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À André Falconet, le 30 décembre 1650

Monsieur, [a][1]

Enfin me voilà tantôt réduit à ne pouvoir plus écrire que rarement à mes meilleurs amis, dont vous et M. Spon êtes les premiers. Je ne vis jamais un tel embarras d’affaires, outre la brièveté des jours, laquelle m’incommode par trop. Enfin, notre bon vin de Bourgogne [2] est fini avec le festin que je fis à mes amis le lundi 19e de ce mois, que mon fils [3] passa docteur. [1] La plupart étaient autres qu’au premier festin et cela suivait la règle. On y but, avec mon vin vieux, douze bouteilles de vin nouveau qui était le meilleur et le plus friand de Paris qu’un de mes bons amis m’avait donné, avec deux bouteilles de La Cioutat, [2][4][5] et deux d’Espagne. [6] Si j’eusse eu le bonheur de vous avoir en cette ville, je me fusse bien gardé de vous mettre derrière quelque coin de tapisserie comme vous dites, il y eût eu une belle place pour vous parmi d’honnêtes gens et eux se fussent tenus bien honorés de vous avoir. Pour mon fils, il est votre très humble serviteur, il ira quelque jour vous voir à Lyon, nous avons prétention à quelque voyage. [7] Ma femme [8] vous baise très humblement les mains et vous remercie de votre souvenir. Permettez-moi qu’en échange je salue de tout mon cœur Mlle Falconet, à laquelle j’offre de deçà toute sorte de services. Je vous remercie de toute mon affection de la peine que vous avez prise de me rendre ami de M. Arnaud, [9] il m’a envoyé une lettre toute civile. Voilà que je lui fais réponse, je pense qu’à l’avenir, par votre moyen, nous serons toujours bons amis. Je vous prie de la lui faire tenir et de l’assurer que je suis son très humble serviteur, et que je le serai toute ma vie. Tâchez qu’il vous montre celle que je lui écris.

J’ai rencontré deux fois cette semaine M. Le Breton, [10] lequel m’a avoué tout ce que j’ai voulu en votre querelle avec M. Guillemin, [11] et m’a cédé en tout : genius Cæsaris fortior est genio Pompeii[3] Il m’a protesté et assuré qu’après ce que je lui en avais déduit en notre première entrevue, il avait conseillé à M. Guillemin de ne plus toucher ni penser à cette affaire et que depuis ce temps-là, il n’en avait rien ouï ; et je pense qu’il est vrai, car ce M. Le Breton est honnête homme et n’est point dissimulé. Il me dit bien la première fois que M. Guillemin me connaissait de réputation et faisait grand état de moi, qu’il s’offrait de m’en faire le juge. Je lui dis aussitôt qu’il s’en gardât bien et qu’il perdrait son procès qui avait déjà été jugé par le malade lorsqu’il fut guéri, et il acquiesça à tout ce que je lui dis pour votre défense, me promettant dès lors et s’obligeant à moi de lui en écrire, et lui conseiller de se taire puisque l’événement avait justifié votre procédé qui ne manquait point de raisons bonnes, valables et efficaces, et que tout ce qu’on pourrait dire à l’encontre n’était que problème. [4] Enfin, si M. Guillemin est bien sage, il se taira et sapiet in posterum[5] Nous sommes ici 113 docteurs, mais nous ne nous entrechoquons pas de si peu de chose, bien que souvent il y en ait occasion. Nemo sapit omnibus horis, neque volunt omnes sapere ; plures enim litare malunt Mercurio quam Palladi et bonæ menti ; sic hodie vivitur a multis, rari quippe boni[6][12][13]

Je vous remercie très humblement du Feyneus [14] et du livre chimique de M. Arnaud qui m’ont été apportés céans. [7] Je pense que c’est ce que vous aviez donné à M. de Label [15] pour me le faire tenir. Je vous prie de lui faire mes très humbles recommandations et de lui dire que je m’en vais demeurer dans huit jours au logis de M. Marchais le jeune, [16][17] et que je fais ma bibliothèque [18][19] dans la grande chambre dans laquelle mourut feu Mme de Lubert [20] le mois d’août passé, lorsqu’il était ici. [8] Il vous pourra dire combien mes 10 000 volumes seront bien rangés en belle place et en bel air : c’est pour le reste de ma vie, laquelle durera, tant qu’il plaira au Grand Maître, à votre service. Je pense vous avoir envoyé ci-devant Stibii noxæ vindiciæ en vers hexamètres et pentamètres contre l’antimoine, [9][21] en voilà d’autres un peu meilleurs que je vous envoie. Ne dites à personne que ce soit moi qui vous les ai envoyés, je ne sais qui en est l’auteur, on les envoie ici par paquets de quatre à nos docteurs. Ceux qui y sont nommés en ont grand regret, mais ils le méritent, ce sont des empoisonneurs publics.

Le Mazarin [22] a été à Reims [23] et delà, il est allé à Soissons [24] où il est encore. L’on parle ici fort obscurément et douteusement de son retour ; même on dit que la reine [25] est en grande inquiétude pour lui, elle voudrait bien qu’il fût ici ; et moi je désirerais bien qu’il fût à tous les diables. La reine garde encore le lit pour quelque reste de maladie, flux de ventre [26] et hémorroïdes. [27] J’apprends que le duc d’Orléans [28] et elle ne sont pas en bonne intelligence, et que Gaston témoigne trop ouvertement favoriser le parti des frondeurs qui sont les plus honnêtes gens que nous ayons aujourd’hui et pour le certain, reliquiæ aurei sæculi[10] Je prie Dieu qu’il donne de la force et de la connaissance à ce parti qui est le vrai ennemi de la tyrannie.

On exécuta, le 15e du courant, deux voleurs de grands chemins, dont l’un a été décapité et l’autre a été pendu. [29][30] Le corps de celui-ci a été demandé pour faire anatomie[31] Un de nos docteurs nommé Régnier [32] ayant obtenu, en vertu de la requête que je lui avais signée comme doyen, le corps d’un de ceux qui furent roués il y a trois semaines pour en faire des opérations de chirurgie en sa maison, on y a remarqué une chose fort extraordinaire, savoir le foie [33] du côté gauche et la rate [34] du côté droit. [35] Tout le monde a été voir cette particularité, et même M. Riolan [36] qui est ravi d’avoir vu cela. M. Régnier en fait un petit discours qui sera imprimé à ce qu’il m’a dit. [11] Un honnête homme de mes amis, sachant que j’avais été élu doyen de notre Faculté [37] à la place de M. Jean Piètre [38] le 5e de novembre dernier, m’a remis entre les mains un vieux registre de nos Écoles, en lettres abrégées et presque gothiques, [39] de l’année 1390, dans lequel sont marqués de deux en deux ans le nombre des docteurs et des licences. [40] Celui des docteurs est quelquefois de 15, 20, 25 et va même jusqu’à 40. [12] Je l’ai prêté à M. Riolan qui a trouvé qu’il y était fait mention d’un honnête homme qui légua par testament un manuscrit de médecine qu’il avait de Galien [41] de Usu partium[13] Ce legs est de l’an 1009 et est d’autant plus de conséquence qu’il prouve, contre ceux qui en voudraient douter, qu’en cette année-là et auparavant il y avait une Faculté de médecine à Paris.

Nous voilà à la fin de l’année, je vous souhaite toute sorte de prospérité, pour vous et pour toute votre famille, dans celle où nous allons entrer. Je suis en train de déménager ; ce me sera une peine pour mes livres et quand j’y pense, cela me fait dresser les cheveux à la tête. Je change de maison, [42] mais non pas de quartier : je vais demeurer dans la place du Chevalier du Guet, joignant le logis de M. Miron, [43] maître des comptes. J’espère que j’y serai bien logé et que j’y mourrai en repos. Je vous salue et suis, etc. [14]

De Paris, le 30e de décembre 1650.


1.

Ce qui restait de vieux bourgogne dans la cave de Guy Patin après le festin de son décanat (v. lettre à Falconet du 2 décembre 1650) venait de servir à célébrer dignement le doctorat de son fils Robert, disputé le 19 décembre (v. note [27] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris), après sa vespérie du 1er décembre (v. note [23] des mêmes Actes) et avant sa pastillaire (régence) du 19 janvier suivant (v. note [30] des mêmes Actes).

2.

À La Cioutat (aujourd’hui La Ciotat dans le Var), on cultivait un raisin particulier, fort semblable au chasselas, mais caractérisé par une feuille très découpée ressemblant à celle du persil (vitis laciniosa).

3.

« le génie de César est plus grand que le génie de Pompée » : allusion à la victoire de Jules César sur Pompée à la bataille de Pharsale (48 av. J.‑C., v. note [18], lettre 34) malgré la supériorité de Pompée en hommes (dix contre quatre légions).

4.

Problème : « question ou proposition qui ne paraît ni vraie ni fausse, qui est probable de deux côtés, qu’on peut soutenir également de part et d’autre » (Furetière).

5.

« et sera mieux avisé à l’avenir. »

6.

« Personne n’est sage à tout moment, {a} et tous ne veulent pas être sages, plusieurs même préfèrent sacrifier à Mercure {b} qu’à Pallas {c} et au bon esprit ; ainsi vit-on aujourd’hui dans une multitude, où les bons sont certes rares. » {d}


  1. Nemo mortalium omnibus horis sapit est un adage tiré de Pline (Histoire naturelle, livre vii, chapitre xl ; Littré Pli, volume 1, page 301).

  2. Mercure était le dieu des filous.

  3. Athéna, déesse de la sagesse.

  4. Rari quippe boni [C’est que les gens de bien sont rares] est le début d’un vers de Juvénal (Satire xiii, vers 26, v. note [6], lettre de Charles Spon, le 11 septembre 1657).

7.

V. notes [12], lettre 252, pour la Medicina practica de François Feynes, et [8], lettre 251, pour l’Introduction à la chimie du médecin lyonnais E.R. Arnaud, dont André Falconet et Charles Spon avaient apaisé les mauvais desseins contre Guy Patin.

8.

Mme de Lubert, veuve, que Guy Patin avait soignée pour une fièvre mortelle (v. note [3], lettre 245), occupait la maison qu’il venait d’acheter place du Chevalier du Guet, dont le propriétaire était Jacques Marchais le jeune, fils de son voisin de la rue des Lavandières (v. début de la lettre du 6 août 1649 à André Falconet).

9.

V. note [20], lettre 252, pour une autre allusion à la « Revendication du tort provoqué par l’antimoine ».

10.

« les survivants de l’âge d’or. »

Journal de la Fronde (volume i, fo348 ro, 6 janvier 1650) :

« Le 31 au soir, M. le Cardinal arriva ici en triomphe, M. le comte d’Harcourt lui ayant été au-devant à cheval avec les maréchaux de Schomberg, de L’Hospital, de Villeroy, du Plessis, le duc de Chevreuse, et tous les amis de Son Éminence, accompagnés des gendarmes et chevau-légers du roi et de la reine. L’escorte qui l’avait conduit de Reims ici mena en même temps au Bois de Vincennes Don Estevan de Gamara, Bouteville et dix autres des principaux prisonniers de la bataille, {a} y compris le marquis de Jarzé. »


  1. De Rethel.

11.

La rare observation de Pierre Régnier (v. note [13], lettre 253) éveilla beaucoup d’intérêt dans le monde médical parisien. Guy Patin, alors doyen, en a consigné les détails dans ses Commentaires de la Faculté de médecine de Paris (v. note [10][13] des Décrets et assemblées de 1650‑1651).

Jean ii Riolan y a consacré le traité la Disquisitio de transpositione partium naturalium et vitalium in corpore humano [Recherche sur la transposition des parties naturelles et vitales dans le corps humain] (pages 117‑136) de ses Opuscula anatomica varia et nova [Opuscules anatomiques divers et nouveaux] (Paris, 1652, v. note [30], lettre 282), avec ce passage (pages 117‑119) :

Quamvis hac hyemali tempestate propter frigoris excessum, non mihi licuerit commode et serio litteris vacare, quia frigus ætati meæ, et imbecillis pulmonibus est inimicum ; Attamen mihi Cynthius aurem vellit, et admonuit. Vir doctus in Mantissa nuper edita et addita suis præcedentibus Epistolis, me inuitatn imo compellat ex professione mea Anatomican ad expplicationem prodigij sub finem anni 1650. Lutetiæ observati.

Ac sane res est nova, et insolens, nec a me, qui plusquam centena cadavera ad Anatomem dissecui, nondum visa, rarissime ab aliis notata, in hac Urbe totius Orbis populosissima, scilicet Viscerum, quæ coercentur abdomine et Thorace transpositio, dum continentur dextro latere, quæ sinistrum occupare solent.

Priusquam accedam ad huius prodigij explicationem, historiam paucis enarrabo, et debitum honorem Medico repertori, ac demonstratori reddam. Sicarius nebulo annos 25. natus, dictus Richardus Francœur, aliis stipatus, die 29. mensis Octobris anno 1650. de nocte Rhedam illustrissimis Principis de Beaufort tunc absentis adoritur, sistitque, ac nobilem virum sclopeto interficit pro Principe ; Postea captus, incarceratus, supplicio rotæ addictus, et damnatus, a Iudice criminali cenceditur cadaver Chirurgis ad usum Anatomicum. Hoc notandum, quod raro expetuntur sic laniata cadavera, propter fracturas tibiarum, et cubitorum, atque Thoracis insignem contusionem, quæ magnam in partibus confusionem pariunt. Huius cadaveris Anatome celebrata duit in studio Chirurgico apud Dominum Regnier, collegam nostrum doctissimum, dissectore Antonio Bertrand, Chirurgo peritissimo, et Anatomico. Ad hoc spectaculum Dom. Regnier invitatus fui. Aperto cadavere in hypochondrio sinistro deprehensum fuit jecur situm, lien dextrum hypochondrium occupabat, inter utrumque viscus iacebat ventriculus, magis in dextrum latus propensus. Cor in thorace ad dextrum latus inclinabat. Nec satis fuit nosse istorum principalium viscerum inversum situm, sed ultra quæsita est reliquarum partium transpositio, quæ in istis duabus cavitatibus trunci corporis coercentur.

[Cet hiver, en raison du froid excessif, il ne m’aura pas été permis de me consacrer commodément et sérieusement à l’écriture parce que la froidure est ennemie de mon grand âge et de ma faiblesse de poumons ; mais cependant, Cynthius aurem vellit, et admonuit. {a} Un savant homme dans un supplément à ses précédentes lettres, qu’il récemment publié, m’invite et m’intime même, en vertu de ma qualité d’anatomiste, à fournir l’explication d’un prodige qui a été observé à Paris vers la fin de l’année 1650. {b}

Et il s’agit vraiment d’une chose nouvelle et insolite, telle que je n’en ai encore jamais vue, moi qui ai disséqué plus de cent cadavres pour en faire l’anatomie, et que d’autres n’ont qu’exceptionnellement observée, en cette ville qui est la plus peuplée du monde : c’est une transposition des viscères logés dans l’abdomen et le thorax, en sorte que se trouvent à droite ceux qui se situent ordinairement à gauche.

Avant d’en venir à l’explication de ce prodige, j’en relaterai l’histoire en peu de mots, et rendrai hommage au médecin qui l’a recueillie et me l’a rapportée. Un vaurien d’assassin âgé de 25 ans, nommé Richard Francœur, la nuit du 29e d’octobre 1650, en compagnie d’autres gens, attaque le carrosse du très illustre prince de Beaufort, qui ne s’y trouvait pas alors assis, et y tue d’un coup d’escopette {c} un gentilhomme qu’il croit être le prince. Il est ensuite capturé, emprisonné, condamné au supplice de la roue et exécuté. Le lieutenant criminel octroie son cadavre aux chirurgiens pour en faire l’anatomie. Il faut remarquer au passage que des cadavres ainsi mis en pièces sont rarement convoités à cause de leurs fractures aux jambes, aux cuisses, aux bras et aux avant-bras, et du singulier écrasement de leur thorax, qui mettent les parties en grand désordre. L’anatomie de ce corps donna lieu à une leçon chirurgicale chez Me Régnier, notre très docte collègue, avec pour dissecteur Antoine Bertrand, chirurgien et anatomiste très expérimenté. {d} Me Régnier m’invita à y assister. À l’ouverture du cadavre, on découvrit que le foie se trouvait dans l’hypocondre gauche ; la rate occupait l’hypocondre droit ; l’estomac gisait entre les deux, fort incliné vers le côté droit. Dans le thorax, le cœur était tourné vers le côté droit. Une fois constatée cette situation inversée des viscères principaux, nous avons cherché à savoir si existait aussi une transposition des autres parties qui sont logées en ces deux cavités du corps humain]. {e}


  1. « Cynthius [Apollon, v. note [8], lettre 997] m’a tiré l’oreille et rappelé à l’ordre » (Virgile, Bucoliques, églogue ii, vers 3‑4).

  2. Dans les Experimenta nova anatomica [Nouvelles expériences anatomiques] de Jean Pecquet (Paris, 1651, v. note [4], lettre 360) est imprimée un lettre de Jacques Mentel à Pecquet, datée de Paris le 13 février 1651, où il relate ce cas anatomique exceptionnel. Il y parle de Riolan avec une ironie qui l’a visiblement agacé (page 148) :

    Neque hæc sola μεταστασεως Partium Situs apud nos, historia signata est, et Curiosorum oculis observata hisce diebus, ut ex eruditissimo Riolano nostro colligimus, sub Anatomicorum finem operum, recentioris Editionis, ubi de Observationibus raris. Quo loci duarum aliarum commeminit ; et insuper Pyrrhonium in morem Senior ille επεχει tam facete quam docte, Num quibus Cor salit ad dextram mammillam : iis delitescentium posituræ partium mutatio intervenerit ? Quod facile crediderim, Senatoris Rhedonensis, qui Historiarum illarum pars magna est, exemplo permotus. An autem in Morbis ita constituti intus hominis, Galeni modus curandi (in quo cum experientia ratio facit naturam) mutandus ? Minime profecto. Nec hallucinationes in Arte inde timendæ sunt, ut aliqui falso sibi persuaderent, ni a male-cautis, et iis, si Diis placet, Medicis, qui in Arte tractanda audaciam cum imperitia, cum temritate inscitiam, in damnum ægrotantium atque perniciem conjungunt.

    [Cette observation d’un déplacement des parties, tel que les curieux l’ont récemment observé chez nous, n’a pourtant pas été signalé qu’une fois, ainsi que nous l’apprenons de notre très savant Riolan, sur la fin de ses œuvres anatomique, de la dernière édition, où il traite de Observationibus raris, à l’endroit où il en cite deux autres cas. {i} Et en outre, à la mode pyrrhonienne, {ii} ledit sieur se demande, aussi facétieusement que doctement, si n’existerait pas une inversion des parties cachées chez ceux dont le cœur bat près du mamelon droit. {iii} Voilà bien ce que je croirais volontiers, impressionné que je suis par l’exemple du conseiller au parlement de Rouen, {i} auquel se réfère la plus grande partie de ces précédentes observations].

    1. V. la fin de la susdite note [13], lettre 253, pour ces deux « Observations rares » que Riolan a rapportées dans ses Opera anatomica vetera [Œuvres anatomiques anciennes] de Jean ii Riolan (Paris, 1649, v. note [25], lettre 146) : celles d’un conseiller au parlement de Rouen âgé de 40 ans et d’un enfant de 16 mois (pages 870‑871).

      S’y ajoute cet intéressant passage des Animadversiones in Theatrum Anatomicum Caspari Bauhini [Remarques sur l’Amphithéâtre anatomique de Caspar Bauhin] (page 703) :

      Rarum est, sed non lethale, si Cor latus dextrum pectoris, et situm mutet. Id visum in quadragenario, qui sanus ad hoc tempus vixit, et hoc vidi in Regina Matre Regis Ludovici xiii.

      [Il est rare, mais non mortel, que la place du cœur soit inversée et qu’il se situe à droite la poitrine. On a vu cela chez un quadragénaire, qui avait vécu en bonne santé jusqu’à cet âge ; et je l’ai observé chez la reine mère du roi Louis xiii (Marie de Médicis dont Riolan avait été le premier médecin)].

    2. En mettant tout en doute (v. note [37], lettre 106).

    3. La citation de Mentel n’est pas absolument fidèle à ce que Riolan a écrit dans ses « Observations rares » (fin du premier paragraphe de la page 871) :

      Aperto thorace inventum Cor in dextrum latus propendens, pulmones in ea cavitate dextra locati, ut in sinistra naturaliter. An quibus Cor rite salit circa mammillam dextram, talis est confirmatio, dubitare licet ? nihil affirmo, quoniam id non satis liquet.

      [À l’ouverture du thorax, on a trouvé que la pointe du cœur était orientée vers le côté droit et que les poumons étaient naturellement placés, à droite comme à gauche. Est-il permis de douter que ceux dont le cœur bat près du mamelon droit aient une semblable conformation ? Je n’affirme rien car le fait n’est pas suffisamment établi].

  3. « Arme à feu faite en forme de petite arquebuse, qu’on porte avec une bandoulière. Sclopetta, catapulta adunca. La cavalerie française s’en servait sous le règne d’Henri iv et de Louis xiii. Elle portait, à ce qu’on dit, à cinq cents pas [environ 370 mètres]. Gaja écrit que l’escopette était longue de trois pieds et demi [2,6 mètres], et que c’était une manière de carabine que les carabins portaient à l’arson de la selle » (Trévoux).

  4. V. note [6], lettre 833.

  5. Et tel fut bien le cas.

Pierre Régnier n’a rien publié sur ce sujet, mais en 1654, Thomas Bartholin (v. note [8], lettre 357) a aussi commenté ce cas exceptionnel de situs inversus (anomalie détaillée dans la susdite note [13], lettre 253).

12.

Guy Patin, doyen, a rendu compte de ce don dans ses Commentaires de la Faculté de médecine de Paris (v. notes [51] des Décrets et assemblées de 1650‑1651).

Jean ii Riolan en a aussi parlé dans ses Curieuses recherches sur les Écoles en médecine de Paris et de Montpellier… (début des Additions au discours précédent) :

« Depuis peu, quelque bonne personne voyant approcher le grand jubilé de cinquante ans, a fait restitution à l’École d’un vieux registre des affaires de notre Faculté, qui commence en l’année 1395 et va jusques en l’année 1430, qui m’a été communiqué par Maître Guy Patin, notre doyen. En feuilletant ledit registre, j’apprends : que le doyen, élu le samedi après la Toussaint, donnait à son devancier un récépissé, comme il avait reçu de lui Bona Facultatis, {a} qui étaient le sceau attaché à une chaîne d’argent, un livre des principaux statuts, avec la figure d’un crucifix de Notre Seigneur, sur lequel il jurait d’être fidèle conservateur des statuts et de procurer le bien de l’École ; de plus, qu’il rendrait à son successeur les cinq registres qui contiennent nos statuts, privilèges et autres affaires de l’École ; puis il déclare les manuscrits en médecine, qu’on lui livrait ; mais il y en a un spécifié, qui est le livre de Galien de utilitate membrorum, {b} légué à la Faculté l’an 1090, qui fait paraître l’antiquité de notre École. Ensuite, les autres doyens ont fait les mêmes serments, faisant toujours mention des cinq registres ; lesquels ont été dérobés par les Anglais, qui s’étaient introduits par force et jussions du roi d’Angleterre dans nos Écoles, pendant qu’ils possédaient la ville de Paris. {c} Nous apprenons par ledit registre : que les médecins étaient dans l’ordre ecclésiastique sans être mariés, pour pratiquer la médecine, et que ceux qui se faisaient prêtres étaient interdits de pratiquer s’ils n’avaient bulle expresse du pape pour en avoir la licence ; que tous ceux qui se passaient licenciés juraient qu’ils n’étaient pas mariés et qu’ils n’exerceraient jamais les opérations manuelles de la chirurgie ; et les maîtres régents qui s’en mêlaient étaient chassés du Corps ; ceux qui favorisaient Extraneos et Cabusatores {d} étaient bannis de l’École. Le doyen était élu par quatre docteurs, un de chaque Nation ; et s’il ne se trouvait que deux nations, ils faisaient le doyen, qui n’était que pour un an ; nénamoins, il pouvait être continué. La licence se donnait avec grande célébrité dans la grande salle de l’évêché […].

Les médecins du roi et de la reine, du duc de Bourgogne et du duc d’Orléans, suppliaient pour être dispensés de la lecture et régence, qui était de présider et disputer à leur rang aux actes des bacheliers. De ce temps-là il n’y avait point de doctorat ; mais après la licence obtenue, on présidait un acte cum Pastillaria, sive resumpta ; {e} après la présidence, on était déclaré Magister actu Regens, {f} et agrégé au Corps. »


  1. « les biens de la Faculté ».

  2. « des fonctions des membres » : sans doute une confusion abusive avec le traité galénique de Utilitate partium, que Pierre d’Auxonne, médecin de Charles vi donna à la Faculté en 1410.

  3. De 1420 à 1429, sous le règne d’Henri v.

  4. « les étrangers et les imposteurs ».

  5. « avec pastillaire ou résumpte ».

  6. « maître régent de droit ».

Le Catalogue Baron recense pour les années 1579 à 1673 (47 promotions) un nombre moyen de sept licenciés reçus tous les deux ans par la Faculté de médecine de Paris, avec des extrêmes allant de 2 (promotions 1583 et 1591 à 1595) à 18 (1615) ; ce qui est bien inférieur aux nombres relevés par Patin pour le xve s.

13.

Le titre complet de ce traité est De Usu partium corporis humani, lib. xvii [Dix-sept livres sur l’Utilité des parties du corps humain], Περι χρειας των εν του ανθρωπου σωματι μεριων λογοι ιζ.

14.

V. note [7] de La maison de Guy Patin, place du Chevalier du Guet, pour sa mitoyenneté avec le logis de Robert ii Miron. Patin y mourut en effet, mais sans repos et ruiné.

a.

Bulderen no li (tome i, pages 148‑153) ; Reveillé-Parise no cccxci (tome ii, pages 575‑579). Il existe trois lettres datées du 30 décembre. Dans Reveillé-Parise, l’une est destinée à Charles Spon (ccxlii, ii, pages 65‑67, qui est la lettre qu’on vient de lire), et les deux autres à André Falconet (cccxci et cccxcii, ii, pages 575‑579). Dans Bulderen, on ne trouve que ces deux dernières, dont la première (li, i, pages 148‑152) est adressée à Falconet, et la seconde (lii, i, pages 152‑153) à Spon. Étant donné leur contenu, il a paru raisonnable de les réunir ici en une seule, destinée à Falconet.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 30 décembre 1650.
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(Consulté le 29.09.2020)

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