L. 264.  >
À Claude II Belin, le 5 juillet 1651

Monsieur, [a][1]

Votre lettre m’a réjoui et consolé, j’étais en peine de vous après un si long silence. Faites ce que vous pourrez pour ranger cet impudent barbier [2] qui veut regimber tanquam mulus cui non est intellectus[1] Si vous en venez à un procès, j’espère que notre intervention ne vous manquera point. Si le père ne se met à son devoir, vous avez toute raison de refuser le fils, [3] nous en avons ainsi usé au Gazetier [4] et en sommes venus à bout. Si ce fils fait l’entendu avec ses lettres de Montpellier, [2][5] dites que vous doutez si ces lettres sont légitimes, s’il n’y a point eu quelque surprise ou fausseté, que l’on vous en a donné quelque avis. [3] Et là-dessus, demandez qu’il vous soit permis de lui faire la même chose que l’on fait à Rouen, [6] à Dijon, [7] à Bordeaux, [8] à Lyon, [9] à Amiens, [10] Orléans, [11] Blois, [12] Nantes, [13][14] Rennes [15][16] et autres bonnes villes : qu’il soit examiné de trois examens différents, de 15 en 15 jours, par chacun de vos compagnons en présence du magistrat ; il sera plus savant qu’un ange si vous ne le déferrez. [4] Cette rigueur apprendra à son père à être sage ; et quand vous le recevrez, faites-lui signer pour les lois et les droits de votre Compagnie afin que son père même ait un martel domestique, nisi ad meliorem mentem revertatur[5] Je sais bien quel auteur c’est que Ioannes Vetus, [17] j’ai céans son livre, il est mort greffier du parlement de Dijon. [6][18] Ce Iacobus Carpentarius [19] était un furieux qui fit tuer à la Saint-Barthélemy [20] Ramus, [21] son ennemi, comme huguenot, [22] qui ne le fut jamais ; [7] mais Dieu permit en récompense que l’an 1597, après la prise d’Amiens, [23] le fils unique de ce Charpentier [24] fût ici tout vif rompu à la Grève. [25][26] Vide Thuanum in utroque anno[8][27] Pour ce que vous me dites des oraisons de Ramus et de Bulenger, [9][28] je ne sais ce que c’est ; itaque ut illum videam[10] je vous prie de me l’envoyer, je vous en tiendrai compte. Je vis hier ici un de vos malades, savoir M. Camusat, chez Mme Doublet sa fille ; [11] je traite aussi un Troyen nommé M. Beguin ; apud utrumque sæpius de te egimus[12][29] Je vous envoie deux décrets que j’ai faits depuis peu et qui tous deux ont servi. [13] Je vous baise très humblement les mains, à M. de Blampignon et à tous Messieurs vos collègues, quibus omnem opem et operam polliceor[14] Je me recommande pareillement aux bonnes grâces de Messieurs vos frères, MM. Camusat et Allen. Le P. Caussin, [30] Loyolita et popularis vester[15] fut avant-hier enterré ici aux pères de Saint-Louis, rue de Saint-Antoine. [31] Ma femme [32] et mes enfants sont aux champs à trois lieues d’ici en une belle maison que j’ai achetée 15 000 livres[16][33] Vous trouverez de rudes plaintes contre les chirurgiens [34] dans les Épîtres médicinales de Langius [35] dès le commencement, epistolis 3, 4 et 5[17] Je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 5e de juillet 1651.

M. de Beaufort [36] est échappé, M. le Prince [37] s’en va faire son entrée à Bordeaux ; [38] ils sont tous deux en très étroite intelligence avec M. le duc d’Orléans, [39] ex quo dolet ipsi Reginæ[18][40] Un Anglais nommé Jean Milton [41] a répondu à M. de Saumaise [42] pro populo Anglicano, je pense que M. de Saumaise lui répondra. [19][43]


1.

« comme un mulet qui est dénué d’intelligence. »

Regimber : « ruer des pieds de derrière, n’obéir pas à l’éperon, au fouet, à la gaule. Il ne se dit au propre que des chevaux, mulets et ânes qui, au lieu d’avancer, se cabrent, reculent ou ruent. Il se dit quelquefois au figuré des hommes qui résistent aux commandements des supérieurs » (Furetière).

V. note [1], lettre 257, pour le différend entre le Collège médical de Troyes et le chirurgien Nicolas Bailly, qui impliquait aussi son fils.

2.

Les « lettres de Montpellier » étaient le diplôme de docteur en médecine délivré par cette Université ; « un homme fait l’entendu lorsque mal à propos il fait le capable, ou qu’il a une grande vanité » (Furetière). V. note [10], lettre 122, pour les brimades de la Faculté de médecine de Paris contre Isaac et Eusèbe Renaudot, en représailles de la querelle qu’elle avait avec leur père, Théophraste, le Gazetier.

3.

Guy Patin ne conseillait rien de moins à ses confrères de Troyes que de crier à la surprise (tromperie) et à la fausseté d’une preuve en prétendant qu’ils en avaient eu avis.

4.

Déferrer : « on dit qu’on a déferré un homme des quatre pieds pour dire qu’on l’a rendu muet, qu’on l’a mis hors d’état de passer plus avant en quelque dispute » (Furetière).

5.

« s’il n’est pas revenu à une meilleure disposition d’esprit. » Dans le contexte, il faut sans doute prendre « et quand vous le recevrez » pour « et quand même vous le recevriez ». Par « martel domestique », Guy Patin entendait ici gêne financière en sa maison (après que le père aurait dû régler, sans la moindre remise, les droits élevés d’une agrégation au Collège des médecins de Troyes).

6.

À cet endroit Guy Patin a rayé : « je vous remercie de l’offre que vous m’en faites. »

Iohannes Vetus (Jean Le Vieil, vers 1525-vers 1593), natif de Saint-Amour en Beaujolais (aujourd’hui Saint-Amour-Bellevue, Saône-et-Loire), vint à Paris où il professa au Collège d’Autun, puis du Cardinal Lemoine. Il étudia le droit et la médecine, puis renonça à l’enseignement. Nommé secrétaire du roi, il devint en 1569 conseiller au parlement de Bourgogne. Vetus remplit en outre à la même époque diverses missions en Allemagne, fut nommé en 1573 maître des requêtes, reçut des lettres de noblesse en 1581 et fut la même année nommé président au parlement de Bretagne. Il devait ces différentes charges à la protection du cardinal Charles de Lorraine et par reconnaissance, il s’engagea dans le parti de la Ligue. En 1589, Vetus fut l’un des membres du Conseil établi par le duc de Mayenne pour gouverner le royaume (G.D.U. xixe s.).

Parmi les quelques ouvrages qu’il a publiés, Guy Patin possédait sans doute dans sa bibliothèque les Orationes in medicinæ commendationem, et in gratiam octodecim medicæ laureæ candidatorum institutæ, ac in eorundem scholis per tres continuos dies habitæ, in quibus perpetua gymnasiorum corporis et animi comparatio explicatur… [Discours à la louange de la médecine, écrits en faveur des 18 bacheliers de médecine et prononcés trois jours de suite dans leurs Écoles, où est expliquée la préparation continue du corps et de l’esprit qui se fait dans les collèges…] (Paris, F. Morel, 1560, in‑8o).

7.

Ramus (Pierre La Ramée, né à Cuts dans le Vermandois, vers 1515), fils d’un gentilhomme ruiné, parvint à se faire recevoir maître ès arts grâce à son travail acharné, remplissant le jour les fonctions de valet au Collège de Navarre et passant les nuits à l’étude. Il émit quelques idées pédagogiques proches de celles de Montaigne et écrivit deux ouvrages contre Aristote, Dialecticæ partitiones [Divisions dialectiques] et Aristotelicæ animadversiones [Remarques aristotéliciennes] (1543), mettant en avant certaines méthodes de persuasion issues de Quintilien (v. note [4], lettre 244).

La Sorbonne s’émut et le Conseil du roi condamna Ramus. En 1545, le principal du Collège de Presles lui offrit pourtant de le suppléer. En 1547 Henri ii annula l’arrêt de la Sorbonne et en 1551, grâce au cardinal Charles de Lorraine, Ramus obtint une chaire au Collège royal, dont il fut le premier professeur de mathématiques. Après le Colloque de Poissy (1561, v. note [30], lettre 211), Ramus se convertit aux idées de la Réforme (quoi qu’en dise ici Guy Patin) et dut quitter sa chaire. Il la reprit après la paix d’Amboise, de 1563 à 1567. En 1568, il entreprit un voyage en Allemagne, notamment à Marburg et à Heidelberg, où ses idées en logique connurent le succès. Après la paix de Saint-Germain (1570), il revint à Paris. Des assassins soudoyés par Jacques Charpentier (Carpentarius, v. note [51], lettre 97), son ennemi, le tuèrent dans son Collège de Presles au cours de la nuit de la Saint-Barthélemy (26 août 1572, v. note [30], lettre 211) (G.D.E.L.).

8.

« voyez de Thou sur ces deux années. »

  • Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou, à l’année 1572 (livre lii, règne de Charles ix, Thou fr, volume 6, page 409‑410) :

    « Pierre Ramus ou La Ramée, né dans le Vermandois, après avoir enseigné longtemps les belles-lettres, la philosophie et les mathématiques au Collège de Presles, dont il était principal, et ensuite dans le Collège royal, introduisit enfin des sentiments erronés dans la philosophie, attaquant sans cesse Aristote dans ses leçons et dans ses écrits. Ces disputes philosophiques le brouillèrent d’abord avec Antoine de Govéa et Joachim de Périon ; et ensuite avec Jacques Charpentier, natif de Clermont-en-Beauvaisis. On ne saurait trop louer Ramus d’avoir employé son esprit, ses soins, ses travaux, et son bien même, pour procurer l’avancement des sciences ; et tout le monde sait qu’il a fondé une chaire de mathématiques et laissé cinq cents livres de rente pour celui qui en serait pourvu. Dans le désordre général, il s’était caché dans une cave ; mais Charpentier, son ennemi, qui était un des chefs de la sédition, l’en fit arracher par des brigands qui étaient à ses ordres ; et après avoir tiré de lui une somme d’argent, il le fit poignarder et jeter par les fenêtres dans la cour de son collège. Comme ses entrailles sortaient de son corps, de jeunes écoliers furieux, à l’instigation de leurs régents, qui étaient comme enragés, les traînèrent par les rues, et mirent en pièces son cadavre après l’avoir fouetté pour insulter sa profession. Denis Lambin, {a} de Montreuil, professeur royal en éloquence, connu par beaucoup d’ouvrages très utiles à la littérature, ayant appris ce qui venait d’arriver à Ramus, en fut effrayé ; et quoiqu’il ne pensât pas comme lui sur la religion, cependant, comme il avait aussi eu avec Charpentier de grandes disputes littéraires, il craignit la vengeance de ce furieux ; et l’effroi dont il fut saisi lui causa une maladie fâcheuse, dont il mourut un mois après. »

  • La même année, Thou a parlé d’un autre Charpentier (sans lien de parenté avec ceux qui sont cités ailleurs dans la présente note), dont la conduite vaut bien d’être ici présentée, pour son intérête politique et doctrinaire dans le contexte des massacres de 1572 (livre liii, volume 6, page 455‑456) :

    « Bellièvre {b} avait pris en amitié un certain Toulousain nommé Pierre Charpentier, qui avait été professeur en droit à Genève et à qui, le jour du massacre, il avait donné retraite dans sa maison, aussi bien qu’à quelques autres protestants peu connus ; car un courtisan n’aurait pas hasardé sans beaucoup de risque de retirer chez lui des personnes d’un grand nom. Charpentier, d’un naturel léger et prêt à tout faire pour avancer sa fortune, ne détestait pas le massacre en lui-même, mais la cause du massacre, c’est ainsi qu’il appelait la faction protestante. Il disait que tout cet événement était une juste punition de Dieu, parce que toute leur religion avait dégénéré en faction et que ces hommes, qui se piquaient de régularité, au lieu de recourir aux larmes, aux prières et aux jeûnes, avaient pris les armes contre leur roi, s’étaient emparés de plusieurs personnes, avaient commis une infinité de meurtres dans toutes les parties du royaume, et en étaient venus enfin jusqu’à donner des batailles contre leur souverain ; que c’était là ce qui avait attiré sur eux la vengeance du ciel, que leurs prêches, qui n’avaient d’abord été établis que pour y faire des prières communes, étaient devenus depuis des rendez-vous d’intrigue et de cabale où, au lieu de parler de piété, de doctrine, de morale, il ne s’agissait plus que de contributions d’argent, de levées secrètes de troupes, de liaisons cachées avec des princes étrangers et avec les séditieux répandus dans toutes les places du royaume, et cela pour renverser la paix que le roi avait eu la bonté de leur accorder ; qu’il ne fallait pas moins que le glaive vengeur de Dieu pour arrêter ces excès, et qu’il reconnaissait visiblement que Dieu seul avait pu inspirer ce dessein au roi, peu porté par lui-même à la sévérité. Charpentier ne tenait d’abord ces discours qu’en cachette et dans les entretiens particuliers qu’il avait avec Bellièvre ; mais comme il s’expliqua ensuite hautement et en toute occasion, le roi et la reine le jugèrent propre à jouer quelque rôle dans cette affaire, et il ne fut pas difficile de l’y faire consentir. Une somme d’argent comptant qu’on lui donna, de grandes promesses de charges et d’honneurs pour l’avenir, l’engagèrent à rendre tous les services qu’on lui demanda ; ce qu’il fit avec tant de zèle qu’il reçut encore plus qu’on ne lui avait promis. Ayant donc laissé Bellièvre en Suisse, il s’en alla à Strasbourg, où il avait enseigné le droit quelque temps, pour être de là plus à portée de répandre dans toute l’Allemagne le système qu’il avait imaginé pour donner quelque couleur {c} au massacre de Paris. ce fut là qu’il écrivit une grande lettre à François Porto, né en cadie et élevé en Italie dans la Maison de Renée de France, duchesse de Ferrare, un de plus savants hommes qu’il y eût pour le grec. Dans cette lettre, datée du quinze de septembre, il attaque surtout une espèce de protestants qu’il appelle causaires. Il distingue en France deux classes de protestants : les uns paisibles, et qui n’ont en vue que la religion ; les autres, qui n’ont que la cause dans la bouche, gens de parti, factieux et ennemis jurés de la paix ; que chacune de ces clases avait ses ministres particuliers ; que du côté des paisibles, d’Espina, Sureau, Houbraque, Capel, La Haye et Mercure étaient gens modérés et qui ne s’avançaient pas légèrement ; que c’était pour cela qu’ils déplaisaient aux autres, surtout à Théodore de Bèze, qu’il appelle la trompette de Seba, {d} et qu’il s’attache principalement à décrier dans tout ce écrit. Il ne se contente pas d’excuser l’action atroce du jour de la Saint-Barthélemy, il montre fort au long, et avec beaucoup d’art, qu’il était juste et nécessaire de détruire une faction impie, formée par des hommes ambitieux et ennemis de la patrie pour renverser l’autorité royale, soulever les villes, troubler la tranquillité publique, et ruiner les protestants mêmes et leur religion. »

  • Année 1597 (livre cxviii, règne de Henri iv, volume 13, page 133‑134) :

    « Dans le même temps, on intercepta aussi des lettres du duc de Mercœur {e} écrites à Charpentier, avocat au Parlement de Paris, {f} fils du célèbre Jacques Charpentier, professeur de philosophie dans l’Université de Paris, si fameux par ses querelles avec Pierre Ramus, dont celui-ci fut enfin la victime. Par cette lettre, datée du 8 avril, le duc témoignait combien il était touché du malheur arrivé à La Croix, {g} et combien il était piqué que les lettres qui lui étaient adressées eussent été surprises. Il ajoutait qu’il ne voyait point d’autre moyen de sauver La Croix que de faire en sorte que le cardinal Albert {h} le revendiquât comme son domestique et offrît de payer sa rançon ; que, pour lui, il ne pouvait se mêler de cette affaire sans se rendre odieux et sans nuire à la cause commune ; que la surprise d’Amiens {i} par les Espagnols avait affligé et consterné tous les Français, royalistes et ligueurs ; que ce serait donc s’attirer la haine de ceux-mêmes de son parti, de vouloir protéger un homme qui venait le trouver pour lui faire part d’un événement si funeste à la France, et en quelque sorte pour l’en féliciter. […] {j}

    On arrêta Charpentier et on confronta les coupables. Comme il était constant que cet homme était le correspondant d’Albert, {h} que c’était lui qui recevait ses lettres, et les faisait tenir en Bretagne et dans les autres provinces où le roi d’Espagne {k} avait des partisans, on lui fit son procès, ainsi qu’à La Croix. L’un et l’autre furent condamnés, comme criminels d’État et coupables de haute trahison, à être rompus et exposés sur une roue. »


    1. V. note [13], lettre 407.

    2. Pomponne i de Bellièvre, chancelier de France en 1599 (v. note [32], lettre 236), était alors ambassadeur en Suisse et tentait d’y justifier les massacres de la Saint-Barthélemy.

    3. Légitimité.

    4. Dans la Bible, Seba, fils de Bochri, se révolta contre David, avec jeu de mots entre de Seba (Sèbe) et de Bèze (v. note [28], lettre 176).

    5. Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et insigne ligueur (mort en 1602,v. note [12], lettre 965).

    6. Ligueur résident en Flandres, à la solde des Espagnols.

    7. Antoine i Charpentier, père d’Antoine ii, le médecin à qui Guy Patin a écrit une lettre.

      Dans sa lettre à Johannes Antonides Vander Linden, datée du 28 février 1664 (v. ses notes [4] et [5]), Patin est revenu sur les méfaits de la famille Charpentier au temps de la Ligue.

    8. L’archiduc Albert d’Autriche (v. notule {b}, note [28] du Grotiana 2) était alors encore cardinal.

    9. Prise d’Amiens par les Espagnols le 11 mars 1597 et reprise par les Français le 25 septembre suivant (v. notule {b}, note [24] du Borboniana 6 manuscrit).

    10. D’autres courriers interceptés prouvèrent l’implication d’Antoine i Charpentier dans divers complots des ligueurs contre la Couronne de France, tramés avec l’appui des Espagnols.

    11. Philippe ii.

Dans son livre intitulé Ambrosio de Salazar et l’Étude de l’espagnol en France sous Louis xiii (Paris, Alphonse Picart et fils, et Toulouse, Édouard Privat, 1901, pages 93‑100), le chartiste Alfred Morel-Fatio a confirmé le récitde de Thou en citant d’autres sources et a attribué à Charpentier (sans se prononcer sur son prénom) la paternité d’un livre intitulé La parfaite Méthode pour entendre, écrire, et parler la langue espagnole, divisée en deux parties. La première contient brièvement les règles de grammaire. La seconde, les recherches des plus beaux enrichissements de la langue qui servent à la composition et traduction (Paris, Lucas Breyel, 1596, in‑8o) ; ce qui faisait de son auteur un candidat idéal pour espionner en France, au profit de la Ligue et de son alliée, l’Espagne.

9.

Jules-César Bulenger (ou Boulenger, Julius Cæsar Bulengerus, Loudun 1558-Cahors 1628) était fils d’un médecin de Troyes (selon Guy Patin). Après être entré chez les jésuites, il s’occupa de recherches historiques. Les Historiarum sui temporis libri tredecim, quibus res toto orbe gestæ ab anno 1560 ad annum usque 1612 continentur… [Treize livres des histoires de son temps, contenant tout ce qui s’est passé dans le monde de 1580 à 1612…] (Lyon, successeurs de Guillaume Rouillé [ou Roville, v. note [5], lettre de Charles Spon, datée du 5 mars 1658], 1617, in‑fo) sont son ouvrage le plus connu.

Ramus a donné en 1582 une édition complète et commentée des Oraisons [Orationes] de Cicéron, mais je n’ai trouvé aucun ouvrage de discours publié par Bulenger.

Guy Patin a résumé à sa façon la vie du P. Bulenger au début de sa lettre à André Falconet, datée du 30 juillet 1666. V. note [5] du Naudæana 2, pour un copieux complément d’informations bibliographiques sur Bulenger.

10.

« afin donc que je voie cela ».

11.

Il s’agissait d’un membre de la famille Camusat de Troyes, dont le plus insigne représentant fut le chanoine Jean Camusat, beau-frère de Claude ii Belin.

12.

« chez tous deux, nous avons fort souvent causé de vous. »

13.

Comme doyen, Guy Patin rédigeait alors les décrets de la Faculté de médecine de Paris ; v. note [15], lettre 263, pour un exemple du mois précédent.

14.

« que j’assure de toute mon attention et de toute mon aide. »

15.

« jésuite et votre compatriote ». Le P. Nicolas Caussin, jésuite natif de Troyes, était mort le 2 juillet 1651.

16.

Après la mort de ses beaux-parents, Guy Patin rachetait leur propriété à Cormeilles-en-Parisis (v. note [5], lettre 11). Quelques mois après l’acquisition de sa maison de la place du Chevalier du Guet pour 25 à 27 000 livres (v. note [25], lettre 255), cette dépense témoignait de la nouvelle richesse de Patin : l’héritage des Janson sans doute, mais aussi la garantie que son décanat allait sensiblement augmenter ses émoluments (le doyen « a double revenu de tout et cela va quelquefois bien loin », écrivait-il à André Falconet le 4 novembre 1650, veille de son élection).

On peut admirer un si bel optimisme au moment où la politique était si orageuse ; mais sans s’empêcher de voir malheureusement dans cette prodigalité immobilière les germes de la ruine qui a transformé les deux dernières années de sa vie en naufrage (vComment le mariage et la mort de Robert Patin ont causé la ruine de Guy).

17.

Ioann. Langii Lembergii, v. Palatinorum Electorum archiatri, Epistolarum medicinalium volumen tripartitum, denuo recognitum, et dimidia sui parte auctum. Opus varia ac rara cum eruditione, tum rerum scitu dignissimarum explicatione refertum ; ut eius lectio non solum Medicinæ, sed omnis etiam naturalis historiæ studiosis plurimum sit emolumenti allatura. Cum indice rerum et verborum copiosissimo [Recueil en trois parties de lettres médicales de Johann Lange de Löwenberg, premier médecin de cinq électeurs palatins, de nouveau révisé et augmenté de sa partie du milieu. Ouvrage empli tant d’une érudition rare et variée que de l’explication de choses tout à fait dignes d’être connues ; de sorte que sa lecture apportera beaucoup de profit à tous ceux qui étudient non seulement la médecine, mais aussi l’histoire naturelle. Avec un très copieux index des matières et des mots] (Francfort, Claudius Marnius et Ioann. Aubrius, héritiers d’Andreas Wechelus, 1589, in‑4o ; nombreuses autres éditions, dont la première à paru à Bâle en 1584).

Les trois lettres mentionnées par Guy Patin sont intitulées :

  • De chirurgicorum in curanda vulnerum apostematione Imperitia [Impéritie des chirurgiens à soigner les plaies par création d’un abcès] (lettre 3, pages 16‑22) ;

  • In cura causonis chirurgicorum temeritas [Témérité des chirurgiens dans le traitement de la fièvre] (lettre 4, pages 22‑27) ;

  • In curanda cæca cranei fractura, cæca chirurgicorum amentia [Folie aveugle des chirurgiens quand ils soignent la fracture aveugle (fermée) du crâne] (lettre 5, pages 27‑32)].

Johann Lange (Löwenberg, Silésie 1485-Heidelberg 1565) fit ses premières études à Leipzig puis se rendit en Italie où il suivit pendant quelque temps les leçons de Niccolo Leoniceno (v. note [28], lettre latine 75) et prit le bonnet doctoral à Pise en 1522. De retour en Allemagne, il s’installa à Heidelberg et fut successivement honoré de la charge de premier médecin de cinq électeurs palatins, entre autres de Frédéric ii qu’il accompagna dans ses voyages, ce qui lui fournit l’occasion de se mettre en rapport avec les hommes les plus instruits et les plus recommandables de l’Europe. Lange était un homme rempli d’une érudition très variée. Dans ses ouvrages il s’est notamment attaché à éclairer les médecins sur l’abus des excitants et sur l’avantage des boissons rafraîchissantes dans le traitement des maladies inflammatoires. Il était surtout grand partisan de l’eau froide dans le traitement des fièvres : De Syrmaismo et ratione purgandi per vomitum, ex Ægyptiorum invento et formula [La Potion purgative de raifort et d’eau salée et la raison de purger par le vomissement, selon l’invention et la formule des Égyptiens] (Paris, 1572, in‑8o) ; De scorbuto Epistolæ duæ [Deux lettres sur le scorbut] (Wittemberg, 1624, in‑8o) avec le traité du scorbut de Daniel Sennert. Lange a aussi laissé quelques pièces de vers où on distingue une épigramme à la louange du fromage qu’il aimait au point d’en manger à tous les repas et le louait à tous propos (O. in Panckoucke).

18.

« ce dont la reine elle-même est affligée. »

Journal de la Fronde (volume i, fo 436 ro, 7 juillet 1651) :

« Le 29 du passé, la reine fut à l’hôtel de Vendôme pour visiter M. de Beaufort, mais elle ne le vit pas à cause que sa maladie, qui était une fièvre pourprée, se pouvait communiquer. M. le duc d’Orléans y a été trois ou quatre fois, et M. le Prince tous les jours. Sa fièvre l’a quitté depuis trois jours »

Le prince de Condé avait reçu le gouvernement de Bordeaux et allait y être reçu « avec des cérémonies et magnificences extraordinaires » le 22 septembre suivant (ibid. fo 484 vo).

La Fronde populaire de Bordeaux avait pris le nom d’Ormée probablement vers septembre 1650 (v. note [1], lettre 244), mais sûrement avant juin 1651, date à laquelle Condé félicitait de leur « zèle et affection Messieurs les bourgeois de l’assemblée de l’Ormée de Bordeaux » (R. et S. Pillorget).

19.

Ioannis Miltoni Angli pro populo Anglicano defensio, contra Claudii Anonymi, alias Salmasiii, Defensionem regiam [Défense de John Milton, Anglais, pour le peuple anglais, contre la Défense royale de Claude l’anonyme, alias Saumaise] (Londres, Du Gardian, 1651, in‑18). Charles ii, proscrit en Angleterre avait demandé à Saumaise une apologie de son père, Charles ier, décapité en 1649.

Saumaise publia sa Defensio regia (v. note [1], lettre 219), qu’il traduisit aussitôt lui-même en français (Apologie royale… v. notes [4] et [5], lettre 224). Elle commençait par ces mots :

« L’horrible nouvelle du parricide commis depuis peu en Angleterre vient de blesser nos oreilles, et encore plus nos cœurs ».

Milton entama sa réponse par ceux-ci :

« Il faut que cette nouvelle ait eu une épée plus longue que celle de saint Pierre qui coupa l’oreille à Malchus, {a} ou que les oreilles des Hollandais soient plus longues ; car une telle nouvelle ne pouvait blesser que des oreilles d’âne. »


  1. Serviteur de Caïphe qui vint arrêter Jésus au jardin des oliviers.

La Defensio de Milton, traduite dans toutes les langues de l’Europe, fit grand bruit et fut même brûlée par le Châtelet de Paris à l’instigation des prêtres. Saumaise se tut d’abord, mais il avait laissé dans ses papiers une réplique qui fut imprimée après sa mort, au moment même où la question venait d’être jugée par la restauration de Charles ii, en 1660 (Michaud et G.D.U. xixe s.).

John Milton (1608-1674), poète, homme d’État et théologien anglais, immortalisé par son Paradis perdu (Paradise lost, a poem in ten books, 1667), a été le polémiste attitré de la révolution du Parlement contre la Couronne et devint secrétaire d’État de Cromwell aux affaires étrangères.

Pour justifier l’exécution de Charles ier, il avait déjà publié The Tenure of kings and magistrates, proving that it is lawful and has been held so through all ages, for any, who have the power, to call to account a tyrant or wicked king and, after due conviction, to depose and put him to death, if the ordinary magistrate have neglected or denied to do it, and that they, who of late so much blame deposing, are the men that did it themselves [La Tenure des rois et des magistrats, prouvant qu’il est licite, et l’a été de tout temps, pour quiconque détient le pouvoir de demander des comptes à un tyran ou à un mauvais roi et après condamnation en bonne et due forme, de le destituer et mettre à mort si les magistrats ordinaires ont négligé ou refusé de le faire, et que ceux qui ont récemment blâmé la destitution sont ceux-là mêmes qui l’ont provoquée] (Londres, M. Simmons, 1649, in‑4o).

a.

Ms BnF no 9358, fo 135, « À Monsieur/ Monsieur Belin le Père,/ Docteur en médecine,/ À Troyes. » ; Reveillé-Parise, no cix (tome i, pages 177‑179).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude II Belin à Guy Patin, le 5 juillet 1651.
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(Consulté le 11.05.2021)

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