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À Charles Spon, le 1er juillet 1653

Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai ma dernière par la voie de M. Paquet [2] le vendredi 20e de juin 1653. Depuis ce temps-là, je vous dirai que je viens de recevoir le livret de M. Chifflet [3] in‑4ode pulvere febrifugo Americano[4] que je suis tout prêt de vous envoyer avec le livre de varia Aristotelis Fortuna, etc[1][5] J’espère de mettre cela dans la valise de M. Paquet lorsqu’il s’en retournera. Il se dispose à son retour maintenant qu’il est bien délivré de sa fièvre.

Ce 24e de juin. Je viens de recevoir une lettre de M. Falconet en laquelle il me remercie de quelques livres et thèses [6] que je lui ai envoyés. Il faut que ce soit du paquet de M. Devenet [7] que vous aurez reçu, dont je suis fort aise. Souvenez-vous que, hors du paquet, il y a encore un Paul Éginète grec pour vous, [2][8] et tel, comme je crois, que vous l’avez désiré ; sinon, mandez-moi quel est celui que vous désirez afin que je vous le cherche. On dit que la princesse de Condé [9] sort de Bordeaux à cause de sa fièvre lente [10] et s’en vient en Anjou, en sa maison de Maillé, [11] y prendre l’air ; [3] que les Hollandais ont été rudement battus novissime [4] par les Anglais et qu’ils y ont perdu la valeur de plus de quatre millions d’or. [12][13]

Ce 30e de juin. Mais voilà votre belle et grande lettre du 24e de juin que je reçois tout présentement et de laquelle je vous remercie très affectueusement. Je suis bien aise qu’ayez reçu le paquet de M. Devenet, et entre autres le Paul Éginète qui n’a pas tant coûté que tout ce que m’avez autrefois envoyé et dont vous ne m’avez voulu indiquer le prix. Demeurons-en donc là, s’il vous plaît, de peur de noise. Je ne manquerai donc point de faire vos baisemains à M. Du Prat [14] lorsque je le verrai. Pour M. Naudé, [15] il est parti de Suède le 1er jour de juin avec MM. Chanut, [16] qui y était notre agent, et Bochart, [17] ministre à Caen, [18] neveu de M. Du Moulin. [5][19] Le sieur Bourdelot [20] fait bande à part et n’est parti que depuis eux. [6] M. Naudé n’est pas loin de la Hollande où il ne trouvera pas M. de Saumaise, [21] il est allé aux eaux de Spa [22] pour soi et pour sa femme ; [23] ni Mme Grotius, [24] laquelle y est morte depuis 15 jours. [7] Elle voulait beaucoup d’argent des manuscrits de feu son mari. [25] Peut-être que dorénavant on les imprimera plus tôt en tant qu’ils pourront devenir à meilleur marché ; voilà ce qu’en pense M. Bignon, [26] avocat général, qui m’a lui-même appris cette nouvelle.

Les amis de M. Naudé l’attendent ici dans le 20e de ce mois. Je suis bien aise qu’ayez trouvé belle la vie des deux bons papes, il est vrai que de ce métier-là il n’est guère de gens de bien. [27][28]

Papa Pius quintus moritur, res mira ! tot inter
Pontifices tantum quinque fuisse pios
[8]

On apprête ici un grand feu dans la Grève [29] pour le 4e de ce mois, afin de solenniser le bout de l’an du massacre de tant de gens de bien qui y demeurèrent ; et tout cela se fait par les mazarins, ne quid ad insaniam nostram deesse videatur[9]

M. Rigaud [30] m’obligerait de dire s’il veut travailler à notre manuscrit ou non, sans nous faire attendre davantage ; [31] il m’ennuie de tant et tant attendre. [10]

Je pense vous avoir déjà écrit que M. Hofmannus, quærenti mihi quid essent Post-curæ[11] me répondit que c’était un œuvre imparfait, que je n’ai jamais vu et ne sais ce qu’il est devenu.

Analecta Rhodii in Cautiones Septalii [32][33] n’a pas encore ici été vu. Vous en aurez à Lyon plus tôt que nous ici, mais votre Sebizius, [34] in Gal. de curandi ratione per sang. missionem, ne viendra-t-il jamais ? [12]

Les épigrammes que je vous ai envoyées sur les morts de trois jésuites ne sont pas du P. Labbé, [35] jésuite de Lyon, mais d’un P. Philippe Labbe [36] (sans accent aigu sur la dernière) qui est natif de Bourges. [13] Mais à propos de jésuite, [37] le P. Briet, [38] qui est un bon Picard, et bien simple, me vint hier voir céans, [39] me consulter pour un crachement de sang qui le tue et qui le menace bien fort de le rendre tabide dans peu de temps. Je lui ordonnai generalia et particularia remedia[14] et entre autres mutationem aeris et loci, lactis asinini usum et frequentem catharsiunculam ; [15] il s’en alla fort content de moi. Il me dit que son Asie était toute prête à mettre sous la presse et que M. Cramoisy [40] lui avait promis de commencer bientôt. Il m’apprit aussi que le pape [41] avait lâché une bulle [42] fulminante contre les Cinq Propositions des jansénistes ; [16][43] nous verrons après ce qu’en diront ceux de deçà. Je ne m’étonne point si les jésuites gagnent à Rome : ils sont les janissaires du pape, ce sont eux qui font venir l’eau au moulin, qui portent et distribuent la papimanie par tout le monde, et qui font passer cette fausse monnaie [44] pour or et pour argent jusque dans la Chine et les Indes. [45][46] Mon fils vous baise les mains et vous remercie de votre souvenir. J’ai fait aussi vos recommandations à M. Huguetan l’avocat qui a aujourd’hui dîné céans avec le P. Jacob, [47] nous y avons bu à votre santé. Je m’acquitterai des autres en temps et lieu.

M. Riolan [48] me vint hier voir céans, nous causâmes une heure ensemble. Il est tout gai, il s’en va faire imprimer son livre contre Bartholin [49] de lacteis thoracicis ; [17][50][51] il dit qu’il n’a jamais rien fait de si bon. Vendredi prochain les chambres seront assemblées au Parlement pour l’affaire de M. de Croissy-Fouquet. [18][52] Notre armée s’en va assiéger Rethel. [53] Si le prince de Condé [54] est assez fort et pas loin delà, on verra s’il sera homme à entreprendre d’en faire lever le siège.

On a découvert dans Bordeaux [55] une nouvelle entreprise pour le roi. Le prince de Conti [56] en tient de prisonniers, et entre autres le fils [57] de l’avocat général du parlement et un trésorier de France [58] à Montauban. [59] On dit qu’ils peuvent encore résister et tenir plus de deux mois, mais ils attendent du secours bientôt. [19]

M. Musnier [60] de Gênes [61] m’a mandé que M. Glacan, [62] Hibernais, professeur en médecine à Bologne, [63] y était mort le 30e d’avril dernier ; il y faisait imprimer une Simiotique in‑4o[20]

Le roi [64] est ici de retour de Saint-Germain, [65] d’hier au soir. [9]

Je me recommande mille fois à vos bonnes grâces et à Mlle Spon, cette bonne femme qui me connaît aussi bien que si elle m’avait nourri à ce qu’elle a dit à M. Du Prat. Hélas ! je ne me connais guère bien moi-même, mais Dieu soit loué de tout. J’ai bien envie de m’amender quelque jour, mais il faut encore laisser passer un jubilé [66] ou deux car il faut bien du temps pour un si grand ouvrage. Je sais bien qu’il coûte trop à déménager, [21] mais en attendant croyez que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 1er de juillet 1653.

M. Paquet, qui m’a trouvé vous écrivant la présente, m’a fait promettre que je lui enverrais à ce soir afin qu’elle vous fût rendue, par l’ordre de mademoiselle sa femme, la main à chapeau. [22] C’est pourquoi j’espère que vous la recevrez par cette voie, par laquelle même vous m’y en enverrez, si vous voulez, votre réponse. C’est lui-même qui me l’a proposé. Je baise les mains à Messieurs nos bons amis MM. Gras, Falconet et Garnier. Le bruit continue ici qu’il y a quelque défiance entre la reine [67] et le Mazarin ; [68] les uns le croient, les autres y espèrent. Je viens tout fraîchement d’apprendre que M. Bourdelot est encore en Suède et qu’il n’en partira que le mois d’après M. Naudé, c’est-à-dire celui-ci ; qu’il ne reviendra point par mer comme les autres, mais qu’il prendra le chemin de terre et qu’il reviendra par l’Allemagne. Quelques-uns des nôtres disent qu’il n’oserait revenir à Paris de peur d’y être arrêté prisonnier pour s’être mêlé de trop d’affaires de delà et qu’il y a déjà ordre donné pour cela par la reine. Je sais bien que le compagnon est assez hâbleur, mais je doute du reste. Vive, vale et me ama, vir clarissime[23]


1.

V. notes [9], lettre 309, pour le livre de Jean-Jacques Chifflet « sur la poudre fébrifuge d’Amérique » (quinquina) et [3], lettre 314, pour le livre de Jean de Launoy « sur la diversité de fortune d’Aristote, etc. ».

2.

V. note [22], lettre 309.

3.

Maillé (Indre-et-Loire) se situe sur la rive droite de la Vienne, à cinq kilomètres en aval de son confluent avec la Creuse. Le château des Maillé-Brézé se trouvait à Brézé (Maine-et-Loire, dix kilomètres au sud de Saumur). Le roi avait permis à Claire-Clémence de Maillé-Brézé, princesse de Condé, alors fort malade à Bordeaux (v. note [5], lettre 310), de se rendre à Maillé. Elle ne quitta Bordeaux qu’à la fin de juillet après la reddition de la ville.

La lente est une variété de fièvre continue « qui vient d’obstruction et d’un feu caché qu’à peine le malade aperçoit, comme celle qui vient des pâles couleurs ; et elle devient continue lorsque le poumon, le foie ou la rate et autres parties nécessaires à la vie se corrompent en leur substance. Elle consume peu à peu le malade et diffère pourtant de l’ectique [v. note [26], lettre 104] en ce que l’ectique est sans pourriture » (Furetière). Une forme typique, dite fièvre lente nerveuse, était ce qu’on appelle aujourd’hui la fièvre typhoïde (v. note [1], lettre 717).

4.

« tout dernièrement » : victoire navale des Anglais sur les Hollandais devant le banc de Gabbard, v. note [37], lettre 318.

5.

Pierre Chanut (Riom 1601-Livry-sur-Seine 3 juillet 1662) avait débuté dans les finances pour devenir conseiller au Grand Conseil puis s’illustrer dans la diplomatie. De 1645 à 1649, il avait été résident de France en Suède où il avait mis René Descartes en faveur auprès de la reine. Il y avait été de nouveau envoyé pour persuader, en vain, Christine de ne pas abdiquer et la détacher de l’emprise que l’abbé Bourdelot exerçait sur elle.

V. note [34], lettre 237, pour Samuel Bochart.

6.

Pierre Bourdelot quitta la Suède le 13 juin, « pourvu de 30 000 écus, de boîtes ornées de diamants, de chaînes d’or, d’un service complet de vaisselle d’argent » (Pintard b, page 402). Christine avait aussi obtenu pour lui l’abbaye de Mussay dans le Berry, précédemment détenue par le garde des sceaux Châteauneuf. Ayant reçu du pape les dispenses nécessaires pour posséder des bénéfices, sous condition qu’il exercerait gratuitement la médecine, Bourdelot fit preuve en la circonstance d’une certaine générosité, n’hésitant pas à distribuer des remèdes aux indigents. Au retour de Condé en France, en 1659, il redevint le premier médecin du prince qui lui donna toute sa confiance. Il mourut le 9 février 1685. Les Comment. F.M.P. (tome xiv, fo 70‑71) contiennent la transcription de la lettre que Christine de Suède avait écrite à la Faculté pour lui recommander Bourdelot. Le doyen Paul Courtois en donna lecture à l’assemblée des docteurs régents le vendredi 9 janvier 1654 :

« À Messieurs les doyen et docteurs de la Faculté de médecine de Paris.

Messieurs, Je n’ai pas voulu manquer en cette occasion de vous témoigner l’estime que je fais de votre illustre Faculté, et je n’ai pas voulu laisser partir mon premier médecin sans l’accompagner du témoignage que je suis obligée de donner à la satisfaction du signalé service qu’il m’a rendu. Je crois devoir cette marque de reconnaissance à son mérite et à votre gloire, puisque c’est celle-là seulement qui pourrait récompenser dignement l’obligation que je lui ai de m’avoir sauvé la vie et de m’avoir donné la santé. Ce sont les obligations que j’ai à une personne qui a l’honneur d’être reçue parmi ceux qui composent votre Corps qui, depuis tant d’années, s’est rendu si célèbre. L’expérience m’a confirmé dans l’opinion que j’avais déjà conçue de l’excellence de votre méthode ; et mon propre exemple aurait persuadé un esprit moins {a} sceptique que le mien de l’infaillibilité de vos dogmes. Je les suivrai toujours comme des oracles de la mort et de la vie ; et la probabilité que j’y trouve me fera toujours estimer infiniment vos décrets. Le sieur Bourdelot vous entretiendra plus au long sur ce sujet. Je vous prie de lui ajouter foi lorsqu’il vous dira que je considère votre illustre Faculté comme celle à qui je dois la restauration de ma santé et de ma vie. Je confesserai cette vérité toujours et je vous en demeurerai redevable toute ma vie. De Stockholm, ce 5e juin 1653. Christine. »


  1. Sic pour plus.

7.

V. notes [5], lettre 95, pour Anne Mercier, épouse de Claude i Saumaise, et [5], lettre 288, pour Maria van Reigersbergen, épouse de Hugo Grotius.

8.

« Le pape Pie v est mort, chose admirable ! Parmi tant de papes, il y en a seulement eu cinq de pieux. »

Cette épigramme, intitulée Sophisticum cuiusdam scomma in summos Pontifices [Raillerie trompeuse d’un quidam contre les souverains pontifes], est tirée des Exercitationes equestres… [Essais équestres…] (Nancy, 1622, xlviii, 3e centurie, page 110) de Christophe Cachet ; elle est très proche, mais distincte d’une autre que Guy Patin a déjà citée, v. note [3], lettre 61.

Charles Spon avait pu lire la « vie des deux bons papes » qu’il avait trouvée belle dans les Les vies, mœurs et actions des papes de Rome… d’Alfonso Chacon… (Paris, 1651, v. note [2], lettre 304).

9.

« pour que rien ne manque à notre infamie. »

Le 4 juillet 1653 marquait le premier anniversaire du massacre de l’Hôtel de Ville fomenté par les frondeurs condéens contre les mazarins. Guy Patin y avait perdu son parent, voisin et ami Robert ii Miron (v. note [39], lettre 291).

Journal de la Fronde (volume ii, fo 234 ro et vo, de Paris, 1er juillet 1653) :

« Leurs Majestés furent hier fort splendidement traitées à souper à Rueil où M. Tubeuf leur avait fait préparer un festin très magnifique, après lequel elles eurent le divertissement de la comédie et du bal où se trouvèrent les principales dames de Paris qui avaient été conviées ; en suite de quoi, Leurs Majestés en sont parties et arrivées ici à deux heures après minuit. Elles se trouveront vendredi prochain {a} à l’Hôtel de Ville pour y voir un beau feu d’artifice qu’on prépare dans la place de Grève pour éteindre la mémoire de celui qu’on mit en cet hôtel l’année passée à pareil jour. »


  1. 4 juillet.

10.

Poursuite de l’interminable édition à Lyon des Chrestomathies de Caspar Hofmann : v. note [1], lettre 274.

11.

« quand je lui demandai ce qu’étaient ses Post-curæ [Révisions (de passages d’Hippocrate, Aristote et Galien)] » : v. note [21], lettre 317, pour cet inédit de Caspar Hofmann.

12.

V. notes [42], lettre 280, pour les « Analectes [morceaux choisis] de Johannes Rhodius sur les mises en garde de Ludovicus Septalius » (Padoue, 1652), et [11], lettre 273, pour l’ouvrage de Melchior Sebizius « sur le traité de Galien de la raison de soigner par la saignée » (Strasbourg, 1652).

13.

Philippi Labbei,… Societ. Jesu presbyteri, In mortem trium eruditissimorum ex eadem Societate virorum : Nicolai Caussini,… Jacobi Sirmondi,… Dionysii Petavii,… Parisiis… intra sesquiannum ereptorum, epigrammata totidem [Trois épigrammes de Philippe Labbe,… prêtre de la Société de Jésus, sur la mort du même nombre de très savants hommes de la même Société : Nicolas Caussin,… Jacques Sirmond,… Denis Petau… qui se sont éteints depuis 18 mois à Paris…] (Paris, Cramoisy, 1653, in‑4o).

14.

« des remèdes généraux et spécifiques ».

15.

« un changement d’air et de lieu, l’usage de lait d’ânesse et la petite purgation fréquente. » Crachant le sang (hémoptysie), le P. Briet devait être atteint de tuberculose pulmonaire. Guy Patin lui prédisait une phtisie (cachexie, tabès) rapide, mais il vécut jusqu’en 1668 ; preuve, s’il en fallait, que la tuberculose, même évoluée, n’est pas constamment mortelle. V. note [12], lettre 315, pour le volume, resté inédit, de sa Géographie sur l’Asie.

16.

Bulle Cum occasione (v. note [28], lettre 318), signée par Innocent x à Rome le 31 mai, condamnant les Cinq Propositions sur la grâce qu’Isaac Habert (v. notule {a}, note [48], lettre 240), évêque de Vabres et proche de Richelieu, avait extraites en 1642 de l’Augustinus de Jansenius (qu’il qualifiait de Calvin rebouilli), dans l’intention de nuire au jansénisme naissant sous l’impulsion de l’abbé de Saint-Cyran. Les jansénistes contestaient qu’elles s’y trouvassent ainsi rédigées. Ils acceptèrent de les condamner parce qu’ils ne s’y reconnaissaient pas ; « distinction du droit et du fait » devant leur permettre de sauver la face : ces propositions sont condamnables en droit mais elles ne se trouvent pas, en fait, dans l’Augustinus.

  1. Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes malgré leur volonté et leurs efforts, étant donné les forces qu’ils ont présentement et aussi parce qu’il leur manque la grâce qui les rendrait possibles (proposition jugée téméraire, impie, blasphématoire, digne d’anathème et hérétique).

  2. Dans l’état de nature déchue on ne résiste jamais à la grâce intérieure (proposition hérétique).

  3. Pour mériter et démériter dans l’état de nature déchue, il n’est pas requis que l’homme possède une liberté exempte de nécessité (intérieure), il suffit que sa liberté soit exempte de contrainte (proposition hérétique).

  4. Les semi-pélagiens (jésuites, v. note [7], lettre 96) admettaient la nécessité d’une grâce intérieure prévenante pour chaque acte en particulier, même pour le commencement de la foi ; et ils étaient hérétiques en ce qu’ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté humaine pût lui résister ou lui obéir (proposition fausse et hérétique).

  5. Il est semi-pélagien de dire que Jésus-Christ est mort et a répandu son sang pour tous les hommes sans exception (proposition fausse, téméraire, scandaleuse ; et entendue dans ce sens que Jésus-Christ serait mort seulement pour le salut des prédestinés, cette proposition est déclarée impie, blasphématoire, calomnieuse, injurieuse à la bonté de Dieu et hérétique).

17.

V. note [16], lettre 308, pour l’ouvrage de Thomas Bartholin « sur les lactifères thoraciques » et pour la réponse qu’y préparait alors Jean ii Riolan, parue dans la troisième série des Opuscula nova anatomica.

18.

Croissy-Fouquet, libéré en janvier 1654, fut envoyé en exil à Venise (v. note [3], lettre 337).

19.

Dans cette phrase, « ils » désigne ceux de Bordeaux où s’éteignaient alors les dernières braises de la Fronde. V. note [23], lettre 318, pour la conspiration qu’y avait fomenté l’avocat Chevalier, fils de l’avocat général au parlement de Guyenne.

20.

Neil O’Glacan (Nellanus Glacanus), natif du comté de Donegall en Irlande (Hibernie), avait rempli la chaire de premier professeur en médecine à Toulouse lorsque la peste ravagea la ville, au commencement du xviie s. Il s’attira l’estime et la considération générales par le courage qu’il déploya dans cette calamité. S’étant rendu ensuite en Italie, il y avait enseigné quelque temps à Bologne et venait d’y mourir. Guy Patin annonçait ici son Cursus medicus libris xiii propositus et in tres tomos divisus, quorum primus continet physiologiam…, alter pathologiam…, tertius denique semeiotica… [Cours de médecine présenté en 13 livres et réparti en trois tomes, dont le premier contient la physiologie…, le deuxième la pathologie…, et le troisième enfin la sémiotique…] (Bologne 1655, 3 tomes en 2 volumes in‑fo) (Z. in Panckoucke).

V. note [2], lettre 776, pour la sémiotique (simiotique, pour Guy Patin) ou indicative, partie de la médecine qui traite des signes et des indications des maladies ; on l’appelle maintenant sémiologie (ou séméiologie).

21.

Sans notion que Charles Spon eût changé de domicile à cette époque, le sens de cette allusion nous échappe ; sinon qu’« on n’est jamais plus riche que quand on déménage, on trouve toujours quelque chose qu’on ne pensait pas avoir » (Furetière).

22.

« On dit mettre la main au chapeau, donner un coup de chapeau, ôter le chapeau à quelqu’un, être devant lui chapeau bas, pour dire se découvrir, être tête nue devant lui pour le saluer ou lui témoigner du respect » (Furetière) ; la main à chapeau veut donc ici dire « sans faute et avec déférence ».

23.

« Vive et vale, très brillant Monsieur, et aimez-moi. »

a.

Ms BnF no 9357, fos 118‑119, « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon » ; Jestaz no 95 (tome ii, pages 1096‑1100). Note de Charles Spon en marge de l’adresse : « 1653./ Paris, 1 juill./ Lyon, 5 dudit/ Rispost./ Adi 8 dudit, par/ Mdemle Paquet. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 1er juillet 1653.
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(Consulté le 17.05.2021)

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