L. 286.  >
À Charles Spon, le 10 mai 1652

Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai ma dernière le 16e d’avril, depuis lequel temps on a toujours ici parlé de la démarche du roi, [2] savoir s’il prend son chemin vers Paris, s’il y entrera, s’il y amènera le Mazarin, [3] s’ils se contenteront de demeurer alentour de Paris, comme l’on a dit, à Saint-Germain. [4] Bref, jusqu’ici personne n’a su ce qu’ils feront, ils ne le savent peut-être pas eux-mêmes. On dit seulement que de Gien [5] le roi doit aller à Auxerre, [6] puis à Joigny, [7] à Sens, [8] à Montereau, [9] à Melun, [10] à Corbeil, [11] puis à Paris ; [1] d’autres soupçonnent qu’il ira à Troyes [12] et delà qu’ils s’en iront à Sedan ; [13] mais cela ne me semble point vraisemblable, ce serait trop s’éloigner du cœur du royaume. Mais en attendant que nous puissions apprendre ce qui sera, je vous dirai qu’après que le Parlement a désiré qu’il se fît une grande et solennelle assemblée de l’Hôtel de Ville afin d’y faire résoudre une députation pour aller faire des remontrances très humbles au roi contre le Mazarin. Cela a été exécuté, toutes les grandes compagnies y ont eu séance et audience, savoir les conseillers de Ville, les députés du Parlement, de la Chambre des comptes, de la Cour des aides[14] les ecclésiastiques qui ont du fonds, les 16 quarteniers [15] (de chaque quartier huit députés), j’en étais un du mien ; [2] cela allait à plus de 300 députés. Il y a eu trois grandes séances, savoir le vendredi 19e, le samedi 20e et le lundi 22e d’avril dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, depuis deux heures de relevée jusqu’à sept heures du soir, y présidant M. Le Fèvre, prévôt des marchands[16] conseiller aux Requêtes du Palais, et M. le maréchal de L’Hospital, [17] gouverneur de Paris. Enfin, la conclusion a été que très humbles remontrances seraient faites par M. le prévôt des marchands au roi, au nom de sa bonne ville de Paris, par lesquelles il serait prié de revenir au plus tôt à Paris, de donner la paix à son royaume et de chasser de près de sa personne, de ses conseils et de son royaume le cardinal Mazarin. Tout cela ne saurait être que bien s’il pouvait être exécuté, mais la Dame Junon, [3][18][19] qui est auprès du roi, empêchera tout cela afin de se venger de Paris et de conserver son cher Mazarin. Voilà la résolution de cette grande assemblée qui n’a fini qu’aujourd’hui à sept heures du soir. [4]

Ce lundi 22e d’avril. Enfin, le livre de notre collègue M. Germain [20] contre l’antimoine [21] est achevé. [5] J’espère que bientôt je vous en adresserai un petit paquet, duquel vous en choisirez un pour vous et ferez délivrer les autres à leur adresse. Quand vous l’aurez, vous le lirez à votre loisir et m’en manderez, s’il vous plaît, votre sentiment. On achève pareillement un tome d’opuscules de M. Riolan. [22] Peut-être qu’ils partiront tous deux ensemble si ce dernier peut être bientôt achevé. Ce sont divers traités, presque tous de la circulation du sang ; [23] la seconde partie de l’Encheiridium anatomicum et pathologicum n’y sera pas comprise, il la réserve pour un autre volume ; [6] et tant mieux, il l’augmentera de plus en plus. Il désirerait fort que le libraire eût vendu son édition du premier tome afin d’en faire une autre édition et d’y tout mettre ensemble en son propre lieu. C’est ainsi que je le souhaiterais, mais il faut tirer du bonhomme tout ce que l’on pourra dum valet et vivit[7] car il devient bien vieux. Vous trouverez aussi dans ce même paquet un livre latin d’un certain médecin nommé Marquartus Slegelius, [24] médecin de Hambourg, [25] qui a été autrefois écolier de M. Riolan. [8] J’en ai fait venir quatre exemplaires, dont j’ai donné le premier à M. Riolan, le deuxième à M. Moreau, [26] le troisième à vous, et le quatrième sera pour moi. M. Riolan y a répondu, c’est le traité qui est maintenant sur la presse ; et ne restent de tout l’ouvrage plus que trois feuilles à imprimer, à ce que m’en a dit l’auteur même.

Le 22e d’avril, le roi venant de Sens, a couché à Melun, le 23e à Corbeil et le 24e aussi. Après que les deux princes, savoir le duc d’Orléans [27] et le prince de Condé, [28] ont été à l’Hôtel de Ville, à la Chambre des comptes et à la Cour des aides y faire les mêmes protestations qu’ils ont faites au Parlement de mettre les armes bas dès que le Mazarin sera sorti du royaume, aussitôt, dis-je, c’est-à-dire le mardi 23e d’avril, le prince de Condé est parti et est retourné en son armée ; [9] laquelle marche en deçà et qui est entre Montargis [29] et Étampes, [30] où commandent en son absence MM. de Tavannes [31] et Clinchant. [10][32] Il a remmené quant et soi M. de Beaufort, [33] mais M. de Nemours [34] est ici malade de sa blessure qu’il eut le 7e de ce mois à l’enlèvement des quartiers qu’il fit à l’armée du Mazarin, dont néanmoins il guérira. [11]

Les lettres d’Italie parlent de la mort du roi d’Espagne, [35] laquelle apporterait encore un autre changement aux affaires : il n’a qu’une fille qu’il aurait dessein de donner au fils aîné de l’empereur, [36] qui est de sa famille, mais les grands d’Espagne n’en ont point d’envie. [12]

Ce jourd’hui 26e d’avril, jour de la mort de Fernel [37] il y a 94 ans, plusieurs choses sont arrivées à Paris : 1. que les princes sont allés au Parlement où diverses affaires ont été agitées, proposées et approuvées, au moins agréées et remises au lendemain ; 2. l’évêque de Belley, [38] prélat incomparable, est mort âgé de 68 ans au faubourg de Saint-Germain [39] dans l’hôpital des Incurables. [13][40] Il a toute sa vie écrit ou prêché, aussi est-il mort d’une inflammation de poumon. [41] Il a été le fléau des moines [42] et vraiment l’antimoine, [14] mais c’était un honnête homme et rare esprit. Il avait rabattu le caquet des moines, j’ai peur qu’après sa mort ils ne fassent les méchants comme ils ont fait par ci-devant et que, pour leur effronterie et impudence, ils ne nous donnent occasion de le regretter. Quant à moi, je le regretterai toute ma vie et l’honorerai après sa mort comme s’il vivait. Je pourrais à bon droit lui faire le compliment d’Horace [43] à Auguste, [44] Extinctus amaberis idem[15] Il n’y a que neuf mois que Mme de Saint-Bonnet, [45][46] sa mère, mourut à Étampes âgée de 82 ans. [16] 3. Ce même jour est mort un grand partisan nommé Marsillac [47] d’une apoplexie [48] avec deux prises d’antimoine [49] que lui a données un charlatan. [17] 4. Après quelques propositions que le roi et la reine [50] ont faites au roi [51] et à la reine d’Angleterre, [52] qui les sont allés voir à Corbeil pour accorder de la controverse présente, ledit roi et la reine d’Angleterre ont rapporté quelque espérance d’accord au duc d’Orléans, lequel en a rapporté ce matin et en a conféré au Parlement ; et après-dînée, a envoyé à la reine de sa part trois hommes pour conférer avec elle, savoir MM. de Chavigny, [53] le duc de Rohan, [54] gouverneur d’Angers, [55] et Goulas, [56] son secrétaire ; mais à la charge qu’avant tout autre traitement et décision d’aucun article, la reine promettra de faire sortir du royaume le Mazarin, sinon, qu’il n’y a point d’accord. [18] Ces trois Messieurs les députés sont de retour, qui rapportent que la reine ne veut point que le Mazarin s’en aille et ainsi, nous voilà hors d’espérance de paix ; [19] mais en attendant quelque autre secours, il y a force gens d’armes alentour de Paris qui ruinent, pillent, volent et brûlent tout sans aucune pitié. Le Parlement, assemblé le mardi 30e d’avril, a ordonné que le procureur général [57] partirait au plus tôt pour aller à Saint-Germain y demander un sauf-conduit pour les députés des cours souveraines [58] et de l’Hôtel de Ville qui vont y faire des remontrances au roi, pour le prier de revenir en sa bonne ville de Paris et d’envoyer le Mazarin hors du royaume ; [20] ce qu’il ne fera point tandis qu’il sera possédé et gouverné par sa mère, laquelle retient ce ministre étranger trop obstinément auprès d’elle. Le même jour, le duc d’Orléans et le prince de Condé ont mandé au palais d’Orléans le prévôt des marchands et les échevins. [59] Dès qu’ils y furent arrivés, les princes leur reprochèrent que la nuit d’auparavant on avait enlevé force blés de Paris, qu’on avait emmenés à Saint-Germain pour y nourrir nos plus grands ennemis. [21] Le prévôt des marchands s’étant purgé du mieux qu’il put de cette objection, les princes lui parlèrent que Paris était presque assiégé et qu’ils croyaient être besoin de garder les portes, tant pour empêcher que ceux de dehors ne vinssent à Paris en prendre et retirer le meilleur qu’ils y avaient (ils entendaient ceux qui sont à la cour alentour du roi, officiers et autres qui sont du parti mazarin) que pour empêcher aussi ceux du même parti qui sont dans Paris de se sauver et d’emporter leur bien hors d’ici. Le prévôt des marchands ayant promis d’en faire délibérer à l’Hôtel de Ville, en sortit avec les échevins qui furent attaqués par la populace à 50 pas de là, se sauvèrent avec danger, et le carrosse brisé et pillé, les chevaux emmenés et grande émotion par toute la ville. [22]

Je ne sais si on se résoudra de garder les portes de la ville, combien que la chose semble devoir être, mais il y a ici tant de mazarins de tous côtés que les bonnes résolutions sont aussitôt combattues et renversées. Les gens d’esprit sont fort en peine de l’état auquel nous sommes. Le roi, la reine et le Mazarin sont à Saint-Germain, qui est le lieu qu’ils ont fort désiré et auquel il était bien aisé d’empêcher qu’ils n’abordassent si les princes, qui étaient les plus forts, eussent voulu l’empêcher comme ils devaient et le pouvaient faire. [23] Ils l’ont permis, ayant été leurrés, à ce que l’on croit, d’une fausse apparence de paix que la reine d’Angleterre leur avait fait espérer. D’autres disent que les deux princes ont voulu faire leur paix à part en se défiant l’un de l’autre et que maintenant ils en sont déchus ; et que notre coadjuteur, qui est le nouveau cardinal de Retz [60] (que le duc d’Orléans porte), a tout gâté par la haine qu’il porte au prince de Condé, a quo ter fuit deceptus[24] et par une très particulière intelligence qu’il a avec le Mazarin. Tant y a que nous sommes très mal, à la veille de voir Paris encore un coup assiégé et nous voir réduits à la défensive. Il est vrai que nos deux princes ont une armée, laquelle serait encore la plus forte si elle était bien mise en besogne. Je ne sais ce qui en arrivera, mais les peuples sont bien malheureux d’avoir de si mauvais gouverneurs. Faut-il qu’au détriment public, une femme ait le crédit de supporter un malheureux faquin tel qu’est ce Mazarin, duquel seul proviennent tant de maux ? Enfin, ce n’est point d’aujourd’hui que les pauvres peuples sont tourmentés dans le règne d’un enfant, d’une demi-femme et d’un étranger, et que le dire du poète [61] a été justifié : Quidquid delirant reges, plectuntur Achivi[25] Depuis que le roi est à Saint-Germain, on dit que le procureur général du parlement de Rouen [62] y est venu saluer Sa Majesté et l’assurer qu’il serait le très bien venu à Rouen s’il lui plaisait y venir sans troupes et sans le Mazarin, afin que la province n’en fût point ruinée. [26] On dit que le roi pourra, au sortir de Saint-Germain, s’en aller à Compiègne [63] en Picardie pour faire passer les troupes sur la frontière, et ce dès aussitôt que l’Archiduc Léopold [64] y remuera. Les Espagnols ont fait assiéger Gravelines, [65] mais on dit qu’ils ne la prendront pas, d’autant que M. d’Estrades, [66] gouverneur de Dunkerque, [67] y a envoyé du secours par mer. [27] Et voilà ce que je sais pour le présent du misérable état de nos affaires. Cette maladie aurait besoin d’un bon médecin, extremis morbis extrema remedia[28][68] Si les charlatans [69] qui sont à la cour et qui savent tant de secrets pouvaient donner au Mazarin une bonne prise d’antimoine, de cette préparation particulière dont il n’y a qu’eux qui en ont le secret, il me semble qu’ils obligeraient bien la France ; mais plutôt, de peur d’y manquer, au lieu d’antimoine qui ne tue pas toujours infailliblement, dix bons grains d’opium [70] n’empêcheraient-ils pas bien ce rouge tyran de bander davantage à l’avenir ? [29] Pline [71] a dit quelque part que la Nature avait produit des venins afin que l’on pût se défaire des tyrans, quand on ne pourrait en venir à bout autrement. [30] Hélas, qu’une bonne dose nous viendrait à propos et qu’elle nous servirait bien ! mais nous ne serons pas [si] heureux, nec tam bene nobiscum agetur[31][72]

Ce 3e de mai. On ne parle ici que du duc de Lorraine [73] [que] l’on dit être en chemin et être suivi d’une armée de 7 000 hommes. N[ul ne sait] pour qui il vient ni de quel parti il se rangera. [32] Le roi et la reine [sont toujours] à Saint-Germain-en-Laye. Elle a fait sortir de Corbeil quelques garnisons q[ue la ville lui a] laissées ; et même aujourd’hui sont arrivés à Paris quelques bateaux d[e blé venus] de Rouen, ce qui fait dire qu’elle n’est plus si fort en colère contre [Paris, comme l’on] disait. Elle a pareillement donné jour aux députés du Parlement [et de la Chambre] des comptes pour être ouïs à Saint-Germain, lundi prochain, 6e de mai, [et ceux de la] Cour des aides et l’Hôtel de Ville le lendemain, mardi 7e. On n’en atte[nd pour]tant ni n’en espère-t-on que quelque réponse ambiguë, tout étant suspect de [la] part de cette femme qui est si fort outrée et irritée par son cher Mazarin. [33]

Demain sera ici de retour Mademoiselle, [74] fille aînée de M. le duc d’Orléans, qui a demeuré dans Orléans [75] depuis que le roi, au sortir de Blois, [76] n’y put entrer s’il ne renvoyait le Mazarin, qui est celui qui porte le malheur partout. [34] Il n’y a ici rien de certain, quoi que l’on en dise, des princes ou du duc de Lorraine : soit qu’ils n’aient du tout point fait d’accord en secret avec la reine comme quelques-uns soupçonnent ; soit qu’il soit fait, dont on ne peut rien découvrir ni conjecturer autre chose sinon qu’ils souffrent leurs deux armées vivre ici alentour à discrétion, qui ravagent tout ; en quoi l’on reconnaît que Paris est menacé de ne rien gagner à ces désordres de princes. Et ainsi voilà la guerre de Troie renouvelée, laquelle au dire d’Horace,

Stultorum regum et populorum continet æstus ; [35]

ou bien l’autre :

Quidquid delirant reges, plectuntur Achivi.

Ce 5e de mai. Hier mourut ici un de nos compagnons nommé M. Gamare, [77] jeune homme âgé de 30 ans, d’une inflammation de poumon ; c’est dommage, il était bon et sage, et fort savant. [36]

Mademoiselle, fille du duc d’Orléans, arriva hier en fort belle compagnie, et beaucoup de cavaliers. On dit ici que c’est le prince de Condé qui l’a fait revenir afin qu’elle lui aide à gagner sur l’esprit du duc d’Orléans, son père, qu’il chasse de son Conseil notre coadjuteur, qui est le nouveau cardinal de Retz, homme intrigant et cabalant, mais de grand esprit et ennemi juré de M. le prince de Condé. Voilà que nouvelles nous arrivent de Saint-Germain qu’hier après-dîner les deux armées se battirent entre Étampes et Châtres, [78] que le maréchal de Turenne [79] y a perdu cinq régiments d’infanterie et que du côté des princes, il y en a 800 de tués et beaucoup de prisonniers. [37] Je voudrais que le dernier soldat fût dans le ventre du Mazarin. Ces premières nouvelles de défaites sont ordinairement fausses, et en disent souvent beaucoup plus qu’il n’y en a. Le Grand Conseil a reçu ordre de se retirer à Beauvais, [80] cela fait croire que le roi ira à Compiègne bientôt, ou en quelque autre lieu de Picardie ; mais il y a apparence que ce sera plutôt là qu’ailleurs. La reine voudrait bien aller à Rouen, mais les Normands ne veulent ni troupes, ni Mazarin. Ils sont fort incommodés à Saint-Germain et en quelque part qu’ils aillent, ils y porteront ou y trouveront leur incommodité aussi bien que leur mauvaise conscience, tant est grand et sensible le malheur de ce parti.

J’apprends de M. Huguetan l’avocat [81] que M. Ravaud [82] imprime le troisième tome de Vittorio Siri, [83] dont je suis fort réjoui. Je vous prie de me mander s’il est fort avancé, dans quel temps nous le pourrons avoir et en quelle année de nos affaires de France lesdites relations finiront. [38] Mon avocat [84] a depuis peu appris l’italien ; si ce livre peut venir bientôt, il achèvera de s’y confirmer par cette lecture d’un temps qu’il a vu. [39] En récompense, je vous dirai que l’on imprime de deçà en deux volumes in‑fo toutes les œuvres de M. de La Mothe Le Vayer, [85] en y ajoutant quelques traités manuscrits qu’il a vers soi ; comme aussi une Histoire ecclésiastique en deux tomes in‑fo faite par M. Godeau, [86] évêque de Grasse en Provence. [40] On commence aussi une nouvelle traduction de Quinte-Curce [87] faite par feu M. de Vaugelas [88] in‑4o[41] et après icelle, on mettra sur la presse une nouvelle traduction du Lucien [89] faite par M. Perrot d’Ablancourt [90] qui a par ci-devant traduit le Tacite, [91] l’Arrien, [92] et les Commentaires de César. [42][93] De ceteris mire frigent Typographi nostrates ; [43] néanmoins, j’apprends que le même Godeau fait imprimer une vie de saint Augustin [94] en français. [44]

Nous ne savons ici quel dessein ont les princes, ils ne font ni la paix, ni la guerre ; les deux armées ne sont point loin l’une de l’autre. Le duc d’Orléans est au lit de la goutte, [95] pour laquelle il a été saigné et purgé. Le Parlement assemblé a invité les deux princes de venir demain à la Grand’Chambre. Le prince de Condé a mis garnison dans Saint-Cloud [96] et au pont de Neuilly, [45][97] où il fait faire des fortifications et y va les visiter toutes les nuits.

Les députés des cours souveraines ont été admis par le roi à faire leurs remontrances à Saint-Germain. Ils ont été librement et favorablement ouïs et ont eu pour réponse que dans quelques jours le roi leur fera savoir sa volonté par la déclaration qu’il leur enverra. Le prévôt des marchands harangua aussi pour l’Hôtel de Ville, accompagné et suivi de plusieurs députés, qui parla très hardiment contre le Mazarin et le nomma plusieurs fois comme un homme que l’on priait d’éloigner du royaume sans espérance d’aucun retour, en tant qu’il était la cause de la ruine et de tous les désordres du royaume. La réponse fut que le roi reviendrait dans Paris quand il n’y aurait plus de factieux et de troupes ennemies sur le chemin, qui l’empêchent d’y venir (il entend le pont de Neuilly et Saint-Cloud), etc. [46] Mais tous ensemble furent bénignement reçus et renvoyés avec bonne espérance d’un traité. [47] Un conseiller m’a dit aujourd’hui qu’il tient la paix faite à un article près, qu’il faut concilier et accorder : que le Mazarin sortira du royaume avec commission d’aller traiter la paix générale avec les Espagnols afin qu’il puisse être plus agréable en France alors qu’il y reviendra, y rapportant la paix ; que toutes les apparences externes sont à la paix ; que l’on dresse à Saint-Germain une déclaration de la part du roi, en laquelle le Mazarin sera fort excusé et justifié, qui sera envoyée au Parlement, laquelle pourra être vérifiée moyennant quelques modifications que l’on y apportera selon le style du Palais et de la chicane moderne ; laquelle relave et blanchit ceux qui sont plus noirs que l’encre et la suie même. Une des difficultés qui restent encore, c’est que le prince de Condé veut être aussi un des plénipotentiaires et aller au lieu qui sera accordé pour traiter la paix d’Espagne ; mais la reine réservant ce lieu pour une retraite à son cher marmouset, [48][98] ne veut point que ce prince y aille ; de peur que ces deux hommes s’y rencontrant tous deux, l’un ne soit plus fort que l’autre et n’y fût assommé le vilain qu’il est, summo suo merito[49] Néron [99] ne mérita jamais mieux d’être condamné du Sénat que ce monstre siciliot a mérité d’être écorché pour les cruautés et les maux qu’il a commis en France : Cuius ad exitium non debuit una parari simia, non serpens unus, non culeus unus[50][100] Je prie Dieu qu’il lui arrive ce qu’il mérite. Notre histoire en ce cas-là ne manquera pas d’un bel exemple pour la punition d’un grand voleur de nos finances, d’un très méchant fourbe, d’un très infidèle ministre, bref d’un vrai et parfait tyran qui mériterait d’être étouffé, comme un enragé d’avarice et d’ambition. Les troupes du roi sont ici alentour, conduites par le maréchal de Turenne, qui font d’horribles [dé]gâts devers Palaiseau. [51][101] On dit que c’est pour faire trouver la paix meilleure, que l’on attend la semaine q[ui vient], sic apud nos misere vivitur[52] Heureux pays où de tels animaux ne se rencontrent[, non plus] que des moines et des loups qui sont tous animantia rapacissima et ex latro[nibus] […] ! [53] Je vous baise les mains de toute mon affection et suis[, Monsieur,] votre très humble et très obéissant serviteur. Agnoscis manum et mentem[54]

[De Paris, ce v]endredi 10e de mai. [55]

Monsieur,

Depuis ma grande lettre écrite, je vous dirai que M. Caze [102] vient de sortir de céans avec M. Huguetan, [103] auxquels j’ai promis de vous présenter leurs recommandations. M. Garnier [104] m’a écrit de sa guérison, je vous prie de lui témoigner que j’en suis bien réjoui. Je vois bien par ce qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire que la saignée [105] lui a servi de julep cordial. [106] Vous m’obligerez pareillement de faire mes recommandations à MM. Gras et Falconet. Mais à propos, M. Rigaud [107] le libraire de Lyon, ne pense-t-il pas tout de bon à s’acquitter de sa promesse et à faire imprimer nos trois manuscrits de feu M. Hofmann ? [56][108] Je vous prie de lui en dire un mot afin que je puisse savoir quand il commencera. On dit ici que les troupes du roi sont approchées de Saint-Cloud où il y a des gens du prince que l’on veut en chasser de force. [57] Quelques troupes, au nombre d’environ 2 000, tant de cavalerie que d’infanterie, sont allées avec deux canons vers Beaumont, [109] assiéger un château nommé L’Isle-Adam, [110] qui est à trois lieues au-dessus de Pontoise, [111] sur la rivière d’Oise ; le lieu appartient au prince de Condé. [58] Et nonobstant tous ces remuements, on dit qu’il y a un accord fait, combien que le ravage et le pillage soient très grands par la campagne, et nous promet-on la paix devant la Pentecôte ; [112] mais je ne l’ose croire, je ne sais où est le cœur et l’esprit des princes que de souffrir tant de malheurs. Pour la reine, je n’en parle point ; cette femme est enragée et tellement affublée de son marmouset que si on lui faisait voir la Justice, la Raison ou la Vérité, elle ne les reconnaîtrait point, quelque belles que soient ces vertus.

Un maître des comptes de mes bons amis me vient d’assurer que l’accord de M. le Prince est fait, mais que cela se tient caché, pour cause ; et que l’on parle de faire une conférence dans quelques jours pour tout accorder. [59]

Tout est rompu, la reine a dit que tout ce que l’on lui proposait était extravagant, qu’elle ne voulait point d’accord si on ne chassait les princes de Paris. Le Parlement assemblé en présence du prince de Condé a ordonné que tout à l’heure Messieurs les Gens du roi partiraient pour aller à Saint-Germain [113] demander au roi, etc., et que demain matin ils en rapporteraient à la Cour, laquelle sera pour cet effet assemblée. Les boutiques sont ici fermées, on bat le tambour partout, les prisonniers de la Conciergerie [114] se sont sauvés, les chaînes sont tendues par les rues ; si bien que nous voilà derechef assiégés et dans la guerre pour ce marmouset de Sicile. [60] Comme le comte d’Harcourt [115] faisait passer de la cavalerie sur un pont près de Bordeaux, le pont a enfoncé, il y en a eu 200 de noyés. Il y a des Anglais abordés près de Calais. [116] Le duc Charles vient, qui serait arrivé si le coadjuteur ne lui eût mandé qu’il ne vînt point et que la paix était faite. Le duc d’Orléans [117] lui a envoyé au-devant MM. le comte de Fiesque [118] et de Langeron. [61][119] Le duc d’Orléans est au lit malade de dépit contre le Mazarin qu’il ne veut ni ne peut souffrir. On soupçonne quelque trahison ou intelligence secrète du prince de Condé avec le Mazarin. Mme la duchesse d’Aiguillon, [120] nièce du cardinal de Richelieu, qui était une autre bonne chenille, [62] est allée à Saint-Germain, soupçonnée d’avoir fait cet accord.

Je vous prie de dire à MM. Huguetan [121] et Ravaud [122] que comme le Rabelais [123] est fort rare, ce livre serait bon à réimprimer en le faisant in‑12 ou in‑8o, de belle lettre, sur de beau papier et bien correct, et qu’il serait de fort bonne vente. Il ne s’en trouve point à acheter et tous le cherchent. Voici un vrai temps à le lire pour se désennuyer du Mazarin, et des calamités que nous souffrons pour ce faquin et pour l’obstination de la reine. Tout est ici en bruit et en armes avec détestation de ceux qui sont cause de notre malheur. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

François du Pré[63]

De Paris, ce vendredi 10e de mai 1652, à sept heures du soir.


1.

Ceux-là voyaient juste : v. note [22], lettre 285.

La destination de la cour était un sujet de préoccupation politique majeure car son enjeu était la poursuite immédiate ou non de la guerre civile près de Paris.

2.

Quartenier : « officier de Ville qui a un certain quartier et une porte de la ville assignés, où il fait exécuter les ordonnances et les mandements de la Ville, qui fait assembler chez lui les bourgeois du quartier, et qui a le soin aussi de fermer et garder les portes. Il a sous lui deux cinquanteniers et quatre dizainiers. L’office de quartenier est une voie sûre pour parvenir à l’échevinage en son ordre » (Furetière).

Au début du xviie s. Paris était encore divisée en 16 quartiers dénommés par un édit de Henri iii du 1er août 1588 :

  • quartier Notre-Dame, pour la Cité ;

  • quartiers Saint-Germain-l’Auxerrois, des Saints-Innocents puis de Sainte-Opportune, Saint-Honoré, Saint-Eustache, des Halles, Saint-Jacques de la Boucherie, Saint-Denis, Saint-Martin, du Saint-Esprit ou de la Grève, du cimetière Saint-Jean ou de la Martellerie, du Temple ou de Sainte-Avoye, Saint-Gervais ou de la Verrerie, Saint-Antoine, pour la Ville (rive droite) ;

  • quartiers de Sainte-Geneviève (bientôt place Maubert), Saint-Séverin (bientôt de la Harpe), pour l’Université (rive gauche).

Des faubourgs leur étaient rattachés : Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Victor et bourg Saint-Médard, Saint-Marcel, Saint-Jacques, Saint-Germain. La division en quartiers était distincte de celle des paroisses. Les quartiers relevaient de la gestion administrative de la ville : fiscalité, entretien, sécurité. Dans le rôle des boues et lanternes de 1637 était apparu un 17e et nouveau quartier démembré de la Cité, l’Île Notre-Dame (Saint-Louis) en plein lotissement.

Dizainier et cinquanteniers, ainsi qu’une liste de bourgeois élisaient les quarteniers, un par quartier. Les quarteniers dressaient des listes de notables proposés aux élections du Conseil de la Ville, et participaient à l’élection du prévôt des marchands et de ses échevins. Ils réunissaient dans leurs circonscriptions cinquanteniers, dizainiers et six bourgeois élus. Ce corps électoral choisissait quatre bourgeois par quartier : sur les 64 noms retenus, 32 étaient tirés au sort et participaient avec le prévôt des marchands, les échevins et les conseillers de la Ville à l’élection finale du bureau de la Ville (M. Le Moel, Dictionnaire du Grand Siècle).

Guy Patin devait être un des huit députés bourgeois du quartier Sainte-Opportune où il résidait.

3.

On donnait à la reine régente, Anne d’Autriche, le surnom de Junon :

Fille de Saturne {a} et de Rhéa, Junon était sœur de Jupiter, de Neptune, de Pluton, de Cérès {b} et de Vesta ; {c} Jupiter la trompa sous le déguisement d’un coucou et l’épousa ensuite dans les formes ; le penchant de Jupiter pour les mortelles excita souvent la jalousie et la haine de son épouse ; Junon conspira même avec Neptune et Minerve pour détrôner le dieu des dieux, et ce fut alors que Jupiter la suspendit en l’air par le moyen d’une chaîne d’or et d’une enclume attachée à chaque pied ; Junon persécuta toutes les maîtresses de son mari et tous les enfants qui naquirent d’elle ; elle présidait aux mariages, aux noces, aux accouchements, à la monnaie. Ordinairement, on peint Junon en matrone majestueuse, quelquefois un sceptre à la main ou une couronne radiale sur la tête, elle a auprès d’elle un paon, son oiseau favori. {d}


  1. V. note [31] des Deux Vies latines de Jean Héroard.

  2. V. note [18], lettre 539.

  3. V. note [8], lettre latine 103.

  4. Fr. Noël.

4.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome ii, pages 206‑208, avril 1652) :

« Ce jour donc de vendredi 19, M. d’Orléans fut en l’Hôtel de Ville assis en une chaise élevée sur des marches, sous le dais, ayant à sa gauche M. le Prince, aussi assis ; et aux pieds de Son Altesse Royale était aussi assis sur ces marches le sieur de Saint-Quentin, lieutenant de ses gardes. Il {a} dit, comme il a dit en Parlement, être là venu pour déclarer que tout ce qu’il faisait n’était que pour le service du roi, le bien de l’État, la tranquillité publique et la paix générale, ce qu’il espérait obtenir par la chasse ou retraite du cardinal Mazarin. M. le Prince confirma cela, parlant avec assez de peine et de perturbation, et ajouta qu’aussitôt que le cardinal Mazarin serait chassé, il mettrait les armes bas. Ils dirent aussi que pour laisser la liberté entière à l’assemblée, ils s’en allaient se retirer, comme ils firent jusqu’à la fin de l’assemblée.

Aucuns trouvèrent fort à redire car au moins ils se devaient tenir derrière l’assemblée et ne paraître pas au rang des assemblées.

Comme les princes se retiraient, le maréchal de L’Hospital, gouverneur de Paris, entra. Lors, le prévôt des marchands dit qu’ils s’étaient assemblés, suivant qu’un arrêt du Parlement leur avait donné sujet de ce faire, sur l’état des affaires présentes et que, pour y bien délibérer, il fallait commencer par la lecture dudit arrêt et des autres pièces contre le cardinal Mazarin, que le Parlement avait envoyés à la Ville ; puis par celle des noms et surnoms de ceux qui avaient été députés […].

Tout cela étant fait, il se trouva deux heures de temps consommées et le sieur Piètre, {b} procureur du roi en l’Hôtel de Ville (et aussi procureur général de M. d’Orléans), ayant bien doctement harangué, montrant que la Ville pouvait faire députation au roi […], il conclut à ce que très humbles supplications soient faites au roi qu’il lui plût renvoyer le cardinal Mazarin et rendre au plus tôt la présence de Sa Majesté en sa bonne ville de Paris. Puis, comme il était plus de six heures du soir, on sortit.

À cet instant arriva un courrier avec lettres de cachet du roi portant avis au maréchal de L’Hospital et au Corps de Ville comme {c} le roi, parti de Gien, tirait vers Paris à dessein de s’y rendre, et défenses de faire aucune assemblée de Ville que Sa Majesté ne fût arrivée pour y être en personne.

Le lendemain samedi 20 […] à deux heures, on se rassembla en l’Hôtel de Ville et y eut trois avis. Le premier fut de cinq ou six personnes qualifiées […] et dit que le Corps de Ville pouvait de son chef députer vers le roi, et lui faire requêtes sur les réformation et affaires occurrentes sans qu’il fût besoin que le Parlement ou autres s’en mêlassent, et fut d’avis que le roi fût très humblement supplié de retourner en sa bonne ville de Paris et qu’à cet effet, les princes y contribuassent en mettant les armes bas. […]

Le deuxième avis fut de faire supplications au roi qu’il lui plût expulser du royaume le cardinal Mazarin et retourner en sa bonne ville de Paris.

Le troisième fut ouvert par un échevin nommé Desnoës, apothicaire, semblable au deuxième, mais ayant de plus que les lettres circulaires de la Ville de Paris seraient envoyées à toutes les villes épiscopales de France pour les inviter de faire députation et supplication au roi conforme à la leur. Il parla avec véhémence.

Le prince de Condé dit à M. d’Orléans qu’il voulait connaître cet homme et l’envoyer quérir afin d’avoir un clystère de sa main ; ce qui a donné lieu de faire des vers qui finissent ainsi :

Ô merveilleux apothicaire !
Je veux de toi prendre un clystère ;
M’en dût-il coûter un écu,
Je n’en plaindrai pas la dépense.
Si tu m’as montré ta science,
Je te veux donc montrer mon c…

Six heures étant passées, comme aucuns faisaient instance de continuer, le maréchal de L’Hospital se leva et rompit l’assemblée.

Le lundi 22 à deux heures de relevée, elle s’acheva, et y eut du troisième avis 71 voix comptées, du deuxième, auquel le premier se réunit, 127, qui l’emporta. »


  1. Gaston d’Orléans.

  2. Germain Piètre, v. note [137], lettre 166.

  3. Avisant que.

5.

V. note [30], lettre 284, pour l’Orthodoxe… de Claude Germain.

6.

Cette deuxième partie de l’Encheiridium de Jean ii Riolan était sans doute son Anatomie pneumatique, dont Guy Patin allait parler plus longuement dans sa lettre du 7 mars 1653 (v. note [9], lettre 307). La première édition de l’Encheiridium (v. notes [25], lettre 150 et [3], lettre 151) avait paru à Paris en 1648 in‑12.

7.

« tant qu’il vit et se porte bien ».

8.

V. note [31], lettre 282, pour le De sanguinis motu Commentatio… [Commentaire sur le mouvement du sang…] de Paul Markward Schlegel, contre Jean ii Riolan.

9.

Les deux lettres de cachet du roi interdisant les assemblées de la Ville et des cours souveraines semèrent toutefois un certain doute.

Journal de la Fronde (volume ii, fos 66 ro‑67 ro, avril 1652) :

« Toutes deux obligèrent S.A.R. {a} d’aller le 20, avec M. le Prince, au Parlement où elle entra sans attendre aucune cérémonie ; et les chambres étant assemblées, elle remontra qu’il ne fallait point qu’on s’amusât à ces lettres de cachet ; et l’on résolut d’abord de mander le prévôt des marchands. Étant arrivé, on lui demanda s’il n’avait point de lettre de cachet pour traverser {b} l’assemblée de Ville. Il répondit qu’il y en avait une qui défendait de la tenir. S.A.R. lui dit qu’il y en avait deux, mais il ne voulut pas avouer la seconde parce que les termes en étaient trop injurieux et auraient pu produire quelque mauvais effet. Enfin, on lui fit voir que dès qu’une délibération est commencée, on n’a plus d’égard aux lettres de cachet ; et ayant été ordonné qu’on la continuerait sans s’y arrêter, on le chargea de l’aller représenter à l’Hôtel de Ville où l’on résolut, dans l’assemblée particulière qui s’y tint devant midi, que la générale serait continuée nonobstant la lettre de cachet. […]

M. le Prince a fait 2 000 hommes de recrues dans Paris, lesquelles il a envoyées pour la plupart à Saint-Maur. Il en fit encore partir aujourd’hui {c} 200 chevaux. Il doit partir ce soir pour retourner à son armée qui est tout près de Montargis, fort incommodée faute de vivres, aussi bien que celle de la cour qu’on dit être avancée au poste de Château-Renard. {d} Le comte de Grandpré et le vicomte de Monbas sont venus se poster à Melun avec mille chevaux, tant pour tâcher d’attraper M. le Prince lorsqu’il s’en retournera, que pour favoriser le passage de la cour, laquelle devait hier coucher à Melun et aujourd’hui à Corbeil, où elle envoya avant-hier deux compagnies des gardes et deux de Suisses pour y entrer ; mais les habitants les repoussèrent fort bien et se montrèrent fort résolus de ne vouloir recevoir aucunes troupes, ni de l’un, ni de l’autre parti. Le prévôt des marchands fut mandé avant-hier par lettre de cachet, mais ce n’était qu’à dessein de retarder l’assemblée de l’Hôtel de Ville et qu’on n’aurait pas laissé de la continuer. » {e}


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  2. Empêcher.

  3. Le 23 avril.

  4. Loiret, 17 kilomètres à l’est de Montargis.

  5. Étant donné la tournure catastrophique des événements, le prince de Condé ne quitta pas Paris et ses proches environs.

10.

Charles Clinchant, qu’on appelait le baron de Clinchant (ou Clinchamp), commandait alors les troupes condéennes étrangères (espagnoles) en remplacement duc de Nemours, blessé. Le comte Jacques de Tavannes commandait les troupes de Condé, qui l’appelait son bras droit, et le duc de Beaufort celles de Monsieur.

Selon Jean-Charles Roman d’Amat (le seul à donner cette information) dans le tome 9 du Dictionnaire de biographie française, Charles de Clinchant était fils de Claude et d’Esther de Bréchanon. Il avait paru pour la première fois sur la scène politique comme messager de Charles iv de Lorraine vers Gaston d’Orléans et Marie de Médicis à Bruxelles, en 1634. L’année suivante, il servait dans l’armée de Jean de Werth. Pendant la Fronde, il était venu renforcer l’armée de Tavannes et avait pris part au combat de Bléneau en avril 1652. Il accompagna le comte à Étampes et s’y enferma avec lui pour soutenir la place assiégée. Les éditeurs des mémoires du temps en font plus volontiers un aventurier champenois (Jestaz).

Clinchant fut un des blessés condéens au combat du faubourg Saint-Antoine et mourut le 23 août 1653, « brusquement enlevé par une courte maladie » (Aumale, Histoire des princes de Condé, tome vi, page 314) (v. note [13], lettre 325).

11.

V. note [18], lettre 285.

12.

Une fois de plus (v. note [53], lettre 242), le bruit était faux : Philippe iv ne mourut qu’en 1665. Sa fille unique, alors en âge d’être mariée, était Marie-Thérèse (1638-1644), née d’un premier mariage avec Élisabeth de France (1602-1644) et future épouse (1660) de Louis xiv, union qui scella le traité des Pyrénées.

Le fils aîné de l’empereur d’Allemagne, Ferdinand iii, était Ferdinand iv, sacré roi de Hongrie en 1649, et mort san alliance en 1654 (v. note [7], lettre 318).

13.

V. note [9], lettre 72, pour l’évêque de Belley, Jean-Pierre Camus, que Guy Patin admirait beaucoup.

On a désigné sous le nom d’hospices des Incurables, à Paris, deux établissements destinés à recevoir les indigents que l’âge ou des infirmités avaient mis dans l’impossibilité de gagner leur vie. Le premier asile, fondé en 1632 grâce à un don que la dame Le Bret fit à l’Hôtel-Dieu, consistait en deux maisons sises à Chaillot (v. note [1], lettre 720). Peu de temps après, un prêtre nommé François Soulet avait légué une partie de ses biens pour le même usage, et le cardinal de La Rochefoucauld avait obtenu qu’on vendît les maisons de Chaillot et qu’on en employât le prix, ainsi que le legs de Soulet, à l’achat de terrains situés dans le quartier Saint-Germain-des-Prés pour construire le premier véritable hospice des Incurables. Des lettres patentes datées d’avril 1637 avaient conféré à cet établissement une existence légale et les privilèges dont jouissaient alors les maisons hospitalières. L’hospice, construit rue de Sèvres par l’architecte Gamard, était destiné à recevoir des hommes et des femmes. Pour y être admis, il fallait être atteint d’une des maladies suivantes : la paralysie ancienne et formée, l’agitation ou tremblement continuel de tout le corps ou des membres (maladie de Parkinson), les cancers, les luxations des vertèbres et le rachitisme, les hernies, la goutte sciatique, la goutte proprement prise, les rhumatismes goutteux, les hydropisies, les pulmonies et les asthmes, le flux perpétuel de pituite, les vieux ulcères aux jambes, la faiblesse universelle de tout le corps. Après avoir été visités, les malades étaient admis à l’hospice où ils étaient astreints à un grand nombre d’exercices religieux et perdaient à peu près complètement leur liberté. Les sorties étaient excessivement rares et ne pouvaient s’obtenir que sur une permission écrite du bureau. Quant aux infirmes qui avaient l’usage de leurs mains, ils devaient travailler et recevaient pour leur travail une faible rémunération (G.D.U. xixe s.).

En 1635, la Compagnie du Saint-Sacrement (v. note [7], lettre 640) s’était intéressée à la création des Incurables (Raoul Allier, La Cabale des dévots, page 282) :

« Elle y contribua par les bienfaits de ses membres, et elle en inspira les règlements : “ Les pauvres dudit hôpital, y est-il déclaré, doivent professer la religion catholique, apostolique et romaine, être connus de MM. leurs curés ou vicaires, et avoir un bon témoignage de leur part. Si, néanmoins, quelque pauvre incurable de la religion prétendue réformée désirait entrer audit hôpital, il y sera reçu ; mais pour quelque temps, sera hors des salles où l’on dit journellement la sainte messe, pour être instruit. Et s’il veut faire abjuration de son hérésie, on le retiendra ; sinon il sera congédié… ”
Quand un entêté de protestantisme était ainsi rejeté sur le pavé, c’était bien de sa faute. Les agents de la Compagnie avaient la conscience tranquille. »

En 1879, les bâtiments de la rue de Sèvres sont devenus l’hôpital Laennec, désaffecté en 2000.

14.

Guy Patin jouait ici avec l’étymologie populaire mais improbable du mot antimoine (v. note [8], lettre 54), comme l’avait lui-même fait Jean-Pierre Camus {a} dans le titre de son livre publié à l’occasion de la querelle des réguliers pour la défense des libertés de l’Église gallicane :

L’Antimoine bien préparé, ou Défense du livre de Monsieur l’évêque de Belley intitulé Le Directeur désintéressé {b} contre les réponses de quelques cénobites {c}… {d}


  1. Évêque de Belley, v. note [9], lettre 72.

  2. Le Directeur spirituel désintéressé. Selon l’Esprit du B. François de Sales, Évêque et Prince de Genève, Instituteur de l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie. Par Jean-Pierre Camus Évêque de Belley (Paris, Fiacre Denors, 1631, in‑12 de 436 pages).

  3. Moine vivant en communauté dans un couvent.

  4. Sans lieu ni nom, 1632, in‑8o de 24 pages, par Camus, sous couvert de l’anonymat.

    Dans la même veine, Camus a ensuite publié :

    • Le Rabat-joie {i} du Triomphe monacal. Tiré de quelques lettres, recueillies par P.D.P.D. S. Hilaire ; {i}

    • La Suite du Rabat-joie du Triomphe monacal. Recueillie par le Sr de S. Hilaire. {ii}

      1. Rabat-joie, « qui vient troubler la réjouissance de ceux qui sont en train de se divertir : “ ce critique, ce jaloux est un rabat-joie, ennemi du plaisir des autres ” ; “ cet accident fâcheux a été un grand rabat-joie dans la famille de ces messieurs ” » (Furetière).

      2. À L’Isle, sans nom, 1633, in‑4o de 238 pages, .

      3. Sans lieu ni nom, 1634, in‑8o de 256 pages.

15.

« Mort, tu l’aimeras pareillement » : Extinctus amabitur idem (Horace, Épîtres, livre ii, lettre 1, À Augustus, vers 14).

16.

Maria de Contes, femme de Jean Camus, seigneur de Saint-Bonnet (Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, tome ii, page 212, samedi 27 avril 1652) :

« Mort de messire Jean-Pierre Camus jadis évêque de Belley et depuis peu nommé par le roi à l’évêché d’Arras, âgé de soixante-huit à soixante-dix ans, ayant l’an passé vu mourir sa mère, Mme de Saint-Bonnet, en Beauce près de Mérobert, {a} âgée de quatre-vingt-huit ans ou environ. »


  1. Dans l’actuel département de l’Essonne.

17.

Oger de Marsillac, secrétaire du roi en 1642, était pourvu de l’office de receveur général des finances de la généralité de Caen, adjudicataire de la ferme générale des aides (Dessert a, no 364).

18.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 68 vo‑70 ro) :

« Hier {a} le roi d’Angleterre, {b} étant de retour de la cour, fut voir S.A.R. {c} et lui dit qu’étant entré en discours avec la reine {d} sur l’état des affaires, il lui avait proposé de considérer les malheurs que cette guerre pourrait apporter et de tâcher de porter les choses à un bon accommodement, lui représentant même l’exemple de son père ; {e} que la reine lui avait répondu qu’elle ne s’éloignerait jamais de l’accommodement et qu’elle le souhaitait fort ; que si S.A.R. lui voulait envoyer des personnes de créance avec un plein pouvoir, elle en députerait en même temps de sa part ; dont le roi d’Angleterre se voulut charger de faire la proposition à S.A.R., laquelle lui répondit qu’elle souhaitait la paix plus que la reine, mais qu’elle ne pouvait faire aucun pas dans cette affaire sans le communiquer au Parlement, à la Ville de Paris et à M. le Prince qui étaient unis avec elle, et qu’aussitôt qu’elle aurait pu prendre leurs avis là-dessus, elle lui rendrait réponse. […]

Ce matin, {f} le Parlement s’étant assemblé, […] S.A.R. a parlé de la proposition d’accommodement que lui fit le roi d’Angleterre et a dit qu’elle n’y avait voulu faire aucune réponse sans la communiquer à la Compagnie ; qui d’abord a dit qu’il fallait bien y entendre, mais qu’avant toutes choses, il fallait que le cardinal Mazarin fût chassé entièrement ; néanmoins, on n’a commencé aucune délibération et on a remis à demain. […]

Sur la proposition d’accommodement faite par le roi et la reine d’Angleterre, S.A.R. et M. le Prince, ayant cru qu’il y aurait à la cour quelque disposition à l’éloignement du cardinal Mazarin, résolurent le 26 d’envoyer des députés en cour pour convenir de la manière dont on pourrait traiter, et choisirent à cette fin MM. de Rohan, Chavigny et Goulas, qui partirent le 27 pour aller trouver la cour à Saint-Germain avec ordre de tirer parole de Leurs Majestés que le cardinal serait chassé sans espérance de retour. Cette résolution fut cause que le Parlement ne s’assembla pas ce jour-là, ayant arrêté qu’on attendrait le retour de ces députés. »


  1. 25 avril 1652.

  2. Charles ii (en exil).

  3. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  4. Anne d’Autriche.

  5. Charles ier, décapité sur ordre du parlement de Londres en février 1649.

  6. 26 avril.

Léonard Goulas (v. note [5], lettre 152), secrétaire des commandements et du cabinet de Monsieur, jouait alors le rôle d’agent double, servant les intérêts de Mazarin auprès du duc d’Orléans, après avoir pris sa revanche sur l’abbé de La Rivière, qui l’avait évincé en septembre 1648 (v. note [27], lettre 216). Le duc de Rohan, quant à lui, était revenu à Paris après son cuisant échec d’Angers (v. note [5], lettre 284), mais toujours au service des princes.

19.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 70 ro, 30 avril 1652) :

« MM. de Rohan, de Chavigny et Goulas étant arrivés à Saint-Germain le 27 au soir, y eurent audience le 28, deux heures après midi ; et ayant salué le roi et la reine, le roi leur commanda d’entrer dans la chambre de la reine où était le cardinal Mazarin. Ils firent effort d’empêcher de voir ce cardinal ; mais le leur ayant commandé absolument, ils furent contraints de le saluer et demeurèrent plus de trois heures enfermés avec lui sans pouvoir rien avancer ; et le roi leur déclara qu’il ne voulait point que le cardinal Mazarin se retirât de la cour, ce qui les obligea à s’en revenir dès hier. La reine d’Angleterre y est allée pour exhorter de nouveau la reine à l’accommodement. »

20.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome ii, page 214, mardi 30 avril 1652) :

« Auquel temps, le procureur général, le sieur Fouquet, {a} est parti pour s’en aller en cour à Saint-Germain demander au roi l’audience pour les députés du Parlement, à faire les remontrances par écrit qui ont déjà été faites à Sully, {b} le roi y étant à Pâques dernières, et les lire en présence du roi, n’y ayant pas été lues, et ce, suivant l’arrêt fait en Parlement ce matin. »


  1. Nicolas Fouquet.

  2. V. note [26], lettre 285.

21.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 70 ro et vo, 30 avril 1652) :

« Hier au soir, le bruit s’étant répandu que le prévôt des marchands avait résolu de faire aller à Saint-Germain deux bateaux chargés de blé, qui sont au port de l’École {a} avec quelques autres bateaux pour en faire un pont, il y eut des grands bruits là-dessus et Son Altesse Royale donna aussitôt ses ordres pour l’empêcher. »


  1. Sur la Seine, à Paris, près du Pont-Neuf.

22.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome ii, pages 214‑215, après-midi du 30 avril 1652) :

« les colonels et capitaines de Paris ont été mandés au palais d’Orléans de la part de Son Altesse Royale et y ont été pour prendre l’ordre de faire corps de garde le lendemain aux avenues {a} des marchés.
Le prévôt des marchands y allant fut accueilli d’injures, comme mazarin, par la canaille assemblée ; et comme il en sortit, contre l’avis de beaucoup de gens qui lui conseillaient de se tenir encore là jusque dans la nuit, il fut attaqué avec pierres et bâtons, et fut contraint de se sauver, abandonnant son carrosse, qui fut mis en pièces. Il n’osa s’en aller en sa maison et coucha à l’Hôtel de Ville. »


  1. Entrées.

23.

La cour séjourna à Saint-Germain du 27 avril au 22 mai (Levantal).

24.

« qui l’a trompé trois fois ».

Albert de Gondi (Florence 1522-Paris 1622) avait acquis le duché et pays de Retz (Loire-Atlantique) en 1581. Par la grâce de la cour, son petit-fils, le coadjuteur de Paris, Jean-François-Paul de Gondi, avait été nommé cardinal de Retz à Rome dans le consistoire du 19 février 1652 ; la nouvelle en était parvenue à Paris le 1er mars (Journal de la Fronde, volume ii, fo 36 vo). Les vicissitudes de son existence ultérieure ne lui permirent de recevoir le chapeau, à Rome, que le 14 mai 1655 ; ibid. (fo 72 ro) :

« De Paris, le 3 mai 1652. Le bruit a fort couru toute cette semaine que M. le Prince se fût accommodé sous main {a} avec cardinal Mazarin sur ce qu’on lui avait représenté qu’en chassant celui-ci, l’on mettrait le cardinal de Retz dans sa place et qu’ainsi M. le Prince aurait un ennemi plus puissant à combattre ; mais ce bruit est faux, étant certain que M. le Prince n’a point voulu se désunir d’avec S.A.R. {b} comme il aurait fait par ce moyen. » {c}


  1. En secret.

  2. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  3. V. note [43] du Naudæana 4 pour les Mémoires de Retz sur sa nomination au cardinalat.

La Rochefoucauld a consacré un long passage de ses Mémoires (pages 367‑372) à détailler les tractations secrètes pour un accommodement entre Condé et la cour. On y lit un projet de traité en 21 articles qui prévoyait la paix avec l’Espagne au prix d’un exil temporaire de Mazarin à Bouillon, avec de nombreux avantages accordés aux condéens :

« Moyennant tout ce que dessus, on promet de poser les armes et consentir de bonne foi à tous les avantages de M. le cardinal Mazarin, à tout ce qu’il pourra faire pour sa justification et à son retour même dans trois mois ou dans le temps que M. le Prince, après avoir ajusté les points de la paix générale avec les Espagnols, sera arrivé au lieu de la conférence avec les ministres d’Espagne et qu’il aura mandé que la paix sera près d’être signée ; laquelle néanmoins, il ne signera qu’après le retour de M. le cardinal Mazarin ; cependant, que l’argent mentionné par le traité sera donné avant son retour. »

25.

« Chaque fois que les rois extravaguent, les Grecs sont punis » (Horace, Épîtres, livre i, lettre 2, vers 14). Guy Patin se rappelait amèrement la précédente régence (1610-1617) dont les acteurs avaient été Marie de Médicis, le jeune Louis xiii et le ministre Concino Concini (assassiné le 24 avril 1617).

26.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 72 ro, avril 1652) :

« Le parlement de Rouen s’étant assemblé le 29, donna arrêt portant qu’il serait envoyé des députés au roi pour le supplier, en cas qu’il voulût venir en Normandie, de n’y mener point le cardinal Mazarin ni des troupes ; mais lorsque les députés furent sur le point de partir, l’avis y étant venu que MM. de Rohan, Chavigny, et Goulas étaient à Saint-Germain pour parler d’accommodement, {a} il fut arrêté que le départ des députés serait différé jusqu’à ce qu’on eût nouvelle certaine de la négociation de ces Messieurs. »


  1. Le 28.

27.

Le comte Godefroi d’Estrades (de l’Estrade pour Guy Patin ; Agen 1607-Paris 1686), d’abord page du roi Louis xiii, avait eu une riche carrière diplomatique et militaire, en Hollande et ailleurs, au service de Richelieu. Il avait reçu en 1650 le grade de lieutenant général et le gouvernement de Dunkerque (en remplacement du maréchal de Rantzau), et contribuait alors à défendre Gravelines (v. note [41], lettre 285) assiégée par l’archiduc Léopold d’Autriche. Ses mérites au service de la Couronne lui valurent le maréchalat en 1675. Il a laissé les Lettres, mémoires et négociations de Monsieur le comte d’Estrades, ambassadeur de Sa Majesté très-chrétienne auprès de Leurs Hautes Puissances Messeigneurs les États généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, pendant les années 1663 jusques 1668 inclus (Bruxelles, Henry Le Jeune, 1709, cinq volumes in‑8o, pour la première édition).

28.

« aux grands maux, les grands remèdes », Hippocrate, Aphorismes (1re section, no 6) :

Ες δε τα εσχατα νουσηματα αι εσχαται τεραπειαι ες ακριβειην, κρατισται.

Extremis morbis, extrema exquisite remedia optima sunt

[Pour les maladies extrêmes, l’extrême exactitude du traitement est ce qu’il y a de plus puissant].

29.

Bander (Furetière) :

« en termes de matrone et de congrès, {a} se dit de l’érection naturelle de la verge dont le défaut est une marque d’impuissance, et dont elles font leur rapport dans les officialités. »


  1. V. note [6], lettre 3.

30.

Propos que je ne suis pas parvenu à trouver dans l’Histoire naturelle de Pline.

31.

Traduction latine du français qui précède, dans le style de Sénèque le Jeune : bene nobiscum agetur (Lettres à Lucilius, épître lxxv, § 15).

32.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 72 vo, mai 1652) :

« Le duc de Lorraine étant entré en Champagne avec les troupes du comte de Ligneville et six régiments espagnols, il a joint celles de son lieutenant général, Fauge, qui est enfin revenu d’Alsace ; avec quoi, ce prince se voyant fort de 8 000 hommes, a mandé qu’il s’en venait en personne pour le service de S.A.R., {a} quoiqu’on lui eût déjà mandé que l’accommodement était déjà fait ; sur quoi elle lui envoya M. de Marcheville le premier du courant pour l’assurer qu’il n’y avait aucun accord. Il était le 30 du passé à Heiltz-le-Maurupt, proche Vitry, {b} et une partie de ses troupes étendaient leurs quartiers vers Sainte-Menehould. {c} Il s’en vient par la Brie et il est attendu ici dans trois ou quatre jours. »


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  2. Heiltz-le-Maurupt (Marne), 22 kilomètres au nord-est de Vitry-le-François.

  3. V. note [60], lettre 297.

33.

Les mots entre crochets de ce paragraphe proposent une restauration du texte, mutilé par une déchirure du bord droit du feuillet.

Le 6 mai à Saint-Germain, vers trois heures de l’après-midi, le roi reçut les députés du Parlement de Paris conduits par le président de Nesmond, puis ceux de la Cour des comptes ; et le lendemain, les députés de la Cour des aides, puis le prévôt des marchands, Antoine Le Fèvre, et les échevins de Paris, Michel Guillois, Nicolas Phélippes, André Le Vieux et Pierre Denison (Levantal).

34.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 72 vo, 3 mai 1652) :

« Mademoiselle {a} n’ayant plus rien à faire à Orléans, {b} en partit avant-hier et arriva hier à Étampes où est le principal quartier de l’armée de Messieurs les princes, d’où elle envoie un trompette au maréchal de Turenne (qui est toujours avec son armée vers Châtres {c} et Linas), {d} pour lui demander un passeport et une escorte afin de revenir à Paris. Ce maréchal a envoyé à la cour pour savoir si on voudrait qu’il lui accordât ce qu’elle demande ; auquel cas, elle arrivera ici demain. » {e}


  1. De Montpensier.

  2. V. note [1], lettre 285.

  3. Arpajon, v. note [8], lettre 149.

  4. 7 kilomètres au nord.

  5. 4 mai.

Mlle de Montpensier (Mémoires, première partie, volume 2, chapitre xii, pages 47‑48) :

« À un quart de lieue d’Étampes, tous les généraux et quantité d’officiers vinrent au-devant de moi ; l’on tira le canon et je trouvai le quartier des étrangers, par lequel je passai, en armes.

En arrivant à mon logis, je reçus réponse de M. de Turenne qui me mandait qu’il avait envoyé à Saint-Germain, où était la cour, pour les passeports que j’avais demandés et qu’il me les enverrait le lendemain ; ce qui me fit séjourner un jour à Étampes. J’y voulus voir toute l’armée en bataille, mais les officiers en firent quelque difficulté, disant que les ennemis pourraient par ce moyen savoir au vrai le nombre qu’ils étaient ; ce qui arrêta fort court ma curiosité, aimant mieux me priver de cette satisfaction que de faire la moindre chose qui pût nuire au parti. Tout ce jour-là j’eus une grand cour de tous les officiers de l’armée, qui s’étaient parés ; de sorte qu’ils étaient aussi braves extérieurement qu’intérieurement. Le matin, j’allai à la messe à pied à une église qui était si près de mon logis que ma garde en joignait la porte, avec un nombre infini de gens qui me suivirent ; le tambour de la garde battit, et force trompettes et timbales marchaient devant moi. »

35.

« renferme l’agitation des rois et des peuples insensés » (Horace, Épîtres, livre i, lettre 2, vers 8) ; v. supra note [25], pour la citation qui suit, tirée de la même lettre poétique.

36.

Jacques Gamare, natif de Paris, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en février 1649 (Baron). À la fin des Actes de la Faculté de médecine en 1651‑1652, dans les Commentaires de sa seconde année de décanat, Guy Patin, pour la mort de Gamare, a donné le 5 mai 1652 (qui n’était pas la veille, mais la date même du jour où il écrivait ici).

37.

Ce premier combat d’Étampes (4-5 mai 1652) fut une défaite indécise de Turenne face à Condé.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 74 ro et vo, mai 1652) :

« Les maréchaux de Turenne et d’Hocquincourt ayant envoyé, dès le 3 au soir, à Mademoiselle le passeport qu’elle leur avait demandé, celui-ci ayant aussi promis escorte, elle partit le 4 à huit heures du matin d’Étampes ; et sur le point qu’elle en sortait, et qu’elle allait voir l’armée de S.A.R. {a} et de M. le Prince qui était toute rangée en bataille hors la ville afin que cette princesse la pût voir, celle du maréchal de Turenne parut sur la montagne voisine, marchant avec son artillerie et son bagage comme si elle eût voulu aller vers Dourdan. Aussitôt, le baron de Clinchant et le comte de Tavannes prièrent Mademoiselle de leur vouloir donner ordre de livrer bataille aux ennemis ; et celui-ci l’en pressa fort, mais elle répondit qu’elle n’avait point d’ordre à leur donner ; sur quoi, ils commencèrent à faire défiler leur armée en sa présence et la faire rentrer en des quartiers ; après quoi, Mademoiselle poursuivit son chemin vers Châtres {b} et y fut fort bien reçue, où ces deux maréchaux lui avaient fait apprêter à dîner, mais elle n’y voulut pas arrêter. Ils lui baillèrent une escorte de 60 chevaux qui la conduisirent jusqu’au Bourg-la-reine où elle fut reçue par M. le Prince qui lui était allé au-devant avec MM. de Beaufort et de Sully, de Rohan et grand nombre de noblesse. Elle arriva à cinq heures du soir au palais d’Orléans, où il y en avait grand nombre, et autant de joie de son retour que ceux d’Orléans avaient témoigné de regret d’elle à son départ après lui avoir fait mille protestations de fidélité au service de Son Altesse Royale. Cependant, la cavalerie de l’armée mazarine s’étant toujours avancée, il y eut quelques coups de pistolet qui amusèrent celle de Messieurs les princes jusqu’à ce que l’infanterie fût arrivée ; et alors, toutes ensemble ayant attaqué le faubourg d’Étampes qui est delà vers Orléans, se saisit du pont {c} qui le sépare d’avec la ville ; et après quelques gens tués, y enleva le quartier des Allemands du baron de Clinchant. Aussitôt, les chefs et les troupes qui étaient dans la ville étant sortis pour tâcher de repousser les ennemis, passèrent le ruisseau, et il y eut un long et rude combat, dans lequel ce baron fut légèrement blessé, et Broch, lieutenant général de la cavalerie, et le comte de Furstemberg tués avec environ 200 soldats ou officiers. Le nombre de ceux qui demeurèrent sur la place de l’autre côté fut d’environ 400 et néanmoins, on ne put empêcher qu’ils ne menassent d’abord 800 prisonniers qu’ils y avaient déjà faits ; mais les régiments d’infanterie de Languedoc et de Son Altesse Royale les ayant repoussés hors du faubourg, les poursuivirent plus d’une lieue, l’épée à la main, après les avoir même contraints d’y laisser deux pièces de canon, recouvrèrent une partie des prisonniers qui avaient déjà été faits ; d’autres revinrent, en sorte qu’il se trouva qu’ils n’en purent retenir que 300. Ces deux régiments firent aussi plus de 60 prisonniers et en auraient fait beaucoup davantage s’ils eussent voulu donner quartier. {d} Du côté de Messieurs les princes, il n’y eut presque que les Allemands qui furent maltraités ; et du côté de la cour, il n’y eut aussi que les régiments de Picardie et de la Marche battus, dont le premier fut entièrement défait, y ayant eu neuf capitaines tués. L’autre le fut moins. C’est ainsi que racontent cette histoire tous ceux qui sont venus du camp de Messieurs les princes ; mais à la cour, on soutient que c’est une défaite de plus de 2 000 hommes et qu’ils en ont plus de 1 000 prisonniers. »


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  2. Arpajon, v. note [8], lettre 149.

  3. Sur la Luine.

  4. Accorder la vie sauve aux captifs.

38.

Guy Patin allait être déçu, car il ne lisait pas l’italien :

Del Mercurio, overo Historia de’ correnti tiempi di D. Vittorio Siri, consigliere di Stato et hostoriografo della Maestà Christianissima. Tomo terzo. All’ Altezza Serenissima della Gran Duchessa di Toscana Vittoria della Rovere.

[Le Mercure, ou l’Histoire des temps présents par M. Vittorio Siri, {a} conseiller d’État et historiographe de Sa Majesté très-chrétienne. Tome 3. À Son Altesse sérénissime Vittoria della Rovere, {b} grande duchesse de Toscane]. {c}


  1. V. note [6], lettre 204.

  2. V. note [40] du Naudæana 3.

  3. Lyon, Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, 1652, in‑4o de 1 065 pages, divisé en trois livres, dont le dernier couvre la période 1643-1644 ; achevé d’imprimer le 14 mai 1652. Les deux premiers tomes avaient paru à Gênes en 1646 et à Vasal en 1647. Cet ouvrage n’a été publié en français qu’au milieu du xviiie s.

39.

Charles Patin, second fils de Guy, achevait alors ses études d’avocat avant d’entreprendre celles de médecin (v. notes [13][16] de son Autobiographie). Il était né en 1633.

40.

Histoire de l’Église. {a} Par Messire Antoine Godeau, {b} Évêque de Grasse et de Vence… {c}


  1. Jusqu’au ve siècle. Ce volume va de la naissance du Christ à l’an 399.

  2. V. note [10], lettre 133.

  3. Paris, Augustin Courbé, 1653, 2 tomes en un volume in‑4o de 677 pages ; les deux tomes suivants ont paru en 1663 (v. note [2], lettre 680).

V. note [29], lettre 282, pour les œuvres de François i de La Mothe-Le Vayer (Paris, 1654).

41.

Quinte-Curce, {a} de la Vie et des actions d’Alexandre le Grand, de la traduction de M. de Vaugelas, {b} avec les suppléments de Jean Freinshemius sur Quinte-Curce, {c} traduits par Pierre Du Ryer. {d}


  1. V. note [18], lettre 197.

  2. Claude Favre de Vaugelas (mort en 1650, v. note [47], lettre 229) avait travaillé trente ans à traduire Quinte-Curce, sans être jamais satisfait de son ouvrage ; cette édition posthume de 1653 est le premier Quinte-Curce où a figuré son nom.

  3. Johann Freinsheim (Ulm 1608-Heidelberg 1660), philologue allemand qui était alors historiographe de la reine Christine de Suède, avait publié des Commentarii in libros superstites Q. Curtii Rufi [Commentaires sur les livres de Quinte-Curce qui nous sont parvenus] (Strasbourg, héritiers de L. Zesner, 1639, in‑8o).

  4. Paris, Augustin Courbé, 1653, in‑4o de 773 pages.

    V. notes [9], lettre 441, pour Pierre Du Ryer, traducteur des annotations de Freinscheim, et[3] du Faux Patiniana II‑7 pour l’avis de Jean-Louis Guez de Balzac sur ce Quinte-Curce de Vaugelas.


La Préface (non signée) expose le lent labeur de l’auteur :

« Ce n’est pourtant pas que Monsieur de Vaugelas ait perpétuellement travaillé à cette belle traduction ; il n’y donnait que le temps qu’il pouvait dérober à ses affaires, et c’est seulement à ce larcin que nous devons tant de belles choses. Bien qu’il fût très indulgent pour les ouvrages de tous les autres, il était toutefois très sévère pour les siens ; et les trois différentes copies qui se sont trouvées de celui-ci après sa mort en sont une preuve certaine. Quand il commença à y travailler, Monsieur Coëffeteau, qui était son intime ami, vivait encore ; {a} et Monsieur de Vaugelas était si grand admirateur de son style, que d’abord il < l’>imita jusqu’à ses défauts.

De là vient que son style avait toujours été diffus et qu’il avait quelque mollesse, comme celui qu’il imitait ; mais quand il vit les premières versions de Monsieur d’Ablancourt, {b} il les trouva si charmantes qu’il se résolut de refaire la sienne sur ce modèle. Il en a laissé lui-même un témoignage, ayant écrit ces paroles de sa main sur le feuillet blanc qui couvrait le cahier manuscrit du viiie livre : Des huit livres qui restent de Quinte-Curce, il y en a le ve, le vie, leviie, le viiie, le ixe et le xe, que j’ai réformés et corrigés, et mis dans le style auquel je les veux laisser et les donner au public. Le troisième et le quatrième livre, où je pensais avoir mis la dernière main, ne sont pas dans ce style-là, dont j’ai pris le modèle sur l’Arrian de Monsieur d’Ablancourt {c} qui, pour le style historique, n’a personne, à mon avis, qui le surpasse, tant il est clair et débarrassé, élégant et court ; ce qui est un secret pour empêcher qu’un style ne soit languissant, à quoi il faut surtout travailler si l’on veut plaire au lecteur. Je m’en vais revoir troisième livre pour le mettre au style des six autres. Le quatrième sera plus long et plus difficile que le troisième ; mais j’espère que Dieu me fera la grâce de l’achever. Et ensuite, on lit encore ces paroles : Dieu m’a fait la grâce de réformer le troisième et le quatrième livre. »


  1. Le dominicain Nicolas Coëffeteau, mort en 1623 (v. note [3], lettre 651).

  2. Nicolas Perrot d’Ablancourt (v. note [3], lettre 0203).

  3. Paris, 1646, v. infra note [42].

42.

La traduction de Lucien de Samosate (v. note [14], lettre 41) par Nicolas Perrot d’Ablancourt, fut publiée à Paris en 1654 chez Augustin Courbé en deux volumes in‑4o. V. notes [8] et [9] du Borboniana 7 manuscrit pour plusieurs citations de cet ouvrage, à tenir pour une adaptation fort édulcorée du virulent scepticisme de Lucien à la foi chrétienne.

Il avait déjà fait paraître : Les Commentaires de César (Paris, 1650) ; une édition des Annales de Tacite (Paris, 1640), et de sa Germanie avec la Vie d’Agricola (Paris, 1646).

Flavius Arrien (Arrianus ou Arrian), historien grec né à Nicomédie (Bithynie) vers 105 apr. J.‑C., est surtout connu comme historien d’Alexandre, dont il a retracé l’expédition en sept livres, intitulés l’Anabase (Anabasis Alexandrou [L’expédition d’Alexandre]). Perrot d’Ablancourt l’avait traduite : Les Guerres d’Alexandre (Paris, veuve de Jean Camusat et Pierre le Petit, 1646, in‑8o de 500 pages ; 2e édition ibid. Augustin Courbé, 1651, in‑8o de 494 pages).

43.

« Pour le reste, les libraires de chez nous sont étonnamment engourdis ».

44.

La Vie de S. Augustin, évêque d’Hippone. Par Mre Antoine Godeau, Évêque de Grasse et Vence. {a}


  1. Paris, Pierre le Petit, 1652, in‑4o de 595 pages, achevé d’imprimer le 27 avril 1652.

45.

Le pont de Neuilly (Hauts-de-Seine) enjambe toujours la Seine entre Neuilly et la Défense (Courbevoie et Puteaux). C’était alors un pont de bois, construit en 1606 après que le carrosse de Henri iv et Marie de Médicis était chu du bac qui traversait le fleuve à cet endroit, au prix d’une grande frayeur de Leurs Majestés qui avaient échappé de peu à la noyade. Tenir Saint-Cloud et ce pont, c’était couper le passage de la Seine qui permettait les communications entre Paris et Saint-Germain.

46.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 76 ro, 10 mai 1652) :

« Les députés de la Cour des aides et de l’Hôtel de Ville étant allés à Saint-Germain le 7, le président Dorieu, {a} y ayant fait sa harangue, on ne lui fit autre réponse, sinon que le roi voulait être obéi et qu’ils avaient grand tort d’avoir souffert que le président Garnier {b} ait pris la commission d’intendant de justice de l’armée des rebelles. Le prévôt des marchands y parla fort vigoureusement contre le cardinal Mazarin. La réponse fut de même, que le roi voulait être obéi sans condition et qu’ils ne devaient pas avoir souffert que M. le Prince entrât dans Paris, ni qu’on rompît les ponts pour empêcher le roi d’y venir. »


  1. Jean Dorieu, président en la Cour des aides.

  2. Emmanuel-François Garnier, autre président en la même Cour.

47.

Bénignement : « d’une manière bénigne, douce et humaine » (Furetière).

48.

Mazarin, v. note [21], lettre 273.

49.

« comme il l’a pleinement mérité. »

50.

« Pour le détruire, on a dû préparer plus d’un singe, d’un seul serpent, et d’un sac de cuir » ; Juvénal (Satire viii, vers 213-214) :

Libera si dentur populo suffragia, quis tam
perditus ut dubitet Senecam præferre Neroni ?
Cuius supplicio non debuit una parari
simia, nec serpens unus, nec culleus unus
.

[Si le peuple avait liberté de suffrage, quel pervers hésiterait à préférer Sénèque à Néron ? Ce Néron aurait mérité qu’on lui préparât pour son supplice plus d’un singe, plus d’un serpent et plus d’un sac de cuir]. {a}


  1. Le Digeste justinien indique (xlviii, 9, 9, v. note [22], lettre 224) que le supplice réservé aux parricides, more maiorum [selon la coutume des anciens], était d’être passés par les verges, puis cousus avec un chien, un coq, une vipère et un singe, dans un sac de cuir qu’on jetait à la mer.

51.

Palaiseau (Essonne) se situe à 18 kilomètres au sud-ouest de Paris, sur la route de Chartres.

52.

« ainsi vit-on misérablement chez nous. »

53.

« êtres vivants les plus avides, et parmi les brigands […] ».

54.

« À vous de reconnaître l’écriture et l’esprit. » C’était la manière habituelle qu’avait Guy Patin de terminer les lettres qu’il ne souhaitait pas signer, par crainte de la censure.

55.

L’année (1652) n’est pas mentionnée.

Les mots entre crochets de cette fin de lettre, écrite verticalement dans la marge de gauche, proposent une restauration partielle du texte, qui a été mutilé par la déchirure du manuscrit précédemment signalée. Laure Jestaz a fait une lettre séparée du long post-scriptum qui suit.

56.

Chrestomathies de Caspar Hofmann et leurs suppléments : v. note [26], lettre 277.

57.

L’attaque du pont de Saint-Cloud par les troupes du roi se transforma en prise de Saint-Denis par celles des princes : v. note [1], lettre 287.

58.

L’Isle-Adam (Val-d’Oise), sur la rive gauche de l’Oise, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Pontoise, était un domaine des Montmorency, dont le prince de Conti avait hérité en 1651. Son ancien château féodal, reconstruit au xvie s. par Anne de Montmorency, a été détruit à la Révolution.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome ii, page 219, jeudi 9 mai, jour de l’Ascension) :

« Cette nuit, l’Isle-Adam, où les gens du prince étaient et delà faisaient des courses aux environs, a été prise par les gens du roi qui en feront autant de Montmorency, Chantilly, Écouen et autres lieux du prince, où il tient des gens de guerre qui incommodent le pays. »

59.

Ce maître des comptes, ami (et voisin) de Guy Patin, était probablement Robert ii Miron.

60.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome ii, page 220, mai 1652) :

« Vendredi matin 10, gens apostés ont été par certaines boutiques dire qu’on eût à les fermer et qu’autrement, elles pourraient être pillées et qu’il y devait avoir sédition.

Le duc de Beaufort a dit aussi aux marchands du Palais de fermer, ce qu’ils ont fait, et à leur exemple, toutes les rues voisines de même.

On a tendu les chaînes jusque sur le pont Notre-Dame.

Le Parlement a commis deux conseillers, Ménardeau et Doujat, pour assurer le peuple et lui dire qu’il pouvait ouvrir les boutiques ; il les a renvoyés, criant […] “ Aux mazarins ! ”

M. d’Orléans, indisposé et, pour goutte, gardant le lit, n’a pu venir au Palais. Le prince de Condé y est venu et le duc de Beaufort.

Il a été ordonné que le procureur général {a} et un des avocats du roi iraient à Saint-Germain demander la réponse promise aux remontrances par écrit, que les députés du Parlement y lurent et laissèrent lundi dernier.

Le procureur général est parti sur les cinq heures, ayant avec soi M. Bignon, {b} second avocat général, et a pris son chemin par les portes de Neuilly. Le sieur de Saintot, maître des cérémonies, s’est mis avec eux.

Le Corps de Ville, sans le prévôt des marchands qu’on dit être malade, s’étant présenté à la porte de la Grand’Chambre, la canaille s’est jetée dessus les archers qui étaient une douzaine ou environ, et leur a ôté les hallebardes.

La canaille a rompu les prisons et s’en sont sauvés quarante prisonniers du préau {c} et chambres libres. »


  1. Nicolas Fouquet.

  2. Jérôme i Bignon.

  3. « Cour de Conciergerie, ou prison, où on laisse aller les prisonniers pour prendre l’air : on a ôté ce criminel des cachots et on l’a mis sur le préau ; le Parlement va quatre fois l’année au préau, c’est-à-dire, va tenir une séance dans le préau de la Conciergerie pour visiter les prisonniers, et les délivrer, quand il y a lieu » (Furetière).

Journal de la Fronde (volume ii, fo 76 vo et 77 ro, 10 mai 1652) :

« Ce matin, le Parlement s’est assemblé. S.A.R. {a} n’a pu y aller, mais M. le Prince s’y est trouvé avec M. de Beaufort ; et lorsqu’ils sont entrés, on leur a crié “ Ou la paix ou la guerre ”, et dit que tous les bourgeois étaient prêts d’aller attaquer Saint-Germain ; à quoi M. le Prince leur a répondu qu’ils se trouvassent cette après-dînée au palais d’Orléans et l’on verrait la résolution qu’on devrait prendre ; et parce que les boutiques étaient fermées dans le Palais et aux environs à cause du grand nombre de monde, l’assemblée a député M. Doujat pour les aller faire ouvrir, mais on l’a rebuté avec injures. L’on a mandé le prévôt des marchands pour savoir ce qu’on avait répondu à Messieurs de Ville à Saint-Germain ; mais il n’y est point revenu et les échevins s’y sont rendus seuls, accompagnés des archers de Ville, lesquels s’étant postés avec leurs armes dans le Palais à la porte de la Grand’Chambre, les bourgeois les ont chassés après les avoir tous désarmées et fort maltraités, jusqu’à leur ôter leurs casaques. L’on y a même rompu les portes des prisons de la Conciergerie, d’où tous les prisonniers se sont sauvés, à la réserve de ceux des cachots. La résolution que le Parlement a prise a été que Messieurs les Gens du roi iraient dès aujourd’hui à Saint-Germain pour demander la réponse qu’on avait promise aux députés et supplier le roi d’éloigner les troupes de 10 lieues de Paris, après lui avoir représenté la disposition dans laquelle sont les peuples de les aller chasser, attendu les ravages qu’elles y font, et que S.A.R. serait suppliée d’y envoyer un gentilhomme de sa part. Elle y a envoyé le comte de Béthune.

Cette après-dînée, grand nombre de bourgeois de Paris s’étant rendus au palais d’Orléans, ont eu audience de S.A.R. à laquelle un d’entre eux nommé Pernis, trésorier de France, a porté la parole et a fort bien harangué. La substance de son discours a été que tout Paris était dans une grande consternation des bruits qui couraient que S.A.R. s’était accommodée avec le cardinal Mazarin ; que toute la France et les bons bourgeois de Paris seraient bien malheureux si, après s’être déclarés contre cet ennemi commun sous la protection de S.A.R., ils se voyaient réduits à souffir qu’il continuât à tyranniser ; et si elle les délaissait dans cette occasion, que véritablement ils s’étaient persuadés qu’il y avait quelque vraisemblance, voyant que l’armée de S.A.R. ne faisait rien, et qu’elle avait laissé venir aux portes de Paris celles du cardinal Mazarin pour y faire des ravages et des désordres épouvantables ; et qu’enfin, ils étaient venus là pour offrir à S.A.R. (en cas qu’il n’y eût point d’accommodement) d’employer présentement leurs biens et leurs vies à remédier à ce désordre et à chasser cet ennemi de l’État, dont ils étaient prêts de proposer les moyens ; à quoi S.A.R. leur a répondu qu’elle n’avait pas songé du tout à s’accommoder avec le cardinal Mazarin et qu’elle leur protestait de ne consentir jamais à aucun accord jusqu’à ce qu’il serait entièrement hors de France ; que tous les bruits qui en couraient étaient des faussetés ; et que si l’armée ne faisait encore aucune entreprise, c’était pour des considérations particulières, fondées en raison ; et quant aux propositions qu’ils avaient à faire pour aider à chasser le Mazarin, que comme elle était indisposée, elle avait député M. de Beaufort avec le maréchal d’Étampes pour les entendre et lui en faire rapport, et qu’elle les ferait trouver au lieu où ils s’assembleraient pour ce sujet. Ils sont sortis là-dessus et sont allés dans le jardin de ce palais où après une conférence d’une heure, ils ont député seulement 80 d’entre eux afin d’éviter la confusion, pris de tous les quartiers de Paris, pour se trouver demain à trois heures après midi chez M. de Beaufort et y faire les propositions de contribuer ce qui sera délibéré entre eux, soit en argent ou en soldats entretenus, et pour résoudre s’il faudra pour cet effet convoquer une assemblée générale de bourgeois. »


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

61.

Philippe Andrault (mort en 1675), sieur de Langeron, de l’Isle de Mars et baron de Cougny, mestre de camp d’un régiment de cavalerie, gouverneur de La Charité et de Nevers, bailli du Nivernais et de Donziais, était maréchal de camp et premier gentilhomme de la Chambre de Gaston d’Orléans, dont il avait été le page. Ayant pris le parti de son maître, il commandait depuis juillet 1643 un régiment qu’il mit au service des princes et avec lequel il allait combattre au faubourg Saint-Antoine le 2 juillet. En 1656, sa seigneurie de Langeron fut érigée en comté.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 78 ro, mai 1652) :

« Le 13, M. de Langeron revient d’auprès du duc de Lorraine qu’il avait laissé à Vaux-les-Dames, quatre lieues au delà Chalons, et rapporte qu’il lui avait confirmé sa parole de venir joindre les troupes de S.A.R., {a} mais qu’il ne pourrait être ici que dans cinq jours. On croit qu’il veut laisser prendre Gravelines auparavant et attendre que les Espagnols aient fait quelque autre entreprise. Le sieur Le Grand et le comte de Fiesque {b} en revinrent hier, et rapportèrent la même chose. Le marquis de Francières est allé quérir 2 000 hommes que M. le Prince lève dans le pays de Liège. »


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  2. V. note [33], lettre 280.

62.

V. note [40], lettre 219.

63.

Seule occasion dans toute sa correspondance où Guy Patin utilise ce pseudonyme, de source inconnue, pour signer sa lettre qu’il devait juger compromettante.

a.

Ms BnF Baluze no 148, fos 29‑31 « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon. » ; Jestaz nos 67‑68 (tome ii, pages 873‑889). Note de Charles Spon au revers : « 1652/ Paris, 10 mai/ Lyon, 22 dud./ Rispost. adi 24 dud. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 10 mai 1652.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0286
(Consulté le 29.11.2022)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.