L. 215.  >
À André Falconet, le 1er février 1650

Monsieur, [a][1]

Depuis que je ne vous ai écrit, mardi 18e du passé, [1] la reine [2] a fait arrêter dans le Palais-Cardinal [3] le prince de Condé, [4] le prince de Conti [5] et M. de Longueville, [2][6] le président des comptes M. Perrault, [3][7] intendant de la Maison du prince de Condé, et trois autres officiers. On les a tous menés au Bois de Vincennes, [8] accompagnés de trois cents chevaux. Paris ne s’en est du tout point remué. [4] Au contraire, quelques-uns en ont fait des feux de joie et on dit que, comme ils nous avaient fait manger l’an passé du pain bis, [9] il fallait en échange leur faire manger du pain de son. [5] Il est à craindre qu’ils ne mangent encore là-dedans quelque chose de pis, comme pourrait être ce que Néron [10] appelle dans Suétone [11] la viande des dieux, savoir des champignons [12] de l’empereur Claude. [6][13] De ces trois princes qui sont prisonniers, M. de Longueville est fort triste et ne dit mot, M. le prince de Conti pleure et ne bouge presque du lit, M. le prince de Condé chante, jure, entend au matin la messe, lit des livres italiens ou français, dîne et joue au volant. [7][14] Depuis peu de jours, comme le prince de Conti priait quelqu’un de lui envoyer le livre de L’Imitation de Jésus-Christ [15] pour se consoler par sa lecture, le prince de Condé dit en même temps : Et moi, Monsieur, je vous prie de m’envoyer L’Imitation de M. de Beaufort, afin que je me puisse sauver d’ici comme il fit il y a tantôt deux ans[8][16] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur, etc.

De Paris, ce 1er de mars < sic pour : février > 1650.


1.

Cette courte lettre à André Falconet a été datée du [mardi] 1er mars 1650 dans les éditions Du Four, Bulderen et Reveillé-Parise, sans prendre garde qu’alors le « 18e du [mois] passé », (c’est-à-dire de février) aurait dû être un vendredi, et non un mardi. Son contenu est tout entier consacré à l’arrestation des princes, qui datait en effet du mardi 18 janvier 1650. Il convient donc de dater la présente lettre du mardi 1er février et d’admettre que la lettre du mardi 18 janvier n’est pas parvenue jusqu’à nous.

2.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, pages 203 et 205, mardi 18 janvier 1650) :

« Le soir à cinq heures, on s’assemble au Palais-cardinal chez la reine comme pour tenir le Conseil d’en haut, à cause que le jour précédent, qu’il y en devait avoir, il n’y en eut point.

La reine était dans sa chambre, sur son lit et le roi était, sautant d’escabeau en escabeau, {a} tout auprès. Les princes de Condé, de Conti et le duc de Longueville, s’appuyant sur un petit bâton, y vinrent.
Le roi dit : “ Maman dit que l’on passe en la galerie. ” Tout le monde y passa. Alors l’abbé de La Rivière, qui là était en l’absence du duc d’Orléans, disparut.

M. le Prince étant debout, proche la table qui est dans ladite galerie de la reine où elle tient ordinairement sa séance du Conseil, près de la cheminée, le sieur de Guitaut, capitaine des gardes de la reine, entrant là, son épée au côté et sans manteau, s’approcha dudit prince de Condé doucement et lui dit : “ Monsieur, j’ai commandement de la reine de vous arrêter tous trois. ” Le prince ne répondit rien, sinon : “ Au moins, M. de Guitaut, mettez-nous en lieu chaud. Où sera-ce ? ” Guitaut répondit : “ J’ai ordre de vous conduire au Bois de Vincennes. ”

Et s’en allant à la cheminée, le prince tourna le dos au feu et face à la compagnie, et voyant M. le Chancelier, lui dit : “ M. le Chancelier, je vous prie, allez dire à la reine (elle était passée de la chambre en un cabinet à côté comme pour y prendre son orangeade accoutumée) que Guitaut me vient arrêter de sa part. ” Et puis, parlant aux trois secrétaires d’État (M. Le Tellier n’y était pas), à M. de Bailleul et MM. d’Avaux et Servien, ministres, qui étaient aussi là : “ Messieurs, nous voilà arrêtés, et je m’en étonne car j’étais ami de M. le cardinal et serviteur de la reine. ”

Adonc {b} le prince de Conti s’assit sur un bas siège, en un coin de la cheminée, et M. de Longueville parut interdit. […]

Après que les trois prisonniers furent descendus pour être emmenés, la reine entra dans la galerie et demi émue et attristée, elle dit : “ Ce que je viens de faire est en mon corps défendant. J’ai longtemps différé et patienté, mais enfin, où il y va du salut de celui-ci (montrant le roi qui était entré avec elle), il n’y a chose à quoi je me résoude. ”

Le cardinal Mazarin, qui aussi était entré, se mit à dire la pressante avidité du prince de Condé à qui rien ne suffisait, non pas même si on ne lui eût donné la couronne : il était à présent après l’épée de connétable ; il mariait la fille d’Erlach à son favori, La Moussaye, et la duchesse de Châtillon au comte du Dognon, comme il avait déjà fait Mme de Pons au duc de Richelieu. Puis se mit sur le bout de la table à écrire. »


  1. De tabouret en tabouret.

  2. Alors.


Mazarin fit preuve de la plus inflexible habileté jusqu’à ce dernier coup de la partie qu’il jouait contre Condé depuis septembre 1649 (La Rochefoucauld, page 153) :

« le cardinal, pour ajouter la raillerie à ce qu’il préparait contre M. le Prince, lui dit qu’il voulait, ce jour-là même, {a} lui sacrifier les frondeurs, et qu’il avait donné ses ordres pour arrêter Des Coutures qui était le principal auteur de la sédition de Joly et qui commandait ceux qui avaient attaqué ses gens et son carrosse au Pont-Neuf ; mais que, dans la crainte que les frondeurs se voyant ainsi découverts, ne fissent quelque effort pour le retirer {b} des mains de l’officier qui le devait emmener au Bois de Vincennes, il fallait que M. le Prince se donnât le soin d’ordonner les gendarmes et les chevau-légers du roi pour le conduire sans désordre. M. le Prince eut alors toute la confiance qu’il fallait pour être trompé. Il s’acquitta exactement de sa commission et prit toutes les précautions nécessaires pour se faire mener sûrement en prison. »


  1. 18 janvier.

  2. Des Coutures.

Des faits plus graves s’ajoutaient aux griefs prononcés par Mazarin contre Condé : ses encouragements à la révolte des Bordelais contre leur gouverneur, le duc d’Épernon ; son rassemblement de troupes, avec l’intention qu’on lui prêtait d’enlever le jeune roi et de gouverner sous son nom (R. et S. Pillorget page 511).

3.

Jean Perrault (1603-1681), baron d’Augerville, avait été reçu président à la Chambre des comptes le 2 février 1647.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 205, 18 janvier 1650) :

« On envoya ordre au chevalier du guet {a} d’aller prendre le président des comptes Perrault, intendant et confident du prince de Condé. Il fut mené à la Bastille, selon le bruit commun, mais on a su depuis qu’il est dans le Bois de Vincennes, en la première chambre, au-dessus des princes, dans le donjon, d’où il a été amené à la Bastille au commencement de septembre ensuivant. » {b}


  1. V. note [53] du Borboniana 4 manuscrit.

  2. V. note [15], lettre 229, pour de plus amples détails sur cet emprisonnement.

4.

La Rochefoucauld (Mémoires, pages 153‑154) :

« […] on les fit monter {a} dans un carrosse du roi qui les attendait à la petite porte du jardin. Leur escorte se trouva bien plus faible qu’on n’avait cru. Elle était commandée par le comte de Miossens, lieutenant des gens d’armes, et Comminges, lieutenant de Guitaut, son oncle, gardait ces princes. Jamais des personnes de cette importance n’ont été conduites en prison par un si petit nombre de gens : il n’y avait que 16 hommes à cheval et ce qui était en carrosse avec eux. L’obscurité et le mauvais chemin les firent verser, et ainsi donnèrent un temps considérable à ceux qui auraient voulu entreprendre de les délivrer, mais personne ne se mit en devoir de le faire. »


  1. Les princes.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 204) a confirmé la modestie de l’escorte et l’embourbement du carrosse qui auraient aisément permis aux princes de s’échapper. Toutefois, le Journal de la Fronde (volume i, fos 163 vo‑164 ro) rapporte que le cortège des princes fut rapidement renforcé par 200 chevau-légers qui avaient été postés au Marché aux Chevaux (v. note [2], lettre 920) :

« Ils sortirent par la porte de Richelieu et passèrent au-dessous de Montmartre, mais si vite que le carrosse versa au milieu du chemin, ce qui les amusa {a} un peu ; et pendant qu’on le relevait, l’on remarqua que M. le Prince dit au comte de Miossens que s’il était son ami, que c’était une belle occasion pour le lui témoigner, voulant dire qu’il le pouvait faire sauver ; et que ce comte lui repartit qu’il était bien son serviteur, mais qu’il devait fidélité au roi. Le carrosse étant relevé, poursuivirent leur chemin jusqu’à ce qu’étant dans le château, la plupart de la compagnie s’en revint au galop pour en apporter la nouvelle, laquelle ne fut sue dans le Palais-Royal qu’après leur retour sur les six heures et demie. »


  1. Retarda.

Cette arrestation inaugurait la deuxième phase de la Fronde, dite des princes. La première Fronde, dite du Parlement, avait continué de couver après la paix de Saint-Germain (1er avril 1649) tant à Paris que dans certaines provinces. Il fallait apaiser le pays en ralliant à la cour (la régente, Mazarin, le dauphin) trois partis désunis : Monsieur, Gaston d’Orléans, toujours opportuniste et indécis ; M. le Prince, le Grand Condé, chef des troupes royales qui avaient assiégé Paris, dont les orgueilleuses ambitions étaient à la hauteur des mérites ; et les frondeurs du début qui étaient le Parlement et les bourgeois de Paris, menés par le duc Beaufort et le coadjuteur, alliés du propre frère de Condé, le prince de Conti, et de sa propre sœur, Mme de Longueville.

Dans ses Mémoires (pages 135‑154) La Rochefoucauld a minutieusement démonté tout l’engrenage qui mena à l’arrestation des princes, et dont chaque rouage a été évoqué dans les précédentes lettres, sans que Guy Patin en ait pu ou su dire le sens politique profond.

  • À l’issue du siège de Paris et de la paix de Saint-Germain, Monsieur et M. le Prince attendaient d’être dûment récompensés de leurs services par Mazarin, qui les tenait pourtant en haleine, se sachant menacé par eux dans la conservation de son ministère. M. le Prince avait organisé le retour du roi à Paris (18 août 1649) :

    « en arrivant au Palais-Royal, la reine lui dit publiquement qu’on ne pouvait assez reconnaître ses services, et qu’il s’était glorieusement acquitté de la parole qu’il lui avait donnée de rétablir l’autorité du roi et de maintenir Monsieur le cardinal ; mais la fortune changea bientôt ces paroles en des effets contraires. »

  • La déception rapprocha Condé de Monsieur et laissa voir toute son inimitié contre Mazarin :

    « M. le prince se persuada que le cardinal voulait adroitement rejeter sur lui la haine des peuples en le faisant passer pour l’auteur de tous les maux qu’ils avaient soufferts. »

  • Condé chercha ensuite, avec certaines maladresses, à se rapprocher de sa famille (Conti et les Longueville) et des frondeurs :

    « on crut qu’il n’avait jamais eu l’intention de se mettre à leur tête, qu’il voulait seulement regagner l’esprit des peuples, se rendre par là redoutable au cardinal et faire sa condition plus avantageuse. »

  • Mazarin sut habilement réagir à l’égard du clan Condé ressoudé :

    « Il connut bientôt que les desseins de M. le Prince n’allaient à rien de plus qu’à lui faire peur ; il crut le devoir entretenir dans cette pensée et faire semblant de le craindre, non seulement pour l’empêcher par ce moyen de prendre des voies plus violentes contre lui, mais aussi pour exécuter plus sûrement et plus facilement le projet qu’il faisait contre sa liberté. Dans cette vue, tous ses discours et toutes ses actions faisaient paraître de l’abattement et de la crainte ; il ne parlait que d’abandonner les affaires et de sortir du royaume ; il faisait faire tous les jours quelque nouvelle proposition aux amis de M. le Prince pour lui offrir la carte blanche ; et les choses passèrent si avant qu’il convint que désormais on ne donnerait plus de gouvernements de provinces, de places considérables, de charges dans la Maison du roi, ni d’offices de la Couronne sans l’approbation de M. le Prince, de M. le prince de Conti, et de M. et Mme de Longueville, et qu’on leur rendrait compte de l’administration des finances. »

  • Les Condé se laissèrent endormir par tant de ruse. Ils allégèrent dangereusement la garde : « [Mazarin] gagnait avec beaucoup d’adresse le temps qui lui était nécessaire pour les desseins qu’il formait contre M. le Prince. » Le cardinal n’en continua pas moins de maintenir la pression sur Condé, notamment avec le traité de mariage du duc de Mercœur et Laure Mancini, nièce de Mazarin, qui donnait l’avantage à la Maison de Vendôme sur celle de Condé, sa rivale princière. M. le Prince succomba à la provocation et fit savoir « qu’il ne pouvait approuver cette alliance, et le cardinal résolut dès lors de se venger de lui et d’avancer le dessein de l’arrêter ».

  • Pour rendre un tel acte possible, il fallait au cardinal briser l’alliance de Condé avec Gaston d’Orléans, « fomentée par les soins et tous les intérêts de l’abbé de La Rivière, <qui> était un empêchement bien considérable ». Mazarin choisit de contourner l’obstacle en se servant des frondeurs, secrètement et sans y mêler le Parlement : ce fut l’attentat simulé contre Guy Joly, secrétaire du coadjuteur et syndic des rentiers de l’Hôtel de Ville ; bientôt suivi par l’autre attentat simulé contre le carrosse vide de M. le Prince sur le Pont-Neuf. Condé donna dans le panneau en croyant que les frondeurs, malgré toutes leurs protestations d’innocence, voulaient attenter à sa vie, mais que le cardinal le protégeait : « Ainsi M. le Prince aidant à se tromper lui-même, il recevait l’empressement du cardinal comme une marque de son amitié et de sa reconnaissance, bien que ce ne fût qu’un effet de sa haine secrète et du désir d’exécuter plus sûrement son entreprise. »

  • Condé, au lieu de relancer le désordre public en s’attaquant de front aux frondeurs,

    « consentit de faire sa plainte au Parlement selon les formes ordinaires ; et dans tout le cours de cette affaire, le cardinal eut le plaisir de le conduire lui-même dans tous les pièges qu’il lui tendait. Cependant le duc de Beaufort et le coadjuteur demandèrent d’être reçus à se justifier ; ce qui leur ayant été accordé, les deux partis {a} quittèrent pour un temps les autres voies pour se servir seulement de celles du Palais ; mais M. le Prince connut bientôt, par la manière dont les frondeurs soutenaient leur affaire, que leur crédit y pouvait balancer le sien. Il ne pénétrait rien néanmoins dans la dissimulation du cardinal ; et quoi que Madame sa sœur {a} et quelques-uns de ses amis lui pussent dire, il croyait toujours que ce ministre agissait de bonne foi. »


    1. Condé et les frondeurs.

    2. Mme de Longueville.

  • Condé commit l’erreur fatale en parrainant le mariage du duc de Richelieu et de Mme de Pons :

    « Le cardinal n’eut pas de peine à donner un sens criminel à cette conduite, et à persuader que les soins de M. le Prince et de Mme de Longueville regardaient moins l’établissement de Mme de Pons que le désir de s’assurer du Havre, dont son mari {a} était gouverneur sous l’administration de la duchesse d’Aiguillon, sa tante. Le cardinal tourna encore la chose en sorte dans l’esprit de M. le duc d’Orléans qu’il lui persuada aisément qu’il avait quelque sujet de se plaindre de M. le Prince, du secret qu’il lui avait fait de ce mariage. »


    1. Le duc de Richelieu.

  • On convint donc à la cour de faire arrêter Condé,

    « mais les particularités de ce traité furent ménagées par Laigues, {a} que M. le Prince avait désobligé quelque temps auparavant et qui en avait toujours conservé un très grand ressentiment. Ainsi, il ne manqua pas de se servir d’une occasion aussi favorable de le faire paraître, et il eut l’avantage de régler les conditions de la prison de M. le Prince et de faire connaître combien il importe aux personnes de cette qualité de ne réduire jamais des gens de cœur à la nécessité de se venger. »


    1. Le marquis Geoffroy de Laigues (1604-1674), capitaine des gardes du duc d’Orléans, très lié au coadjuteur, Gondi.

  • Il restait à rompre tout à fait les liens entre Gaston d’Orléans et Condé. On y parvint en montrant à Monsieur comment son homme de confiance, l’abbé de La Rivière, le trahissait auprès des Condé dans le seul but de préserver le chapeau de cardinal qu’il convoitait, et en faisant croire à Monsieur que Condé n’était pas insensible à l’idée de lui damer le pion en acceptant de devenir connétable. Monsieur « se crut dégagé de tout ce qu’il avait promis [à M. le Prince] et consentit sans balancer au dessein de le faire arrêter prisonnier ».

5.

Retz (Mémoires, page 612) :

« Aussitôt que M. le Prince fut arrêté, M. de Bouteville, {a} qui est à présent M. de Luxembourg, passa sur le pont Notre-Dame à toute bride en criant au peuple que l’on venait d’enlever M. de Beaufort. L’on prit les armes, que je fis poser en un moment, en marchant avec cinq ou six flambeaux devant moi par les rues. M. de Beaufort s’y promena pareillement et l’on fit partout des feux de joie. »


  1. Fidèle de Condé, v. note [49], lettre 222.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 206, 18 janvier 1650) :

« Le duc de Beaufort fut, en ce temps, {a} à l’hôtel d’Orléans, d’où il fut en carrosse et à cheval par le faubourg, rue et quartier Saint-André-des-Arts, et autres de la ville ; force gens du peuple parlant à lui et criant “ Vive le roi et le duc de Beaufort ”, et apaisant par ce moyen l’émeute qui s’était faite d’abord, que <quand> l’on avait cru le duc de Beaufort être celui que l’on aurait emmené prisonnier, et que le maréchal de L’Hospital {b} fut attaqué à la place Dauphine par le peuple ému de cette croyance et qu’il eut beaucoup de peine à assurer du contraire. En quelques quartiers, le peuple voulut faire feux de joie et en fut à peine empêché par les quarteniers. »


  1. Tandis qu’on arrêtait les princes.

  2. Alors gouverneur de Paris.

Le son est « la peau du blé moulu, qu’on sépare de la farine par le moyen d’un blutoir ou sas ou tamis fort délié. Le son gras est celui où on a laissé encore beaucoup de farine, qui n’a pas été bien passée ; son sec ou maigre, celui d’où on a tiré toute la farine. Dans les famines on mange du pain de son » (Furetière).

6.

Néron (Nero Claudius Cæsar Augustus Germanicus, 37-68 apr. J.‑C) a été empereur romain de 54 à 68. Fils d’Agrippine, sœur de l’empereur Calligula, Néron fut adopté par l’empereur Claude (10‑54, empereur en 41), à qui il succéda. Bien qu’il fût bon administrateur des affaires publiques, sa vie et son règne n’ont été qu’une longue et fort célèbre suite de complots, d’assassinats et de débauches en tous genres.

Suétone, Vie des douze Césars (Néron, livre vi, chapitre xxxiii, § 1) :

Parricida et cædes a Claudio exorsus est, cuius necis etsi non auctor, at conscius fuit, neque dissimulanter, ut qui boletos, in quo cibi genere venenum is acceperat, quasi deorum cibum posthac proverbio Græco conlaudare sit solitus.

[Ses parricides et ses meurtres commencèrent par l’assassinat de Claude, car, s’il ne fut pas l’auteur de ce crime, il en fut du moins le complice ; et loin de s’en cacher, à partir de ce moment, il prit l’habitude de citer un proverbe grec célébrant comme un mets des dieux les champignons qui avaient servi à empoisonner Claude].

Tacite (Annales, livre xii, chapitres lxvi-lxvii) en a dit plus long sur l’assassinat de l’empereur Claude sur l’ordre de son épouse Agrippine, la mère de Néron :

Deligitur artifex talium vocabulo Locusta, nuper veneficii damnata et diu inter instrumenta regni habita. Eius mulieris ingenio paratum virus, cuius minister e spadonibus fuit Halotus, inferre epulas et explorare gustu solitus. […] infusum delectabili boleto uenenum.

[On choisit une artiste en pareille matière, une nommée Locuste, condamnée récemment pour empoisonnement et utilisée longtemps comme l’un des instruments du pouvoir. Avec art, cette femme prépare un poison que fut chargé d’administrer l’un des eunuques, Halotus, à qui incombait ordinairement le soin d’apporter les mets et de les goûter le premier. (…) le poison fut répandu dans un excellent ragoût de cèpe]. {a}


  1. V. note [18], lettre 804, pour un retour de Guy Patin sur cette histoire.

La fin de la lettre est un emprunt manifeste à celle que Patin a adressée à Charles Spon le 22 mars 1650, mais on l’a conservée à cause du début.

7.

Ancien nom du badminton, le volant est « un jeu d’enfants, qui se fait avec des plumes attachées à un petit tuyau de bois ou d’ivoire, qu’ils se repoussent les uns aux autres comme une balle avec des palettes ou des raquettes » (Furetière).

8.

V. notes [35], lettre 242, pour l’Imitation de Jésus-Christ, et [14], lettre 166, pour l’évasion de Vincennes du duc de Beaufort, le 31 mai 1648.

a.

Du Four (édition princeps, 1683), no xxii (pages 83‑84) et Bulderen, no xxxv (tome i, pages 106‑107) du 1er mars 1650 ; Reveillé-Parise, no cclxxvii (tome ii, pages 546‑547), même date (v. infra, note [1]).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 1er février 1650.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0215
(Consulté le 23.09.2021)

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