L. 332.  >
À Charles Spon, le 25 novembre 1653

Monsieur, [a][1]

Ce 11e de novembre. Je délivrai hier à M. Gonsebac, [2] qui était tout prêt de partir pour s’en retourner à Lyon, trois volumes in‑8o, dont l’un était en veau et les deux autres en parchemin. [1][3] Le premier est pour vous, s’il vous plaît, et les deux autres pour Messieurs nos bons amis Gras et Falconet, auxquels vous me ferez plaisir de les délivrer en mon nom, si cela n’est déjà fait. Dans un mois d’ici, je vous dirai quelque chose du nouveau travail de M. Riolan, [4] lequel sera alors bien avancé si Dieu lui conserve sa santé. [2] Le siège de Sainte-Menehould [5] continue. [3] L’on dit que le roi, [6] avec toute la cour, reviendra à Paris le 22e de ce mois et que le prince de Conti [7] est en chemin pour revenir à Paris par la permission du roi ; [4] ce qui fait espérer qu’il pourra, étant ici, faire quelque accord pour son frère, [8] ce qui me semble néanmoins très difficile vu l’état auquel sont les affaires présentes. Il est contremandé[5] On dit ici que tous les ports d’Angleterre et de Hollande sont fermés pour 40 jours, tandis qu’ils traitent ensemble pour s’accorder. Le comte d’Alais, [9] par ci-devant gouverneur de Provence, [10] est ici mort le 13e de novembre. Il est le dernier de la race des Valois. Il était le cher ami de M. Gassendi. [6][11] Il ne laisse qu’une fille [12][13][14] mariée à M. le chambellan, [15] cadet de la Maison de Guise. [7][16] Ce comte d’Alais était le plus savant gentilhomme de France. Il avait chez lui un médicastre chimique [17] qu’il avait amené de Provence, qui dit, voyant son maître malade, que ce n’était rien ; comme le mal augmenta, on y appela un des nôtres qui dit que c’était un catarrhe suffocant, [18] et qu’il le fallait saigner au plus tôt et avoir du conseil ; ce que ce Provençal refusa d’abord, et puis après y fit venir deux autres ouvriers tels que lui qui lui donnèrent de l’antimoine, [19] cuius vapore maligno statim extinctus fuit, et per stibium Stygias ebrius hausit aquas[8][20][21] Il n’a été que trois jours malade. Ainsi par poison chimique passent les princes en l’autre monde, mais il n’y a pas de quoi les regretter bien fort puisqu’ils le veulent bien : volenti enim et patienti non fit iniuria[9] Ces gens ne sont-ils pas bien malheureux de faire provision et de garder ces charlatans [22] en leur famille ? On dit que le roi sera ici de retour dans la fin du mois et que ceux de Sainte-Menehould commencent à traiter pour se rendre ; et que dès que le roi sera venu, il ira au Parlement pour y faire faire le procès au prince de Condé comme à un rebelle et ennemi de l’État. [10][23][24]

Ce 19e de novembre. M. Huguetan [25] nous a fait l’honneur de dîner céans aujourd’hui. Nous y avons bu à votre santé, il m’a raconté comme M. Moreau [26] avait été au Collège royal [27] y voir ses livres, qui lui avait fort témoigné la singulière affection qu’il a pour vous, dont j’ai été très aise combien que je m’en tinsse bien assuré ; mais je vous prie de croire que je ne lui cède en rien en votre endroit, combien qu’il y ait très peu, ou plutôt point du tout de comparaison du côté de la science que Dieu lui a élargie très sublime et à pleine mesure au prix de la petite part qu’il m’en a faite ; mais sic placuit Superis, quærere plura nefas[11]

Ce 20e de novembre. Et pour répondre à votre belle et grande lettre que je viens, il n’y a qu’un quart d’heure, de recevoir, pour laquelle je vous remercie de très grand cœur, je vous dirai que M. de Saumaise [28] est mort à Spa [29] dans le mois de septembre, quo enim die nescio[12] Une damoiselle malade, laquelle connaît toute cette famille, me dit hier que la veuve [30] est en chemin pour revenir à Paris. Je la verrai alors et vous en écrirai les particularités qu’elle m’en apprendra. J’ai seulement appris que ce grand héros des belles et bonnes lettres mourut en deux jours. Je sais bien ce beau passage de Pline, [31] des eaux de Spa, [13] il y a longtemps : je le montrai à feu M. Piètre, [32] qui était un autre héros incomparable, l’an 1634 lorsqu’il fit une thèse [33] contre l’abus des eaux minérales. Ab eiusmodi metallicarum aquarum potu calculosi debent abstinere[14] Pline s’est trompé là, aussi bien qu’ailleurs très souvent, quand il s’est mêlé du métier d’autrui : les eaux de Spa sont légèrement diurétiques propter λεπτομεριαν, [15][34] mais elles ne sont guère ordonnées que contra fervorem viscerum[16] qui est fort souvent la vraie et première cause de la pierre ; [35] si bien que ces eaux métalliques peuvent être bonnes à la cause du mal, mais non pas au mal qu’elle a produit. Adde quod omnes et singulæ illæ aquæ plurimum calent : [17] voyez là-dessus la belle thèse de M. Piètre que je crois vous avoir autrefois envoyée. Je suis pourtant d’accord avec Pline, qui est un auteur que j’honore fort, lorsqu’il dit tertianas febres discutit[18] vu que, sur la fin de telles maladies, ces eaux peuvent servir, postquam fuit corpus expurgatissimum et evacuatissimum ; [19] duquel néanmoins on trépasse très aisément. Aussi arrive-t-il que ce remède n’est qu’une amusette bien souvent, pour occuper les convalescents qui delectantur et capiuntur novitate et multiplicitate remediorum[20] Pline l’a fort bien dit et entendu quand, en parlant des médecins qui charlatanent leurs malades, il a écrit d’eux qui diverticulis aquarum fallunt ægrotas[21] Tout cela n’arrive que trop souvent, aussi ne voyons-nous point ici de guérisons de ces eaux ni de celles de Bourbon, [36] de Sainte-Reine [37] et Forges, [38] et autres. Ad populum phaleras, qui vult decipi, quia stultus est, nec per me decipietur[22][39] Des eaux mal prises, les conséquences en sont fort mauvaises : ce sont de fortes lessives qui échauffent et dessèchent les entrailles au lieu de les nettoyer simplement et doucement. Faites-moi la faveur de m’indiquer l’endroit où Joseph Hall [40] parle des eaux minérales. J’aime cet auteur qui a été un excellent homme, et autrefois ai parcouru tout son livre qui abonde en fort bonnes pensées : vir fuit bene animatus, egregie doctus, nec publici saporis, qui olim mihi fuit in deliciis[23]

M. Gonsebac est un fort honnête homme, j’ai eu le bonheur de le voir céans et chez lui, et même nous avons bu ensemble chez un de nos voisins. J’eusse été bien aise que c’eût été céans dès le lendemain, mais il avait retenu place pour s’en retourner dans un carrosse. Cela fut cause que je n’eus point le bonheur de le traiter céans et d’y boire à votre santé, ce sera pour quelque autre rencontre. Je lui ai conseillé de laisser là ses pilules de Francfort [41][42] qui ne font que l’échauffer et qui, à cause de leur aloès, [43] lui donneront quelque jour des hémorroïdes. [44] Conseillez-lui plutôt de se purger [45] avec demi-once de séné [46] et une once de sirop de roses pâles, [47] ce remède-là est hors de tout soupçon, et est omnium optimum[24]

Je ne vois plus M. Du Prat, [48] je ne sais ce qu’il est devenu ; mais j’ai à lui dire et à vous aussi, par provision, que notre ancien ami M. de Sorbière, [49] directeur du Collège d’Orange, [50] a tourné sa jaquette en se faisant papiste (j’entends catholique romain, absit iniuria verbo[25] à la sollicitation de l’évêque de Vaison, [26][51][52][53] des cardinaux de Bichi, [54] et Barberin [55] qui lui en a lui-même écrit de Rome. [27] C’est lui-même qui me l’a mandé, et qu’il s’en allait à Rome tout exprès, d’où il m’écrirait. Voilà des miracles de nos jours, mais qui sont plutôt politiques et économiques que métaphysiques[56] Il est veuf et bien adroit, mais tout fin qu’il est, je ne sais si avec sa nouvelle chemise il pourra réussir à faire fortune à Rome in negotiosa illa otiosorum matre[28][57] qui est un lieu plein d’altérés et d’affamés ; au moins suis-je bien assuré qu’il n’y deviendra jamais pape, étant trop homme de bien pour cela. [58] M. Garmers [59] me vient céans visiter souvent, je le mène quelquefois à nos Écoles et ailleurs, il est fort sage et fort civil. Pour M. Sorel, [60] je puis bien vous en dire des nouvelles, d’autant qu’il y a 35 ans qu’il est mon bon ami et que illum intus et in cute novi[29] C’est un petit homme grasset, avec un grand nez aigu, qui regarde de près, âgé de 54 ans, qui paraît fort mélancolique [61] et ne l’est point. Il est fils d’un procureur en Parlement, sa mère est autrefois morte hydropique, [62] et son père d’une fièvre quarte [63] continue quæ ut plurimum est lethalis in senibus[30] mais tous deux fort âgés. Il n’est point marié et demeure avec une sienne sœur unique, femme de M. Parmentier, [64] avocat en Parlement, excellent homme et substitut de M. le procureur général. Il a fait beaucoup de livres tous français, et entre autres, le Francion, le Berger extravagant, l’Orphize de Chrysante, l’Histoire de France, la Philosophie universelle en quatre volumes in‑4o, etc. Il a encore plus de 20 volumes à faire imprimer et voudrait bien que tout cela fût fait avant que de mourir ; mais il ne peut venir à bout des imprimeurs. [65] Je l’ai mainte fois traité malade ; il est délicat, mais il vit assez commodément, d’autant qu’il est fort sobre. Il me vient voir céans assez souvent. Il a un livre sur la presse, mais cela va fort lentement à son gré. Il a une Politique et une Morale à donner au public qui ne sont point marchandise commune. [31] Il est homme de fort bon sens et taciturne, il n’y a guère que moi qui le fasse parler et avec qui il aime à s’entretenir. Je ne suis point savant comme lui, mais nous sommes fort de même humeur et de même opinion presque en toutes choses : il n’est ni bigot, ni mazarin, ni condé, depuis le 4e de juillet de l’an passé que nous y perdîmes le bon M. Miron [66] qui était fort son ami ; [32] il ne m’en parle jamais que les larmes ne lui en viennent aux yeux, combien qu’il soit bien stoïque. Habes hominem[33] si vous en voulez davantage, expliquez votre demande plus particulièrement.

M. de Lesclache [67] est un autre honnête homme, un peu plus vieux, qui fait des répétitions [leçons] [34] en français de la philosophie d’Aristote, [68] où il est fort suivi et fort loué. On dit même qu’il y gagne beaucoup : les jeunes seigneurs de la cour le vont entendre, et quantité d’autres honnêtes gens qui illustrent fort son auditoire. Il court sous son nom une Logique et une Physique, qu’il désavoue et promet de faire imprimer quelque jour.

J’enverrai demain chez M. Piget, [69] rue Saint-Jacques, [70] pour savoir s’il a reçu de M. Rigaud [71] quelque feuille pour moi.

Pour le sieur Duhan, [72] je lui sais fort bon gré de se souvenir de ce livret de Gulielmus Puteanus [73] qui est un excellent auteur in quæstione difficilima[35] Je voudrais qu’il fût déjà imprimé, je tâcherai d’en faire vendre de deçà et le recommanderai fort à mes auditeurs dans mes conférences, [74] lesquelles je recommencerai, Dieu aidant, ce carême, lorsque les jours commenceront à être grands et un peu plus longs. Pour l’épître, vous la ferez toute telle qu’il vous plaira et y direz ce que vous voudrez, mais je vous prie de mettre au titre Guidoni Patino, Doctori medico Parisiensi et Saluberrimæ Facultatis Decano[36] et afin qu’il n’y ait point de fausseté, vous la daterez s’il vous plaît du 24e d’octobre 1652, d’autant que je l’étais encore alors. Je suis fort de votre avis pour l’addition des trois chapitres de la Pharmacie de feu M. Cousinot, [75] duquel vous ferez honorable mention, s’il vous plaît, à cause de son mérite. Cet appendice fera valoir le livre de M. Duhan ; lequel même ferait fort bien d’imprimer cette Pharmacie que vous avez, si elle est entière. Elle se pourrait fort bien débiter ici comme un livre nouveau et curieux, et qui vient de bonne main. Je vous supplie donc d’y ajouter ces trois chapitres et de ne pas oublier d’y mettre quelque avertissement au lecteur où soit contenu l’éloge de feu M. Cousinot. Je trouve les titres de ces trois chapitres fort beaux et curieux. [37] Je crois que le livre sera bon in‑8o et ne doute pas qu’il ne soit de bonne vente. Je ferai de deçà tout ce que je pourrai pour en avancer le débit [38] à nos écoliers.

Je pense que vous avez raison d’être de mon avis touchant les traductions : [76] la plupart ne valent rien et la meilleure est toujours fort imparfaite au prix de son original. Nous avons ici depuis peu une nouvelle traduction du Juvénal en vers français, [39][77] je n’entends guère bien le latin, mais je vous jure, encore moins ce nouveau français. Je suis dans le même sentiment pour un auteur que je révère fort, qui est le Tacite : [78] il y en a diverses traductions, desquelles pas une n’exprime la moindre partie des nobles sentiments de ce maître homme qui a été un original des bons esprits. In eodem censu repono [40] toutes les autres versions et de Cicéron, [79] et de Sénèque [80] et de tant d’autres. Il y a plus de huit mille fautes dans le Plutarque [81] d’Amyot, [82] la version de Pline par Du Moulin [83] n’a jamais été bonne ni louée de personne, [41] non plus que celle de Matthiole par Du Pinet. [42][84][85] Quibus positis[43] j’ai grand regret de n’avoir exactement appris la langue grecque [86] tandis que j’étais jeune et que j’en avais le loisir, cela me donnerait grande intelligence des textes d’Hippocrate [87] et de Galien, [88] lesquels seuls j’aimerais mieux entendre que de savoir toute la chimie des Allemands ou bien la théologie sophistique des jésuites. [44][89] Adieu donc les traductions, dont M. Naudé, [90] cuius memoria sit in benedictione[45] ne voulait ouïr parler et n’en goûtait aucune.

Le Dares Phrygius [91] vivait devant Homère, [92] il est infailliblement perdu et ce que nous avons de lui est sans doute supposé. Voyez ce qu’en a écrit Vossius [93] de Historicis Græcis[46] que j’ai prêté à M. Sorel. [94]

Pour mon procès, [95] c’est une infamie du siècle, mais elle n’est pas unique. Guénault [96] se vante d’en avoir fait lui-même l’arrêt avec son gendre [97] qu’il avait donné pour avocat à Chartier (en quoi il fait grand honneur aux juges, de la trop grande facilité desquels il a trop vilainement abusé). On m’a fort conseillé de prendre contre cet arrêt une requête civile ; quod absit[47] je ne veux point d’autres procès, la sollicitation en est trop pénible, j’aime mieux me reposer, étudier céans ou aller voir des malades. Un de mes juges même m’a dit que j’eusse gagné mon procès en un autre tribunal, mais que la Tournelle [98] est trop déréglée, que le rapporteur était trop fort contre moi (c’est la recommandation qu’on lui a faite de la cour, à laquelle il a le bruit de ne manquer jamais ; [48] lui-même a dit que la reine [99] lui avait fait recommander le bon droit de Chartier, [100] etc.). Non est mihi tanti illa pecunia[49] c’est Guénault qui l’a toute avancée et qui y a perdu trois fois autant que moi, ce sont de ces gens qui se brûlent pour échauder les autres. Chartier est plus gueux qu’un pauvre peintre, dix mille écus ne paieraient pas ses dettes pour ce que j’en connais, sans celles que je ne connais point. Le greffier m’a fait voir qu’il y a eu en cette affaire cinq rapporteurs nommés, que la corruption du siècle a fait changer l’un après l’autre pour enfin en avoir un qui fît ce que voudrait Guénault ; que la reine même en a parlé, laquelle n’a jamais su de l’affaire que ce que Guénault lui en a fait dire par l’organe des charlatans qui sont à la cour. Quatre juges ne vinrent point ce jour-là au Palais, a quibus sperabam plurimum : [50] l’un fut malade, l’autre alla aux champs, l’autre faisait donner de la question à un criminel, l’autre y vint trop tard. Il y en eut quatre pour moi et six contre, l’un desquels se montra fort passionné pour l’antimoine contre moi. Par là, vous voyez bien que tous les fous ne sont pas enfermés dans les Petites-Maisons. [101] Je parle au nom d’une Faculté de 112 hommes contre l’antimoine [102] pour le bien public, et ces Messieurs les juges me condamnent aux dépens, desquels je suis quitte ; sed stultus est labor tot ineptiarum, etc[51][103] Dieu nous garde de procès, de chicane et d’affaires d’autrui. Alienis rebus neglectis, proprias curemus[52] et venons à quelque chose de meilleur.

L’antimoine [104] n’est pourtant point rentré en crédit, il est autant décrié que jamais. On n’en donna jamais si peu, il est misérablement décrié comme un dangereux poison, tant par ceux qui l’improuvent fort, in quibus nomen profiteor meum[53] que par ceux-mêmes qui en ont abusé en le donnant par ci-devant à toute sorte des gens et en toute sorte de maladies. Le fils du Gazetier [105][106] s’y est cassé le nez, son livre est ici fort négligé et méprisé. Le libraire m’a avoué que Guénault en a payé l’impression, sans quoi il ne l’eût jamais imprimé. [54][107] Ne voilà pas de bonne marchandise, l’antimoine, Guénault et le Gazetier, avec tous les charlatans qui s’en servent ? O fœcunda culpæ sæcula ! [55][108] ce n’est plus la République de Platon [109] in qua versamur[56] nous sommes trop embourbés in fæce Romuli ; [57][110][111] mais il faut attendre patiemment la réponse à ce libelle.

Pour votre chirurgien Lombard, [112] il est vrai que M. Falconet [113] me l’a recommandé. Eoque nomine[58] je voudrais bien le pouvoir servir ; mais je vous dirai, en secret et en ami, que je ne sais comment il pourra être reçu car je l’ai moi-même interrogé : il ne sait rien du tout, et m’étonne même comment cet homme a pu se résoudre d’entreprendre une telle affaire. Il est venu céans deux fois me voir, et une autre fois il y vint avec deux moines augustins [114][115] me proposer le dessein qu’il avait de gagner par argent ceux qui devaient l’interroger ; je leur fis voir à tous trois que cela ne se pouvait faire, et lui lavai fort la tête. Il y a des gens qui croient que l’argent fait tout, je sais bien le contraire : [116] on m’a voulu autrefois gagner ainsi, mais on n’en a pu venir à bout ; et je ne sais comment celui-ci sortira de ce labyrinthe. Je vous parle en ami et en secret, ménagez cela et en dites ce qu’il vous plaira à vos deux chirurgiens [117] si d’aventure ils retournent à vous. Du reste, je suis en cela de votre avis, comme nous nous rencontrons très souvent en d’autres occasions : j’aime mieux justice que toute chose, qu’elle se fasse ou que le monde périsse. [59] La justice et la vérité sont fort belles, mais aussi sont-elles fort haïes par l’iniquité du siècle auquel Dieu nous a réservés. J’ai pareillement regret que M. Falconet soit engagé dans cette controverse, de laquelle je ne puis voir comment il en aura bonne issue.

Le dessein que vous avez donné pour la première page du livre de M. Duhan me semble fort beau. [36] Je vous prie de lui faire mes recommandations et qu’il fasse en sorte que le livre soit bien correct afin qu’il soit tant mieux reçu. J’en procurerai le débit tant qu’il me sera possible afin qu’il n’ait point de regret de m’avoir cru. Envoyez-moi une copie de cette taille-douce dès qu’elle sera faite, s’il vous plaît.

Ce livre de la Chiromance de M. de La Chambre [118] est un piteux ouvrage, [60][119] je n’y entends rien que des faussetés. M. Riolan, tout vieux qu’il est, dit qu’il l’aurait réfuté s’il en valait la peine ; mais il le méprise fort, comme font pareillement tous ceux à qui j’en ai ouï parler. Cet auteur parle fort bien français, et après cela il n’y a guère que du babil. Vox, præterea nihil[61] c’est la devise du rossignol, et là et ailleurs. Has tamen ineptias miratur sæculum nostrum insapiens et inficetum[62][120]

Pour la thèse en théologie de Zurich [121] de trois feuilles, je vous supplie très humblement de faire votre possible afin que j’en aie une, [63] achetez-la tout ce qu’on voudra, je le rendrai très volontiers. [122] Ceux de Genève la devraient réimprimer et en envoyer ici quantité ; elle s’y vendrait fort bien, le parti des jansénistes [123] est aussi fort que jamais.

Il y a longtemps que je n’ai point vu notre Maître Bourdelot, [124] il n’est venu à aucune assemblée de nos Écoles. Il est pourtant à Paris, il s’est vanté à un de mes amis en secret qu’il aurait l’abbaye qu’on lui a promise ; qu’il y avait entre nous et la Suède quelque grabuge ; quo composito[64] il deviendrait abbé (mon Dieu, que le bien d’Église est mal employé !) ; mais que si ce grabuge ne s’accordait point et qu’il y fallait envoyer un homme de deçà, qu’il espérait d’avoir la commission de cette légation. Hé bien !, le compagnon n’a-t-il point bonne opinion de sa personne, pour le fils d’un barbier de Sens ? [125] N’est-ce point le bon esprit qui ennoblit les hommes ? Ne serez-vous point tout étonné, voire plutôt tout ravi de joie quand vous l’entendrez nommer Monsur de Bourdelot, [65]  ambassadeur pour le roi très-chrétien vers la sérénissime reine de Suède ? [126] Voilà ce que vaut l’ambition d’un homme et un esprit mystique, relevé et métaphysique tel que celui-là.

Quand M. Gonsebac est parti d’ici, je lui ai donné un petit mot de lettre pour vous et trois livres in‑8o du nouveau livre de M. Riolan, [2] dont l’un sera pour vous et les deux autres pour MM. Gras et Falconet. Depuis onze jours, j’ai délivré à M. Huguetan un autre paquet plus gros, délivré le 13e de novembre, [66] lequel vous sera rendu, dans lequel vous trouverez quelque chose pour M. Volckamer [127] de Nuremberg, [128] que je recommande à votre diligence pour lui faire tenir quand vous pourrez. Le reste est pour vous, contenant un paquet de M. Moreau, un Casaubonus in Baronium, [129][130] cum Horoscopo Anticotonis in‑4o[67][131] Défense des ouvrages de Voiture in‑4o[132][133] Actes concernant les droits et l’autorité de l’Université de Paris sur les libraires et imprimeurs, etc. in‑4o[68] trois feuilles de thèses in‑4o, Favilla ridiculi muris de M. Bernier [134] in‑4ocum tractatu M. Io. de Launoy de varia Aristotelis fortuna in‑4o[69][135] deux exemplaires du nouveau livre de M. Riolan contre Bartholin [136] in‑8o pour MM. Guillemin [137] et Garnier, [2] [138] et que je vous prie de leur délivrer à mon nom. Voilà ce que j’ai eu de présent à vous envoyer. Une autre fois, je tâcherai de vous envoyer davantage, en récompense de tant d’obligations que je vous ai et en tant de façons. Je crois bien que je ne m’acquitterai jamais ; mais au moins, j’ai la reconnaissance tout entière, eoque nomine semper habebis memorem debitorem[70]

M. Dony d’Attichy, [139] neveu du garde des sceaux de Marillac, [140] 1. moine, de regula Minimorum[71] 2. évêque de Riez [141] en Provence, 3. et aujourd’hui évêque d’Autun, est ici pour faire imprimer Elogia cardinalium pietate illustrium en deux volumes latins, in‑fo, il en doit traiter cette semaine avec M. Cramoisy. [142] Le cardinal de Richelieu [143] n’y sera point, par la haine que lui porte cette famille à cause de la mort du maréchal de Marillac. [72][144] Il y a ici un Lyonnais nommé l’abbé De Pure [145] qui y fait imprimer en latin la vie du feu cardinal de Lyon, [146] votre archevêque. [73] On y imprime aussi un catalogue des simples du jardin botanique de M. le duc d’Orléans [147] à Blois, [74][148][149][150] où ce bon prince demeure coiment, [75] sans parler de venir à la cour. Le prince de Condé est à Rocroi, [151] malade d’une double-quarte ; servari Medico debuit illa suo[76][152] je voudrais qu’il eût la peste.

On dit que les Hollandais [et les Anglais] traitent pour s’accorder ensemble. [153] Les rieurs ne sont plus du côté de Bourdelot : [77] j’apprends de bonne part que Bourdelot n’est point bien avec la reine de Suède et qu’il est en grand danger de n’être ni abbé, ni ambassadeur ; qu’elle a écrit contre lui à la cour. Et en ce cas-là, que deviendra ce Paladin de bonne fortune, [78] qui par ci-devant était barbier et fils de barbier ? [154]

Qui tonsor fueras tota notissimus urbe, etc.
Quid facies iterum, Cinname, tonsor eris
[79]

Enfin, il est temps de cesser, ce que je ferai avec ma protestation ordinaire que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 25e de novembre 1653.

Du retour du roi et de la prise de Sainte-Menehould, omnia sunt incerta[80] chacun en parle comme il le désire. Si cette ville eût pu être prise il y a trois semaines, delà le roi fût allé à Dijon [155] et delà à Lyon, magnis de rebus utrinque ; [81] la duchesse de Savoie [156] s’y fût rendue avec sa fille [157] et le duc son fils, [158] où l’on eût traité de plusieurs mariages. [82] Hic viget austrina constitutio, inæqualis, humida et tepida, quæ tussiculosos senes concutit atque prosternit. Cura ut valeas et me ama[83]

Après une si longue lettre, le porteur vous dira le reste. Je baise très humblement les mains à Mlle Spon.


1.

En reliure, s’utilisaient communément la peau tannée de veau (la plus coûteuse) et celle de mouton (ou de chèvre) qu’on appelait parchemin ou basane (v. note [3], lettre 331).

Le site des Huguenots de France donne la généalogie des Gonzebat (Gonzebach ou Gonsebac), famille lyonnaise du xviie s. ; mais le porteur des livres était marchand à Saint-Gall (Suisse) et non à Lyon, comme on l’apprend au début de la lettre que Guy Patin a écrite à Tobias Baumgartner (médecin du même lieu) le 18 février 1662. Patin a plusieurs fois reparlé de Gonsebac à Charles Spon dans ses lettres ultérieures (jusqu’en 1667).

2.

Le seul livre que Jean ii Riolan ait publié à cette époque est la troisième série des Opuscula nova anatomica, contre Thomas Bartholin (v. note [16], lettre 308), dont l’achevé d’imprimer est daté du 8 novembre 1653. Son ouvrage suivant allait être les Responsiones duæ… qui ne parurent qu’en 1655 (v. note [1], lettre 414) ; Guy Patin devait avoir entendu promettre qu’elles étaient sur le point d’être imprimées.

3.

Mémoires du maréchal Du Plessis (pages 406‑407) :

« Au commencement de l’année 1653, on fit les préparatifs de la campagne ; et sur la fin de l’été, le roi étant venu à Laon, {a} y résolut le siège de Sainte-Menehould et pour cet effet, vint à Châlons-sur-Marne, {b} parce que voulant faire ce siège sans que les maréchaux de Turenne et de La Ferté s’en mêlassent, Sa Majesté crut que sa présence proche de la place attaquée y servirait suffisamment. Le cardinal crut même qu’avant de l’entreprendre, il serait bon que le roi reconnût lui-même la place et que cela donnerait réputation à l’entreprise. Comme ceux qui devaient commander n’étaient point les généraux de l’armée, le cardinal croyait bien que, menant le roi devant Sainte-Menehould, il pourrait donner des avis considérables pour sa prise à ceux qui en seraient chargés, sans oublier de se prévaloir des ordres du maréchal du Plessis pour commander aux troupes qui feraient le siège en cas que les trois lieutenants généraux qui en étaient chargés eussent besoin de lui. Il lui fit ordonner d’y suivre Sa Majesté quand elle irait reconnaître la place ; {c} à quoi il obéit et en fit le tour en son particulier, dont il rendit compte au roi et au cardinal qui ne lui parlèrent de rien approchant le siège. Le roi s’en retourna à Châlons {d} où les nouvelles vinrent que le marquis de Castelnau, le marquis d’Uxelles et Navailles, tous trois lieutenants généraux commandant au siège, ne se pouvaient accorder par la jalousie qui était entre eux, et que cela nuisait au service du roi. Cela fit qu’on résolut d’y envoyer le maréchal du Plessis. » {e}


  1. Le 30 septembre 1653.

  2. Le 20 octobre.

  3. Le 27 octobre.

  4. Le 28 octobre.

  5. Sainte-Menehould fut prise le 27 novembre (v. note [80], lettre 332).

4.

V. note [5], lettre 331.

5.

« Il [le prince de Conti, frère de Condé] a reçu un ordre contraire » : phrase ajoutée par Guy Patin dans la marge.

6.

Joseph Bougerel, Vie de Pierre Gassendi (Paris, Jacques Vincent, 1737, in‑12o, page 176) :

« Alors {a} arriva la nouvelle que Louis-Emmanuel de Valois, comte d’Alais, {b} colonel général de la cavalerie légère, avait été nommé gouverneur de Provence, à la place du maréchal de Vitry. […] Ce nouveau gouverneur était un prince pieux, savant, sage, amateur et protecteur des gens de lettres. Il arriva à Aix le 14e janvier 1638. Il semblait que Dieu ne l’avait envoyé que pour consoler les gens de lettres de cette province, et surtout Gassendi, de la perte de Peiresc. {c} Il voulut avoir chez lui notre philosophe et lui donna toutes sortes de marques d’estime et d’amitié jusqu’à sa mort. L’on trouve dans le recueil des lettres de Gassendi 350 lettres latines de ce comte, d’un style pur et coulant. Elles finissent presque toutes par ces mots : Vale decus litterarum et ornamentum. {d} Nous avons aussi les réponses de Gassendi. »


  1. Fin 1637.

  2. V. note [42], lettre 155.

  3. V. note [10], lettre 60.

  4. « Salut, honneur et ornement des lettres. »

7.

La Gazette, Ordinaire no 140 du 15 novembre 1653 (page 1124) :

« Le 13, mourut […] en cette ville, dans son hôtel, Louis de Valois, duc d’Angoulême, {a} pair de France, colonel général de la cavalerie légère et chevalier des ordres de Sa Majesté, âgé de 56 ans, l’un des plus intelligents en diverses langues et des plus pieux princes de la chrétienté, qui a passé sa vie dans les plus belles charges et emplois du royaume, et été plusieurs années gouverneur pour le roi et général de son armée en Provence. C’est en lui que finit la dernière race des princes de Valois, n’ayant laissé qu’une fille unique, Françoise-Marie de Valois, mariée à Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, grand chambellan de France, qui a été reçu en survivance de cette charge de colonel général de la cavalerie légère. »


  1. Le comte Louis-Emmanuel d’Alais (v. note [42], lettre 155).

L’enterrement du comte d’Alais, cousin de Condé et gouverneur qui avait tyrannisé la Provence, eut lieu le 15 novembre dans l’église des Minimes à Paris. De son mariage avec Marie-Henriette de Chaumont (v. note [39], lettre 192) étaient nés quatre enfants : trois fils étaient morts en bas âge ; seule survivait Marie-Françoise (1631-1696) qui avait épousé en 1649 le duc Louis de Joyeuse (v. note [23], lettre 371). Survivait aussi un fils naturel, Antoine-Charles-Louis (1649-1701, légitimé en 1677), chevalier d’Angoulême.

8.

« dont la vapeur maligne le tua sur-le-champ, et enivré par l’antimoine, il a bu les eaux du Styx [v. note [28], lettre 334]. »

On trouve l’origine et l’explication de l’expression employée par Guy Patin dans Francis Bacon (v. note [21], lettre 352), de Euthanasia exteriore [de l’Euthanasie extérieure] (De Dignitate et augmentis scientiarum, libri ix [Neuf livres sur la Dignité et l’avancement des sciences], Paris, Pierre Mettayer, 1624, in‑4o ; livre iv, page 222) :

Scribitur etiam de Epicuro, quod hoc ipsum sibi procuraverit, cum enim morbus eius haberetur pro desperato. Ventriculum et sensus, meri largiore haustu, et ingurgatione obruit, unde illud in Epigrammate, Hinc Stygias ebrius hausit aquas. Vino scilicet stygii laticis amaritudinem sustulit.

[On a aussi écrit qu’Épicure y a lui-même recouru, quand on tint sa maladie pour désespérée. Il s’est gorgé de vin pur, et noyé l’estomac et les sens ; dont on fit cette épigramme, Hinc Stygias ebrius hausit aquas. {a} Le vin lui a sans doute permis de supporter l’amertume de la liqueur stygienne].


  1. « Ainsi enivré, il a bu les eaux du Styx », qu’on a plus librement traduit en « Il ne fut pas assez sobre pour sentir le goût amer des eaux du Styx ».

9.

« il ne se commet pas d’injustice pour celui qui accepte volontairement de souffrir. » Volenti non fit iniuria est un adage du droit romain.

10.

Montglat (Mémoires, page 296, année 1654) :

« Le roi ayant abattu la rébellion dans son royaume et réduit le prince de Condé à se réfugier chez les Espagnols, résolut de lui faire son procès par les formes de la justice. Dès la fin de l’année passée, il avait envoyé une commission au Parlement par le chancelier {a} pour ce sujet. La qualité de prince de sang lui donnait le privilège de ne pouvoir être jugé que par le roi présent, tous les pairs de France et toutes les chambres assemblées. Pour satisfaire à cette formalité, le roi fut au Parlement le 19e de janvier, où, quand chacun eut pris sa place, les ducs de Guise, de Joyeuse, d’Épernon et le maréchal de Gramont descendirent de leurs bancs, disant qu’ils ne pouvaient opiner à cause de leur parenté ; mais le roi commanda qu’ils demeurassent et voulut, nonobstant leurs excuses, qu’ils assistassent à ce jugement. Aussitôt, ils remontèrent en leurs places ; et après que Doujat, conseiller de la Grand’Chambre, eut lu les informations, il fut ordonné que le prince de Condé serait ajourné sur la frontière pour comparaître en personne devant le roi dans son Parlement, et qu’il se mettrait dans quinzaine prisonnier dans la Conciergerie du Palais ; que tous ses adhérents seraient pris au corps, et leur procès faits, s’ils ne se représentaient dans le temps. Toutes les formalités ayant été observées, le roi retourna au Parlement le 28e de mars, où l’arrêt fut prononcé contre le prince, par lequel il fut condamné à souffrir la mort, telle qu’il plairait au roi de lui ordonner, comme étant criminel de lèse-majesté ; et qu’en attendant, il serait déchu de toutes charges, dignités et honneurs ; et que tous ses biens seraient confisqués et réunis à la Couronne. Pareil arrêt fut donné contre tous ceux qui tenaient son parti, qui furent condamnés à perdre la tête et les biens. »


  1. Séguier, v. note [35], lettre 334.

11.

« ainsi en a-t-il plu aux dieux, en demander davantage est impie » (v. note [12], lettre 237).

12.

« je ne sais quel jour exactement. »

13.

Pline, Histoire naturelle (livre xxxi, chapitre viii ; Littré Pli, volume 2, page 350) :

Tungri civitas Galliæ fontem habet insignem, plurimis bullis stellantem, ferruginei saporis : quod ipsum non nisi in fine potus intellegitur. Purgat hic corpora, tertianas febres discutit, calculorumque vitia. Eadem aqua igne admoto turbida fit, ac postremo rubescit.

[La cité de Tongres dans les Gaules a une fontaine fameuse dont l’eau toute pétillante de bulles a un goût ferrugineux qui ne se fait sentir que quand on finit de boire. Cette eau est purgative, guérit les fièvres tierces et dissipe les affections calculeuses. La même eau, mise sur le feu, se trouble et finit par rougir].

Il est inexact d’identifier Tongres (aujourd’hui Tongeren, à 18 kilomètres au nord-ouest de Liège) à Spa (28 kilomètres au sud-est de Liège). Aux environs de Tongres se trouve une fontaine que l’on nomme fontaine de Pline à cause de la description qu’en a donnée l’écrivain romain. La source la plus ancienne de Spa (v. note [7], lettre 292), celle à laquelle la ville actuelle doit vraisemblablement son origine et son existence, est le Pouhon, autrefois Pouxhon. Elle est située au centre de la ville et sort en bouillonnant des fentes de roches micacées situées au fond d’un puits. C’est la plus abondante, la plus chargée en fer et en sels, et la seule qui fournisse les eaux de Spa à l’exportation. Très claire ordinairement, l’eau du Pouhon, d’une température de +8° Réaumur, est pétillante, acidulée, piquante et ferrugineuse. On a remarqué que ses effets médicaux étaient moins actifs par les temps froids et pluvieux que par les temps secs et chauds (G.D.U. xixe s.).

14.

« Les calculeux doivent s’abstenir de boire les eaux minérales de cette sorte. » Les calculeux sont ici les malades affectés de lithiase urinaire, cause de coliques néphrétiques et de pierre vésicale. Guy Patin faisait allusion à la vive querelle qui avait opposé, en 1633-1634, à l’occasion d’une thèse sur les eaux minérales de Forges, le clan des Piètre à Charles i Bouvard et à Louis xiii lui-même (v. note [15], lettre 17).

15.

« en raison de leur effervescence ».

16.

« contre la trop grande chaleur des viscères ».

17.

« Ajoutez à cela que toutes ces eaux, sans exception, échauffent à l’excès ».

18.

« qu’elle guérit les fièvres tierces ».

19.

« après que le corps a été totalement purgé et évacué ».

20.

« que la nouveauté et la multiplicité des remèdes séduisent et grugent. »

21.

« ce sont ceux qui trompent les malades par le moyen détourné des bains », Pline (Histoire naturelle, livre xxix, chapitre viii, Litté Pli, volume 2, pages 300‑301) :

Ne avaritiam quidem arguam, rapacesque nundinas pendentibus fatis, et dolorum indicaturam, ac mortis arrham, aut arcana præcepta, squamam in oculis emovendam potius, quam extrahendam : per quæ effectum est, ut nihil magis prodesse videretur, quam multitudo grassantium. Neque enim pudor, sed æmuli pretia summittunt. Notum est ab eodem Charmide unum ægrum ex provincialibus H‑S ducentis reconductum ; Alconti vulnerum medico H‑S c damnato ademisse Claudium principem ; eidenque in Gallia exsulanti, deinde restituto, acquisitum non minus intra paucos annos. Et hæc personis inputentur. Ne fæcem quidem, aut inscitiam ejus turbæ arguamus, ipsorum intemperantiam in morbis aquarum calidarum diverticulis : imperiosam inediam, et ab iisdem deficientibus cibo sæpius die ingesto, mile præterea pænitentiæ modis, culinarum etiam præceptis et unguentorum mixturis, quando nullas omisere vitae illecebras.

[Je passerai même sous silence l’avarice, les marchés cupides quand la destinée est pendante, les douleurs taxées, les arrhes prélevées sur la mort, et ces secrets du métier ; par exemple : déplacer seulement, au lieu de l’extraire, le corps opaque dans l’œil. {a} Aussi, rien ne paraît-il plus avantageux que le grand nombre de ces aventuriers ; ce n’est pas la pudeur, c’est la concurrence qui leur fait baisser leurs prix. On sait que ce Charmis, dont nous avons parlé, {b} passa marché avec un malade pour ceux cent mille sesterces ; que l’empereur Claude confisqua sur Alcon le chirurgien, condamné, dix millions de sesterces ; et que ce chirurgien, exilé dans les Gaules, ayant été rappelé, en gagna autant en peu d’années. Mais que ces faits soient personnels ; n’accusons même pas l’ignorance et la bassesse de la tourbe médicale, l’abus qu’ils font des remèdes et des bains chauds où ils promènent leurs malades, la diète impitoyable qu’ils imposent, les aliments dont les mêmes accablent plusieurs fois le jour des hommes défaillants, mille tâtonnements pour réparer le mal qu’ils ont fait, les ordres qu’ils donnent même pour la cuisine et la composition des parfums, car ils n’ont rien omis de ce qui flatte la sensualité].


  1. Le cristallin atteint de cataracte (v. note [2], lettre 116).

  2. V. note [17], lettre 271.

22.

« “ Clinquant bon pour le peuple [À d’autres, mais pas à moi ! Perse, v. note [16], lettre 7] ”, qui veut être trompé parce qu’il est sot, et ne sera pas trompé par moi. »

23.

« ce fut un homme bien disposé, parfaitement savant, de bon goût [v. note [12], lettre 197], qui me plongea autrefois dans les délices. »

Joseph Hall (surnommé le Mercurius Britannicus, Bristow-Park, comté de Leicester 1574-9 août 1656) avait professé d’abord la rhétorique et publié quelques poésies. Entré ensuite dans les ordres, il était devenu chapelain de Henry, prince de Galles, chapelain de lord Doncaster, ambassadeur d’Angleterre à Paris, puis pasteur de Waltham dans le comté d’Essex et doyen de Worcester. Évêque d’Exeter en 1627, Hall s’était montré zélé défenseur de l’épiscopat contre les puritains et avait été transféré au siège épiscopal de Norwich en 1641. Ayant protesté contre la validité des lois votées dans le Parlement, on l’avait jeté en prison (1642) puis acquitté. L’année suivante, ses biens avaient toutefois été séquestrés et il n’avait pu qu’à grand-peine échapper à un soulèvement populaire que les puritains avaient suscité à Norwich. Il s’était retiré dans une petite ferme près de Higham où il passait le reste de sa vie. Homme savant, spirituel, charitable et tolérant, il a été le premier en Angleterre à écrire des satires dirigées, non contre les individus, mais contre les vices de son temps (G.D.U. xixe s.). Guy Patin a plus loin parlé de ses Épîtres mêlées qui contiennent un chapitre sur les eaux de Spa (v. note [5], lettre 334).

24.

« et c’est le meilleur de tous. »

25.

« n’y voyez nulle offense ».

26.

Vaison (aujourd’hui Vaison-la-Romaine dans le Vaucluse), dans le Comtat-Venaissin, était le siège d’un évêché, suffragant d’Avignon.

27.

Joseph-Marie Suarez (ou Suarès) d’Aulan (Avignon 1599-Rome 1673 ou 1677), très lié aux Barberini et au pape Urbain iv, a été évêque de Vaison (aujourd’hui Vaison-la-Romaine, Vaucluse) de 1633 à 1666 ; après quoi, ayant laissé son évêché à son frère Charles-Joseph, il se rendit à Rome auprès du pape Clément ix (Gallia Christiana). Ami des savants et des belles-lettres, il a laissé divers ouvrages pieux.

Alessandro Bichi (Sienne 1596-Rome 25 mai 1657), évêque d’Isola (Calabre) en 1628, puis de Carpentras en 1630, avait été nonce pontifical en France de 1630 à 1634 et nommé cardinal en 1633 (sacré en 1637) ; il était ami de Mazarin. Le cardinal Barberin était Francesco Barberini.

28.

« chez cette mère affairée des oisifs » : emprunt au Scazon de Joseph-Juste Scaliger In Romam [Contre Rome] (v. note [24], lettre 207). V. note [14], lettre 345, pour le Discours de Samuel Sorbière sur sa conversion.

29.

« je le connais jusqu’au bout des ongles » (v. note [16], lettre 7).

30.

« qui est la plupart du temps fatale aux vieillards ».

31.

Les ouvrages de Charles Sorel (v. note [2], lettre 74) que Guy Patin citait ici sont :

  • l’Histoire comique de Francion (Paris, Pierre Billaine, 1623, in‑8o pour la première édition) ;

  • Le Berger extravagant, où parmi des fantaisies amoureuses on voit les impertinences des romans et de la poésie (Paris, Toussaint Du Bray, 1627, in‑12o) ;

  • L’Orphise de Chrysante ou l’ingratitude punie, histoire cyprienne (Paris, Toussaint Du Bray, 1626, in‑8o) ;

  • Histoire de la monarchie française (Paris, Claude Morlot, 1629, in‑12o).

  • Sous le titre de Philosophie, il faut entendre La Science universelle, volumineux ouvrage divisé en quatre grandes parties :

    1. Science des choses corporelles. Première partie de la science humaine, où l’on connaît la vérité de toutes les choses du monde par les forces de la raison et l’on trouve la réfutation des erreurs de la philosophie vulgaire (Paris, Pierre Billaine, 1635, in‑4o) ;

    2. La Science des choses corporelles et spirituelles (Paris, Charles Rouillard, 1641, 3 volumes in‑4o) ;

    3. La Science universelle où la vraie philosophie, plus étendue que la vulgaire, est réduite en un ordre naturel selon la plus certaine liaison des sciences particulières et des arts. Avec la réfutation de plusieurs erreurs que l’on y a introduites. Troisième édition divisée en quatre volumes (Paris, Toussaint Quinet, 1647, in‑4o) ;

    4. plus tard allait paraître De la Perfection de l’homme où les vrais biens sont considérés, et spécialement ceux de l’âme avec les méthodes des sciences qui contiennent la recherche des sciences utiles ou inutiles, la clef de la science universelle et le sommaire de son ordre, le sommaire des opinions les plus étranges des novateurs en philosophie, l’examen des encyclopédies, le vrai examen des esprits propres aux sciences, la grande et parfaite méthode pour les académies, et la méthode royale pour l’instruction des princes et des personnes qui peuvent s’assujettir aux méthodes ordinaires (Paris, Robert de Nain, 1655, in‑4o).

  • V. note [3], lettre 329, pour le Discours sur l’Académie française qui était alors sous la presse.

32.

Robert ii Miron, mort le 4 juillet 1652 lors du massacre de l’Hôtel de Ville de Paris (v. note [3], lettre 292).

33.

« Voilà l’homme ».

34.

Guy Patin a écrit leçons dans l’interligne, au-dessus de répétitions qu’il n’a pas rayé.

Louis de Lesclache (L’Éclache, près de Clermont-Ferrand vers 1620-Lyon 17 août 1671) n’était pas « un peu plus vieux », mais de 18 ans plus jeune que Charles Sorel. Il avait ouvert une sorte d’académie philosophique et littéraire à Paris, et s’établit plus tard à Grenoble puis à Lyon. Il avait alors publié une Logique divisée en quatre parties et une Philosophie divisée en cinq parties (toutes deux à Paris, Charles Chastellain, 1648, in‑8o), et La Physique, la philosophie morale, la théologie naturelle, expliquées en tables… (Paris, sans nom, 1651-1652, 2 volumes in‑4o). Son traité le plus singulier porte le titre de Véritables règles de l’ortografe francéze ou l’art d’aprandre an peu de tams à écrire côrectemant… (Paris, Laurent Rondet, 1668, in‑12o).

35.

« sur une question fort difficile. » V. note [29], lettre 277, pour le De occultis pharmacorum purgantium Facultatibus… [Les Facultés cachées des médicaments purgatifs…] de Guillaume Dupuis, en cours de réédition chez Michel Duhan à Lyon, sous l’œil de Charles Spon.

36.

« À Guy Patin, docteur en médecine de Paris et doyen de la très salubre Faculté ». Patin demandait à Charles Spon de tricher un peu, car le livre de Guillaume Dupuis tardait à sortir des presses de Michel Duhan et il n’était plus doyen depuis le 2 novembre 1652 ; il fallait donc antidater l’épître dédicatoire de Spon (v. note [4], lettre 345) au jeudi 24 octobre, pour qu’il n’y eût pas usurpation du titre décanal.

37.

Cet appendice du livre de Guillaume Dupuis est ainsi composé : Iacobi Cusinoti, de purgatrice medicamentorum facultate, capita tria ; ex lib. 4 Methodi ipsius Pharmaceuticæ non dum typis editæ, decerpta : Cap. i, Purgantium medicamentorum facultas, qualis sit ; Cap. ii, Purgantia medicamenta quomodo actionem suam proferant ; Cap iii, An purgantia medicamenta certum et peculiarem humorem elective, an promiscue quemlibet attrahant [Trois chapitres de Jacques ii Cousinot sur la faculté purgative des médicaments, extraits de sa Méthode pharmaceutique encore inédite : chapitre i, Faculté des médicaments purgatifs, quelle qu’elle soit ; chap. ii, Les Médicaments purgatifs, de quelque manière qu’ils produisent leur action ; chap. iii, Si les Médicaments purgatifs attirent électivement une humeur précise et particulière, ou n’importe laquelle indistinctement].

Le tout (12 pages) est précédé d’une courte préface où le libraire, Michel Duhan, remercie Charles Spon de lui avoir communiqué ce texte inédit ; un bref éloge de Jacques Cousinot se trouve dans l’épître dédicatoire (v. note [4], lettre 345).

38.

Pousser la vente.

39.

V. note [28], lettre 324, pour la traduction des Satires de Juvénal par Denis Challine.

L’Esprit de Guy Patin, page 45 :

« Qu’on traduise de la prose latine tant qu’on voudra, j’y consens pour le plaisir de ceux qui n’entendent pas cette langue ; mais je ne consens pas de même qu’on traduise en prose les poésies latines. Leurs auteurs ne sont plus reconnaissables dans ces traductions, ils y sont tout à fait défigurés. Qui osera me dire, par exemple, qu’un traducteur me donnera tout le sel aux deux vers adressés à un grand buveur :

Hausisti quot ferre tuus quit pocula venter ;
Pocula non lædunt paucula, multa nocent
 ? {a}

Le jeu de mots {b} qui règne dans le latin ne peut jamais paraître dans le français. Ainsi notre langue n’est point susceptible de ces petits enjouements si fréquents dans la latine. »


  1. Les deux vers cités sont tirés des Épigrammes du Gallois John Owen poète latin surnommé le Martial britannique (1564-1622), livre xii, 12, In gulonem quemdam (Contre un certain glouton). On peut (mal) les traduire en « Tu as englouti autant de coupes [pocula] que ta panse peut en supporter : fort peu de gens [paucula] résistent aux méfaits des coupes, quand elles nuisent au plus grand nombre ».

  2. Entre pocula et paucula.

40.

« Je compte dans le même nombre ».

41.

V. note [6], lettre 116, pour la traduction des Vies de Plutarque par Jacques Amyot.

Sous le nom de Du Moulin, se cache sans doute Jean Desmoulins, médecin de Montpellier de la fin du xvie s., lié à Rondelet, qui a donné des traductions françaises des ouvrages de Jacques Daléchamps (Histoire générale des plantes [dite de Lyon], Lyon, 1615, 2 volumes in‑fo) et de Dioscoride (v. note suivante) (Descuret in Panckoucke et Jestaz).

Guy Patin semblait confondre les traducteurs dont il critiquait les œuvres : celui de l’Histoire naturelle de Pline, avec des notes, n’a pas été Du Moulin, mais Antoine Du Pinet (Lyon, 1562, et Paris, 1608, 2 volumes in‑fo) (Marquis in Panckoucke).

42.

Pietro Andrea Mattioli, dit Matthiole (médecin et botaniste italien, Sienne 1501-Trente 1577, attaché à la cour impériale) : Commentarii in sex libros Pedacii Dioscoridis, adiectis quam plurimis plantarum ex animalium imaginibus [Commentaires de Dioscoride Pedacius en six livres, avec de très nombreuses planches représentant plantes et animaux] (Venise, 1544, in‑fo ; v. note [15], lettre 1020, pour celle de Caspar Bauhin en 1598, en tête des œuvres complètes de Matthiole).

Ce livre eut un grand renom, il fut traduit en français par Antoine Du Pinet (Lyon, 1561, in‑fo, avec de nombreuses rééditions jusqu’en 1656), puis par Jean des Moulins : Commentaires de M. Pierre André Matthiole, medecin siennois sur les six livres de Ped. Dioscoride Anazarbéen de la Matiere médicinale, revus et augmentés en plus de mille lieux par l’auteur même, et enrichis pour la troisième fois, d’un grand nombre de portraits de plantes et animaux tirés au vif, plus qu’aux précédentes éditions. Avec certaines tables médicinales, tant des qualités et vertus des simples médicaments, que des remèdes pour toutes maladies qui peuvent advenir au corps humain, comme aussi les sentences, mots et matières traités auxdits Commentaires. Davantage y a sur la fin divers portraits de fourneaux et alambics, pour distiller et tirer les eaux de toutes plantes, avec le moyen de les conserver en leur naïves odeurs… (Lyon, Guillaume Rouillé [ou Roville, v. note [5], lettre de Charles spon, datée du 5 mars 1658], 1572, in‑6o, ou 1579, in‑6o).

43.

« Cela dit ».

44.

Sophistique : « Qui est captieux, trompeur. Il se dit sur tout des arguments [sophismes] qui ne sont pas bien en forme ou qui sont fondés sur des équivoques, comme : tu as tout ce que tu n’as point perdu, tu n’as point perdu de cornes, donc tu as des cornes » (Furetière).

45.

« dont la mémoire soit bénie ».

46.

V. note [6], lettre 162, pour le traité « des Historiens grecs » de Gerardus Johannes Vossius. Le passage évoqué par Guy Patin se trouve dans le livre vi (page 428) : Dares Phrygius, sacerdos Troianus, ab Homero celebratur… [Darès Phrygius, prêtre troyen, s’est fait connaître par Homère…] ; suit la recension des auteurs ayant parlé de Darès et une brève discussion sur l’époque où il vivait (selon Homère, Photius et Scaliger) (Jestaz).

Darès le Phrygien, Troyen, père de deux guerriers, prêtre d’Héphaistos (Vulcain), vécut du temps de la guerre de Troie à laquelle, suivant Homère, il prit part, et dont, selon Élien, il écrivit une histoire ; mais cette histoire de Darès, dite la Petite Iliade, était sans doute l’œuvre de quelque sophiste. Il ne nous en reste qu’une traduction latine faussement attribuée a Cornelius Nepos, écrite à la fin du xiie s., intitulée De Excidio Troiæ [La Chute de Troie], et d’où naquirent les romans de chevalerie du Moyen Âge (G.D.U. xixe s.).

47.

« ce dont je me garderai bien » ; v. note [10], lettre 328, pour le procès de Guy Patin perdu contre Jean Chartier, dont l’avocat était Jean Guérin, gendre de François Guénault.

48.

Le bruit : la réputation.

49.

« Cette dépense n’est pas si immense pour moi ».

50.

« dont j’espérais beaucoup. »

51.

« mais il est stupide de se torturer l’esprit avec tant d’inepties, etc. » (Martial, v. note [10], lettre 328).

52.

« Occupons-nous de nos propres affaires, sans nous soucier de celles des autres ».

53.

« dont je déclare ouvertement faire partie ».

54.

V. note [21], lettre 312, pour L’Antimoine justifié… d’Eusèbe Renaudot, alors récemment publié chez Jean Hénault.

Fils du libraire-imprimeur parisien Mathurin Hénault, Jean avait été reçu libraire en 1635 pour devenir adjoint du syndic en 1661. Il était installé rue Saint-Jacques, à l’enseigne de L’Ange gardien et saint Raphaël. Il mourut après 1674 (Renouard).

55.

« Ô siècles féconds en crimes ! » (Horace, Odes, livre iii, vi, vers 17).

56.

« où nous vivons ».

57.

« dans la lie [ou merde] de Romulus » (Cicéron, v. note [4], lettre 134).

58.

« À ce titre ».

V. note [1], lettre 35, pour Jean Lombard, chirurgien de Troyes. Guy Patin semblait oublier que c’était lui qui, en premier lieu et plus de trois ans avant, l’avait recommandé à André Falconet pour le recevoir à Lyon : v. la fin de la lettre du 7 juin 1650 à André Falconet.

59.

V. note [7], lettre 799.

60.

V. note [20], lettre 307, pour le Discours sur les principes de la chiromance, de Marin Cureau de La Chambre.

61.

L’Esprit de Guy Patin (page 50) :

« On ne fait pas ici un grand cas de la Chiromancie de M. de La Chambre. L’auteur parle fort bien français ; mais outre la pureté du style, il n’y a guère que du babil : Vox, præterea nihil ; la voix, et rien autre chose, c’est le caractère du rossignol. Notre siècle ne laisse pas d’admirer ces bagatelles. Pour moi, je suis d’un goût particulier, et je ne m’en veux point de mal : il me faut des choses solides ; je laisse les belles paroles à qui ne désire que cela. »

62.

« Notre siècle sans goût et grossier s’épate pourtant de ces bagatelles » : O sæclum insapiens et infacetum (Catulle, Poèmes, xliii, vers 8).

63.

Thèse théologique en faveur des jansénistes que Johann Heinrich Otte (Ottius, 1617-1682), ministre protestant de Zurich, a incorporée dans son Oratio de causa iansenitica. Una cum scholiis, et indice præcipuorum librorum ianseniticorum. Præfatio item rev. Marolles, abbatis Villa Longani, suæ in N.T. versioni præmissa, ex Gallico in Lat. conversa, ac notis insuper illustrata… [Discours sur la cause janséniste. Avec des commentaires, et un index des principaux livres jansénistes. Et aussi la préface que le révérend Marolles, abbé de Villeloin, a mise devant sa version du Nouveau Testament, traduite du français en latin et enrichie de notes…] (Zurich, Johann Heinrich Hamberger, 1653, in‑8o de 110 pages).

64.

« qu’une fois cela arrangé ».

65.

Monsur : forme désuète de Monsieur, que Guy Patin employait ici par dérision, pour décrier la pompeuse vanité de son collègue Bourdelot.

66.

Précision que Guy Patin a apportée dans la marge.

67.

V. note [18], lettre 318, pour le « Casaubon contre Baronius ».

L’Horoscopus Anticotonis, auctior et pene novus… [Horoscope de l’Anti-Cotton, augmenté et presque tout nouveau…] (Ingolstadt, 1614, in‑4o) du P. François Garasse et d’Andreas Scioppius (frère de Caspar) est une des suites de l’Anti-Cotton publié en 1610 contre le théologien jésuite Pierre Cotton (v. note [9], lettre 128).

68.

Actes concernant le pouvoir et la direction de l’Université de Paris, sur les écrivains des livres, et les imprimeurs qui leur ont succédé ; comme aussi sur les libraires, relieurs et enlumineurs (sans lieu ni nom, 1653, in‑4o) ; v. note [5], lettre 323, pour l’ouvrage de l’abbé Pierre Costar en faveur de Vincent Voiture.

69.

v. note [3], lettre 314, pour la Favilla ridiculi muris… de François Bernier et le traité De varia Aristotelis Fortuna… de Jean de Launoy publiés sous la même couverture.

François Bernier (Joué, aujourd’hui Valanjou en Maine-et-Loire, 1620-Paris 1688) avait été reçu docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1652. Il quitta la France en 1654 pour aller parcourir l’Orient : il passa d’abord en Syrie puis se rendit en Égypte pour séjourner au Caire pendant un an ; après y avoir été atteint de la peste, il s’embarqua à Suez et fit voile vers les Indes où il résida pendant 12 ans ; l’empereur Aureng-Zeyb l’honora du titre de son médecin. Bernier revint en France en 1670 et 15 ans après, alla visiter l’Angleterre. De retour à Paris, il s’y fixa définitivement. Ses excursions lointaines l’ont plus fait connaître que son savoir en médecine et lui ont valu le surnom de Mogol, qu’on lui a donné pour le distinguer de ses homonymes. Il a donné la description de plusieurs contrées, du pays de Cachemire, par exemple, qu’aucun Européen n’avait encore parcourues, et de grandes lumières sur l’histoire de l’Inde à une de ses plus brillantes époques. Forster l’a placé avec raison au premier rang des historiens de l’Inde. Il eut le mérite d’avoir fait connaître un des premiers les maladies et la médecine de l’Indoustan (J. in Panckoucke).

Sa Favilla ridiculi muris [Cendre chaude d’une ridicule souris… (1653)] avait été précédée d’une Anatomia ridiculi muris, hoc est Dissertatiunculæ I.B. Morini, astrologi, adversus expositam a P. Gassendo Epicuri philosophiam. Itemque obiter, prophetiæ falsæ a Morino ter evulgatæ de morte eiusdem Gassendi… [Anatomie d’une ridicule souris, c’est-à-dire du minable petit discours de l’astrologue Jean-Baptiste Morin contre la philosophie d’Épicure exposée par P. Gassendi. Avec aussi, au passage, les fausses prophéties que Morin a prononcées par trois fois sur la mort du même Gassendi] (Paris, Michel Soly, 1651, in‑4o). Pour se moquer de Morin, qui s’était ridiculisé en prédisant la mort imminente de Gassendi, Bernier disait que son nom venait de mus, muris, la souris en latin. Bernier fut ami d’enfance de Molière durant leurs études au Collège de Clermont.

70.

« c’est pourquoi vous m’aurez toujours pour débiteur qui a de la mémoire. »

71.

« de l’Ordre des minimes ».

72.

V. notes [1], lettre 203, pour les « Éloges des cardinaux illustres pour leur piété » par Louis Dony d’Attichy, et [17], lettre 10, pour le procès et l’exécution du maréchal Louis de Marillac, son oncle, en 1632.

73.

Vita Alphonsi-Ludovici Plessæi Richelii, S.R.E. presbyteri cardinalis tit. Sant. Trin. archiepiscopi et comitis Lugdunensis, Galliarum primatis, magni Franciæ eleemosynarii, et Sorbonæ provisoris. Auctore M.D.P. [Vie d’Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, prêtre cardinal de la sainte Église romaine au titre de la Sainte Trinité, comte archevêque de Lyon, primat des Gaules, grand aumônier de France et proviseur de Sorbonne. Par M.D.P.] (Paris, Antoine Vitré, 1653, in‑12o).

Son auteur, Michel De Pure (Lyon 1631-Paris 1680), était fils d’un prévôt des marchands de Lyon. Il ne doit à peu près sa célébrité qu’à ces vers de Boileau (Satire ix), contre qui le malheureux ecclésiastique avait été accusé d’avoir distribué un libelle :

« Phébus a-t-il pour vous aplani le Parnasse ?
Et ne savez-vous pas que sur ce mont sacré,
Qui ne vole au sommet tombe au plus bas degré,
Et qu’à moins d’être au rang d’Horace ou de Voiture,
On rampe dans la fange avec l’abbé de Pure ? ».

Jouissant d’une honnête aisance, De Pure était venu à Paris cultiver les lettres, qu’il aimait, mais n’y brilla que modestement au travers que quelques pièces de théâtre, traductions, éloges ou biographies, telles celles de Richelieu (1656) ou du maréchal de Gassion (1673).

74.

Cet Hortus regius Blesensis [Le Jardin royal de Blois] (Paris, Antoine Vitré, 1653 et 1655, in‑fo) est le seul ouvrage qu’a publié Abel Brunier, médecin de Gaston d’Orléans (v. note [14], lettre 246). Ce n’est qu’un index alphabétique des noms latins des plantes qu’on y cultivait.

75.

Coiment : « d’une manière coite, paisible » (Littré DLF).

76.

« elle aurait bien dû l’épargner pour son médecin [qui lui aurait ménagé une lente et douloureuse mort] » (Martial, Épigrammes, livre x, 77, vers 4).

77.

V. note [61], lettre 101.

78.

Paladin (Palladin pour Guy Patin) : « héros, ou ancien aventurier ou chevalier errant dont il est fait beaucoup de mention dans les romans, fondés sur ce que la plupart étaient des plus notables officiers de la cour et du palais de l’empereur Charlemagne. Ainsi ce mot est venu par corruption de Palatin et on l’a donné à Roland, Renaud, Ogier, Olivier, qui étaient des princes de la cour de Charlemagne, dont on a fait des héros de romans » (Furetière).

79.

Premier et dernier (un peu malmené par Guy Patin) des dix vers de l’épigramme de Martial Contre Cinnamus (livre vii, 64) :

« D’abord le barbier le plus connu de tout Rome, {a} puis chevalier par l’influence d’une maîtresse, aujourd’hui, Cinnamus, tu as gagné les villes de la Sicile et le majestueux Etna pour échapper aux tristes poursuites de la justice. Quel art peut maintenant rendre supportable à ta nullité le poids des années ? Que vas-tu faire au sein de ta malheureuse et fugitive tranquillité ? Tu ne saurais être ni rhéteur, ni grammairien, ni maître d’école, ni philosophe cynique ou stoïcien ; tu ne peux vendre aux Siciliens ton éloquence, ni tes applaudissements aux théâtres ; il ne te reste, Cinnamus, qu’à redevenir barbier. » {b}


  1. Qui tonsor fueras tota notissimus urbe.

  2. Quod superest, iterum, Cinname, tonsor eris.

80.

« tout ce qu’on dit est incertain ».

La tranchée avait été ouverte devant Sainte-Menehould dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1653 par le marquis d’Uxelles (v. note [3], lettre 332).

L’Extraordinaire de la Gazette daté du 29 novembre 1653 (no 146) est intitulé La Réduction de la ville et château de Sainte-Menehould à l’obéissance du roi.

« Le 24, le roi, qui depuis plusieurs jours avait dessein de retourner devant cette place et n’en avait été diverti que par l’avis qu’on espérait en bref sa reddition, ne pouvant en attendre davantage la bonne nouvelle de si loin, partit accompagné de Son Éminence pour aller coucher à Ham, à deux lieues de la place, où les logis de Sa Majesté avaient été marqués. Et à peine fut-elle arrivée au village de Saint-Rémy, à moitié du chemin, qu’elle eut une grande partie du contentement qu’elle espérait, par l’avis que le marquis de Genlis, capitaine aux gardes, lui vint donner de la part du maréchal du Plessis-Praslin que les assiégés ayant été le jour précédent chassés par les assiégeants, l’épée à la main, de leur retranchement à la gorge de la demi-lune attaquée, et vu la mine du bastion prête à jouer, avaient demandé composition tant pour la ville que pour le château ; mais qu’il leur avait été répondu que, comme Sa Majesté était en marche afin de se rendre en son armée, il fallait attendre son arrivée pour apprendre ses volontés ».

Les vaincus hispano-condéens quittèrent Sainte-Menehould le 27 novembre,

« armes et bagages sauves pour aller à Rocroi en six jours. Toutefois, Sa Majesté, pour conserver les droits de sa justice aussi bien que ceux de sa clémence, résolut de voir seulement sortir les étrangers, mais non les Français ; en quoi néanmoins cette dernière l’emporta encore sur la première, puisque celle-ci s’exerçant avec tant de modération, semblait agir plutôt par l’ordre de celle-là que par son mouvement, afin d’épargner la honte à ses sujets, qui étaient dans la désobéissance, de soutenir l’aspect {a} de leur monarque, lequel nonobstant sa douceur, n’eût pas laissé de leur paraître foudroyant ».


  1. Le regard.

81.

« pour traiter de grandes affaires en ces deux endroits ».

82.

V. notes [9], lettre 378, pour Marguerite-Yolande et [10], lettre 354, pour Charles-Emmanuel ii, fille et fils de la duchesse de Savoie, Christine de France.

83.

« Ici sévit un climat austral [v. note [81], lettre 150], inégal, humide et tiède, qui secoue et terrasse les vieillards toussotants. Prenez bien soin de votre santé et aimez-moi. »

a.

Ms BnF no 9357, fos 127‑130 ; Jestaz no 102 (tome ii, pages 1133‑1143) ; dans Reveillé-Parise, cette longue lettre à Charles Spon, tronçonnée et allégée, a servi à faire deux lettres dans Reveillé-Parise : la no ccxlix, à Spon, du 25 novembre 1653 (tome ii, pages 82‑88) et la no ccccxiv, à André Falconet du 25 novembre 1653 (tome iii, pages 16‑18), qu’on trouve à la même date dans Bulderen (no lxxvii, i, pages 214‑216), mais adressée à Spon.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 25 novembre 1653.
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(Consulté le 07.07.2020)

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