L. 223.  >
À Charles Spon, le 1er avril 1650

Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai une grande lettre de quatre pages pour ma dernière datée du 22e de mars dernier, laquelle vous aura été rendue par un marchand de Lyon à qui elle a été adressée par un marchand de la rue Saint-Denis [2] qui est un de mes meilleurs amis, nommé M. Bachelier, [1][3] qui m’a fait le bien de la mettre dans son paquet et qui m’a assuré qu’elle vous serait rendue, de quoi je ne doute point. Le jour suivant, savoir le 23e, mourut ici un professeur du roi nommé Petrus Montmaur. [4] C’était un très savant homme en grec et en latin, præsertim in lectione poetarum[2][5] Il avait une mémoire prodigieuse, et débitait plaisamment et agréablement de belles et bonnes choses partout où il se trouvait, non sine iactancia, et interdum mendacio[3] ce qui l’avait fait passer ici pour un grand emballeur ; et même, ante aliquot annos[4] on fit plusieurs vers contre lui, sous le nom de Mamurra[5][6] Il savait et connaissait toutes les bonnes tables de Paris, desquelles, ou de la plupart, il avait été chassé comme un parasite, non sine dedecore et infamia[6] Il avait autrefois été jésuite, d’où il fut chassé par quelque fausseté qu’il avait mise et fabriquée en quelques lettres. Il était natif de la vicomté de Turenne. [7][7] C’était un grand corps d’homme, grand vanteur et grand mazarin, vir malarum artium et malarum partium[8]

Ce même jour, 23e de mars, Mme de Bouillon, [8] qui était ici gardée dans sa propre maison par M. de Carnavalet, [9] lieutenant des gardes, trouva moyen de s’échapper et de se sauver. M. le duc d’Orléans [10] a fait mettre en prison ledit Carnavalet. [9] Pour ladite dame, on ne sait pas encore quel chemin elle aura pris et si elle s’en sera allée chercher son mari [11] en Limousin ou si elle demeurera cachée quelque part en cette ville. On a trouvé chez l’abbé Mondin [12] après sa mort (il est ici mort le 20e de mars) [10] pour quinze cent mille livres de bagues, joyaux, diamants, perles, etc. qu’il tenait en gage de la reine, [13] du Mazarin [14] et de la duchesse de Savoie. [15] On dit qu’il est mort de regret que ledit Mazarin ne lui voulait point faire raison d’une somme de 50 000 écus qu’il lui avait prêtée. On cherche maintenant de l’argent nouveau sur ces mêmes joyaux, afin d’avoir de quoi contenter les Suisses [16] qui veulent avoir de l’argent ou s’en retourner. L’abbé de La Rivière, [17] qui était en sa belle maison du Petit-Bourg [18] à cinq lieues d’ici, [11] a eu le vent qu’on le voulait envoyer plus loin ; sur quoi lui-même s’est retiré à une de ses abbayes, qui est à Saint-Benoît-sur-Loire, autrement dit Fleury, Floriacum, sive cœnobium Floriacense[12][19] On parle aussi de lui ôter le cordon de l’Ordre [20] qu’il porte, Cordon qui servira de corde, Si on ne lui fait miséricorde, Car la roue à peine est le prix Des attentats qu’il a commis[13][21] Le Mazarin a été trompé en son calcul sur le voyage de Bourgogne : il pensait avoir intelligence dans Bellegarde [22] avec Saint-Micaut [23] qui était dedans ; [14] mais le comte de Tavannes, [24] qui tient fort pour le prince de Condé, [25] a tout renversé et s’est rendu le maître là-dedans. [15] Si bien que le Mazarin ne sait que faire, où il doit aller, s’il doit revenir à Paris, adeo est incertus rerum suarum : [16] s’il revient à Paris, on se moquera de lui et sera accusé d’avoir fait faire au roi [26] un grand voyage sans aucun profit, et même d’avoir hasardé l’autorité du roi sur des rebelles, dans le royaume même, sans aucun fruit ; s’il n’ose revenir à Paris, mais qu’au lieu de cela, il s’en aille à Lyon avec ses nièces [27] et son petit neveu, on dira partout qu’il veut les renvoyer en Italie à dessein de s’y en aller par après lui-même et de se sauver par cette voie, lui étant autrement impossible d’éviter de deçà son malheur qui le talonne et le suit de près, soit dans la fin de la minorité, par l’autorité du duc d’Orléans et de ceux qui le possèdent, soit dans la majorité, par l’adresse de quelque petit favori qui voudra s’engraisser de ses dépouilles[17] On dit ici en secret que M. d’Émery, [28] le surintendant des finances, est fort malade, qu’il est bien empiré depuis huit jours. Il est maigre, sec et tout fondu. Son médecin, ou au moins celui qui en fait la fonction près de lui du mieux qu’il peut, nommé Vallot, [29][30] qui est la créature du premier médecin, [31] l’a mis au lait et n’ose plus d’autre remède[18] Le matin il prend du lait d’ânesse, [32] à midi du lait de vache, [33] au soir du lait de chèvre, [34] et entre deux, du lait de femme ; [35][36] et à propos de ce dernier, vous souvenez-vous de quelque bon auteur, qui ait fait mention de ce lait des femmes pour la guérison de quelque maladie d’importance ? [19][37]

La Cour des aides [38] fait ici trois chambres ; de ces trois on en tire douze conseillers pour les envoyer à Moulins [39] en Bourbonnais afin qu’ils aillent sur les lieux mêmes donner ordre que la taille [40] soit payée au roi, et d’empêcher les faux-sauniers[41] dont le nombre s’est tellement accru depuis la guerre que la gabelle [42] n’en vaut plus rien. [20] Un nommé Du Mont [43] et le marquis de Jarzé [44] se sont rendus les maîtres de la citadelle de Saumur, [21][45] et veulent empêcher que M. de Guitaut, [46] capitaine des gardes de la reine (qui est celui qui a arrêté les trois princes), n’en prenne possession ; pour à quoi parvenir, ils ont fait entrer dans le château de Saumur 300 hommes tout fraîchement pour faire tête à ceux qui entreprendront contre eux. [22] Il y a encore du bruit à Bordeaux [47] par la faute de M. d’Épernon [48] qui semble être porté sourdement par le Mazarin afin de mater ces peuples. Je ne sais si vous avez vu, il y a tantôt huit ans, une comédie française nommée L’Europe que le cardinal de Richelieu [49] fit faire et jouer aussi, un peu avant sa mort. L’auteur en était un homme ruiné, nommé Desmarets, [50] qui faisait tout ce qu’il pouvait pour plaire à ce tyran de cardinal, et auquel il s’attachait fort afin de se remplumer. [23] Après la mort du cardinal, il passa au service de Mme d’Aiguillon, [51] laquelle lui donna enfin, pour le récompenser de toutes ses flatteries, la charge de secrétaire du général des galères, [52] et est demeuré auprès du petit duc de Richelieu [53] pourvu de cette charge, et en a fait la fonction jusqu’ici ; mais Mme la duchesse d’Aiguillon l’a fait arrêter prisonnier et l’a fait mettre dans un cachot bien noir, accusé et convaincu d’avoir porté son maître, âgé de 19 ans, et l’avoir persuadé d’épouser, comme il a fait, la veuve de M. de Pons de Miossens, âgée de 32 ans ; [54] d’avoir sollicité l’affaire, avoir racheté les bans de l’archevêque de Paris et avoir donné ordre pour le voyage qu’il fit dès le lendemain de sa noce avec sa nouvelle femme au Havre-de-Grâce ; [24][55] et tout cela en cachette et sans en avoir donné avis à ladite dame d’Aiguillon, laquelle est tant plus irritée que ledit Desmarets se trouve être le cousin issu de germain de ladite nouvelle mariée. Elle l’a fait arrêter, s’est déclarée sa partie et lui met sus plusieurs crimes. [25] M. le prince de Conti [56] a été malade d’une fièvre continue [57] dans sa prison, où il a été visité par MM. Guénault [58] et Brayer, [59] outre M. Dupré [60] qui y est enfermé et qui n’en bouge. On dit que la fièvre n’est plus continue, mais seulement double-tierce, [61] ce [qui] ne laisse point d’être encore assez de mal pour ce petit prince qui est fort malsain, fort délicat et mal conformé ; vu qu’il a toujours de reste une méchante toux et une difficulté de respirer, quæ quidem duo symptomata sunt pene consectaneæ inhonesti illius gibbi quem habet in dorso[26]

L’abbé Mondin est mort sur la paroisse de Saint-Eustache. [62] Les chanoines l’ont voulu avoir pour l’enterrer, en tant que leur compagnon, à Notre-Dame. [63] Le curé de la paroisse s’y est opposé et l’a voulu avoir aussi. Son corps a été porté en dépôt dans une cave de Saint-Eustache. Acriter undique certatum est in Senatu[27] arrêt s’est ensuivi par lequel les chanoines de Notre-Dame ont été déboutés de leur prétention qui n’en allait qu’à leur intérêt, savoir des frais funéraux qui sont fort grands parmi eux, et de la sonnerie de leurs grosses cloches pour laquelle 300 livres se lèvent sur le bien du défunt. Quand on voulut enlever le corps pour le porter en l’église, une autre sorte de gens se trouvèrent là qui voulurent l’empêcher et s’y opposer ; c’étaient les créanciers de cet abbé qui demandaient assurance de ce qui leur était dû. Ce malheureux abbé, qui n’était qu’un courratier de perles et de diamants, et le proxénète du Mazarin en trafic de cette nature, [28] avait attrapé 40 000 livres de rente en bénéfices bons et certains ; et néanmoins, il se trouve qu’il doit 100 000 livres à des créanciers de famille, sans parler des grosses affaires dans lesquelles il est impliqué pour le Mazarin. Il faut que ces prêtres soient merveilleusement débordés [29] et déréglés en leur vie d’avoir tant de biens et de beaux revenus, et néanmoins, être si fort endettés et obérés au temps de leur mort, quo potissimum deberent sapere, nec quemquam fallere[30] Le professeur grec Pierre de Montmaur, [2] qui était un grand hâbleur, vivait presque de la même façon, car il devait beaucoup aussi, et néanmoins il avait beaucoup d’argent comptant qu’il avait laissé en dépôt entre les mains de quelques honnêtes gens qui l’aimaient, et entre autres, entre les mains de M. de Morangis, [64][65] conseiller d’État, frère de feu M. le président Barillon. [31][66]

M. de Châteauneuf [67] promet de tout régler tant qu’il pourra, d’empêcher qu’on ne contrevienne à la déclaration du mois d’octobre 1648, de ne retenir au Conseil du roi que ce qui doit y être retenu, ne point aigrir ni mécontenter le Parlement qu’il semble que la cour veuille flatter ; et même, il a demandé à un conseiller une liste des causes qui doivent être renvoyées au Parlement. Il s’en va aussi régler les séances de Messieurs les conseillers d’État et en retrancher le grand nombre que la reine, depuis sa régence, a merveilleusement multiplié, n’ayant pu avoir cette vertu de Plutarque [68] de refuser hardiment. [32]

Ce 28e de mars. Un des premiers hommes de Paris, qui n’est point frondeur et qui n’oserait l’être, étant attaché à l’autre parti par les grandes sommes d’argent qu’il a prêtées au roi, m’a dit aujourd’hui que le malheur suit le Conseil du roi et toutes les grandes délibérations qui s’y prennent ; que la guerre ne leur réussit point, combien que l’Espagnol soit très faible ; que l’emprisonnement de MM. du Blancmesnil [69] et de Broussel [70] leur a tourné tout au rebours, et a produit un effet tout contraire à ce qu’ils en avaient espéré, savoir la déclaration de six semaines après, qui est le palladium de Paris et de toute la France, [33][71] par laquelle déclaration ils sont bridés de telle sorte que manifestement ils n’en sont point à leur aise ; que le blocus de Paris, qui avait été entrepris en intention de casser cette déclaration, d’attraper lesdits MM. du Blancmesnil et de Broussel, et environ encore 40 autres officiers du Parlement, tant présidents que conseillers, de rétablir les partisans, mettre Paris à la taille, lever à l’instant sur Paris six millions d’argent comptant, bref de trouver de l’argent présent, n’avait tout au contraire rien causé que de la misère et de la pauvreté à la reine, d’autant que la moitié de la France avait pris les armes et s’était mise en état de payer beaucoup moins que par ci-devant ; ce que l’expérience rend tout évident, en ce que la cour est à toute heure en nécessité et qu’ils ne peuvent avoir de l’argent de nulle part ; que l’emprisonnement des trois princes est de même nature que ces autres affaires ; que les espérances de la reine et du Mazarin allaient encore à rebours ; que la Bourgogne, Bellegarde et le maréchal de Turenne [72] les empêchaient bien plus qu’ils n’avaient pensé, faute d’y avoir prévu de bonne heure ; qu’ils n’étaient point en état d’en venir à bout et qu’un empêchement levé, il en surviendrait quelque autre ; même que le malheur était si grand que Mme de Bouillon, qui s’est sauvée depuis peu, étant parvenue près de son mari, il y a grand danger qu’elle ne lui fasse prendre les armes et qu’étant révolté, il ne fasse de nouveau soulever la Guyenne, [73] laquelle en est en très grande disposition pour la haine qu’elle porte à M. d’Épernon. Quibus positis, ut sunt verissima[34] il est fort à craindre que la reine ne remette bientôt les trois princes en liberté afin d’apaiser par ce moyen-là les guerres civiles qui sont à la veille de s’allumer en France et d’ôter ce prétexte de guerre aux brouillons d’État qui veulent remuer ; qu’il sait bien que la reine y pense, que la semaine dernière deux courriers différents sont arrivés au Bois de Vincennes, [74] qui ont apporté des lettres à M. le Prince ; que M. de Servien [75] a été par deux fois au Bois de Vincennes où il a conféré secrètement deux heures entières avec ledit prince, lequel depuis a dit qu’il voyait bien qu’il sortirait de là le mois d’avril prochain. [35] Autrefois, la politique était Ars non tam regendi quam fallendi homines[36][76] Maintenant, nous pouvons dire aujourd’hui de la politique mazarine que Ars est qua non solum homines, sed ipsi etiam Politici decipiuntur[37] si on prend ce faquin pour un politique, qui n’en mérita jamais le titre et qui n’est qu’un malencontreux étalon de cour que l’on avait pris pour vrai et fin diamant, mais qui n’est qu’une happelourde et grand larron de nos finances. [38] Ce même homme m’a dit que le mariage de M. le duc de Mercœur [77] avait été accordé entre M. de Vendôme [78] et le Mazarin qui, pour cet effet, promettait à sa nièce [79] en mariage 600 000 livres et la charge d’amiral de France [80] pour M. de Vendôme, avec lettres de survivance pour notre gendre, le duc de Mercœur ; mais que ce mariage n’était point encore fait, faute que le Mazarin n’avait produit de bons effets. [39] Et tout cela sont des méditations politiques qui sont encore en apparence fort éloignées de l’événement, vu que les trois gouvernements des princes sont donnés ; que M. le duc d’Orléans est tout à fait possédé par MM. de Beaufort, [81] le coadjuteur, [82] Mme de Chevreuse, [83] M. de Châteauneuf et plusieurs autres qui ont voix en chapitre. [40]

Au reste, voici la quatrième lettre que je vous écris sans avoir eu des vôtres ; non pas que j’en aie aucune hâte, mais seulement que je désire fort de savoir des nouvelles de votre santé ; et quand j’en serai assuré, je vous assure que ma santé même, qui est Dieu merci à l’ordinaire, en sera fortifiée ; et quand vous prendrez cette peine, faites-moi la faveur de me dire aussi des nouvelles de notre bon ami M. Gras [84] et me faites part de sa politique, hisce difficillimis et calamitosissimis temporibus[41] L’Histoire de Bresse [85] avance-t-elle ? [42] quand espérez-vous qu’elle pourra être faite ? Votre M. Des François [86] est ici. [43] Son rang était venu de présider en cardinale [87] au fils de M. Perreau, [44][88][89] qui l’en avait supplié et retenu pour cela. On lui avait mandé le temps et le jour même qu’il fallait être ici pour cela. Il ne manqua d’y venir, il y est arrivé le jeudi même au soir que l’acte avait été soutenu le matin ; mais le bachelier [90] n’y a rien perdu, ni même notre École, vu qu’en sa place un des plus sages et des plus savants de notre Faculté lui a présidé, savoir le bon et excellent homme M. Moreau [91] le père, professeur du roi. [45]

M. le chancelier Séguier [92] était à Pontoise [93] en repos, tant de corps que d’esprit, où il était visité de ses amis de deçà qui y allaient à toute heure, et avait dessein de n’en sortir qu’après y avoir passé les fêtes, et delà se retirer à Rosny, [94] maison de son gendre ; [46][95] mais comme il a entendu que M. de Châteauneuf, Mme de Chevreuse et autres puissants de cette bande se plaignaient qu’il était là trop visité de Messieurs les maîtres des requêtes qui allaient là comme en procession, et de ses autres amis qui allaient et venaient jour et nuit, il en est tout sur-le-champ délogé depuis deux jours. Quelques-uns disent qu’il a reçu commandement d’en sortir par héraut envoyé exprès de la cour ; les autres, qu’il n’en est sorti que par la peur qu’il en a eue de le recevoir.

Il est vrai que M. de Servien a été voir deux fois M. le Prince en sa prison, mais on croit que ce n’était que pour le prier de donner une lettre au gouverneur qu’il a mis dans Bellegarde, qui le pût obliger de rendre la place ; ce que l’on dit qu’il n’a pas obtenu, et que même ceux qui sont dans Bellegarde ont prévu à cet événement, ayant fait avertir le Mazarin que jamais ils ne se rendraient ni ne remettraient la place entre les mains du roi durant sa minorité, quelque lettre qu’on leur apportât de la part de M. le Prince, si elle n’était pareillement signée par M. le maréchal de Turenne avec lequel ils ont intelligence. [35]

On dit que M. de Bouillon a fait mettre en armes toute la vicomté de Turenne, [7] sous ombre qu’il a eu certaines nouvelles qu’il y avait entreprise sur sa personne. Il y a aussi du bruit en Provence, [96] et principalement à Marseille, [97] contre le comte d’Alais, [98] sous ombre de création des consuls de la ville. [47] Il y avait en Anjou une damoiselle [99] qui gouvernait le maréchal de Brézé [100] et toute sa Maison, dont elle était devenue fort odieuse à toute la province. Comme elle s’est rencontrée en cette ville, M. le duc d’Orléans l’a fait arrêter prisonnière et l’a fait mener dans la Bastille. [48][101] Les Angevins ont encore si peur du maréchal de Brézé et de sa tyrannie qu’ils ne savent s’ils osent dire qu’il soit véritablement mort, et même semblent en douter. On ne sait pas ici où le roi et la reine passeront les fêtes de Pâques : les uns disent à Lyon, les autres à Paris ; pour moi, j’ai opinion que le Mazarin, qui craint Paris et qui n’aime point les grandes villes, de peur d’y être enfermé ou accablé, les amusera et retiendra en Bourgogne, sous ombre de parlementer avec les rebelles qui sont dans Bellegarde, en intention de les amener à la raison ; et qu’il traînera ainsi le mauvais temps, lui qui est de son naturel grand temporiseur, jusqu’à ce que la douceur de la saison leur permette d’assiéger Bellegarde, si pendant deux mois, ou tout au moins six semaines, cette place ne se remet dans son devoir et dans l’obéissance du roi. Les Messieurs du Parlement avaient créé six conseillers de la Cour pour être syndics des rentiers et afin de travailler à faire payer les rentes[102] conjointement avec M. le prévôt des marchands [103] et les échevins, [49][104] dans l’Hôtel de Ville. Le prévôt des marchands n’ayant pas voulu reconnaître ces nouveaux syndics, ils s’en sont plaints à la Cour qui s’en allait décréter contre le prévôt des marchands. M. le duc d’Orléans averti de ce désordre, lequel aurait pu exciter vacarme dans Paris en faveur des rentiers, a demandé surséance du Parlement et qu’il voulait accommoder cette affaire. [50] Enfin, on a changé de chambre M. le prince de Conti, il est hors d’avec son frère, il est en plus bel air et plus beau lieu, dans l’appartement de M. de Chavigny, [105] qui est un corps de logis qu’il y avait fait bâtir pour soi et pour les siens, lorsqu’il était gouverneur du Bois de Vincennes. [51] On dit ici que le capitaine des gardes du comte d’Alais a été tué à Marseille et que M. Foullé, [106] maître des requêtes, intendant de justice en Limousin, a été révoqué de sa commission par ordre du Conseil, à cause des cruautés qu’il exerçait en ce pays-là où, s’il ne s’était rendu le plus fort, les communes l’auraient assommé ; [52] joint que l’on aurait peur que le feu étant là allumé, n’augmentât trop vite dans les provinces voisines où il y a déjà bien du mécontentement, et même que M. de Bouillon y est en armes. On dit aussi que M. de Villemontée [107] a été en grand danger dans Bordeaux, et que son carrosse y a été brisé et mis en pièces. [53] Quand M. de Servien a demandé une lettre pour faire rendre Bellegarde à M. le Prince, il a répondu que la place était bonne et ceux de dedans bien résolus, mais que si la reine lui voulait donner la conduite de l’armée, qu’il la ferait rendre en deux heures. [35] On a envoyé à M. de La Rivière lui demander, de la part du roi, son cordon bleu, faute de prouver sa noblesse, qu’il n’a jamais obtenu qu’à cette condition ; à quoi il a manqué parce qu’il ne le pouvait pas faire. [54] Le Mazarin a envoyé une abolition à Marseille pour ce qui s’y est passé contre le comte d’Alais ; [47] en quoi on dit qu’il a fort mal fait et néanmoins, on croit qu’il le fait exprès afin d’y faire brouiller les cartes davantage, et que la reine étant obligée d’en retirer le comte d’Alais, s’il n’y est même assommé, ledit Mazarin puisse prendre pour lui ce gouvernement. On dit ici que le cardinal Antoine [108] est fort malade en votre ville de Lyon. Les trois princes vivent encore aux dépens de la reine : M. le Prince ne veut pas y vivre à ses dépens et ne veut pas tenir l’ordre que Mme la Princesse sa mère [109] y avait mis. Enfin, je finis après vous avoir protesté et assuré que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce vendredi 1er jour d’avril 1650.

Je viens d’apprendre qu’il y a en cette ville un des professeurs de Montpellier, [110] député pour les affaires de leur Collège, nommé M. Sanche. [55][111] Je vous prie très humblement de dire à M. Ravaud, [112] que j’ai ce jourd’hui, 1er jour d’avril, reçu du sieur Lamy [113] sa Bible de M. Diodati, [114][115] afin qu’il n’en soit pas en peine. [56] Je vous avertis que je viens d’apprendre que le pauvre M. Sauvageon [116] est mort en son pays de Nivernais ; [57] je ne sais pas encore ni le temps, ni le jour. Il ne fera plus imprimer de livres, on ne se mêle point de ce métier-là en l’autre monde. M. le chancelier n’a eu que le dessein de sortir de Pontoise, mais il y est encore et a permission d’y être jusqu’après les fêtes. M. de Marillac [117] y a été l’y voir ; c’est un maître des requêtes, mon bon ami ; il dit qu’il n’a jamais vu un homme si modeste et si courtois, et même si humilié. Ce dernier voyage de Bourgogne décrédite fort le cardinal Mazarin et quelques-uns d’ici en veulent gager sa perte ; c’est pourquoi l’on doute si, au sortir de Dijon, [118] il ramènera ici le roi. Les grands frondeurs de deçà sont en crédit près de M. le duc d’Orléans. On commence en Hollande une nouvelle édition des Épîtres latines de feu M. Grotius. [58][119] Aujourd’hui est mort ici M. Lumagué, [120] banquier. [59] Adieu Monsieur. Ce 1er d’avril 1650.

On dit ici que M. le comte d’Avaux [121] ne fera pas longtemps la charge de surintendant des finances, que l’on s’en va faire une assemblée de plénipotentiaires pour la paix d’Espagne, laquelle se tiendra à Bayonne. [60][122] Ce sont brides à veaux pour embarrasser et entretenir l’espérance de ceux qui demandent telle paix. [61] Si on envoie quelque part M. d’Avaux, ce n’est que pour l’ôter des finances, afin qu’il n’en sache pas le secret. Le Mazarin fera tout ce qu’il pourra pour faire durer la guerre jusqu’à la majorité du roi ; il n’aura en attendant que la peine de dérober tant qu’il pourra, selon sa coutume, de nos finances, et à se conserver dans le poste qu’il tient au Cabinet du mieux qu’il pourra. La reine a montré au premier président [123] une lettre de M. d’Épernon, par laquelle il offrait sa tête s’il ne rétablissait dans Bordeaux l’autorité du roi, pourvu qu’on lui baillât, etc. Le premier président lui répondit que la Guyenne valait cent fois mieux que la tête de M. d’Épernon. Vous voyez par là que le Mazarin ne sait où il en est. Et moi, je me tiendrai bien heureux si je puis être en vos bonnes grâces. Tuus ex animo, P. [62]


1.

Guy Patin a plus tard reparlé de ce Bachelier, marchand rue Saint-Denis, lui donnant le prénom de Michel, pour le distinguer de son frère aîné, prénommé Jean.

2.

« particulièrement dans l’étude des poètes. »

Cette indication de Guy Patin sur la date de la mort de Pierre de Montmaur (v. note [5], lettre 96) est précieuse ; tous les dictionnaires biographiques donnent en effet l’année 1648, à l’imitation de Bayle (note M) :

« Il mourut l’an 1648. Je n’ai vu cela dans aucun livre, mais je le tiens pour indubitable car M. Simon de Valhebert, qui a pris la peine de me l’écrire, l’avait su de M. l’abbé Gallois qui, en consultant les registres du Collège royal, avait trouvé que Montmaur fut reçu en survivance de la chaire de professeur royal en langue grecque à la place de Jérôme Goulu (Parisien qui mourut l’an 1639) l’an 1623, et qu’il mourut l’an 1648 {a} et eut pour successeur Jacques Pigis. »


  1. Indication que retient aussi l’actuel catalogues des professeurs du Collège de France. Jérôme Goulu mourut en 1630 (v. note [33], lettre 183).

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 237, mardi 22 mars 1650) a confirmé le témoignage de Patin :

« Mort du sieur de Montmaur, professeur royal en grec et intendant des devises et inscriptions pour les bâtiments royaux de France, d’une pleurésie, au septième jour. Il avait bénéfices, titres ou offices du roi, rentes et beaucoup d’argent. »

Le même ajoute à cela (pages 237‑238) une autre nouvelle dont Patin n’a parlé que plus tard (lettre du 23 avril 1650 à Nicolas Belin) :

« Avis de la mort du sieur Descartes en Suède où la reine l’avait fait venir de Hollande, où elle lui avait envoyé trois mille écus pour son voyage. Étant près d’elle et voyant qu’il ne lui pouvait faire goûter sa philosophie, à cause qu’elle est prévenue et imbue de celle de Platon, il devint chagrin et demanda congé de s’en retourner, ce que la reine lui permit avec témoignage d’estime et présent de 4 000 écus, et une chaîne d’or avec la médaille ; mais sa mélancolie le saisissant tout à fait, il ne put partir et mourut. »

3.

« non sans ostentation ni parfois quelque fausseté ».

4.

« il y a quelques années ».

En 1648, les gens de lettres (Jean-Louis Guez de Balzac, Gilles Ménage, Nicolas Boileau-Despréaux…) s’étaient déchaînés contre Pierre de Montmaur. L’affaire fut le prétexte de querelles littéraires. Le sonnet de Balzac intitulé Sur Montmaur le régent et le pédant Ménage en donne une idée :

« Que Montmaur soit un sot, un pédant, je l’avoue,
Que son cheval et lui soient deux gros animaux,
Qu’il choppe {a} autant de fois qu’il prononce de mots,
Qu’il n’ait jamais raison, soit qu’il blâme ou qu’il loue,

Je ne m’offense point de ces tourments divers,
Puisqu’il a maltraité les sermons et les vers
D’un révérend abbé, d’un si grand personnage.

Qu’on le berne à la cour, qu’on lui fasse la moue,
Qu’en classe il soit sifflé par les petits grimauds, {b}
Qu’on lui fasse endurer tous les jours mille maux
Comme s’il méritait la potence ou la roue,

Je n’excuse l’erreur ni le crime d’autrui ;
Mais je ne puis souffrir que le fameux Ménage
Entreprenne un pédant bien moins pédant que lui. »


  1. Chopper : se tromper lourdement.

  2. Grimaud : terme injurieux dont les grands écoliers se servent pour injurier les petits.

On peut imaginer tel nom qu’on voudra derrière ce révérend abbé dont Montmaur avait maltraité les sermons (Adam, tome ii, pages 1180-1181).

5.

Ses détracteurs avaient donné à Pierre de Montmaur le surnom peu flatteur de (Gargilius) Mamurra, chevalier romain, intendant de Jules César dans les Gaules, au ier s. av. J.‑C., qui amassa par ses exactions d’immenses richesses et fit à son retour bâtir un palais magnifique sur le mont Cœlius. Catulle a fait de sanglantes épigrammes contre ce favori justement décrié pour ses rapines, son luxe et ses orgies.

Dans son César (Paris, Les Belles Lettres, 1997, page 129, première édition en 1885-1886), Alexandre Dumas Père a ainsi traduit le poème vii de Catulle  :

Pulcre convenit improbis cinædis,
Mamurræ pathicoque Cæsarique.
nec mirum : maculæ pares utrisque,
urbana altera et illa Formiana,
impressæ resident nec eluentur :
morbosi pariter, gemelli utrique,
uno in lecticulo erudituli ambo,
non hic quam ille magis vorax adulter,
rivales socii puellularum.
Pulcre convenit improbis cinædis
.

« Quel beau couple de mignons vous faites, débauche Mamurra, impudique César ! Tous deux avilis, l’un à Rome, l’autre à Formies, tous deux flétris, tous deux malades de vos excès, jumeaux de vices, tous deux savants en lubricité, à qui une seule litière suffit, voraces adultères, rivaux de compagnons et de femmes. Oh ! vraiment, vous faites un beau couple ! »

6.

« non sans indignité ni infamie. »

Du grec παρασιτος (qui mange avec), parasite avait alors son sens premier : « écornifleur, piqueur d’escabelle, qui va dîner à la table d’autrui sans y être invité. Ceux qui tiennent table sont fort incommodés des parasites. Les poètes de cour, les hobereaux de campagne, sont de grands parasites ou écornifleurs. Les parasites sont d’ordinaire bouffons et flatteurs, ils sont l’objet des satires et des comédies. Originairement ce mot signifiait seulement un valet ou domestique qui vivait à la table ou aux dépens de son maître » (Furetière).

Ce trait de Pierre de Montmaur avait fort inspiré les libellistes qui l’avaient attaqué :

  • Macrini Parasitogrammatici Ημερα [La Journée de Macrin, parasito-grammairien], vers latins de Charles Feramus, avocat au Parlement de Paris ;

  • Vita Gargilii Mamurræ Parasitopædagogi, scriptore Marco Licinio [Vie de Gargilius Mamurra, parasito-pédagogue, par Marcus Licinius] composée par Gilles Ménage en 1636 ;

  • Gargilii Macronis Parasitosophistæ Metamorphosis [La Métamorphose de Gargilius Macro, parasito-sophiste], poème où Ménage décrit la métamorphose de Montmaur en perroquet ;

  • Monmori Parasitosycophantosophistæ Αποχυτραποθεωσις [Marmito-défécation de Montmaur le parasito-sycophanto-sophiste] (sans nom ni date) ;

  • Metamorphosis Parasiti in Caballum [Métamorphose du parasite en cheval], poème d’Abraham Rémi, professeur royal d’éloquence.

7.

Turenne, à la frontière entre le Limousin et le Périgirord, est aujourd’hui une commune du département de la Corrèze, à 16 kilomètres au sud de Brive-la-Gaillarde. C’était alors le plus vaste fief de France (111 paroisses, 1 200 villages), érigé au ixe s. en vicomté autonome, qui était depuis 1444 possession des La Tour d’Auvergne, ducs de Bouillon et princes de Sedan (dits étrangers, pour les distinguer des princes du sang royal) sous Henri iv, qui professaient le calvinisme. L’imposante et inexpugnable forteresse de Turenne en symbolisait la domination et l’indépendance de la Couronne ; elle allait servir de relais et de retraite aux princes frondeurs. La vicomté fut intégrée au royaume en 1738, quand Louis xv la racheta aux Bouillon-Sedan. Le maréchal-vicomte de Turenne était alors Henri de La Tour d’Auvergne, frère cadet de Frédéric-Maurice, duc de Bouillon et prince de Sedan (par coïncidence, le paragraphe suivant de la lettre relate comment la femme de ce prince s’était évadée de Paris).

8.

« homme de mauvaises intrigues et de mauvaises causes. »

9.

Le soir du 22 mars, Claude d’Aigue, sieur de Carnavalet (Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, tome i, page 237) :

« lieutenant aux gardes du corps du roi et commis avec 24 archers des gardes à la garde de la duchesse de Bouillon, {a} joua dans sa chambre avec elle jusqu’à dix heures, puis se retira ; et elle demanda d’aller au quartier de ses enfants qui sont deux, les plus petits, qui lui sont restés, les autres plus grands ayant été sauvés peu après que leur père fut en sûreté. Le garde, qui était à la porte de sa chambre en faction, l’y accompagna et demeura à la porte ; mais elle, qui était entrée en la chambre, en sortit aussitôt par une ouverture qui répondait à un petit huis secret par où elle descendit en la cave, et delà fut tirée en la rue par un soupirail. Le garde, adossé à la porte de cette chambre y passa la nuit et le matin, Carnavalet y venant, l’y trouva, puis entrant chez les enfants, découvrit par où la mère s’était sauvée. Il fut encore jeudi toute la matinée au Palais d’Orléans, où se tenait le Conseil d’État, et le soir fut envoyé prisonnier à la Bastille. Mlle de Bouillon, belle-sœur de ladite dame, avec ses deux petits enfants, sont restés à Paris. »


  1. V. note [56], lettre 216.

10.

Parenthèse ajoutée dans la marge.

Journal de la Fronde (volume i, fo 188 ro, mars 1650) :

« Le 20 au matin, l’abbé Mondin, Piémontais, mourut en cette ville n’ayant voulu dire à personne, jusqu’à ce qu’il fut à l’article de la mort, l’endroit où il avait mis les pierreries de M. le cardinal qu’il avait en garde, lesquelles Son Éminence aurait couru grand risque de perdre si l’abbé Bentivole ne l’eut pressé de déclarer ce secret qu’il ne voulait confier à personne. On dit qu’il en avait pour 800 mille écus. Son canonicat de Notre-Dame a été donné à M. de Ventadour. Le lendemain le curé de Saint-Eustache ayant su que les chanoines de Notre-Dame voulaient enterrer ce corps dans leur église à cause qu’il en était chanoine, le fit enlever et apporter dans Saint-Eustache où il est encore dans une chapelle, et y sera jusqu’à ce que le procès soit vidé au Parlement. »

Cet abbé Mondin, ou Mondini, agent d’affaires de la Maison de Savoie et homme de confiance de Mazarin, avait été arrêté sur ordre du Parlement en janvier 1649. V. note [26] du Patiniana I‑4 pour un commentaire sur cette créature mazarine.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 234, vendredi 18 mars 1650) :

« L’abbé Mondin, Piémontais, jadis valet ou petit précepteur des Largentier, gentilshommes savoyards, au Collège de Navarre depuis, par l’approche qu’il eut avec le feu cardinal de Richelieu et la confidence du cardinal Mazarin, pour le trafic des pierreries et des meubles, est mort d’une fièvre pourprée, en l’âge d’environ 50 ans, laissant vaquer trois bénéfices de quinze à vingt mille livres de rente ensemble. »

11.

Le château de Petit-Bourg, à Évry-sur-Seine (commune d’Essonne, nommée Évry-Petit-Bourg jusqu’en 1965) avait été achevé vers 1635. Incendié par les Allemands en 1944, il fut ensuite rasé.

12.

Floriacum est le nom latin de Fleury, « ou monastère de Fleury », abbaye bénédictine sise dans le Val de Loire, fondée en 651. Les reliques de saint Benoît (v. deuxième notule {a}, note [19] du Naudæana 3) y ayant été transférées en 887, elle prit le nom de Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret).

L’abbé de La Rivière reçut l’ordre de s’y retirer le 24 mars (Journal de la Fronde, volume i, fo 190 ro).

13.

L’abbé de La Rivière, évêque-duc de Langres, était chancelier et garde des sceaux de l’Ordre du Saint-Esprit (v. note [17], lettre 63) depuis 1645 ; ces sceaux allaient lui être retirés le 5 mai 1650 pour être transmis à Abel Servien.

Guy Patin citait ici quatre des mille vers du Gouvernement présent ou Éloge de son Éminence. Satire ou La Miliade (page 55), pamphlet anonyme, d’une violence inouïe contre Richelieu (1635 ou 1636, v. note [3], lettre 415). Ils attaquaient Nicolas Le Jay, premier président du Parlement de Paris de 1630 à 1640 (v. note [11], lettre 17), comme vil exécuteur des basses œuvres du ministre.

14.

Philippe-Emmanuel de Royer, comte de Saint-Micaut (mort en 1673), commandait alors la place condéenne de Bellegarde (Seurre), comme lieutenant nommé par son gouverneur, Marsin (v. note [7], lettre 221). Depuis le début du mois de mars, le duc de Vendôme avait en vain tenté d’acheter à prix fort le ralliement de Saint-Micaut à la cause royale, mais les menaces du comte de Tavannes (v. note suivante) l’avaient empêché de trahir.

15.

Jacques de Saulx, comte de Buzançay, dit le comte Tavannes (1620-1683), était l’arrière-petit-fils du maréchal Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, dont Guy Patin a souvent évoqué les Mémoires dans la suite de sa correspondance (v. note [5], lettre 467). Le comte de Tavannes, grand bailli de Dijon et capitaine-lieutenant des gendarmes de Condé en 1638, l’avait secondé dans ses campagnes victorieuses (Rocroi, Thionville, siège de Paris). Fidèle à son général, il avait alors épousé la cause des princes emprisonnés et levait des troupes pour assurer la défense de Bellegarde contre l’armée royale. Brouillé avec Condé à l’automne de 1652 (v. note [47], lettre 294), Tavannes ne le suivit pas dans son ralliement à l’Espagne et se retira définitivement dans sa terre du Pailly près de Langres (C. Moreau). On a de lui les :

Mémoires de Messire Jacques de Saulx, comte de Tavannes, lieutenant-général des armées du roi. Où l’on rapporte avec une exacte fidélité les Causes, les Motifs et les divers Mouvements des Factions des Princes, du Parlement, te de Paris, durant les derniers troubles qui ont affligé la France jusqu’en l’année 1653. {a}


  1. Paris, Jean-Baptiste Langlois, Cologne, Pierre Marteau, 1691, in‑12 de 247 pages, avec portrait de Tavannes.

16.

« au point qu’il ne sait pas trop comment mener sa barque ».

17.

V. note [24], lettre 214, pour la majorité du roi qui devait intervenir le 6 septembre 1651.

18.

Antoine Vallot (Mâcon 1594-Paris 9 août 1671) avait étudié la médecine à Montpellier, mais reçu le bonnet doctoral à Reims. Dubourg Maldan confirme ce fait (page 360) en disant Vallot natif de Clarac (ce qui ne correspond à aucune localité proche de Mâcon), mais sans l’inclure dans sa liste « chronologique et complète » des docteurs reçus à Reims (pages 380‑381). Alors médecin d’Anne d’Autriche, Vallot devint premier médecin de Louis xiv en 1652, en succession de François Vautier (premier médecin en exercice au temps de cette lettre).

Vallot était grand partisan du vin émétique, du quinquina et du laudanum. Nommé en 1658 surintendant du Jardin des plantes, il l’enrichit d’une foule de végétaux exotiques et publia en 1665, sous le titre d’Hortus regius, un catalogue des plantes qu’il renfermait et qui s’élevaient déjà à plus de 4 000 variétés. En 1664, à la mort de Martin Richer de Belleval, le roi nomma Vallot professeur et chancelier de la Faculté de Montpellier, tout en lui conservant sa place éminente à la cour. On doit à Vallot la première partie du Journal de la santé du roi (G.D.U. xixe s. et Dulieu).

Guy Patin n’a jamais ménagé Vallot dans ses lettres. Il lui reprochait de n’être pas docteur de Paris, d’être adepte de la médecine chimique et d’avoir la confiance des plus grands du royaume.

V. note [41] des Décrets et assemblées de la Faculté dans les Commentaires de 1650-1651 pour une trace flagrante de cette animosité : le 14 août 1651, le doyen Patin demanda à deux membres de la Compagnie de rendre des comptes sur la mort d’une éminente dame qu’ils avaient soignée en lui donnant de l’antimoine, sur le conseil de Vallot, « médecin étranger ».

19.

Guy Patin pouvait faire allusion à ce passage de la Pratique médicale de Lazare Rivière (Lyon, 1660, v. note [5], lettre 49), tome premier, livre vii, chapitre vii, De Phthisi [La Phtisie] (page 495) :

Lac omnes intentiones ad phtisicorum curationem propositas adimplet. Absterget serosa sua parte, conglutinat caseosa, corpus nutrit et reficit butyrosa. Cum autem varia sint lactis genera, omnibus præferendum est muliebre, ut pote naturæ nostræ magis familiare, utiliusque erit, si ex ipso ubere sugatur. Huius usu se aliquos restitutos vidisse testatur Platerus : Ex iisque unum non solum convaluisse, sed etiam tantas vires recepisse, ut ne lac sibi in posterum deficeret, nutricem de novo imprægnarit.

[Le lait comble tous les efforts déployés pour guérir les phtisiques. Il purge par sa partie séreuse, {a} il conglutine par sa partie caséeuse, {b} il nourrit et restaure le corps par sa partie butyreuse. {c} Bien qu’il existe diverses sortes de lait, celui de femme doit être préféré à tous les autres parce qu’il nous est le plus familier ; et il sera plus profitable si on le suce à la mamelle. Platerus {d} témoigne avoir vu certains malades que son usage a rétablis : “ L’un d’entre eux a non seulement guéri, mais a puisé tant de forces qu’il a fécondé de nouveau la nourrice afin que le lait ne lui manquât pas à l’avenir ”].


  1. Petit-lait.

  2. Fromagère.

  3. Gras de beurre.

  4. Félix i Platter, médecin de Bâle au xvie s. (v. note [12], lettre 363).

Au xixe s., Guersent (in Panckoucke) confirmait encore l’avis de Rivière :

« Au premier rang des espèces de lait d’animaux non ruminants, se trouve celui de femme, qui est le plus riche de tous en sucre de lait ; {a} mais de toutes les espèces, c’est aussi celle qui présente le plus de variations ; il n’est […] presque jamais le même chez la même nourrice. Cependant, malgré cet inconvénient, c’est celui qui convient le mieux aux jeunes enfants et aux individus qui sont tombés dans le dernier degré de marasme et d’épuisement. Il paraît dans ce cas avoir de grands avantages sur tous les autres. Il est vraisemblable que le malade, en prenant le lait au sein même de la nourrice, reçoit aussi, au moyen de ce contact, quelques émanations salutaires et vivifiantes. Plusieurs médecins, convaincus de l’utilité de ces émanations pour un malade épuisé, ont même conseillé de faire coucher les malades avec leur nourrice ; ce qui n’est pas sans inconvénient, d’abord pour la nourrice, comme l’expérience l’a malheureusement prouvé plusieurs fois, et ensuite pour le malade, par rapport à la différence des sexes. On en a vu qui perdaient promptement avec leur nourrice la santé qu’ils en avaient d’abord reçue. […] Un autre inconvénient du lait de femme, c’est que, lorsqu’on le donne au malade pour unique nourriture, il est souvent nécessaire d’avoir plusieurs nourrices, dont le lait ne peut jamais être le même ».


  1. Lactose.

20.

La gabelle était l’impôt sur le sel. Les bourgeois de Paris, presque tous rentiers de l’Hôtel-de-Ville, prêtaient une attention particulière au bon recouvrement de la gabelle, car c’est sur elle qu’était indexée leur rente.

Moulins (Allier) était la capitale du Bourbonnais, ancienne seigneurie des ducs de Bourbon.

21.

Nicolas-René de Gauréaul, sieur Du Mont, capitaine des gardes du maréchal de Brézé (mort à la mi-mars 1650), était son lieutenant au gouvernement de Saumur. La Fronde s’allumait alors dans tout le centre ouest de la France (Anjou, Touraine, Poitou, Limousin, Périgord). V. note [3], lettre 190, pour l’espiègle marquis de Jarzé.

22.

Celui que la reine envoyait prendre possession du gouvernement de Saumur était son fidèle capitaine des gardes, François de Pechpeyrou-Comminges, comte de Guitaut (1581-1657 ou 1663), qui avait arrêté les princes au Louvre le 18 janvier 1650. Les mémoires du temps (Journal de la Fronde, Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay) l’appellent Comminges et ont induit certains annotateurs à le confondre avec son neveu, Gaston-Jean-Baptiste de Comminges (v. note [5], lettre 184), lieutenant des gardes qui avait arrêté le conseiller Broussel le 27 août 1648. Le gouvernement vacant de Saumur avait été octroyé au début de mars à Guitaut-Comminges ; il était donc venu prendre possession de la ville, mais (Journal de la Fronde, volume i, fos 189 vo du 23 mars 1650, et 193 ro du 27 mars) :

« Le sieur Du Mont, lieutenant du feu maréchal de Brézé au gouvernement de Saumur, n’a point encore voulu rendre le château, prétendant une récompense de 24 mille livres auparavant. Le marquis de Jarzé ayant voulu faire prendre les armes à quelque noblesse dans le pays du Maine et dans l’Anjou, le maréchal de La Meilleraye en a donné avis à la cour ; ce que ce marquis ayant su, a envoyé sa femme à la cour pour s’en justifier. […]

Le château de Saumur résiste toujours contre M. de Comminges, qui est allé pour en prendre possession. Le marquis de Jarzé s’y est jeté avec quelques gens de sa suite et se promet que le duc de La Rochefoucauld, qui n’a pas encore fait son accommodement, fera soulever la province par le moyen du duc de La Trémoille, qui a grand crédit et qui est aussi mécontent, qui l’ira secourir en cas qu’il soit assiégé. M. de Comminges empêche tant qu’il peut qu’on y apporte aucuns vivres ni munitions, et a fait des rigoureuses défenses à cette fin. On a commandé six régiments pour aller assiéger ce château. »

La Rochefoucauld marcha vers Saumur avec 700 gentilshommes et 400 fantassins, mais arriva après que la ville eut capitulé.

23.

Jean Desmarets, sieur de Saint-Sorlin (Paris 1595-ibid. 1676) avait été l’une des plumes favorites de Richelieu, pour (et avec) qui il avait composé plusieurs tragédies. Membre de l’Académie française dès son premier recrutement (mars 1634), il était frère puîné de Roland Desmarets.

Son Europe, dont parlait ici Guy Patin, est une comédie héroïque dont la rédaction avait commencé en 1638 ; jouée pour la première fois le 18 novembre 1642 (soit quinze jours avant la mort du cardinal), elle avait été imprimée l’année suivante (Paris, H. Le Gras, 1643, in‑4o). C’est une allégorie à la gloire de la politique étrangère de la France : courtisant en vain Europe, Ibère décide de la conquérir par la force ; en alliance avec son parent germanique, il essaie de se rendre maître d’Ausonie (l’Italie) et suscite la trahison d’Austrasie (la Lorraine). Francion s’oppose alors aux desseins d’Ibère ; il contracte des alliances discutables (les protestants de Suède et des Provinces-Unies) et parvient à la victoire, en libérant Europe des « tyrans de la terre » qui voulaient la contraindre.

Tallemant des Réaux (Historiettes, tome i, page 287) :

« Quand il {a} fut de retour à Paris, il fit ajouter à l’Europe la prise de Sedan qu’il appelait dans la pièce l’Antre des monstres. Cette vision lui était venue dans le dessein qu’il avait de détruire la monarchie d’Espagne. C’était comme une espèce de manifeste. M. Desmarets en fit les vers et en disposa le sujet. »


  1. Richelieu.

24.

Bans (Furetière) :

« publications qui se font aux prônes des paroisses des noms de ceux qui veulent se marier ou prendre les ordres. Le concile de Trente {a} a ordonné la publication de trois bans pour empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de l’essence du mariage. On obtient aisément dispense des bans. On achète les deux derniers bans quand le premier a été publié. »


  1. V. note [4], lettre 430.

25.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, pages 236‑237, mars 1650) :

« Lundi 21, la dame du Vigean {a} obtint elle-même décret de prise de corps sur le sieur Desmarets, jadis poète-romaniste et gentil auteur, et depuis secrétaire des galères par la faveur de ladite dame du Vigean, sa cousine germaine, et de la duchesse d’Aiguillon ; nonobstant quoi, il n’a pas laissé de tremper au mariage de la dame veuve de Pons avec le duc de Richelieu, qui s’est fait au desçu {b} desdites dames et par l’entremise, en la maison de Trie, {c} de la duchesse de Longueville, présente ; à cause de quoi, sur l’information faite par le lieutenant criminel, décret de prise de corps a été donné auxdites dames, en vertu duquel,
le lendemain mardi 22 ou mercredi suivant, ledit sieur Desmarets fut constitué prisonnier ; et fut aussi donné ajournement personnel contre ladite dame veuve de Pons, duchesse de Richelieu, laquelle ayant vu faire commandement au duc son mari de suivre le roi lors de son partement en Bourgogne, pratiqua qu’il lui fût aussi fait commandement à elle de suivre conjointement ; ce qui fut fait. »


  1. Mère d’Anne de Pons, v. note [12], lettre 214.

  2. À l’insu.

  3. Dans l’actuel département de l’Oise.

Journal de la Fronde (volume i, fos 189 ro, 193 vo et 197 ro) :

« Le 22 {a} au matin Mme d’Aiguillon fit arrêter prisonnier le sieur Desmarets, secrétaire du duc de Richelieu, dans la maison où ce duc était logé avant son départ pour Dijon. Ce fut un exempt du grand prévôt qui l’arrêta, accompagné de 30 archers qui le conduisirent au Grand Châtelet, où il est dans une basse-fosse ; et comme c’était lui qui avait négocié le mariage du duc avec Mme de Pons, Mme d’Aiguillon a commencé par là ses poursuites pour le faire déclarer nul. […]

Le sieur Desmarets, secrétaire du duc de Richelieu, ayant été emprisonné, comme vous avez su, a été interrogé et a nié d’avoir su aucune des particularités du mariage de ce duc et d’y avoir fait aucune négociation. Depuis, il a présenté requête par laquelle il demandait d’être élargi en baillant caution ; mais sa requête a été jointe au procès. Il y a aussi décret d’ajournement personnel contre Mme de Pons sur les informations que Mme d’Aiguillon a fait faire contre elle, l’accusant d’avoir débauché et surpris la jeunesse de ce duc. Ce décret lui a été signifié par un huissier dans la maison de M. de Vigean, son père, où ayant été répondu que ce n’était pas son domicile, Mme d’Aigullion a obtenu un pareatis du grand sceau {b} pour lui faire signifier ce décret en Bourgogne, où elle est avec son mari. Depuis l’emprisonnement de Desmarets, l’abbé de Richelieu n’a point voulu ouïr parler de s’accommoder avec sa tante, à laquelle il a intenté procès au Grand Conseil pour demander la jouissance de ses bénéfices. […]

Le même jour {c} fut aussi plaidée à la Tournelle la requête présentée au nom de Mme de Richelieu et celle de Desmarets contre Mme d’Aiguillon, et ordonné que les parties viendraient plaider après Quasimodo ; et cependant, {d} les ordonnances et décrets du lieutenant criminel cassés, et la connaissance de cette affaire réservée au Parlement ; et quant à Desmarets, il fut dit qu’il serait élargi en baillant caution. M. de Vigean le voulut cautionner, mais on ne le voulut pas recevoir, Mme d’Aiguillon s’y étant opposée. »


  1. Mars 1650.

  2. Lettre exécutoire par toute la France.

  3. 6 avril.

  4. En attendant.

26.

« deux symptômes qui sont chacun sans doute la conséquence de cette laide gibbosité qu’il a dans le dos. »

Journal de la Fronde (volume i, fo 193 ro, 27 mars 1650) :

« M. le prince de Conti est malade depuis huit ou dix jours d’une fièvre double-tierce avec crachement de sang, mais il s’en porte beaucoup mieux qu’il n’a fait et est hors de danger. Il avait eu ordre de la cour de prendre le logement de M. de Chavigny, qui est dans le Bois de Vincennes, {a} et d’y faire son séjour avec liberté d’aller voir Monsieur son frère {b} quand il voudrait ; mais il a refusé, disant qu’il aimait mieux demeurer avec Monsieur son frère afin de ne quitter point sa compagnie. »


  1. V. note [51], lettre 223.

  2. Le prince de Condé.

Charles Dupré, natif de Paris (sans relation, autre que le patronyme, avec son collègue Guillaume Dupré, natif de Coutances, v. note [2], lettre 121), avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en janvier 1632 (Baron). Guy Patin a plusieurs fois parlé de lui dans des lettres : alors embastillé avec le prince de Conti (1650), il suivit son frère, le Grand Condé, dans ses campagnes militaires (à partir de 1651) et mourut dans les tranchées d’Arras, le 24 ou 25 août 1654. Cet accident désola profondément Patin qui s’en servit pour déplorer le sort que les grands seigneurs réservaient souvent aux médecins qui, attirés par le lustre d’un prestige éphémère, se mettaient à leur service.

27.

« On en a âprement disputé en tous sens au Parlement. »

V. supra note [10], pour la querelle autour du corps de l’abbé Mondin.

28.

Proxénète (Furetière) :

« courtier, {a} entremetteur d’un marché. On donne ce nom aux honnêtes entremetteurs qui font vendre des offices, qui font des mariages ou autres affaires. »


  1. courratier en vieux français.

29.

Déborder « se dit figurément en morale des passions vicieuses et excessives. Néron sur la fin de son empire se déborda en toutes sortes de vices. Cet homme est prompt et se déborde en injures » (Furetière).

30.

« sur quoi ils devraient par-dessus tout avoir du jugement et ne tromper personne. »

31.

Antoine Barillon (1599-1672), seigneur de Morangis, marquis de Branges, était le frère aîné de Jean-Jacques Barillon (v. note [24], lettre 39). Morangis avait été conseiller au parlement de Bretagne (1619), puis conseiller au Parlement de Paris (1620), maître des requêtes (1625) et enfin, conseiller ordinaire du roi dans ses conseils d’État et privé (1647). Il était depuis 1648 l’un des directeurs des finances (Popoff, no 505).

32.

Probable allusion au traité xi, De la mauvaise Honte, des Œuvres morales et philosophiques de Plutarque, translatées de grec en français par Messire Jacques Amyot… (Paris, Michel de Vasconan, 1572, 2 volumes in‑fo, volume 1, pages 79 vo‑80 ro) :

« Mais aussi faut-il volontairement faire plaisir à ceux qui nous requièrent choses raisonnables et à nous convenables, non par contrainte de honte, mais en cédant à l’équité ; comme aussi à l’encontre des demandes dommageables ou déraisonnables, il faut toujours avoir le dire de Zénon prompt à la main, lequel rencontrant un jeune homme de ses familiers qui se promenait à l’écart le long des murailles de la ville, et ayant entendu la cause, que c’était parce qu’il fuyait un sien ami qui le requérait de porter faux témoignage pour lui,

“ Que dis-tu sot que tu es, lui répondit-il : celui-là ne craint point et n’a point de honte de te requérir de choses iniques et déraisonnables, et tu n’as pas le cœur de le refuser et rebuter pour choses justes et raisonnables ? ”

Car celui qui dit

“ Méchanceté est une arme séante
Contre celui qui fait œuvre méchante ”

nous enseigne mal à nous venger de la méchanceté en nous la faisant imiter ; mais de repousser ceux qui nous molestent impudemment et effrontément, en ne nous laissant point vaincre à la honte et ne concéder point choses déraisonnables et déshonnêtes à tels effrontés, pour être honteux de leur refuser, ce sont hommes sages et bien avisés qui le font ainsi. »

33.

Palladium : « mot emprunté du latin et dérivé du grec. Il signifie proprement une statue de Pallas. Comme cette statue passait pour le gage de la conservation de Troie, l’antiquité païenne a désigné depuis sous le nom de palladium les divers objets auxquels les villes, les empires attachaient leur durée. Tel était le bouclier sacré qu’on croyait tombé du ciel sous Numa, etc. » (Académie).

Guy Patin revenait ici sur la déclaration du roi datée du 22 octobre 1648 (v. notes [10], lettre 162, [1], lettre 168, etc.).

34.

« Tout cela étant, qui est tout à fait vrai ».

En relatant les propos de son interlocuteur, Guy Patin venait de résumer en 22 lignes les faits marquants de la Fronde depuis les barricades d’août 1648 (arrestation de Broussel et Blancmesnil) en donnant la prédominance à la nécessité pour le gouvernement de trouver de l’argent en vue de faire la guerre.

35.

Abel Servien négociait en effet avec Condé au château de Vincennes, mais on en trouve peu de traces dans les mémoires du temps.

Journal de la Fronde (volume i, fo 193 ro, 27 mars 1650) :

« M. Servien y fut la semaine passée pour demander à M. le Prince des lettres pour ceux qui commandent dans Bellegarde, portant ordre de rendre cette place au roi. L’on parle diversement de la réponse que Son Altesse lui fit là-dessus. Les uns veulent qu’elle ait écrit trois lettres, l’une au maréchal de Turenne, l’autre au comte de Tavannes et la troisième à Saint-Micaut, dans les mêmes termes que M. de Servien avait voulu ; et les autres, qu’elle l’ait refusé et que M. de Servien lui ayant remontré là-dessus qu’on jugerait par là qu’elle avait intelligence avec l’Espagnol, puisque M. de Turenne leur voulait mettre entre les mains la place de Stenay, qu’elle {a} répliqua qu’il {b} serait un traître s’il le faisait et qu’elle le désavouerait toujours. » {c}


  1. Son Altesse (le prince de Condé).

  2. Turenne.

  3. Les princes ne furent libérés que le 15 février 1651.

36.

« l’art non tant de diriger, que de tromper les hommes » (v. note [38], lettre 99).

37.

« c’est l’art d’abuser non seulement les hommes, mais aussi les politiques eux-mêmes ».

38.

Happelourde : « faux diamant, ou autre pierre précieuse contrefaite ou qui n’est pas arrivée à sa perfection. Happelourde se dit figurément des hommes et des chevaux, et de quelques autres choses qui ont du brillant, de l’éclat et qui paraissent valoir beaucoup, et qui étant bien examinés, ne valent rien. Il ne faut pas prendre les hommes à la mine, il y a bien des happelourdes » (Furetière).

39.

Journal de la Fronde (volume i, fo 181 vo, 6 mars 1650) :

« On a donné l’Amirauté à M. de Vendôme et la survivance à M. de Beaufort, {a} qui cependant prendra 40 mille livres tous les ans sur le droit d’ancrage avec une pension de 20 mille écus sur le Domaine du roi. Quelques-uns veulent que les provisions de l’Amirauté ne doivent être mises entre les mains de M. de Vendôme qu’après que M. de Mercœur aura épousé la nièce de Son Éminence {b} et que, pour cet effet, il doit revenir en diligence de Catalogne pour l’épouser à Dijon ou à Auxerre, et s’en retourner aussitôt après. »


  1. Et non à « notre gendre », Mercœur.

  2. Laure Mancini, v. note [15], lettre 216.

Le 1er juin suivant, le duc de Vendôme allait prêter serment comme amiral de France, avec les clauses prévues pour son fils cadet, le duc de Beaufort ; mais le même jour (Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, tome i, page 269) :

« la reine a dit audit duc de Vendôme qu’il ne s’attendît plus que le mariage de son fils aîné se fît avec la nièce de M. le cardinal ; et sur ce que le duc demanda pourquoi, la reine répliqua : Pour ce que le monde en parlait trop. »

40.

« On dit proverbialement qu’un homme n’a point de voix en chapitre pour dire, qu’il n’est d’aucune considération dans sa compagnie, dans sa famille. Quand la femme gouverne la maison, le mari n’a point de voix en chapitre » (Furetière).

41.

« en ces temps épouvantablement difficiles et misérables. »

42.

V. note [7], lettre 214, pour cet ouvrage de Samuel Guichenon (Lyon, 1650).

43.

François Des François, originaire du Velay, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1622 (Baron). Il mourut à Saint-Didier-en-Forez le 22 octobre 1655, après avoir, selon Guy Patin, tenté de se suicider en se poignardant.

44.

Pierre Perreau, fils de Jacques (v. note [14], lettre 146), allait obtenir le premier lieu de la licence (v. note [8], lettre 3) à la fin du printemps 1650 (v. note [9] des Comptes du 26 janvier 1652 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, pour le don de 300 livres tournois que Jacques Perreau fit à la Faculté pour la remercier du premier rang accordé son fils). Pierre fut reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en décembre de la même année. Il en fut doyen de 1686 à 1688.

45.

Comment. F.M.P. (tome xiv, fo 421 ro) :

Die xvii. Martii disputavit de cardinalitia quæstione M. Petrus Perreau baccalaureus, præside M. Francisco des François, quæstio fuit An semel mense temulentiam provocare sanum ?

[Le 17e de mars, M. Pierre Perreau, bachelier, a disputé sous la présidence de M. François Des François, la question a été « Est-il sain de s’enivrer une fois par mois ? »]

La narration de Guy Patin était-elle inexacte, ou le doyen Jean Piètre avait-il préféré un diplomatique mensonge par omission à une trace qui aurait pu souiller la mémoire d’un collègue ? La thèse imprimée (avec conclusion négative) attribue bien, elle aussi, sa présidence à Des François.

46.

Ce gendre du Chancelier Séguier était le prince de Henrichemont, Maximilien-François de Béthune, marquis de Rosny (v. note [17], lettre 222).

47.

Journal de la Fronde (volume i, fo 192 ro et vo, 27 mars 1650) :

« Le même jour arriva un courrier extraordinaire de Provence qui a passé Dijon et rapporté que le 17, le comte d’Alais ayant su, par des gens qu’il avait dans Marseille, l’élection qui avait été faite de nouveaux consuls par la brigue de sept ou huit factieux et que s’il y voulait aller, il les pourrait mettre facilement à la raison par une brigue contraire qu’il trouverait, au lieu que s’il n’y venait pas, il y perdrait tout son crédit, ce qui lui fit prendre résolution d’y s’y acheminer ; mais les nouveaux consuls l’ayant su lui députèrent le sieur de Cabres pour lui faire compliment et le supplier de n’y point venir, attendu la rumeur qui était dans la ville, où toute la bourgeoisie était en armes en attendant que le sieur de Montholieu eût obtenu de la cour la confirmation de cette élection, et où la ville avait levé mille soldats pour faire réussir ce dessein par la force. Ce député ayant rencontré le comte d’Alais en chemin à quatre lieues de Marseille, accompagné d’environ 200 cavaliers, lui fit son compliment et le supplia de la part de la ville de s’en retourner ; à quoi ce comte ayant répondu qu’il souhaitait de voir les nouveaux consuls, pria le député de leur aller dire qu’il les verrait ce jour-là ; mais comme il fut à deux lieues de Marseille, le même député revint pour la seconde fois le prier de n’y point venir à cause que les esprits du peuple y étaient si aigris contre lui qu’on en pourrait appréhender quelque désordre à son arrivée, et l’affront de voir qu’on lui refusât la porte ; sur quoi ayant conféré avec quelques-uns des siens, il ne laissa pas de résoudre de passer outre et étant arrivé à la plaine de Saint-Michel, à la portée du canon de la ville, il envoya le sieur de Matan, capitaine de ses gardes, et le chevalier Thomas de Village avec six ou sept de ses gardes à la Porte Royale ; où étant arrivés, ils demandèrent à parler aux consuls, ce qui leur ayant été refusé, ils demandèrent le capitaine de ce quartier-là, qui étant proche de là, vint parler à eux et leur refusa la permission qu’ils demandaient de saluer les consuls de la part du comte d’Alais ; ce qui mit en colère ledit sieur de Matan qui, après avoir menacé de mettre le feu à toutes les métairies qui sont autour de Marseille, lâcha son pistolet sur ce capitaine, qui néanmoins ne fut point blessé ; ce qui obligea les soldats de tirer sur ledit Matan qui fut tué sur la place, et le chevalier du Village eut son cheval tué sous lui. En mêmes temps, les bourgeois, qui avaient accouru au bruit sur les murailles, tirèrent aussi sur eux ; et les soldats qui étaient dans les tours ayant vu qu’on brûlait une métairie vers la plaine de Saint-Michel, mirent le feu à deux couleuvrines qui étaient chargées, lesquelles tuèrent deux des gardes de ce comte à ses côtés et couvrirent de terre son carrosse et ses chevaux, ce qui l’obligea de se retirer, voyant que sa faction ne faisait aucun effet. Il est à remarquer qu’un moine de l’abbaye de Saint-Victor avait fait entrer garnison dans cette abbaye pour la ville, et qu’un avocat s’était aussi saisi de Notre-Dame de la Garde. M. de Montholieu étant venu ici avec le courrier qui a apporté cette nouvelle, cette affaire fut réglée le 28 au Conseil qui se tient au palais d’Orléans, où il fut ordonné que tout ce qui s’était passé dans Marseille touchant l’élection des consuls serait cassé et annulé ; néanmoins, afin que l’autorité du roi fût mise à couvert, il fut arrêté que le roi enverrait des lettres patentes par lesquelles Sa Majesté, usant de clémence, nommerait les mêmes consuls que le peuple avait élus ; sur quoi le sieur de Montholieu partit le lendemain pour aller en cour faire signer cette résolution par M. de Brienne qui a le département de Provence. »

48.

En 1617, le feu maréchal Urbain de Maillé-Brézé, beau-père de Condé, avait épousé Nicole du Plessis, sœur cadette du cardinal de Richelieu. Avant même la mort de sa femme (1635), le maréchal avait pris pour maîtresse attitrée une dame Dervois (ou d’Elvaz ou d’Arvas), exécrée de tout le monde et suspecte de complicités condéennes, qu’on avait arrêtée le 27 mars et emprisonnée à la Bastille (Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, tome i, page 243).

Tallemant des Réaux (Historiettes, tome i, pages 516‑518) n’a pas manqué d’évoquer le souvenir de cette damoiselle, née Renée Pommier :

« Il y avait à Angers une jeune fille qui travaillait pour les tailleurs sur leur boutique, selon la mode du pays. Un laquais du maréchal de Brézé la débaucha et l’amena à Paris. Il dit à son maître, car on ne vivait pas autrement dans l’ordre avec lui, qu’il avait une jolie maîtresse et la lui fit voir. Elle plut au maréchal, et leur servit quelque temps à tous deux. Il fit ce garçon valet de chambre et la lui fit épouser, il s’appelait Dervois. Cette femme avait du sens et de l’esprit ; elle empaume le maréchal, s’en rend la maîtresse et lui fait traiter la maréchale comme il lui plaisait. Une des choses qui servit autant à achever la grande Nicole, ce fut que le maréchal lui ôta ses pendants et les mit en sa présence aux oreilles de la Dervois. Après la mort de la maréchale, elle eut l’ambition d’épouser M. de Brézé et pour cela, elle fit tuer Dervois à l’affût. {a} Je ne sais si ce fut par l’ordre du maréchal ou s’il en était seulement consentant, mais on assure que depuis il s’évanouissait quand il voyait un lapin. Cette femme pourtant ne vint point à bout de son dessein. Peut-être craignit-elle le cardinal de Richelieu qui, apparemment, n’eût pas trouvé bon qu’on eût ainsi contaminé sa noblesse. La Dervois faisait tout chez le maréchal et dans la province. Elle se levait dès quatre heures, était servante et maîtresse tout à la fois, faisait ses affaires et celles du maréchal en même temps, et était plus habile que tout son conseil. Il lui est arrivé souvent de déchirer tout ce qu’on avait dressé et de dicter les actes elle-même. Elle envoyait des gens de guerre où elle voulait, et à Angers même, à cause qu’elle était mal satisfaite d’un des officiers du présidial. »


  1. À la chasse.

49.

Jérôme Le Féron, prévôt des marchands, accompagné, comme toujours, de ses quatre échevins.

50.

Journal de la Fronde (volume i, fos 193 ro et vo et 196 vo) :

« Le 28, {a} les trois chambres du Parlement s’assemblèrent pour voir si on devait résoudre l’assemblée de tout le Parlement que l’on demandait pour délibérer sur les moyens de faire payer les rentes de la Ville ; mais on résolut de la surseoir pour quelques jours afin d’ôter tous les prétextes d’assemblée, à cause qu’il y avait quelques conseillers qui voulaient parler de faire exécuter la déclaration du roi à l’égard de l’emprisonnement de Messieurs les princes. Les syndics des rentiers furent hier mandés au palais d’Orléans où le Conseil arrêta quelques moyens pour assurer le paiement des rentes. […]

Le même jour, {b} on acheva au Conseil l’affaire des rentiers, auxquels on assura le paiement pour l’avenir ; et l’on accorde à leurs syndics une chambre dans l’Hôtel de Ville pour s’y pouvoir assembler toutes fois et quantes que leurs affaires le requerront. » {c}


  1. Mars 1650.

  2. 5 avril.

  3. Sous la menace d’une nouvelle sédition parlementaire, on fit absolument tout ce qu’on put pour satisfaire les rentiers et être en mesure de leur verser leurs deux trimestres d’intérêt le 15 mai suivant.

51.

En septembre 1648, Chavigny avait terminé son gouvernement du château de Vincennes en y étant lui-même détenu parce que Mazarin le tenait pour un des responsables, avec Châteauneuf, de la Fronde parlementaire (v. note [4], lettre 199).

V. supra note [26], pour le transfert du prince de Conti dans le logis de l’ancien gouverneur du château.

52.

V. supra note [47], pour la mort du sieur de Matan, capitaine des gardes du comte d’Alais, devant la porte de Marseille, et note [50], lettre 222, pour les exactions d’Étienne Foullé, intendant en Limousin.

53.

Journal de la Fronde (volume i, fos 192 vo et 193 ro, 27 mars 1650) :

« Le même jour on eut avis de Bordeaux du 21 que l’huissier du parlement, qui avait été si mal traité à Agen, avait été ramené à Bordeaux en très mauvais état, et que M. de Villemontée {a} y étant arrivé deux jours auparavant, un de ses laquais avait eu querelle avec quelques bourgeois ; ce qui avait excité grande rumeur dans la ville où le laquais fut fort maltraité à coups de bâton. Les artisans s’étant assemblés au bruit de ce désordre furent chez M. de Villemontée, menaçant de le jeter dans la rivière s’il ne leur en faisait raison ; ce qui obligea son fils, le père n’y étant pas, de leur représenter qu’il n’était pas venu en cette ville-là pour leur faire aucun mal, mais seulement pour recevoir leurs plaintes et obliger M. d’Éperon d’exécuter la paix, et qu’enfin il leur ferait raison ; mais ils ne furent pas contents de cette réponse puisqu’ayant trouvé son carrosse dans la rue, ils le mirent en pièces, et l’on ne sait que devinrent les chevaux, ce qui l’obligea de se retirer en une maison particulière. Le duc de Saint-Simon y était arrivé le même jour, après avoir laissé la place de Blaye bien munie de toutes choses. Le parlement y avait donné deux arrêts qui avaient été publiés et affichés aux coins des rues : l’un portant défenses à M. d’Épernon d’imposer ni exiger aucuns deniers sur la province qu’en vertu des commissions vérifiées au parlement ; l’autre portant cassation de toutes les ordonnances faites par ce duc pour la subsistance des troupes qu’il a encore. Depuis, on a eu nouvelles du 24 que M. de Villemontée avait exposé ses lettres de créance au parlement, lequel il avait prié de lui rendre réponse précisément à tout, afin que sa commission ne durât pas longtemps, et qu’il ne fût pas obligé de faire plusieurs allées et venues de Bordeaux à Agen. »


  1. V. note [21], lettre 220.

54.

Journal de la Fronde (volume i, fo 192 ro, mars 1650) :

« Le 25, l’abbé de La Rivière partit de sa maison de Petit-Bourg pour se retirer en son abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire suivant l’ordre qu’il en avait reçu de M. le duc d’Orléans. L’on parle de l’obliger à se défaire de la charge de chancelier de l’Ordre, {a} et même de lui ôter ledit Ordre en cas qu’il ne puisse pas faire preuve de noblesse dans trois mois ; mais Son Altesse Royale n’est point du tout portée à lui faire ce déplaisir. »


  1. V. supra note [13].

55.

Pierre i Sanche (Montpellier vers 1598-ibid. 20 mai 1668), fils d’un apothicaire dont la famille était venue de Catalogne au xvie s., avait été reçu docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1619. Agrégé en 1623, Sanche avait échoué au professorat en 1638 et 1639 (successions de Georges Scharpe et de Jean Delort), pour réussir en 1641 (succession de François Ranchin). De 1647 à 1655, il lutta incessamment contre la Faculté afin d’obtenir une chaire pour son fils, Pierre ii (v. note [4], lettre 397). Protestant, il avait abjuré vers 1630 (Dulieu).

56.

Cousin d’Élie (v. note [1], lettre 72) et d’Alexandre (v. note [2], lettre 557), Giovanni Diodati (Genève en 1576-ibid. 1649) appartenait à une famille originaire de Lucques (Lucca) en Italie ; son père Carlo, converti au calvinisme, s’était réfugié à Genève en 1576. À 21 ans, Giovanni y fut nommé professeur de langue hébraïque par Théodore de Bèze. En 1608, il devint recteur de paroisse dans l’Église réformée et en 1609, professeur de théologie.

Éminent représentant de l’Église de Genève, il est surtout resté célèbre pour ses travaux sur la Bible qu’il commenta et traduisit en italien (1607 et 1641), puis en français (1644, ouvrage dont Guy Patin venait d’acquérir une des éditions genevoises).

Pierre Lamy, apprenti libraire à Paris en 1615, reçu en 1625, a exercé au Palais (« au second pilier de la grand-salle, Au Grand César ») jusqu’en 1660. Sa veuve lui succéda et se remaria en 1662 avec Louis Billaine (Renouard).

57.

Fausse nouvelle, que Guy Patin a corrigée ultérieurement : Guillaume Sauvageon (v. note [2], lettre 36) ne mourut qu’en 1662.

58.

V. note [15], lettre 201, pour la réédition des Hugoni Grotii Epistolæ ad Gallos [Lettres de Hugo Grotius à des Français] (Leyde, 1650).

59.

Originaire du Pays des Grisons, Jean-André Lumagué (Lumacquo ou Lumaga en italien, 1564-1634) était arrivé en France vers 1590 pour exercer la banque, d’abord à Lyon, puis à Paris à partir de 1597. Guy Patin signalait ici la mort de son frère Barthélemy, ou d’un de ses deux fils, Marc-Antoine ou François.

60.

Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), évêché de Gascogne, était la capitale de la Terre Labour, en Biscaye (Pays Basque) française ; située au confluent de l’Adour et de la Nire, c’était un port de mer et une ville de fort grand trafic (Trévoux).

61.

Brides à veaux : « raisons qui persuadent les sots et dont se moquent les gens éclairés » (Furetière) ; « locution qui vient de ce que, les veaux ne se bridant pas, les brides à veaux ne sont rien » (Littré DLF).

62.

« Vôtre de tout cœur, Patin. » Le premier post-scriptum a été écrit verticalement en marge de la lettre ; le second, sur un billet numéroté fo 83 (Ms BnF no 9357), est inséré entre les deux feuillets de la lettre (fos 82 et 84).

a.

Ms BnF no 9357, fos 82‑84 ; Reveillé-Parise, no ccxxii (tome i, pages 519‑527) ; Jestaz no 29 (tome i, pages 633‑644).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 1er avril 1650.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0223
(Consulté le 28.11.2022)

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