L. 106.  >
À Charles Spon, le 13 juin 1644

Monsieur, [a][1]

Sur l’appréhension que j’ai que vous ne soyez malcontent de moi pour avoir été trop longtemps à vous envoyer ma dernière, et avant qu’en attendre aussi la réponse, je prends la hardiesse de vous écrire celle-ci de nouveau pour vous dire qu’un imprimeur de Lyon nommé M. Barbier, [1][2] qui est honnête homme et assez savant pour sa condition, m’a fait l’honneur de me visiter céans, où nous avons amplement parlé de vous : devinez si c’est en bien ou en mal. Il m’a promis qu’en s’en retournant à Lyon, comme il l’espère que ce sera en bref, il emportera le petit paquet qui est céans pour vous, contenant quelques thèses [3] de reste du carême passé avec les trois parties de la Philosophie de M. Du Moulin, [4] notre arrêt [5] contre le Gazetier[6] les deux requêtes du recteur de l’Université [7] contre les jésuites reliées ensemble, trois de mes thèses [8] de la deuxième édition et six exemplaires de la troisième que j’ai fait faire tout de nouveau, laquelle est de beaucoup augmentée, de près d’une page en divers endroits, et tous bons mots bien choisis et tirés de bons auteurs. [2] Vous y trouverez aussi un petit paquet que m’a donné pour vous M. Moreau, [9] et un autre que je prends la hardiesse de recommander à votre fidélité et diligence, s’il vous plaît, pour faire tenir avec assurance à un de mes bons et intimes amis qui est à Valence, [10] comme porte l’inscription. Excusez-moi, je vous prie, de cette peine que je vous donne : c’est pour M. Froment, [11] docteur en droit, que j’ai connu ici il y a quelques années. Je pense que vous trouverez aisément occasion de lui faire tenir sûrement ce petit paquet qu’il sera ravi de recevoir, et vous en aura obligation aussi. Il est savant et excellent homme, et de mes plus particuliers amis. [3]

Depuis ce que dessus écrit, j’ai reçu votre dernière dont je vous remercie. Le Petrus Castellanus [12] est bien au service de M. de Serres, [13] et du vôtre aussi. Je pense que c’est celui qui a traduit la Pharmacie de M. de Renou. [4][14] Il obligerait fort cet auteur s’il pouvait en procurer une nouvelle édition en latin in‑4o à Lyon, ce serait un fort bon livre. Je n’eusse jamais cru que l’auteur du Divorce céleste [15] eût été un pur et naturel Italien, mais puisque cela est, il le faut ainsi croire. Mala sua sorte periit[5] pour avoir dit et publié avant que de mourir tant de belles vérités que la tyrannie du pape, [16] ou au moins de ses officiers, n’a pu souffrir. Je suis tout prêt de croire que vous vous moquez de moi quand vous parlez de taxer ce que je vous envoie, qui n’est rien au prix de ce que je vous dois. Je tâcherai de grossir le paquet de ce qui viendra afin que je vous sois moins obéré, et si je ne m’en acquitte tout à fait, au moins vous promets-je et vous prie de croire que je ferai tout ce que je pourrai pour obtenir quittance de votre gratitude. Il me semble que la voie des libraires n’est pas moins sûre que celle du coche de Lyon, c’est pourquoi je vous prie de m’envoyer à la première occasion, par la voie de M. Barbier [17] ou de M. Borde, [18] à M. Jost, [19] votre premier paquet : éprouvons encore un coup cette voie. Le factum qui fut ici fait pour M. de Monconys, [20] votre lieutenant criminel, est fort rare et est connu de peu de personnes, vu l’importance de l’affaire. Je vous en envoie un que vous trouverez dans mon premier paquet. Puisque vous me renvoyez le Castellanus, c’est signe que vous avez reçu le petit paquet que j’avais commis à M. Jost dans lequel vous aurez trouvé le chétif ouvrage fait par M. Guillaume Du Val, [21] touchant les professeurs du roi, qui est une très certaine marque fugientis et senescentis ingenii in tanto homine[6] Quand vous aurez lu quelque jour le factum de M. de Liergues, je pourrai vous en mander ce que j’en ai ici ouï dire à des gens de remarque et signalés qui étaient issus de Lyon, et à d’autres qui étaient de Paris et du Parlement, et qui savaient le nœud de l’affaire. Je n’ai pu trouver le factum ni le paquet dans lequel il est. [7]

Parce que vous désirez que je vous dise quelque chose de ma famille [22][23] après m’en avoir instruit de la vôtre, je le ferai très volontiers et très librement à cause de vous ; joint que, absit verbo iactancia[8] vous me demandez une chose que vingt autres personnes différentes ont désirée par ci-devant de moi, qui néanmoins ne me connaissaient que par lettre la plupart, croyant qu’il n’y avait en cela aucun mal, comme je l’ai appris en bonne part. Je leur ai dit ce que je vous dirai tout présentement. Mon lieu natal est un village à trois lieues de Beauvais [24] en Picardie, nommé Houdan, [9][25][26] troisième baronnie de la comté de Clermont-en-Beauvaisis. [10][27] Le plus ancien de ma race que j’aie pu découvrir a été un Noël Patin, qui vivait dans la même paroisse il y a plus de 300 ans, duquel la famille a duré jusqu’à moi. [11][28] De ses descendants, quelques-uns se sont retirés dans les villes, et y ont été notaires à Beauvais et marchands drapiers à Paris ; d’autres ont porté les armes ; d’autres sont demeurés aux champs. Mon grand-père, [29] de qui je porte le nom, avait un frère [30] conseiller au présidial et avocat du roi à Beauvais, qui était fort savant et duquel feu mon père [31] honorait extrêmement la mémoire. [12] Mon grand-père était homme de guerre, comme tout ce temps-là fut de guerre. Feu mon père avait étudié pour être ici avocat, où il fut reçu l’an 1588, huit jours avant les barricades, [32] après avoir étudié à Orléans [33] et à Bourges [34] sous feu MM. Fournier [35] et Cujas. [13][36] Il se fût arrêté à Paris pour toute sa vie si la mort du roi Henri iii[37] et le siège de Paris qui ensuivit, ne l’en eût empêché. L’an 1590, il fut pris prisonnier par les ligueurs [38] et ne put être racheté à moins de 400 livres, qu’il fallut payer comptant, somme qui n’est pas grande aujourd’hui, mais qui l’était alors, et principalement en temps de guerre et aux champs. Feu ma grand-mère [39] m’a dit que, pour parachever cette somme ramassée çà et là, elle engagea ses bagues de mariage et son demi-ceint d’argent [14] chez un orfèvre de Beauvais à gros intérêt ; ce que je lui ai maintes fois ouï dire en pleurant et détestant le malheur de ce temps-là. Le seigneur de notre pays voyant qu’il pouvait tirer bon service de feu mon père, qui était un jeune homme bien fait, qui parlait d’or et qui n’était point vicieux, fit tant qu’il le retint près de soi pour s’en servir en ses affaires, annuente avo meo, imo urgente ; [15] et pour l’attacher davantage et le retenir au pays, lui procura le plus riche parti qui y fût et lui fit épouser, avec de belles promesses qu’il n’a jamais exécutées, feu ma mère, laquelle s’appelait Claire Manessier, [16][40] descendue d’une bonne et ancienne famille d’Amiens. [41] Feu mon père s’appelait François Patin, homme de bien si jamais il en fut un : si tout le monde lui ressemblait, il ne faudrait point de notaires. Il venait à Paris tous les ans pour les affaires de son maître, où il avait tout le crédit imaginable, et y ai trouvé quantité d’amis que je ne connaissais point du tout, qui m’ont fait mille caresses à cause de lui, ce qui me l’a maintes fois fait regretter de plus en plus. [17] De ce mariage sont sortis sept enfants adhuc superstites : [18] deux fils, dont je suis l’aîné, et un frère qui est en Hollande ; [19][42] les cinq filles sont toutes cinq mariées et ont eu entre elles tout le bien de la mère, lequel étant divisé en cinq a suffi pour les marier. Mon frère et moi avons eu le bien paternel qui ne me vaut pas encore, apporté ici, 100 écus de rente ; mais ce n’est pas la faute des bonnes gens, qui ont vécu moribus antiquis[20] sans avarice et sans ambition. Tout le malheur de feu mon père était un maître ingrat et avare, [43] et avec lequel il n’a rien gagné, nonobstant presque 30 années de fâcheux services. Le regret qu’il eut d’avoir quitté Paris et s’être arrêté à la campagne sur les belles paroles d’un seigneur qui nimium attendebat ad rem suam[21] fit qu’il pensa, dès que j’étais tout petit, de me faire ici avocat, disant que la campagne était trop malheureuse, qu’il se fallait retirer dans les villes ; et me disait souvent ce bon mot du sage, Labor stultorum affliget eos qui nesciunt in urbem pergere ; [22][44] à cause de quoi il me faisait lire, encore tout petit, les Vies de Plutarque [45] tout haut et m’apprenait à bien prononcer. [23] À ce dessein, il me mit au Collège à Beauvais, âgé de neuf ans ; puis m’amena à Paris au Collège de Boncourt [46] où je fus deux ans pensionnaire, [24] y faisant mon cours de philosophie. Quelque temps après, sa Noblesse, pour le récompenser d’une façon qui ne leur coûtât rien, lui voulut donner un bénéfice pour moi, que je refusai tout à plat, protestant absolument que je ne serais jamais prêtre (benedictus Deus qui mihi illam mentem immisit in tenera adhuc ætate). [25] Feu mon père, qui reconnaissait en ce refus quelque chose de bon et d’ingénieux, ne s’irrita pas bien fort de mon refus ; mais ma mère en demeura outrée contre moi plus de cinq ans, disant que je refusais la récompense des longs services que feu mon père avait rendus à cette Noblesse, mais il n’en fut autre chose. Dieu m’aida : je fus cinq ans sans la voir ni aller chez nous ; durant ce temps-là j’eus connaissance d’un homme qui me conseilla de me faire médecin à Paris ; [26][47] pour à quoi parvenir j’étudiai de grand cœur depuis l’an 1622 jusqu’à l’an 1624, que je fus ici reçu ; [27] et alors, père et mère s’apaisèrent, qui m’assistèrent de ce qu’ils purent pour mes degrés et avoir des livres. Cinq ans après, duxi uxorem[28][48] de laquelle j’aurai de succession directe 20 000 écus, ses père [49] et mère [50] vivant encore, mais fort vieux, sans une collatérale qui est une sœur sans enfants et fort riche. Dieu a béni mon alliance de quatre fils, savoir est de Robert, [51] Charles, [52] Pierrot [53] et François. [29][54] Annum ætatis attigi 41 [30] avec plus d’emploi que de mérite en ma profession et moins de santé qu’il ne me serait de besoin, quam potissimum labefactarunt vigiliæ iuges et elucubrationes nocturnæ ; a quibus etiam necdum abstineo ; sed hoc erat in fatis[31][55] Voilà, ce me semble, ce qu’avez désiré de moi, et peut-être beaucoup davantage. Excusez mon importunité et ma prolixité in re tam vili et tam exigua[32] Le Daléchamps [56] de M. Piètre [57] est in‑4o, d’ici, mais fort rare ; si jamais j’en trouve un, je le retiendrai. Le Falcon sur Guidon [58][59] est si rare qu’à peine l’ai-je jamais vu. Quelques chirurgiens [60] qui en ont ici le gardent comme un trésor, il est in‑4o, impression de Lyon. [33] Pour le livre de Meyssonnier [61] du Collège de Lyon, [34][62] il témoignera toujours de son auteur, qui vieillit tous les ans sans devenir sage. Le voyage de saint Luc à Lyon a été forgé dans son cerveau, aussi bien que beaucoup d’autres extravagances ; bien lui serait s’il n’avait que celle-là. [35] Je parlerai à M. Moreau des anciens médecins de Lyon, comme le désirez. [36] M. le duc d’Orléans [63] et notre armée sont devant Gravelines ; [64] de cuius successu, comme disaient les pyrrhoniens, επιχω και οιδεν ορεζω. [37] On a donné au roi [65] pour précepteur un nommé M. de Beaumont, [38][66][67][68] docteur en Sorbonne, [69] qui avait par ci-devant été camérier du cardinal de Richelieu. [70] Les loyolites [71] prétendaient à cette place pour leur P. de Lingendes, [72] mais la chance a tourné car celui-ci qui y est les connaît fort bien, eosque odit egregie[39] La cour est toute mazarinesque. Le roi et la reine [73] s’en vont à Fontainebleau [74] y passer une partie de l’été. [40] Je vous baise les mains de tout mon cœur et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 13e de juin 1644.

Je vous prie de me mander à votre premier loisir quel âge peut avoir M. Meyssonnier, s’il est marié, s’il a des enfants, ce qu’il fait ; et voudrais aussi bien savoir s’il a vu ma thèse et ce qu’il en a dit. Tout ce qu’il écrit ne me plaît guère ; j’apprendrais volontiers s’il en dit autant de moi. Ne fait-il rien imprimer de nouveau ? Un si bel esprit peut-il bien en conscience demeurer oisif ? [41]


1.

Guillaume Barbier, libraire-imprimeur de Lyon, deuxième du nom, originaire de Chalon-sur-Saône, s’était établi à Lyon vers 1633 comme apprenti chez Jacques Roussin, dont il avait acheté le fonds et à qui il avait succédé en 1643. Beau-frère du libraire François Comba, Barbier fut nommé imprimeur et libraire du roi en 1647 et s’associa l’année suivante à Jean-Aymé Candy (1648-1651). Vers 1657, il s’associa à Jean Girin et François Comba, puis à Laurent Arnaud. Son officine, située rue Mercière à Lyon « en la place du Confort », avait pour devise Vincit prudentia vires [La prévoyance surmonte la force], parfois remplacée par Saloque soloque cœloque [Par la mer, par la terre et par le ciel]. De 1645 à 1648, Barbier fut l’éditeur lyonnais de la Gazette, mais semble avoir aussi opéré pour le parti des frondeurs en éditant plusieurs feuilles d’inspiration condéenne lors de l’emprisonnement des princes en 1650 (Jestaz).

2.

V. notes : [14], lettre 96, pour la Philosophie de Pierre i Du Moulin ; [1], lettre 103, pour l’arrêt du Parlement obtenu par la Faculté de médecine contre Théophraste Renaudot ; [2] et [3], lettre 104, pour les requêtes de l’Université contre la casuistique du P. René Ayrault, s.j.

VUne thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie » (1643), pour la quodlibétaire qu’il ne se lassait pas de rééditer, d’embellir et de vanter.

3.

Guy Patin a signalé en 1654 (v. note [19], lettre 386) la mort de cet ami, docteur en droit de l’Université de Valence. Il s’agit probablement de l’auteur des Essais d’Antoine Froment, avocat au parlement du Dauphiné, sur l’incendie de sa patrie, les singularités des Alpes en la principauté du Briançonnais ; avec plusieurs autres curieuses remarques sur le passage du roi aux Italies, ravage des loups, pestes, famines, avalanches et embrassements de plusieurs villages, y survenus de suite (Grenoble, P. Verdier, 1639, in‑8o).

4.

V. notes [6], lettre 92, pour les Vies des médecins illustres de Pierre Du Châtel, et [37], lettre 104, pour la Pharmacie de Jean de Renou traduite par Louis i de Serres.

5.

« Il a péri du mauvais sort qu’il s’était fait » ; v. note [16], lettre 98, pour Ferrante Pallavicino et son sulfureux Divorce céleste qui lui coûta la vie.

6.

« d’un esprit qui s’égare et vieillit chez un si grand homme. »

V. notes [5], lettre 98, pour le Collège royal de France… de Guillaume Du Val, et [5], lettre 104, pour l’obscur factum de Gaspard de Monconys, seigneur de Liergues.

7.

Cette dernière phrase du paragraphe est une addition dans la marge qui a été barrée d’une croix, sans doute par Guy Patin lui-même.

8.

« sans me vanter ».

9.

Beauvais (Oise), capitale du Beauvaisis, était un évêché font le titulaire tenait le premier rang entre les comtes ecclésiastiques pairs de France (Trévoux).

Houdan, est aujourd’hui le village de Hodenc-en-Bray (Oise, arrondissement de Beauvais). « Jusqu’au commencement du xviiie s., cette localité porta le nom de Houdan-en-Bray […]. Vers 1770, pour éviter toute confusion avec un autre Houdan, situé dans l’arrondissement de Mantes, on lui donna le nom de Hodenc-en-Bray. […] c’est à la ferme des Préaux, dépendant de la paroisse de Hodenc que naquit Patin. Sa famille y possédait de temps immémorial, à La Place, hameau situé dans cette paroisse, un “ lieu-dit ” qu’on appelle le “ Clos Patin ” » (Triaire). Hodenc-en-Bray se situe à mi-distance entre Beauvais, à l’est, et Gournay-en-Bray, à l’ouest, villes qui sont à une trentaine de kilomètres l’une de l’autre. Le hameau de La Place est à un kilomètre au nord de Hodenc-en-Bray. Guy Patin avait hérité de la ferme des Préaux et la vendit en 1667 (v. notes [3] de la lettre 708, et [10] de Comment le mariage et la mort de Robert Patin ont causé la ruine de Guy).

10.

Clermont-en-Beauvaisis, aujourd’hui Clermont-de-l’Oise, à mi-chemin entre Beauvais et Compiègne, était depuis le xie s. le siège d’une comté-pairie, alors rattachée à la Couronne de France.

11.

   Ce Noël Patin vivait à la Place en 1320 environ. Un Pierre Patin, qui est probablement le bisaïeul de Guy Patin possédait le fief Patin en 1508 et semble avoir eu pour frère Adam Patin qui épousa Marie Caussin, de Pontoise, qui le rendit père de 23 enfants. Vuilhorgne donne, d’après les notes manuscrites Borell (Coll. du vieux Rouen), la généalogie qui fait descendre Guy Patin de Jean Patin, seigneur de fiefs à La Place, paroisse de Hodenc, et à Gauville, paroisse d’Auneuil (Triaire).

Généalogie de Guy Patin

12.

Une addition à la 5e édition du Dictionnaire historique et critique de Bayle (page 613) cite une note de Claude Joly dans les Divers opuscules tirés des mémoires de M. Antoine Loisel… (Paris, J. Guignard, 1683, in‑4o) ; elle explique un endroit de l’Indice alphabétique des personnages célèbres mentionnés au Dialogue des avocats du Parlement de Paris d’Antoine Loisel etc. :

« Maître Jean Patin, après avoir passé quelques années au barreau du Parlement de Paris, se retira en sa ville natale de Beauvais, où il fut fait conseiller et avocat du roi au présidial, y exerçant ensemblement les deux charges, en vertu d’un arrêt du Parlement donné en sa faveur le 15e de février 1588 […]. Il exerça ces deux charges fort courageusement et constamment au temps que cette ville s’était laissé emporter au parti de la Ligue ; et y maintint l’autorité du roi avec beaucoup d’adresse et toute la fidélité requise en un homme de bien, jusqu’à ce qu’étant enfin persécuté par les factions du maire Godin et du lieutenant criminel, nommé Nicolas, qui étaient deux arcs-boutants de la Ligue dans Beauvais, haranguant selon le deu {a} de sa charge et exhortant le peuple au service du roi Henri iv, il pensa être lapidé par les menées de ces deux archiligueurs ; de sorte qu’il fut obligé de quitter la ville et de se retirer près du roi son maître, où il trouva du support par la recommandation de M. de Fresnes-Forget, secrétaire d’État ; mais enfin, il fut rétabli en ses deux charges lorsque la ville rentra en l’obéissance du roi et continua d’y rendre la justice avec réputation jusqu’en l’an 1605, auquel il mourut d’une esquinance {b} au retour d’un voyage de Fontainebleau où il avait été envoyé en commission vers le roi au nom de la ville. Telles commissions lui étaient ordinaires, tant à cause de sa charge d’avocat du roi que parce qu’il était éloquent et fort entendu dans l’histoire et dans la politique. Lorsqu’il quitta Beauvais par les fureurs de la Ligue, sa maison fut pillée, où il fit perte de ses beaux livres, qu’il chérissait uniquement et qu’il a regrettés toute sa vie. Il ne laissa qu’une fille nommée Françoise Patin ; était oncle de François Patin, avocat en Parlement, qui a été père de Maître Guy Patin, docteur régent et doyen de la Faculté de médecine à Paris, lequel m’a fait part de ce qui est ci-dessus écrit, et encore d’une épigramme fait en la louange de ce sien grand-oncle, ce qui se lit in libello Epigrammatum variorum ad amicos pro xeniis per Petrum Goussainviullium, Montfortensem, pro anno 1574, imprimé à Paris, apud Dyonisium a Prato 1574 : {c}

Ad Dom. Ioannem Patin, Bellovacum, facundissimum in supremo Parisiensi Senatu Patronum.
Cum tu facundas solitus nunc ire per artes,
Eloquium et mirum crescat in ore tuo ;
Causidicumque bonum sic te Polyhymnia reddit,
Omnes ut superes viribus eloquii ;
Sic tua Musa mihi quædam incrementa dedisset,
Ditior et Cræso redderer arte sua ;
Sed quia nummorum non extat plena crumena,
Pro nummis tribuit carmina missa tibi
. » {d}


  1. Devoir.

  2. Angine (pharyngite).

  3. « dans un opuscule d’Épigrammes diverses adressées à des amis pour des étrangers par Pierre Goussainville, natif de Montfort, pour l’année 1574 […] chez Denis Du Prat, 1574 ».

  4. « À Maître Jean Patin, natif de Beauvaisis, le plus éloquent avocat du Parlement de Paris.
    Comme tu as coutume de cultiver les arts éloquents, la conversation n’en devient que plus merveilleuse en ta bouche ; ainsi Polymnie [muse de la lyrique chorale] te reconnaît pour bon avocat parce que la vigueur de ton discours surpasse tout le monde. Si ta muse m’avait un peu plus gâté, son art m’aurait rendu plus riche que Crésus ; mais si ma bourse est plate, c’est que tu as vidé la sienne avec les vers que tu lui as envoyés. »

L’annotation de Bayle cite ensuite tout ce que Guy Patin révélait ici de ses ascendances à Charles Spon.

13.

Bourges (Cher), capitale du Berry (duché appartenant alors au Domaine royal), était le siège d’un archevêché et d’une Université, dont la plus célèbre Faculté était celle de droit. Il en allait de même pour celle d’Orléans, dont l’Université avait été fondée au début du xiiie s.

Raoul Fournier (ou Fornier, Orléans 1562-ibid. 1627), fils aîné du jurisconsulte Guillaume Fournier, fut nommé professeur de droit à Orléans en 1586. Contrairement à l’usage admis dans les universités de Paris et de Bourges, il y enseigna en français les deux droits, civil et canonique.

Jacques Cujas (Toulouse 1522-Bourges 1590), le plus célèbre jurisconsulte français du xvie s., commentateur éclairé du droit romain, a enseigné avec un immense succès dans plusieurs villes de France, et principalement à Bourges. Presque tous les hommes illustres du temps avaient été ses disciples (G.D.U. xixe s.).

14.

« Ceinture d’argent que les femmes de condition inférieure avaient accoutumé de porter » (Littré DLF).

15.

« avec le consentement empressé de mon grand-père ».

16.

Claire Manessier (v. note [9], lettre 10) « était sœur ou fille de Jean Manessier, enragé ligueur d’Amiens, échevin en 1592-1593. Ce Manessier accepta de remplir les mêmes fonctions durant les six mois de l’occupation espagnole [mars-septembre 1597] » (Vuilhorgne, page 20, note 1).

17.

Guy Patin en dit ici fort peu, mais on peut conjecturer que, durant sa jeunesse, le bon souvenir de son grand-oncle, Jean, mort en 1605, et de son père, François, mort en 1633, lui aient ouvert certaines portes dans le monde juridique de Paris ; on pense en particulier à la famille de Thou et aux frères Pierre et Jacques Dupuy (v. note [5], lettre 181), qui en étaient cousins.

18.

« encore vivants ».

19.

Guy Patin a plusieurs fois mentionné son frère cadet dans ses lettres. « Il s’appelait François et s’établit, avant le mois de mars 1633, à Flessingue (île de Walcheren) » (Vuilhorgne, page 21, note 1). Il s’y maria, mais « tout porte à croire qu’il ne revint jamais en France, encore moins dans le Beauvaisis, et que de bonne heure, il vendit sa part dans le domaine patrimonial de la Place-en-Bray. Son alliance et ses enfants nous sont totalement inconnus » (Vuilhorgne, page 29).

Dans sa lettre du 31 août 1657 à Ijsbrand van Diemerbroeck, Guy a écrit que son frère vivait à Nimègue. Il a parlé de François pour la dernière fois dans sa lettre du 9 juillet 1660 à Johannes Antonides Vander Linden.

20.

« selon les mœurs d’antan ».

21.

« qui prêtait trop d’attention à son propre intérêt ».

Il s’agissait de Gaspard d’Auxy, seigneur de Monceaux, baron de Houdan. Vuilhorgne (pages 20‑21), qui a fait une enquête sur le caractère de « ce maître ingrat et avare », nous apprend qu’il était en effet antipathique, chicanier, très infatué de son nom, processif et peu endurant. Il avait épousé Jacqueline Do, veuve d’Anne Tiercelin, seigneur de Sarcus, à laquelle Guy Patin aurait dédié un Cabinet des cantiques spirituels, propre pour élever l’âme à Dieu, recueillis de plusieurs pères religieux par G.P.B. Troisième partie (Paris, Antoine de Sommaville, 1623, in‑12o de 155 pages). Il contient 53 cantiques, tous en français. Le 18e est signé G.P. ; destiné à célébrer le saint sacrement du mariage, il est composé de 17 couplets, dont le premier dit (Bibliographia Patiniana, page 550) :

« Honneur au mariage
Et aux gens mariés,
Qui sont d’un saint cordage
Ensemblement liés,
Pour être la racine.
D’un fruit plaisant et beau,
Que la grâce divine
Produit en ce rameau »

22.

« Les sots s’épuisent au travail et ne savent pas le chemin de la ville » (L’Ecclésiaste 10:15).

23.

V. note [6], lettre 116, pour un commentaire de Guy Patin sur un passage des Vies de Plutarque traduites en français (v. note [9], lettre 101).

24.

Le Collège de Boncourt (Becodianum Collegium ou Gymnasium, en latin) devait sa création à « messire Pierre de Bécoud, chevalier de Fléchenel » qui donna en 1305 une maison sise à Paris sur la montagne Sainte-Geneviève pour recevoir huit jeunes hommes du diocèse de Thérouanne, à la condition qu’ils fussent sujets du roi de France, et non du comte de Flandre. Pierre Galland, principal de ce Collège, mort en 1559, en fit un des plus beaux de l’Université (Triaire). Il se situait rue Bordet (ou Bordeille) sur l’emplacement de l’ancienne École polytechnique (qui loge aujourd’hui le ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, rue Descartes). V. note [21], lettre 207, pour sa réunion au Collège de Navarre en 1638.

25.

« béni soit Dieu qui m’inspira un tel esprit en cet âge encore tendre » ; Guy Patin devait alors avoir une quinzaine d’années.

26.

« Il [Guy Patin] fut sans doute l’artisan de sa fortune, et je sais de bonne part qu’il a été correcteur d’imprimerie (M. Drelincourt [v. note [2], lettre 941], professeur en médecine à Leyde, me l’a appris) » (Bayle) ; v. note [9], lettre 96, pour le témoignage de Machurat (alias Théophraste Renaudot) sur ce point. L’homme qui conseilla à Guy Patin de se faire médecin peut avoir été Jean ii Riolan, mais sans preuve formelle.

27.

Guy Patin a été reçu bachelier de la Faculté de médecine de Paris le 16 octobre 1624 (session de rattrapage). Les statuts exigeaient quatre ans de préparation à cet examen, seuls les fils des docteurs régents pouvaient bénéficier, par exception, d’un raccourcissement de deux ans. Il faut donc sans doute comprendre que Patin considérait n’avoir pas sérieusement étudié pendant ses deux premières années à la Faculté. Sa brouille avec ses parents et le temps durant lequel il dut subsister par ses propres moyens durent aller de vers la mi-1619 à la fin de 1624.

28.

« j’ai pris femme » : le 10 octobre 1628 (soit quatre et non cinq ans après l’obtention de son baccalauréat) Guy Patin avait épousé Jeanne de Janson (v. note [9], lettre 10).

29.

V. notes [4], lettre 11, pour la liste des dix enfants de Guy Patin, [9], lettre 10, pour Robert et [32], lettre 146, pour Charles.

Pierre avait été baptisé le 8 août 1634 ; son parrain était Pierre de Janson, son grand-père maternel, et sa marraine, Marie (ou Anne) Charpentier, épouse de Jacques Miron, conseiller en la Cour des aides et frère aîné de Robert ii (v. note [9], lettre 82). Maître ès arts en 1649, puis avocat, Pierre a signé l’acte de décès de son père en 1672.

François, second de ce prénom, baptisé le 22 décembre 1637, choisit la carrière des armes et mourut à 20 ans dans des circonstances dramatiques (extrait des registres de Cormeilles-en-Parisis, fo 80 vo ; Chéreau cité par Vuilhorgne, page 38, note 1) :

« Ce même jour, 16 octobre 1658, François âgé d’environ 19 ans, fils d’honorable homme Me Guy Patin, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, a été inhumé en la chapelle Notre-Dame ; lequel François Patin a été tué le jour précédent par un camarade de guerre entre Franconville et Le Plessis-Bouchard. » {a}


  1. Aujourd’hui deux communes voisines du Val-d’Oise.

30.

« J’ai atteint l’âge de 41 ans ». Né le 31 août 1601, Guy Patin approchait de 43 ans en juin 1644. On peut se demander s’il ne recopiait pas, sans bien la mettre à jour, une autobiographie qu’il avait toute prête dans un tiroir de son étude.

31.

« que les veilles perpétuelles et les travaux nocturnes ont profondément ruinée ; je ne m’en abstiens pourtant toujours pas ; mais tel était mon destin. »

32.

« sur un sujet si banal et si étriqué. »

33.

V. notes [49] et [57], lettre 104, pour la Chirurgie française de Jacques Daléchamps et pour le Guidon (Guy de Chauliac) édité par Jean Falcon.

34.

Histoire de l’Université de Lyon, et du Collège de médecine faisant partie d’icelle, avec les privilèges des professeurs et docteurs qui y sont agrégés. Harangue prononcée à l’ouverture des leçons publiques en chirurgie de cette année, dans la salle des RR. PP. cordeliers. Par Lazare Meyssonnier, Mâconnais, conseiller et médecin ordinaire du roi, docteur en médecine de l’Université de Montpellier, professeur et docteur agrégé audit Collège (Lyon, Claude Cayne, 1644, in‑4o de 28 pages), dédié à « Monseigneur l’Éminentissime cardinal Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, archevêque et comte de Lyon, primat des Gaules, grand aumônier de France ».

La fondation du Collège des médecins de Lyon serait due à Symphorien Champier : il se constitua quelques années après sa mort, vers 1540. En 1576, le Collège fut érigé par Henri iii, et ses statuts confirmés en 1577. Il était alors composé de dix membres et siégeait à l’Hôtel-Dieu. En 1600, le Collège avait fait vérifier ses statuts au Parlement de Paris et portait à vingt le nombre de ses membres (extension à 31 en 1791). Pour être agrégé au Collège, il fallait non seulement passer des examens, mais en outre justifier de deux années consacrées à l’exercice de la médecine dans un village du Lyonnais. Les 20 membres du Collège, étaient à cette époque, par ordre d’ancienneté (Mollière) :

Claude Pons, [natif] de Lyon, doyen du Collège, MC.R. {a}
Jean de Rhodes, d’Avignon, {b}
Louis i de Serres, de Nyons en Dauphiné,
Henri Gras, de Lyon,
Pierre Guillemin, de Lyon, MC.R.
Antoine Robert, de Tournon, MC.R.
Jean Baclet, prêtre médecin,
Jean Léal, d’Embrun,
Guillaume Sauvageon, de Nevers,
Charles Spon, MC.R.
André Falconet, MC.R.
Lazare Meyssonnier, MC.R.
Jean Gimel, de Lyon,
Jean-Claude Marcellin, de Lyon,
Gilles Boni, de Lyon,
François Picoté de Belestre, d’Orléans,
Pierre Potot, de Lyon,
Jean de La Monière, de Lyon,
Pierre Barra, de Lyon,
Claude Stouppe, de Lyon.


  1. M.C.R. : médecin consultant du roi (v. note [12], lettre 122), titre parfois amplifié en médecin conseiller ordinaire du roi.

  2. Erreur de prénom : Jean pour Henri de Rhodes (v. note [13], lettre 203).


35.

Cette Histoire de l’origine et progrès du Collège de médecine de Lyon… est un discours de 23 pages, fort mal écrit et truffé d’extravagances, dont Guy Patin relevait la plus énorme (pages 6‑7, avec en note les références au Nouveau Testament indiquées par Meyssonnier) :

« Voilà l’état auquel l’Université de Lyon se trouva sous ces premiers empereurs romains. Peu d’années après, saint Paul étant à Rome et allant en Espagne accompagné de saint Luc médecin, comme il est aisé à remarquer en tous les lieux auxquels il a fait mention de lui dans ses Épîtres canoniques, passa par Lyon ; et ne faut pas douter que comme ce savant évangéliste {a} communiquait ses sentiments à cet excellent apôtre {b} sur les matières qui dépendaient de la médecine, ainsi que le prouve cet avis donné par Timothée pour fortifier son estomac par l’usage du vin, {c} et recevoir par contre de lui, pour ajouter à ce qu’il avait appris de la sainte et bienheureuse Vierge Marie pour cet évangile sacré, lequel nous instruit avec plusieurs particularités qui lui sont singulières de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, suivie des actions miraculeuses de sa vie, de sa mort, de sa résurrection glorieuse, et des autres bonnes et agréables nouvelles employées par ce grand et admirable vaisseau d’élection {d} envoyé pour amener les gentils au christianisme ; aussi, notre saint médecin profitant de la lecture des sacrés écrits qu’il donnait à l’Église catholique, à la composition desquels il était présent le plus souvent, et de l’exemple qu’il lui donnait de tant de rencontres de se faire tout à tous pour amener les nations à salut, {e} s’accommodant avec elles où l’intérêt de Dieu n’y était point précisément offensé ; même jusqu’à faire circoncire son disciple Timothée {f} et se purifier pour avoir moyen de converser plus librement parmi les juifs et les instruire de la vérité du christianisme. {g} Il ne faut pas douter, mes chers auditeurs, que saint Luc venant dans une académie fameuse, n’employât le prétexte de la médecine pour conférer avec eux sur les mystères de notre rédemption, par la même raison que ce grand docteur des nations qu’il accompagnait s’était servi dans la ville d’Athènes de l’antique inscription d’un autel dédié à la commémoration d’un Dieu inconnu. » {h}


  1. Luc.

  2. Paul.

  3. « Cesse de ne boire que de l’eau. Prends un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquents malaises » (Ep. i. Tim. 5:23).

  4. « Homme de bien » (Furetière).

  5. « Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait juif avec les juifs, afin de gagner les juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi – moi qui ne suis pas sujet de la Loi – afin de gagner les sujets de la Loi. Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi – moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ – afin de gagner les sans-loi. Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais pour l’Évangile, afin d’avoir part à ses biens » (Ep. i. Cor.9:19-23).

  6. « Paul décida de l’emmener [Timothée] avec lui. Il le prit donc et le circoncit, à cause des juifs qui se trouvaient dans ces parages ; car tout le monde savait que son père était grec. » (Act.16:3).

  7. « Comme nous passions là plusieurs jours [à Césarée, chez Philippe l’apôtre], un prophète du nom d’Agabus descendit de Judée. Il vint nous trouver et prenant la ceinture de Paul, il s’en lia les pieds et les mains en disant : “ Voici ce que dit l’Esprit Saint : L’homme auquel appartient cette ceinture, les juifs le lieront comme ceci à Jérusalem, et ils le livreront aux mains des païens. ” À ces paroles, nous nous mîmes, avec ceux de l’endroit, à supplier Paul de ne pas monter à Jérusalem. Alors il répondit : “ Qu’avez-vous à pleurer et à me briser le cœur ? Je suis prêt, moi, non seulement à me laisser lier, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus. ” Comme il n’y avait pas moyen de le persuader, nous cessâmes nos instances, disant : “ Que la volonté du Seigneur se fasse ! ” » (Act. Apostol. 21:10‑14). La suite renvoie à l’arrestation de Paul par les juifs à Jérusalem, qui en appelle au jugement de César.

  8. « Athéniens, à tous égards vous êtes, je le vois, les plus religieux des hommes. Parcourant en effet votre ville et considérant vos monuments sacrés, j’ai trouvé jusqu’à un autel avec l’inscription : au dieu inconnu [Aγνωστω θεω]. Eh bien ! ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer » (Act. Apostol. 17:23).

36.

V. note [1], lettre 22, pour le projet inabouti de René Moreau sur les vies des médecins illustres, où Charles Spon désirait sans doute qu’il n’oubliât pas ceux de Lyon.

37.

« dont le succès […] s’exagère et s’enfle par le désir ».

Les pyrrhoniens sont ceux qui mettent tout en doute, comme disciples de Pyrrhon, philosophe sceptique grec du ive s. av. J.‑C.

V. note [9], lettre 105, pour le siège de Gravelines.

38.

L’abbé Hardouin de Beaumont de Péréfixe (Beaumont près de Châtellerault 1605-Paris 1er janvier 1671) appartenait à une famille d’origine napolitaine établie dans le Midi de la France. Il était fils de Jean de Beaumont de La Papinière, maître d’hôtel de Richelieu et ami d’enfance de l’abbé de Saint-Cyran. Péréfixe avait entamé à Poitiers ses études classiques, qu’il termina à Paris. Il était ensuite entré dans les ordres et fut reçu docteur en Sorbonne (1639 ou 1640). Considérant son savoir et son talent de prédicateur, Mazarin le choisissait en 1644 pour précepteur du dauphin. Nommé en 1649 évêque de Rodez, il devint confesseur de Louis xiv, son ancien élève. En 1654, l’Académie française le reçut en remplacement de Balzac. En 1662, Péréfixe fut nommé archevêque de Paris (confirmé par Rome en 1664) et proviseur de Sorbonne (G.D.U. xixe s. et Dictionnaire de Port-Royal, pages 801‑802). Prélat très proche du roi, Péréfixe mit une ardeur acharnée à combattre le jansénisme. Son plus grand éclat fut l’expulsion des religieuses de Port-Royal en 1664 (v. note [2], lettre 928).

Saint-Simon (Mémoires, tome i, page 520) :

« M. de Péréfixe était proviseur de Sorbonne et en était d’autant plus le maître qu’il s’était plus que prêté à toutes les volontés de la cour contre M. Arnauld et ses amis, {a} et qu’il avait fait main basse sur la Sorbonne et répandu grand nombre de lettres de cachet. » {b}


  1. Antoine Arnauld et les jansénistes.

  2. On lit dans le Recueil de choses diverses (manuscrit attribué à Jean Deslyons datant de 1670-1671) cet autre jugement anonyme à l’emporte-pièce : « M. de Péréfixe n’était qu’une machine mouvante : il n’agissait que par les autres. » (in Dictionnaire de Port-Royal).

39.

« et les hait particulièrement ». Claude de Lingendes (Moulins 1591-Paris 12 avril 1660), s.j., avait dirigé pendant onze ans le collège de sa ville natale. Après avoir été trois fois député français de la Compagnie de Jésus à Rome, il en devint provincial de France. Il passait pour l’orateur religieux le plus éloquent de son époque. Ses Sermons sur tous les Évangiles du carême, qu’il composait en latin et prononçait en français, ont paru dans ces deux langues (1661, 3 volumes in‑4o ; 1666, 2 volumes in‑8o) (G.D.U. xixe s. et Jestaz).

40.

La cour passa presque tout l’été à Paris (v. note [10], lettre 105).

41.

Ce court fragment, sans aucune indication de date, forme le fo 89 du Ms BnF no 9357. Il a paru raisonnable de l’ajouter en post-scriptum à cette lettre. Quoi qu’il en soit, on y voit que l’esprit mal timbré de Lazare Meyssonnier intriguait fort Guy Patin.

a.

Ms BnF no 9357, fos 21‑22 ; Triaire no cix (pages 401‑409) ; Reveillé-Parise no clxxvii (tome i, pages 331‑336). Au revers, de la main de Charles Spon : « 1644, Paris 13 juin ; Lyon, 19 dudit ; Risposta, adi 26 août. »

La lettre, une nouvelle fois, a été fort mutilée dans les éditions antérieures à celle de Triaire : les passages retranchés sont principalement ceux qui ont trait à la matérialité des échanges épistolaires, à la bibliomanie des correspondants, et à la verdeur des opinions politiques ou religieuses du temps.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 13 juin 1644.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0106
(Consulté le 28.03.2020)

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