné, de rhubarbe, de tamarins, de polypode, et de plusieurs simples et semences, dont l’un purge la bile, l’autre la pituite, l’autre la mélancolie, etc. ; ce qui l’a fait ainsi nommer parce qu’il est universel {a} pour purger toutes les humeurs. Il y en a de simple et de double. On le prend en bol [sous forme de comprimé] ou on le mêle dans des médecines et des lavements. On l’appelle ordinairement le Catholicon de Nicolas, fameux Dispensaire. » {b}


  1. Katholikos en grec, d’où l’autre nom de confection universelle qu’on donnait au catholicon.

  2. V. note [3], lettre 15.

Un lénitif (du latin lenire, adoucir) est « un remède qui est adoucissant et résolutif, qui humecte la partie malade et fait dissiper l’humeur maligne qui s’y est amassée » (ibid.).

14.

« la poudre nabathéenne » : ce retour sur la question fait penser que la lettre a été écrite en deux temps (et alors mutilée) ou que les premiers éditeurs ont maladroitement réuni deux lettres distinctes.

15.

« avec du sucre Nabeth ».

16.

Le traité de Saumaise sur le sujet n’allait paraître que vingt ans plus tard : Claudii Salmasii de manna et saccharo Commentarius [Commentaire de Claude i Saumaise sur la manne et le sucre] (Paris, Charles Du Mesnil, 1663, in‑4o ; réédité à Utrecht en 1689, v. note [5] de la biographie de Claude ii Saumaise, sieur de Saint-Loup). Il est dédié amplissimo, doctissimo et saluberrimo medicorum Lutetiæ Parisiorum Ordini [à la très considérable, très savante et très salutaire Compagnie des médecins de Paris]. V. notes [14], lettre latine 170, et [5], lettre latine 254, pour les contributions de Jean-Baptiste Lantin et de Guy Patin à sa parution.

Le traité De Manna occupe les 75 premières pages, et le De Saccharo, les 20 dernières, mais il est incomplet, se terminant sur Cetera deerant in MS [Le reste manquait dans le manuscrit] et on n’y trouve aucune mention du sucre de Nabeth.

Furetière :

« Drogue médicinale, la manne est un suc ou une liqueur blanche, douce, qui découle d’elle-même ou par incision des branches et des feuilles mêmes des frênes, tant ordinaires que sauvages, pendant la canicule et un peu auparavant. On ne la trouve que sur ces arbres, encore n’est-ce pas sur tous, mais principalement en Calabre et aux environs de Briançon. […] La manne est une médecine qui purge fort doucement et qu’on prend dans des bouillons. »

Guy Patin a plusieurs fois parlé des divers types de manne dans sa correspondance, comme dans sa leçon du Collège de France sur le sujet, mettant beaucoup de soin à bien les distinguer les uns des autres. Il s’inspirait largement, me semble-t-il, des sept premiers articles du chapitre xxiii du premier des deux livres de Caspar Hofmann de Medicamentis officinalibus [des Médicaments officinaux] (Paris, 1647, v. note [7], lettre 134). Traduits et annotés, ils permettent de ne pas se méprendre sur ce qu’était le médicament compliqué qu’on appelait la manne au xviie s.

  1. To Manna Græcum an Hebraicum sit iam non inquiro. Apud Græcos frequens est η μαννα η το μαννιον του λεβανου, quod nihil aliud est quam Thuris micæ, concussione in vectura elisæ, de quibus iam non agimus. Apud Arabas et practicos vulgares est Manna cum additione loci natalis, Orientalis, Europæa, Calabrina, etc.

    [Je ne cherche pas ici à savoir si le mot manne vient du grec ou de l’hébreu. La manne ou poudre du Liban est courante chez les Grecs ; ce n’est rien d’autre que des miettes d’encens qu’on a écrasé dans un moulin, et nous n’en parlerons pas ici. {a} Chez les Arabes et dans la pratique courante, le mot manne s’emploie en ajoutant son lieu d’origine : Orientale, Européenne, Calabraise, etc.]

  2. Orientalis iterum duplex est, Liquida, quæ melli similis est : Concreta, quæ in exiguis granis, masticis instar. Hæc iterum duplex est. Quæ enim recens est, a similitudine Mastichina dicitur : quæ iam in maiores grumos concrevit, et exalbuit, a similitudine bombycis Bombycina appellatur.

    [Il existe deux sortes de manne d’Orient. La liquide est semblable au miel. La solide est formée de menus grains ; ressemblant au mastic, {b} elle se présente sous deux formes, auxquelles, par similitude, on donne les noms de masticine, pour celle qui est fraîche, et de bombycine, pour celle qui s’est agrégée en gros grumeaux et qui a blanchi, prenant l’aspect du bombyx]. {c}

  3. Europæa multiplex est. Est enim Italica, seu Calabrina. Est Gallica seu Briansonensis. Est Rhetica seu Germanica, seu Brigantina. Celeberrima, et per totam fere Europam usurpata est Calabrina illa.

    [Il existe de nombreuses sortes de manne d’Europe : italienne ou calabraise ; française ou briançonnaise ; rhétique ou germanique, ou brigantine. {d} La plus célèbre, utilisée dans presque toute l’Europe, est celle de Calabre].

  4. Tam Orientalem quam Europeæam speciem esse Mellis roridi volunt quidam : quidam de Orientali tantum concedunt. Mihi videtur, utraque eiusdem esse generis : sed neutra Melleum quid. Censeo autem succum seu liquorem esse arboreum, quem aliquis vel gummi, vel resinam appellarit, cum neutrum sit. De Calabrina tam pulcre, tam solide probat Altimarus in Tract. singulari, ut nihil possit addi. De Gallica concedit id Pena : de Germanica Costœus. De Orientali scribit Garzias in Histor. Arom. compertum sibi, esse gummi vel resinam arboris Persicæ, dictæ Quæst. Rauwolfius pingit spinam, Agul, Algul, Alhagi Arabibus vocatam, super quam cadat. Ego vero dico, esse spinæ illius succum. Cur enim non cadit super vicinas quoque plantas ?

    [Certains veulent que tant celle d’Orient que celle d’Europe soient une sorte de miel de rosée ; mais d’autres n’accordent cette qualité qu’à l’Orientale. Il me semble qu’elles sont toutes deux de la même sorte, mais que ni l’une ni l’autre n’a de rapport avec le miel ; je pense néanmoins que la manne est le suc ou la sève d’un arbre, et qu’on l’a appelée gomme ou résine, bien qu’il ne s’agisse ni de l’une ni de l’autre. Dans le traité particulier qu’il a consacré la Calabraise, Altomari {e} procure des arguments si bons et si solides en sa faveur qu’on ne peut rien y ajouter. Pena a fait de même pour la Française, et Costeo pour la Germanique. {f} Dans son Historia Aromatum, Garcia écrit avoir découvert que l’Orientale est la gomme ou la résine d’un arbre de Perse, nommé Quest. {g} Rauwolfius décrit une plante épineuse, que les Arabes appellent Agul, Algul, Alhagi, mais s’arrête là, quand moi je dis que c’est le suc de cette plante <qui m’intéresse>. Pourquoi donc en dit-il moins que pour les plantes qui sont à côté d’elle <dans son livre> ?] {h}

  5. Quidquid sit, cum certum sit, Europæam esse arboreum quid ; Orientalis autem sit illi per omnia similis : quidni sit ejusdem naturæ ? Nec obstat id, quod Altimarum diu tenuit, Mel roridum esse, quod Orientalis a calido sicco diffluat, Calabrina ab eodem magis induretur. Ita enim Matrix, et alia talia essent roscida, si verum esset axioma, Quidquid a calido sicco difflui, est ros. Sed et falsum est axioma oppositum, Quidquid a calido sicco induratur, est arboreum. Nam et lutum h.m. induratur. Causa discriminis consistit in substantia crassiore vel tenuiore, magis minus terrea.

    [Quoi qu’il en soit, il est certain que la manne européenne vient de quelque arbre, et aussi qu’elle est en tous points semblable à celle d’Orient ; mais pourquoi donc ne serait-elle pas de même nature ? Cela ne va pas à l’encontre de ce qu’Altomari a longtemps soutenu, disant qu’il s’agit de miel de rosée, que la chaleur sèche fait s’écouler l’Orientale et qu’elle durcit fort la Calabraise. Sa souche et autres parties seraient couvertes de rosée si cet axiome était vrai : Tout ce qu’une chaleur sèche fait s’écouler a la nature de la rosée. Mais l’axiome inverse est parfaitement faux : Tout ce que la chaleur sèche fait durcir a la nature de l’arbre ; car la boue durcit aussi bel et bien dans ces conditions. La cause de la distinction se trouve dans la substance, selon qu’elle est plus épaisse ou plus lâche, plus ou moins terreuse]. {i}

  6. Hinc iudicare licet, quid sit dicendum ad quæstionem illam, An hæc manna sit eadem cum Israëlitica in deserto ? Non est. Fuit illa Mel roridum, quia cecidit super omnes plantas, lapides, etc.

    [Qu’il me soit alors permis de répondre à cette question : Notre manne est-elle la même que celle des Israélites dans le désert ? {j} Non, il s’agissait de miel de rosée, étant donné qu’elle tombait partout, sur les plantes, les pierres, etc.].

  7. Vicina huic est alia quæstio, An fuerit Græcis cognita ? Non fuit, excepto solo Act. Id vero, de quo illi scribunt, fuit pariter Mel roridum, indiscriminatim quippe ex pluribus arboribus collegerunt. Sed ut tandem explicatius agamus de Calabrina nostra.

    [Une question voisine se pose alors : Notre manne a-t-elle été connue des Grecs ? Non, à la seule exception d’Actuarius. La manne dont ils ont parlé fut également du miel de rosée, qu’ils recueillaient indistinctement de plusieurs arbres. {k} Mais venons-en enfin à notre calabraise.


  1. V. note [26], lettre latine 351, pour son autre nom de sarcocolle.

  2. Le mastic (v. note [73], lettre latine 351) est la « résine qui découle d’incisions faites au térébinthe lentisque » (Littré DLF).

  3. Ver à soie.

  4. Brigantine vient de Brigantinus lacus, nom latin du lac de Constance (frontalier entre l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche), situé dans la région d’Europe qu’on appelait la Rhétie.

  5. Antonio Donato da Altomari (v. note [12], lettre 401) : De Mannæ differentiis ac viribus, deque eas cognoscendi via ratione [Des différentes sortes de Manne et de leurs pouvoirs, et du moyen rationnel permettant de les connaître] (Venise, 1562, in‑4o).

  6. De Pierre Pena, sur la manne, je n’ai rien trouvé d’autre que les quatre pages qui lui sont consacrées (dont seulement une demi-douzaine de lignes sur la manne de Briançon) dans le Stirpium adversaria nova [Nouveau répertoire des plantes] qu’il a signé avec Mathias de Lobel (Anvers, 1576, v. note [3], lettre 42).

    Giovanni Costeo, le commentateur d’Avicenne (v. note [11], lettre 11), a aussi publié De universali stirpium natura libri duo [Deux livres sur la nature complète des plantes] (Venise, 1580, in‑4o).

  7. Garcia de Orta (médecin, botaniste et grand voyageur portugais, 1501-1568) : Aromatum et simplicium aliquot medicamentorum apud Indos nascentium historia [Description des aromates et de quelques médicaments simples qui poussent aux Indes] (Anvers, Plantin, 1593, in‑8o, pour la 4e édition). Hofmann se référait à ce passage (page 45) du chapitre xi, De manna du livre i :

    Primum genus utribus conservatum, sapore favi mellis, Xirquest, aut Xircast vocatur, id est, Lac ex arbore Quest nuncupata : nam Xir lingua Persica Lac sonat ; nos corrupto nomine Siracost nuncupamus. Est autem ros quidam in eas arbores delabens, aut gummo ex eis destillans.

    [Le premier des deux genres qu’on observe a le goût du miel de ruche et porte le nom de Xirquest ou Xircast, c’est-à-dire lait venant de l’arbre appelé Quest, car Xir, en langue persane, signifie lait ; nous lui donnons le nom déformé de Siracost. C’est une sorte de rosée qui coule dans ces arbres, ou de gomme qui en tombe goute à goutte].

  8. Leonard Rauwolf (vers 1540-1596), médecin et botaniste allemand, a relaté son voyage au Levant dans un livre traduit en latin par Johann Friedrich Gronovius (mort en 1671, v. note [5], lettre 98) sous le titre de Flora Orientalis, sive recensio plantarum quas Botanicorum Coryphæus Leonhardus Rauwolfus, Medicus Augustanus, annis 1573, 1574, et 1575. in Syria, Arabia, Mesopotamia, Babylonia, Assyria, Armenia et Judæa crescentes observavit, et collegit, earumdemque ducenta Specimina, quæ in Bibliotheca publica Lugduno-Batava adservantur, nitidissime exsiccata et chartæ adglutinata in volumen retulit… [La Flore d’Orient, ou le recensement des plantes que le coryphée des botanistes, Leonhard Rauwolf, médecin d’Augsbourg, a vu pousser dans les années 1573 à 1575 en Syrie, Arabie, Mésopotamie, Babylonie, Assyrie, Arménie et Judée ; il les a cueillies et a gardé les spéciments de deux cents d’entre elles, qui sont conservées dans la Bibliothèque publique de Leyde, desséchées collées dans un très splendide herbier…] (Leyde, Wilhelm de Groot, 1755, in‑8o). Je n’ai pas eu accès à l’original en allemand dont disposait Hofmann, mais deux extraits de cette édition latine tardive (avec les savantes additions de Gronovius) me semblent en dire suffisamment à l’article 288 (page 93) sur l’hédysarum ou hédysaron :

    Spinosa quædam herba Acatiæ nomine, a Mauris Agul dicta, supra quam Manna Persarum Truncsibal appellata decidens colligitur. […]

    Agul et Algul Mauris, in cujus fronde præcipue apud Persas Manna colligitur, quam Trunschibin, Arabes vero Thereniabil et Trungibin appellant
    .

    [C’est une herbe épineuse du nom d’Acatia, que les Maures appellent Agul, sur laquelle on recueille la manne des Perses, appelée Tuncsibal, qui s’en écoule. […]

    Agul et Algul pour les Maures, dans le feuillage de laquelle on recueille principalement la manne en Perse, qu’on appelle Trunschibin, mais Thereniabil et Trungibin pour les Arabes].

  9. J’ai consciencieusement traduit ce paragraphe, mais avoue humblement peiner à en comprendre toutes les subtilités.

  10. V. note [2], lettre 494.

  11. V. notes [3], lettre 3, pour Actuarius, médecin grec du Moyen Âge, et [15], lettre latine 109, pour la manne de Galien.

Par extension du sens biblique, au xviie s., manne se disait aussi, « figurément, de toutes sortes de viandes et de fruits, principalement quand ils sont de garde, quand ils peuvent nourrir et faire subsister une maison. C’est une bonne manne, dans un logis, qu’une provision de pois, de fèves, de riz, pour le carême » (Furetière).

17.

L’annonce était prématurée ou les transcripteurs ont antidaté la lettre : Samuel Petit (Nîmes 1594-Courbessac 1643) ne mourut que le 12 décembre. Fils d’un ministre protestant et destiné à suivre la même carrière, il était parti tout jeune à Genève pour apprendre le grec, l’hébreu, le chaldéen, le syriaque, l’arabe et la théologie. Reçu ministre à 17 ans, il revint dans sa ville natale où on lui confia des fonctions pastorales. Professeur de grec en 1615, il fut nommé principal du collège des Arts à Nîmes en 1627. Petit avait consacré sa vie à la prédication, à l’instruction publique et à l’écriture. Sa réputation était devenue européenne et avait presque égalé celle de Saumaise. Il était en relation avec Selden, Vossius, Peiresc, Gassendi, Bochart, Turrettini, Gronovius, etc. L’Académie de Franeker lui avait offert une chaire de théologie et le pape Urbain viii avait essayé de l’attirer à Rome pour lui faire mettre en ordre les manuscrits du Vatican, mais Petit avait refusé ces offres (G.D.U. xixe s.). Il a publié divers ouvrages de théologie et de chronologie.

Nîmes (Gard), dans le Bas-Languedoc, à mi-chemin entre Avignon et Montpellier, siège d’un évêché suffragant de Narbonne, avait été au xvie s. l’un des foyers les plus actifs de la Réforme ; au point que la cathédrale avait un temps été convertie au culte calviniste. Elle en conservait une influente Académie protestante et une propension à de très chaudes querelles entre la minorité catholique et la majorité calviniste, qui se disputaient la suprématie politique sur la ville.

18.

Flavius Josèphe (Jérusalem 37-Rome 97 ou 100) était issu de caste judaïque sacerdotale. Il participa à la révolte de la Judée contre les Romains. Vespasien le captura en 67. Libéré trois ans plus tard, Josèphe accompagna Titus au siège de Jérusalem et fit d’inutiles efforts pour engager ses compatriotes à se rendre. Il suivit ensuite le vainqueur à Rome, où l’empereur le récompensa de ses complaisances par une pension, un palais, et les titres de citoyen romain et de chevalier. Il y passa le reste de ses jours et y composa les ouvrages historiques qui ont fait sa célébrité (G.D.U. xixe s.) :

  • l’Histoire de la guerre des Juifs contre les Romains et de la ruine de Jérusalem (en sept livres), traduite par lui-même de l’hébreu en grec ;

  • les Antiquités judaïques (un passage de cet ouvrage, où il est question de Jésus-Christ, a donné lieu aux plus vives controverses, v. notes [4] et suivantes, lettre 530) ;

  • une Autobiographie qui s’étend de l’an 37 à l’an 90 ;

  • et quelques autres écrits de moindre importance.

L’édition de Flavius Josèphe par Samuel Petit n’a pas été imprimée.

19.

« contre la taie oculaire ».

20.

« Ici nous souffrons du manque de nouveauté ».

a.

Triaire no xcvii (pages 335‑338) ; Reveillé-Parise, no clxx (tome i, pages 299‑301).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 26 octobre 1643.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0095
(Consulté le 28.09.2021)

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