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À Claude II Belin, le 5 juillet 1651

Monsieur, [a][1]

Votre lettre m’a réjoui et consolé, j’étais en peine de vous après un si long silence. Faites ce que vous pourrez pour ranger cet impudent barbier [2] qui veut regimber tanquam mulus cui non est intellectus[1] Si vous en venez à un procès, j’espère que notre intervention ne vous manquera point. Si le père ne se met à son devoir, vous avez toute raison de refuser le fils, [3] nous en avons ainsi usé au Gazetier [4] et en sommes venus à bout. Si ce fils fait l’entendu avec ses lettres de Montpellier, [2][5] dites que vous doutez si ces lettres sont légitimes, s’il n’y a point eu quelque surprise ou fausseté, que l’on vous en a donné quelque avis. [3] Et là-dessus, demandez qu’il vous soit permis de lui faire la même chose que l’on fait à Rouen, [6] à Dijon, [7] à Bordeaux, [8] à Lyon, [9] à Amiens, [10] Orléans, [11] Blois, [12] Nantes, [13][14] Rennes [15][16] et autres bonnes villes : qu’il soit examiné de trois examens différents, de 15 en 15 jours, par chacun de vos compagnons en présence du magistrat ; il sera plus savant qu’un ange si vous ne le déferrez. [4] Cette rigueur apprendra à son père à être sage ; et quand vous le recevrez, faites-lui signer pour les lois et les droits de votre Compagnie afin que son père même ait un martel domestique, nisi ad meliorem mentem revertatur[5] Je sais bien quel auteur c’est que Ioannes Vetus, [17] j’ai céans son livre, il est mort greffier du parlement de Dijon. [6] Ce Iacobus Carpentarius [18] était un furieux qui fit tuer à la Saint-Barthélemy [19] Ramus, [20] son ennemi, comme huguenot, [21] qui ne le fut jamais ; [7] mais Dieu permit en récompense que l’an 1597, après la prise d’Amiens, le fils unique de ce Charpentier [22] fût ici tout vif rompu à la Grève. [23][24] Vide Thuanum in utroque anno[8][25] Pour ce que vous me dites des oraisons de Ramus et de Bulenger, [9][26] je ne sais ce que c’est ; itaque ut illum videam[10] je vous prie de me l’envoyer, je vous en tiendrai compte. Je vis hier ici un de vos malades, savoir M. Camusat, chez Mme Doublet sa fille ; [11] je traite aussi un Troyen nommé M. Beguin ; apud utrumque sæpius de te egimus[12][27] Je vous envoie deux décrets que j’ai faits depuis peu et qui tous deux ont servi. [13] Je vous baise très humblement les mains, à M. de Blampignon et à tous Messieurs vos collègues, quibus omnem opem et operam polliceor[14] Je me recommande pareillement aux bonnes grâces de Messieurs vos frères, MM. Camusat et Allen. Le P. Caussin, [28] Loyolita et popularis vester[15] fut avant-hier enterré ici aux pères de Saint-Louis, rue de Saint-Antoine. [29] Ma femme [30] et mes enfants sont aux champs à trois lieues d’ici en une belle maison que j’ai achetée 15 000 livres[16][31] Vous trouverez de rudes plaintes contre les chirurgiens [32] dans les Épîtres médicinales de Langius [33] dès le commencement, epistolis 3, 4 et 5[17] Je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 5e de juillet 1651.

M. de Beaufort [34] est échappé, M. le Prince [35] s’en va faire son entrée à Bordeaux ; [36] ils sont tous deux en très étroite intelligence avec M. le duc d’Orléans, [37] ex quo dolet ipsi Reginæ[18][38] Un Anglais nommé Jean Milton [39] a répondu à M. de Saumaise [40] pro populo Anglicano, je pense que M. de Saumaise lui répondra. [19][41]


1.

« comme un mulet qui est dénué d’intelligence. »

Regimber : « ruer des pieds de derrière, n’obéir pas à l’éperon, au fouet, à la gaule. Il ne se dit au propre que des chevaux, mulets et ânes qui, au lieu d’avancer, se cabrent, reculent ou ruent. Il se dit quelquefois au figuré des hommes qui résistent aux commandements des supérieurs » (Furetière).

V. note [1], lettre 257, pour le différend entre le Collège médical de Troyes et le chirurgien Nicolas Bailly, qui impliquait aussi son fils.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude II Belin à Guy Patin, le 5 juillet 1651.
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(Consulté le 16.01.2021)

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