L. 336.  >
À Charles Spon, le 6 janvier 1654

Monsieur, [a][1]

Bon jour et bon an. Depuis ma dernière, laquelle fut du 30e < de > décembre de l’an passé, avec un épigramme imprimé de Stibio triomphante [2][3] (tant il a fait de massacres), [1] je vous dirai que je traite ici M. de Bois-Morand, [4] prévôt d’Angoulême, lequel m’a dit que M. de Balzac [5] avait été mené d’une fièvre continue [6] jusqu’au dernier point de la vie ; qu’il avait tout de bon cru mourir de ce coup, son testament fait et tout son bien légué à des hôpitaux ; qu’enfin il en est revenu et que l’on imprimera bientôt de lui son Aristippe ou de la Cour[2] après que ses amis en auront retranché quelque chose contre celui qui aujourd’hui summo suo immerito rerum potitur[3]

Voici les vers extraits d’une lettre, laquelle vient de Flandres, [7] sur la mort de M. de Saumaise : [8]

Ingens exigua iacet hac sub mole sepultus
Assertor regum, Numinis atque pugil :
Finivit Spadæ vitam Salmasius hospes,
Traiectum [Mastric.] cineres ossaque triste tenet.
Quod mortale fuit, periit : pars altera cœlis
Reddita, fit maior, doctior esse nequit
[4]

Ce 1erde janvier 1654. Mais Dieu merci, voilà une belle étrenne et très gracieuse, laquelle m’arrive de votre part : c’est votre lettre sans date, mais pourtant nouvelle, que je reçois avec grande joie inter alia munera quæ tali die solent offerri[5] Je suis très aise que soyez, vous et toute votre famille, en parfaite santé. Utinam perennet[6] mais je m’étonne de quoi vous vous avisez de m’envoyer des présents de prunes de Brignoles, [7][9] vous et Mlle Spon, [10] que je respecte très fort à cause de vous, et que j’aime tant plus chèrement et tendrement qu’elle me connaît comme si elle m’avait nourri. Ô que j’aurais été heureux si feu ma bonne mère (optima sane mulierum[8][11] avait eu autant d’esprit que mademoiselle votre femme, j’aurais eu ma part de ce bon esprit, et aurais été déniaisé de bonne heure et de bonne sorte ; mais je n’ai point été si heureux, non cuivis datum est habere nasum[9][12] En attendant que ces prunes viendront, je prendrai patience et vous en remercie par provision jusqu’au rendre.

Vous êtes donc né l’an 1609 qui est l’an que moururent Ios. Scaliger, [13] André Du Laurens, [14] M. François Miron, [15] lieutenant civil, [10] et un méchant, impudent et ignorant charlatan, le sieur de La Violette, [16] autrement dit Josephus Quercetanus. Puissiez-vous vivre sans pierre, sans goutte [17] et sans catarrhe [18] jusqu’à l’an 1709 afin de faire le centenaire parfait, et que voyiez dans votre famille toutes les bénédictions que Dieu a promises diligentibus se[11] Je fais part de mes vœux à Mlle Spon, jusqu’à ce que j’aie le moyen de lui témoigner et faire connaître par effet jusqu’à quel point je l’honore comme la meilleure femme de Lyon et la fidèle compagne du meilleur ami que j’aie au monde.

La Légende [19][20] a véritablement bien touché nos docteurs antimoniaux, lesquels menacent de grosse peine celui qui en sera découvert l’auteur, même de lui faire faire amende honorable ; [21] sed nondum ille innotuit[12] Quelques-uns m’ont soupçonné, mais ce soupçon a passé à d’autres avec beaucoup plus de probabilité. Le sieur Des Gorris [22] a toute sa vie été du mauvais parti, des chimistes, [23] des charlatans, [24] du Gazetier[25] des étrangers, gens de secrets contre la goutte, l’épilepsie, [26] la fièvre quarte, [27] et dans une curiosité de savoir des préparations du laudanum, [28] de l’antimoine et du vitriol ; [13][29] très malheureux praticien qui en a bien tué avec les expériences qu’il a voulu faire, à cause de quoi il s’est vu réduit sans pratique et sans aucun emploi ; malheureux mari, médecin sans pratique qui sait bien du grec et du latin, mais qui applique fort mal ; qui n’a jamais eu le courage de résister à la tentation de l’or et de l’argent qu’on lui a offerts pour quelque coyonnerie ou corruption du métier. L’an 1647, l’Orviétan, [14][30] pour mieux débiter sa drogue, s’adressa à un homme d’honneur, lors doyen de notre Faculté, nommé M. Perreau, [31] pour obtenir de lui, moyennant gros argent qu’il offrait, approbation de la Faculté pour sa drogue ; il en fut refusé de belle hauteur. Ce charlatan [32] s’adressa ensuite à Des Gorris qui reçut de lui grosse somme et qui lui promit de faire signer cette approbation de l’opiate [33] qu’il vend sur le Pont-Neuf, [34] à plusieurs docteurs ; ce qu’il fit faire par douze autres affamés d’argent qui furent les deux Chartier, [35][36] Guénault, [37] Le Soubz, [38] Rainssant, [39] Beaurains, [40] Pijart, [41] Du Clédat, [15][42] des Fougerais, [43] un des deux Renaudot [44][45] et Mauvillain. [16][46][47] Cet imposteur italien, non content de telles signatures, tâcha d’avoir l’approbation entière de la Faculté et pressa le nouveau doyen, savoir M. Piètre, [48] mon prédécesseur, de la lui faire donner moyennant 400 écus qu’il offrait, sur l’espérance qu’il avait de bien mieux débiter sa drogue s’il pouvait obtenir ce qu’il désirait. Ce nouveau doyen ayant appris de la propre bouche du charlatan tout ce que Des Gorris lui avait fait, lui demanda cette approbation (pour laquelle ledit Des G. avait touché 200 écus) et dès qu’il l’eut, il fit assembler toute la Faculté per iuramentum[17] où il se rendit délateur contre tous ces douze Messieurs ; sur quoi, après avoir avoué leur fait et demandé pardon à la Faculté, ayant très humblement reconnu leur faute, on leur pardonna moyennant certaines conditions, etc. ; mais quelque chose qu’ils aient pu faire, la tache en est demeurée et in toto ordine ridiculi facti sunt[18] Voilà la prouesse de Des Gorris avec l’Orviétan ; mais ce n’est point sa faute, ce n’est que sa coutume. C’est un homme affamé d’argent et de secrets : si un enfant, un moine, une femme, un charlatan lui parlent de quelque secret, il leur adhérera. C’est un pauvre homme qui n’a tantôt pas plus d’esprit qu’une bête, qui fait et qui souffre jusqu’en sa maison beaucoup de choses qu’un homme de cœur ne souffrira jamais, etc. [19]

M. Bourgeois [49] est un boiteux cafard qui met son nez partout ; homme sot et impertinent, de faible esprit, qui n’a jamais été que du mauvais parti et qui, pour couvrir sa faiblesse, a tâché de se faire passer pour janséniste, [50] dont il se trémousse fort ; [20] et qui n’en a aucun autre avantage que d’un badin qui se pique fort de religion, nonobstant laquelle il a signé l’antimoine [51] avec Saint-Jacques, [52] Léger [53] et de Mersenne, [21][54] qui se piquent du jansénisme aussi bien que lui et qui n’ont pris ce nouveau parti que pour tâcher d’avoir de la pratique, ut faciant rem cum novis fratribus[22] L’homme est un misérable animal, fortunæ ludibrium[23] à qui un peu d’intérêt fait changer de parti quand il veut. Sed pudet me atque piget tot ineptiarum[24]

Pour l’article 28 où il est parlé du père <Le> Mercier, [25][55][56] je vous dirai que l’an 1630, un de nos docteurs, d’esprit satirique et malin, fit ici courir un libelle diffamatoire intitulé Bibliotheca Patinica où il n’y a point d’autre mal de moi, mais où plusieurs docteurs de ce temps-là sont fort maltraités, entre autres MM. Nicolas Piètre, [57] Merlet, [58] Moreau, [59] et autres. Le bonhomme Mercier était un vieux ivrogne qui faisait la médecine à Château-Thierry. [60] Il y a là-dedans un article de lui en ces termes, Mercerus degobillans, etc[26] Enfin, M. Moreau en découvrit le vrai auteur qui était Victor Pallu, Turonensis[27][61] mais il lui pardonna, à la prière de beaucoup d’honnêtes gens qui s’en mêlèrent (il était frère de Mme Bonneau [62][63] qui est femme d’un des plus fameux partisans de Paris [64] et qui se vante aujourd’hui que le roi [65] lui doit sept millions, il était petit marchand en son commencement). [28] L’affaire assagie, Pallu ne laissa point de demeurer chargé du soupçon et de la haine de plusieurs, quo agnito, secessit in patriam[29] Dès qu’il fut à Tours, [66] il fit querelle à plusieurs médecins ; dont s’étant trouvé mal, il quitta sa ville et s’en alla à Sedan [67] y être médecin du comte de Soissons, [68] avec lequel il demeura jusqu’en l’an 1641 que ce prince fut tué. À son retour, nous dînâmes ici deux fois ensemble ; delà, il s’en retourna à Tours où se trouvant contrecarré par des gens qui avaient la tête mieux faite que lui, de dépit, il s’en revint à Paris ubi nascenti Iansenismo nomen dedit[30] Nos docteurs disaient qu’il y était allé faire pénitence ; enfin il y est mort environ l’an 1647 sans que le public y ait rien perdu. [31] De cette Bibliothèque Patinique, j’en ai céans une copie manuscrite que je vous enverrai quand il vous plaira si vous en êtes curieux ; elle a pourtant été imprimée, mais cela s’est vu si rarement que je n’en ai jamais pu avoir une. Autrefois, M. Moreau me l’avait promise, sed immemor pollicitorum et adeo morosus factus est [32] que je ne daigne lui rien demander.

Pour Bachot, [69] c’est qu’il fit, il y a près de deux ans, un Panégyrique latin au roi in‑fo[33] dans lequel il a extrêmement flatté feu Vautier [70] en intention qu’il lui ferait du bien. [34] Il y a fort loué le roi de choses qu’il n’a point encore faites, mais que j’espère qu’il fera ; atque ut ex una ac eadem fidelia tres parietes dealbaret[35][71] il a dédié ce beau latin, qu’il pense être un chef-d’œuvre, à la reine de Suède, [72] espérant d’elle quelque présent qu’il n’a pas eu. Je n’ai jamais vu ce livre, il m’en avait promis un lorsqu’il me vint prier d’écrire à feu M. Naudé, [73] qui lors était en Suède, et de le prier de dire à la reine quelque chose en sa faveur ; ce que je fis et M. Naudé pareillement, mais tout cela ne servit de rien car on trouva tant de fautes de jugement, et même de syntaxe, dans son épître qu’on ne lui en a pas dit grand merci. M. Naudé m’en écrivit alors une page de plaintes contre lui et ses fautes. Bachot n’était point alors à Paris, il avait pris alors parti avec M. le garde des sceaux de Châteauneuf, [74] qui depuis est mort. Il est de retour à Paris, je l’ai vu une fois aux Écoles, mais il ne m’est point venu voir ; peut-être de honte de ses fautes et de peur que je ne lui fasse voir la lettre de M. Naudé. Bachot est un pauvre serpent qui ne sait où donner de la tête, âgé d’environ 46 ans, pauvre, glorieux, délicat et malsain, et dont la femme n’est plus guère belle. Il avait parlé fort impertinemment dans cette lettre à la reine de Suède : Vellem te suaviari ; [36]  je voudrais être monté sur vos épaules pour voir de plus loin, etc., ce que je n’ai jamais vu. J’achèterai ce panégyrique et alors je vous en manderai d’autres particularités.

Petrus Le Ledier [75] était un régent du Collège d’Harcourt [76] qui devint amoureux de la fille d’un tailleur, très belle, de ce quartier, et qui enfin l’a épousée. Il a quelque bien, mais ne sachant à quoi s’employer, il s’est adonné à tenir des maisons garnies ; et est devenu si fort jaloux de sa femme, laquelle est bien sage, qu’il en est devenu fou et l’a été plus de deux ans, inter illas moras, sæpius illi feci medicinam[37] Enfin il est guéri, reversus ad meliorem mentem[38] Il fait quelquefois du latin, comme je vous en ai envoyé. L’antimoine, à mon avis, ne peut pas être appelé φιλανθρωπος ni σωτηρ, [39] il est trop rude ; il vaut mieux l’appeler triomphant puisqu’il en a tant tué, sans ceux qu’il tuera ; il est vrai qu’il n’en tue plus guère car toutes les familles le détestent, on n’en donne plus qu’à quelques passevolants et malheureux las de vivre. [40]

Pour Henricus Valesius, [77] il vint encore hier céans. Il est fils d’un secrétaire du roi, il est rousseau, âgé d’environ 47 ans, fort savant en grec et en latin, écolier du feu P. Petau. [78] Il travaille aujourd’hui à la traduction de quelques Pères grecs, par ordre du Clergé de France, duquel il a pension. [41] Il a un autre frère, Hadrianus Valesius, [79] avec lequel il demeure, qui est encore fort savant, lequel travaille à l’histoire de France en latin, dont il y en a un tome de fait. [42] Les jésuites [80] et leurs sectaires ont voulu faire accroire que Jansenius, [81][82] Episcopus Iprensis[43] était l’auteur du Mars Gallicus ; [44] et pour le persuader aux autres, pro malignitate illa qua tument[45] ils font grand semblant de le croire, mais ce sont des méchants ; ce n’est qu’en intention de rendre odieux en France ce bon évêque qui était un homme sage et doux qui, ôté le service de Dieu, ne songeait qu’à faire son livre de Gratia [46] en lisant attentivement saint Augustin ; [83] ce qu’il a fait par plusieurs années sans faire du tout autre chose. [84] Ils disent que son évêché lui a été donné pour avoir fait ce livre ; qui est une autre imposture car ni dans le Pays-Bas [85] , neque in toto domanio Hispanico[47] on ne donne point les évêchés comme en France, mais par nomination seulement. Quiconque a fait le Mars Gallicus est un catholique romain fort zélé, Gallus ut puto, forsan etiam Iesuita[48] qui connaît fort bien nos désordres et qui est fort entendu en nos affaires ; même qui sait le fort et le faible de nos historiens. Le bon Jansenius avait bien d’autres affaires que de s’amuser à telles bagatelles ; mais les jésuites font semblant de le croire afin de rendre odieux ce saint homme à la cour, lequel néanmoins ils ne haïssent que pour avoir été plus savant qu’eux, plus homme de bien ; et qui est de plus, fundi Loyolitici calamitas[49] c’est qu’il a été en Espagne, député de l’Université de Louvain, [86] y plaider contre les jésuites en plein Conseil afin d’empêcher qu’ils n’enseignassent la théologie ; ce qu’il obtint frementibus et frendentibus Sociis[50] qui sont comme les autres moines, gens qui ne pardonnent jamais. [51][87] Et à tant de cette controverse, laquelle durera plus longtemps que nous.

Pour le fragment Epistolæ ad Hebræos[88] l’auteur est un ministre jadis de Nîmes, [89] nommé Codurc, [90] qui a fait une nouvelle version de Job [91][92] avec des commentaires. [52] Je l’ai vu quelquefois ici, mais je ne le vois plus ; je ne sais ce qu’il est devenu, il vivotait ici d’une petite pension que lui donnait le Clergé. [53]

M. Riolan [93] n’a rien disséqué, [94] d’autant qu’il était alors malade ; il en a eu grand regret, il ne laisse point d’en avoir grande envie. Le dissecteur n’était point fort habile, c’était un jeune chirurgien nommé Juif, [95] cousin de cet autre qui eut tant de vogue [96] et qui était assez habile homme, mais grand bourreau et impitoyable opérateur. [54] Le docteur haranguant, mais qui ne haranguait que très mal et à peine, était notre M. Richard, [97] autant étourdi et ignorant qu’il est glorieux[55]

Nous avons beaucoup d’Allemands qui ont blâmé l’antimoine ; et tant de ceux-là que d’autres, nous en avons plus de cent auteurs pour opposer aux coyons de la Légende [12] qui sont tous honteux d’avoir fait une telle faute, et d’avoir si misérablement prostitué leur nom et leur réputation. Je ne suis point fâché que le chirurgien Lombard [98] soit reçu, il est parti d’ici et vous doit rendre à son arrivée un autre livre de M. Riolan, et trois livres de la part de M. Chifflet. [99]

Pour votre boîte de brignoles, [7] je vous en remercie de toute mon âme, mais que ferai-je pour vous après tant d’obligations que je vous ai d’ailleurs ? N’est-ce point assez, voire même trop, de me donner tant de livres avant l’année sans m’accabler de vos présents ? [56] Aristippus semper nummos, Plato semper libros[57][100][101][102] Soit donc ainsi, puisque vous l’avez voulu ainsi, mais à la charge que par ci-après vous ferez trêve de vos bienfaits jusqu’à tant que j’aurai pu me dégager de tant de sortes d’obligations par quelque bonne occasion ; car autrement, vous me mettriez en une extrême confusion.

Je me suis trouvé ce matin chez un hydropique [103] en consultation [104][105] où un frère frappart de capucin m’a demandé si le vin émétique [106][107] ne serait pas bon à ce malade. [108] Je lui ai sur-le-champ et en peu de mots répondu que le vin n’était jamais bon à de tels malades et qu’en tant qu’émétique, il était poison très pernicieux ; qu’il n’y avait plus que quelques malotrus charlatans et effrontés imposteurs qui se servaient d’antimoine ; encore n’était-ce que lorsqu’ils voulaient tuer quelqu’un et le délivrer de ce monde. Sur quoi un des parents du malade, présent, a dit nettement en ma présence et sérieusement : Messieurs les médecins ne se servent plus de vin émétique que sur leurs femmes, lorsqu’ils s’en veulent défaire pour en prendre de plus jeunes. Quand j’ai vu qu’il était de mon avis, je n’ai rien répliqué. Ne croyez-vous point que ce bourgeois a lu la Légende des docteurs antimoniaux, qui sont la plupart ici fort empêchés de leur contenance après la faute ridicule qu’ils ont commise ? [58] Quelques-uns d’entre eux veulent faire de nécessité vertu et disent que ce qu’ils en ont fait n’était qu’en dépit de ce qu’on les voulait faire passer pour empoisonneurs. Je disais hier à un de ceux-là : Je ne voudrais pas signer du séné [109]  et du sirop de roses pâles [110]  ce que vous avez signé de l’antimoine, d’autant que les plus innocents remèdes pris mal à propos peuvent tuer un malade, donc à plus forte raison l’antimoine qui n’est jamais innocent. À quoi ce badin me répondit que s’il en eût été averti, qu’il ne l’eût point signé. N’était-ce pas répondre à propos quand la faute est faite, laquelle a armé l’impudence des charlatans et l’ignorance des barbiers [111] qui, dans les occasions, se targueront de cette impertinente et misérable signature ? Mais Dieu soit loué qui en empêchera la mauvaise conséquence par la généreuse résistance que tous les gens de bien en font de deçà ; joint que dans ce nombre des légendaires, [59] ôté environ six d’iceux, la plupart ont la tête mal faite ou sont ignorants, et qui n’ont guère de sens commun, outre que tout le fretin et la racaille de l’École est comprise en ce nombre ; dont même quelques-uns ont reçu de l’argent de Guénault pour ce beau signe, [60] tant il y a en ce siècle de lâcheté, même parmi les docteurs, médecins, etc.

L’affaire du comte d’Harcourt [112] est fort incertaine : l’on a dit qu’il avait fait son accord avec l’empereur [113] qui lui promettait de le maintenir dans Philippsbourg, [114] Brisach [115] et l’Alsace ; après, on a dit qu’il avait été regagné par la cour et qu’il rentrait dans le service du roi, moyennant certaines conditions que même l’on spécifiait ; mais depuis trois jours on dit autrement, savoir qu’un petit mulet chargé d’or (de la race de celui de Philippe de Macédoine) [61][116] a été envoyé par le Mazarin [117] dans Philippsbourg, qui y a fait faire la révolte et chanter Vive le roi. Les uns disent qu’on en a chassé le lieutenant du comte d’Harcourt, les autres qu’on l’a poignardé. [62] Il en faut attendre le boiteux, la vérité en est encore au puits de Démocrite, [63][118] Dieu garde de mal celui qui l’en tirera. Le premier président de Grenoble, [119] jadis de Dijon, [120] mourut il y a environ six semaines ; et celui de Dijon, nommé Bouchu, [121] qui lui avait succédé, est mort depuis dix jours, en trois heures de temps après avoir bien soupé[64] Les deux places sont déjà remplies, d’autant qu’il ne faut que de l’argent pour cela, mais celles de M. de Saumaise et de M. Naudé sont encore vacantes ; aussi y a-t-il en toute l’Europe fort peu de gens qui les puissent représenter.

Enfin, je vous souhaite, l’an présent, toute sorte de prospérité, à vous, à Mlle Spon et à toute votre famille, et à Messieurs nos bons amis, MM. Gras, Falconet et Garnier ; à la charge que vous continuerez de m’aimer et de croire de moi la même chose. Vale omnibus e meis amicis Antistes, mihi millibus trecentis[65] puisque je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 6e de janvier 1654.

J’avais oublié à vous dire que, pour M. Rigaud [122] le libraire, il faut, même malgré nous, prendre patience dans ce reste d’hiver : soit qu’il veuille achever quelque grand labeur qu’il ait sur les bras, soit la disette du papier, ou quelque autre incommodité, qui le presse pour le présent. [66]

Je viens de recevoir lettre de M. Musnier [123] de Gênes, [124] lequel est fort content d’avoir reçu le livre que lui avez envoyé de MM. Riolan et Bartholin, [67][125] et me mande qu’il vous en remerciera tout exprès.

Il n’y a qu’une heure que j’ai rencontré par la ville M. Marion, [126] votre beau-frère, auquel j’ai promis de faire vos recommandations.

Le sieur de Scudéry, [68][127] qui est un illustre écrivain, ayant fini son Grand Cyrus ou Artamène[128] qui est un roman fort bien reçu de deçà, a fait l’Histoire d’Alaric, roi des Goths que l’on commence d’imprimer, in‑fo, où il y aura plusieurs tailles-douces[69] Les romans sont une sorte de livres qui se débitent fort bien de deçà, aux courtisans, aux partisans et à leurs femmes, aussi bien que les livres de dévotion, principalement quand c’est quelque moine de réputation qui les a faits. [129]

On parle ici de duels, [130] où il y en a de tués et de blessés : le comte d’Aubijoux, [131] gouverneur de la citadelle de Montpellier, en est un ; la manie est grande parmi les nobles de se battre si cruellement pour peu de chose. [70] On parle aussi du mariage de Mlle de Longueville [132] pour M. de Nemours, [133] archevêque de Reims, ou pour le duc d’York ; [71][134] de M. de Candale [135] et du prince de Conti [136] avec des nièces de l’Éminence ; [137][138][139] aulico loquendi more[72] on les appelle nièces princesses. Cromwell [140] s’est rendu de nouveau maître en Angleterre et en a fait une déclaration publique, il a pareillement changé la face du Parlement [141] qu’il a réduit à plus petit nombre. [73] On ne parle plus du voyage du roi à Rouen ni à Orléans. [142] Cura ut valeas [74] et croyez que je suis tout vôtre.

Ex asse, G.P. [75]


1.

V. notes [5], lettre 330, et [29], lettre 335, pour cette épigramme de François Ogier « sur l’antimoine triomphant ».

2.

V. note [7], lettre 303.

3.

« sans l’avoir mérité, s’est rendu maître des plus hautes affaires » : Mazarin.

4.

« Un immense défenseur royal, combattant de la volonté, est enterré sous ce petit tombeau. Saumaise a achevé sa vie en étranger à Spa, Maastricht en garde tristement les cendres et les os. Il a péri parce qu’il fut mortel, son autre partie a été rendue aux cieux, il devient le plus grand, il ne peut en exister de plus savant. » Guy Patin a ajouté Mastric. dans la marge avec un appel (˙/.) sur le mot Traiectum, qu’il voulait sans doute aider Charles Spon à correctement comprendre.

5.

« parmi d’autres cadeaux qu’on a l’habitude d’offrir en cette période. »

6.

« Dieu fasse que ça dure ».

7.

Brignoles (nom propre et commun) : « espèce de prune excellente qu’on sèche [au soleil, ou dans un four] et qu’on envoie à Paris de la ville de Brignoles en Provence » (Furetière). La Curne de Sainte-Palaye cite Olivier de Serres : « Tout ce royaume fait cas des pruneaux de Brignole, de Valebrique, de Tours, de Reims, de Saint-Antonin, de Privas, de Saint-Trufesmes, pour leurs précieuses qualités. »

8.

« vraiment la meilleure des femmes », compliment qui ne dissipe pas le sentiment de frustration que laissait ici percer Guy Patin à l’égard de sa défunte mère, Claire Manessier.

9.

« il n’est pas donné à tout le monde d’avoir du goût » (Martial, v. note [8], lettre 309).

10.

Reprise d’un compliment de nouvel an déjà fait par Guy Patin à Charles Spon dans sa lettre du 8 janvier 1650 (lettre 211).

11.

« à ceux qui l’honorent ».

12.

« mais il ne s’est pas encore fait connaître ».

Reveillé-Parise a remplacé la fin de cette phrase et la suivante par « Pour ceux dont il y est parlé et que vous souhaitez de connaître plus particulièrement, je vous dirai que le sieur Des Gorris… », aidant par là le lecteur à comprendre que Guy Patin, pour répondre à la curiosité de Charles Spon, se lançait dans une revue détaillée de quelques docteurs régents signataires de la pétition antimoniale qui le mettait tant en furie et qu’attaquait la Légende (1653, v. notes [11], lettre 333, et [55], lettre 348).

13.

Vitriol, khalcanthos en grec et chalcanthum en latin (v. note [3] de l’observation x, pour ce qu’en a écrit Galien), est le nom ancien et générique des sels appelés aujourd’hui sulfates (Nysten). C’est l’acide sulfurique d’aujourd’hui. Gilles Ménage fait dériver le mot du latin a vitreo colore, « comme étant luisant, et ayant par là quelque ressemblance avec le verre » (Thomas Corneille).

La fantaisie des alchimistes en avait fait un acronyme initiatique signifiant Visita Interiorem Terræ Rectificando Invenies Operæ Lapidem (descends dans les entrailles de la Terre, en distillant, tu trouveras la pierre de l’œuvre), ce qui ne pouvait qu’irriter Guy Patin contre l’emploi médical de ces sels. Le tartre vitriolé était le sulfate de potasse (vitriol de potasse), on l’utilisait comme purgatif et comme antilaiteux, c’est-à-dire pour diminuer et arrêter la sécrétion du lait chez les femmes.

14.

Guy Patin narrait ici l’arrivée de l’Orviétan à Paris en 1647, opérateur italien venu d’Orviette (Orvieto, à 95 kilomètres au nord-ouest de Rome) et inventeur et débiteur d’un médicament « dont il a fait des expériences extraordinaires en sa personne sur un théâtre public » (Furetière). Le nom commun d’orviétan servait à désigner l’antidote ou contrepoison que vendait cet Orviétan, dénommé Cristofero Contugi (mort à Paris en 1681). « Dans la Pharmacopée de Charras il y a une manière de faire l’orviétan où l’on voit que la thériaque est une des principales drogues qui y entrent » (ibid.).

La composition de cette panacée était alors soigneusement tenue secrète et Patin se contentait de lui donner le nom vague d’opiate (v. note [6], lettre 81). Elle connut un succès considérable pendant plus d’un siècle, tout en devenant synonyme de drogue charlatanesque (Nachet in Panckoucke, 1819) :

« Médicament interne, officinal que nous rangeons parmi les conserves composées molles et qui, suivant le Codex de Paris, 1818, devra trouver place parmi les électuaires opiats puisqu’il contient de l’opium. Il entre dans cet électuaire 54 drogues, ce qui le rapproche, pour le nombre, de la thériaque ; Hoffmann {a} l’a réformé et a réduit ses composants au nombre de 26, il diminua aussi la quantité d’opium de moitié ; il l’a décoré du nom d’orviétan sublime ou orvietanus prestantius. Ces deux compositions hors d’usage n’étant pas comprises dans le nouveau Codex, je me crois dispensé d’en transcrire ici les formules. »


  1. Friedrich Hoffmann, au xviiie s.

Ce remède douteux connut un succès tel que Molière a jugé bon de le brocarder en deux passages de son Amour médecin (acte ii, 1665, v. note [1], lettre 835).

  • Scène 6 :

    Sganarelle. « Morbleu, il me vient une fantaisie. Il faut que j’aille acheter de l’orviétan , et que je lui en fasse prendre. L’orviétan est un remède dont beaucoup de gens se sont bien trouvés. »

  • Scène 7 :

    Sganarelle. « Holà ! Monsieur, je vous prie de me donner une boîte de votre orviétan, que je m’en vais vous payer. »

    L’Opérateur (chantant).

    « L’or de tous les climats qu’entoure l’Océan
    Peut-il jamais payer ce secret d’importance ?
    Mon remède guérit par sa rare excellence,
    Plus de maux qu’on n’en peut nombrer dans tout un an.
    La gale,
    La rogne,
    La tigne,
    La fièvre,
    La peste,
    La goutte,
    Vérole,
    Descente,
    Rougeole.
    Ô ! grande puissance de l’orviétan ! »

    Sganarelle. « Monsieur, je crois que tout l’or du monde n’est pas capable de payer votre remède ; mais pourtant voici une pièce de trente sols que vous prendrez, s’il vous plaît. »

    L’Opérateur (chantant).

    « Admirez mes bontés, et le peu qu’on vous vend,
    Ce trésor merveilleux, que ma main vous dispense.
    Vous pouvez avec lui braver en assurance,
    Tous les maux que sur nous l’ire du Ciel répand.
    Etc. »

15.

Denis Le Soubz (natif de Paris, mort le 26 février 1656) avait été nommé docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1617.

Pierre de Beaurains (natif de Paris, mort en 1671, ancien de la Faculté) l’avait été l’année suivante.

François Pijart (v. note [13], lettre 22) et Jean Du Clédat (v. note [19], lettre 242) avaient respectivement reçu le bonnet de docteur en 1623 et 1624.

16.

Isaac ou son frère Eusèbe était l’un des deux Renaudot.

Armand-Jean de Mauvillain (Paris 1620-ibid. 1685) était fils de Jean de Mauvillain, chirurgien juré (v. note [6], lettre 822). Ayant un temps étudié la médecine à Montpellier sans y prendre de diplôme, Armand-Jean s’était fait recevoir docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1649.

Robert Patin, le fils aîné de Guy, lui a consacré un chapitre de son discours de paranymphe, le 28 juin 1648 (v. note [2], lettre 157), avec ce commentaire sur les études de Mauvillain (pages 44‑45) :

Quod si rite partes eas Medicinæ percalluit, quæ præsertim in rationis usu atque cogitatione consistunt, haud propterea tamen segnius in illas incubuit quæ manuum opera perficiuntur. Scilicet eximio is inter huius urbis Chirurgicos Parente natus, sic in eius arte sese exercuit, ut cum illa Medicinam facturo multum afferat opis et adjumenti, credibile sit ipsum ægris sui ingenij consiliique lucem tanto felicius porrecturum, quanto hac una re multis præcellit, paucos sibi pares superiorem agnoscit neminem : sed neque hos suæ industriæ præfixit terminos, minusque stirpibus et medicamentis optime cognoscendis insudavit : Hac de causa plerique Philiatri vulgo Montem Pessulanum adeunt, rati se (si eo loci per aliquot noctes dormierint tanquam in uno Medicinæ Parnasso) repente evasuros Medicos multiplici plantarum cognitione imprimis præstantes : at sic in eum se locum contulit Mauvillanus, ut quam animo præceperat opinionem plane contrariam, fideli oculorum testimonio comprobaret reversusque ad suos palam et publice prædicaret, nihil usquam esse, quod non reperiatur uberius faciliusque Lutetiæ, ipsas denique Monspelii opes ad huius Urbis et soli magnificientiam comparatas, nihil aliud quam meram esse inopiam.

[Si, comme veut l’usage, il a possédé à fond les parties de la médecine qui s’appuient principalement sur l’emploi du raisonnement et sur la réflexion, il n’a pourtant mis aucune mollesse à se pencher sur celles qui requièrent l’opération des mains. Étant fils d’un homme qui a brillé parmi les chirurgiens de cette ville, il s’est bien sûr exercé en son art ; et ce faisant, il a enrichi son exercice de la médecine de nombreuses aides et ressources. Croyez bien qu’il a accru avec bonheur la lumière de son intelligence et de ses conseils aux malades dans une mesure telle qu’il en surpasse quantité d’autres dans ce domaine et, parmi ceux qu’il égale, il n’en reconnaît aucun qui lui soit supérieur. Il n’a pourtant pas limité son zèle à ces bornes car il n’a pas moins dépensé de sueur à acquérir une parfaite maîtrise des plantes et des remèdes. Quantité de philiatres se ruent à Montpellier, {a} dans l’idée qu’après avoir dormi là-bas quelques nuits, comme en un Parnasse {b} de la médecine, ils en reviendraient soudain médecins, notamment pourvus d’une connaissance étendue des plantes. Mauvillain y est allé pour en juger fidèlement de ses propres yeux, mais il s’en est fait une opinion toute contraire : une fois de retour, il a ouvertement raconté à tous les siens n’en avoir rien rapporté qui ne se trouve plus abondamment et plus aisément à Paris, et que, comparées aux splendeurs de notre ville et de notre sol, les richesses de Montpellier ne sont qu’indigence].


  1. Emploi pédant, sans doute ironique, du nom latin de Montpellier, Mons Pessulanus.

  2. Dans la mythologie grecque, le Parnasse, plus haute montagne de Phocide possédant deux sommets, dont l’un était consacré à Apollon et aux Muses, et l’autre, à Bacchus.

Chaud partisan de l’antimoine et de l’orviétan, Mauvillain eut plusieurs altercations avec ses collègues (v. note [8], lettre 549). Étant parvenu au décanat en novembre 1666, il usa de sa qualité pour faire définitivement approuver l’antimoine ; et malgré l’opposition très vive de Blondel, Mauvillain fut prolongé pour un an en 1667. Il fut le médecin et l’ami de Molière, et sans doute aussi, l’inspirateur direct des satires médicales qu’on trouve dans l’Amour médecin (1665, v. note [1], lettre 835), Monsieur de Pourceaugnac (1669) et le Malade imaginaire (1673, vThomas Diafoirus et sa thèse) (Nivelet et Maurice Raynaud). Mauvillain avait épousé en 1650 Gemme Cornuti, fille de Jacques-Philippe Cornuti (v. note [5], lettre 81) et d’Anne Bergeret (Christian Warolin, pages 119‑120).

L’énumération de Guy Patin ne totalise que 11 docteurs régents ; il faut y ajouter Des Gorris pour arriver à la douzaine. Cette approbation de l’orviétan est évoquée à mots couverts par le doyen Perreau en date du 30 août 1647 dans les Comment. F.M.P. (tome xiii, fo 332 vo).

Achille Chéreau (Le Médecin de Molière, pages 2‑3) a transcrit cette notice de la Liste funèbre des chirurgiens de Paris (pages 103‑104) :

« Jean Mauvillain, né à Paris, mourut le 10e janvier 1662. Il laissa un fils docteur en médecine de la Faculté de Paris, homme d’un esprit inquiet et malin ; car, bien que fils de chirurgien, ayant fait au Corps des chirurgiens, pendant son décanat, tout le mal qu’il pouvait lui faire, il ne rendit pas un meilleur office à la Compagnie, en fournissant à Molière les accompagnements ou intermèdes de sa comédie du Malade imaginaire, qui a si fort ridiculisé dans le monde la médecine et les médecins, qu’ils ont depuis ce temps-là perdu de la créance que l’on avait à leur manœuvre, dont on a mieux connu le jeu et les tours d’adresse en quoi elle consiste pour surprendre les gens crédules ; en sorte que s’ils sont encore mandés quand la maladie menace d’un grand péril, c’est plutôt pour la forme que par confiance, l’événement des maladies ne répondant pas le plus souvent aux promesses dont les malades et les assistants sont flattés par leurs beaux discours. »

17.

« pour un serment ».

La corruption des 12 docteurs régents par l’Orviétan est dénoncée sans détour dans les Comment. F.M.P., tome xiii en date du 1er décembre 1648 (fos 385 vo‑386 ro) ; l’assemblée du 4 décembre suivant (fos 386 vo‑387 vo) se pencha de nouveau sur la question et rendit un décret interdisant aux 11 (et non plus 12) docteurs impliqués de recevoir l’argent du charlatan italien (fo 387 ro et vo) :

Die v. Orvietanus agyrta hominem misit ad Decanum reprtitum suas literas commendatitias istum. Decanus sua domo exegit, falsas esto literas inclamans quibus se venditarat : regis diplomate cautum esse ut suam Facultati compositionem approbaret, quod nisi præstitisset nullam ei commendationem a Facultate expectandam.

[Le 5 décembre, le charlatan orviétan {a} envoya un homme au doyen pour lui représenter ses lettres de recommandation. Le doyen le pria sans ménagement de rentrer chez lui, s’écriant que les lettres dont il se faisait valoir étaient fausses, qu’il se méfiait d’un brevet du roi qui demandait à la Faculté d’approuver sa composition, parce qu’il devait bien s’attendre à ce que la Faculté tînt sa recommandation pour nulle].

18.

« et ils sont devenus la risée de toute notre Compagnie. »

19.

Fin de phrase calomnieuse que Reveillé-Parise a remplacée par « quoiqu’il ait écrit un gros livre de Définitions de médecine » : en 1622, Jean iii Des Gorris avait réédité, comme l’avait fait son père, Jean ii, en 1564, les Definitionum medicarum libri viginti quatuor [Vingt-quatre livres de définitions médicales] qu’avait écrits son grand-père, Jean i Des Gorris.

20.

Jean Bourgeois, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1617, était natif de Paris (Baron). Guy Patin a signalé sa mort en 1661. Le Dictionnaire de Port-Royal (page 201) le dit ami de l’abbé de Saint-Cyran, qui s’excusait auprès de lui parce qu’il avait pris l’habitude de consulter Denis Guérin, médecin du collège des jésuites (v. note [8], lettre 203). Le mauvais parti désigne ici bien sûr celui des stibiaux : Bourgeois était le sixième sur la liste des 61 signeurs de l’antimoine en 1652 (v. note [11], lettre 333).

21.

Pierre Léger, natif du Bourbonnais, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1635 (Baron, qui le nomme Légier) ; il était 25e sur la liste des signeurs. Le Dictionnaire de Port-Royal (pages 621‑622) le dit médecin attitré de la famille du ministre Colbert et très attaché à Port-Royal où il venait régulièrement soigner les solitaires.

Pierre de Mersenne (ou Demercenne, 44e sur la liste des signeurs), né à Paris, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1646 (Baron), fut l’un des compagnons de Jean Pecquet dans ses recherches anatomiques sur le réservoir du chyle. Il signa sous le pseudonyme d’Hyginus Thalassius une lettre en faveur de Pecquet, ce qui lui valut d’être, avec Jacques Mentel, l’un des « pecquétiens » (Pecquetiani, v. note [4], lettre 360) à qui s’en prit Jean ii Riolan. Il devint solitaire de Port-Royal des Champs en mars 1687, mais frappé de maladie au bout d’un mois, dut revenir à Paris pour y mourir en mai de la même année (Dictionnaire de Port-Royal, page 322).

22.

« pour faire fortune avec leurs nouveaux frères. »

23.

« jouet du hasard ».

24.

« Mais tant de sottises me font honte et me chagrinent. »

25.

Pierre Le Mercier, natif de Château-Thierry, était fils d’un médecin de cette ville (de prénom inconnu). Pierre avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1637 ; v. les Décrets et assemblées de 1650‑1651, en date du 8 mai 1651, pour la sévère punition que lui infligea la Faculté en raison de son comportement dévoyé.

Signeur de l’antimoine en 1652, il était la cible de cet article 28 de la Légende (v. note [11], lettre 333), qui le disait « digne héritier de feu son père qui aimait fort le vin, comme il est décrit dans la bibliothèque Patinienne » (v. notule {ae}, note [55], lettre 348).

26.

« Le Mercier dégobillant, etc. »

27.

« natif de Tours ».

En dépit de la curiosité qu’éveille ce passage, aucun des catalogues que j’ai consultés ne donne la référence de cet ouvrage de Victor Pallu (v. note [54], lettre 229) intitulé Bibliotheca Patinica.

Sur la foi de ce qu’en écrivait ici Guy Patin, Pierre Mauriac (1882-1963, professeur et doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux, frère de François) a attribué ce pamphlet à Pallu dans son article Les Médecins de Port-Royal (Revue des deux Mondes, août 1961, pages 373‑390) :

« Né à Tours, M. Pallu obtint son bonnet de docteur en 1656. {a} Par Guy Patin, nous savons que la jeunesse du futur Solitaire fut celle d’un joyeux luron. Encore à la Faculté, il se trouva mêlé à une rixe, au cours de laquelle il reçut un coup de poignard. Guy Patin, toujours, l’accuse d’être l’auteur d’un libelle diffamatoire à son endroit, Bibliotheca Patinica. {b} Pallu y gagna quelques horions et des haines solides. Il dut se retirer à Tours ; mais là encore, s’étant querellé avec plusieurs confrères, il quitta la ville pour devenir médecin du comte de Soissons. » {c}


  1. Sic pour 1628.

  2. L. Jestaz a daté cette « Bibliothèque patinesque » des environs de 1630. Elle est citée dans l’article 43, sur la Bibliothèque de Guy Patin, dans Rymaille sur les plus célèbres bibliothèques de Paris en 1649., avec des notes et un essai sur les autres bibliothèques particulières du temps, par Alber de La Fizelière (Paris, Auguste Aubry, 1868, page 34) :

    « La bibliothèque de Guy Patin fit assez de bruit, dans la république des lettres, pour déterminer quelques auteurs à en publier un éloge. […] Victor Pallu, l’un des défenseurs de l’antimoine, y prit <pré>texte au contraire pour attaquer le rude adversaire de ce trop fameux remède dans un libelle intitulé Bibliotheca Patinica. Cet opuscule était devenu si rare, dès son apparition, que Guy Patin se plaint de n’avoir jamis pu s’en procureur qu’un exemplaire manuscrit. »

  3. Louis de Bourbon, comte de Soissons (v. note [1], lettre 110).

28.

Anne Pallu, sœur de Victor Pallu, était l’épouse du financier Thomas Bonneau (v. note [19], lettre 198). Leur fille, Marie, devint Mme de Miramion.

29.

« ce qu’ayant reconnu, il se retira dans son pays. »

30.

« où il s’enrôla dans le jansénisme qui était en train de naître. »

31.

Mauvaise mémoire de Guy Patin qui avait lui-même annoncé, dans sa lettre du 24 mai 1650 à Charles Spon, la mort de Victor Pallu à Port-Royal « depuis trois jours ».

32.

« mais il est oublieux de ses promesses et devenu à ce point chagrin ».

33.

Étienne Bachot (52e sur la liste des signeurs de l’antimoine) : Ad christianissimum Francorum et Navarræ regem Ludovicum xiv a Deo datum, felicem, invictum, clementem, post civicos tumultus Lutetiam feliciter reversus, Panegyricus gratulatorius [Panégyrique de félicitation à Louis xiv, roi très-chrétien de France et de Navarre, Dieudonné, heureux, invaincu, clément, très heureusement de retour à Paris après la guerre civile] (Paris, Rémi Sourbet, 1652, 48 pages in‑fo), dédié à la reine Christine de Suède (privilège daté du 18 mai 1652). Ce livre s’ouvre sur un portrait de la reine Christine avec ces quatre vers :

« Cette princesse est le modèle
Des vertus en leur plus haut point.
Il n’en sera jamais comme elle,
Comme autrefois il n’en fut point. »

La longue épître dédicatoire est intitulée Serenissimæ Chrsitinæ Suecorum reginæ incomparabili Αφθαρσιαν [Immortalité à la sérénissime Christine, incomparable reine des Suèdois]. Le latin en est médiocre, mais le regard d’un lecteur de Guy Patin s’y pose sur ce passage :

Narrant sacri codices Salomonis sapientiam Reginam Sabæ ex dissitissimis terræ partibus excivisse, tanti hominis invisendi studio. Ah ! Quot Salomones stupendæ tuæ virtutis amore ducti certatim ad te confluerent, si quantum votis velocibus, tantum liceret et corporis tarditati. Sed te vel nostris negatam oculis colere non destitimus, et quam hic non datur in cute, nos in ære veneramur exculptam. Testari possunt viri clarissimi MM. Guido Patinus et Iacobus Mentelius, nostræ Scholæ non inceleberes Medici, me sacram tuam imaginem, quam uterque veluti singulare μνημοσυωον servat, non tantum oculis sed etiam osculis pluries excepisse.

[Les écritures sacrées racontent que la sagesse de Salomon fit venir la reine de Saba depuis les parties les plus éloignées de la Terre, par ardeur de voir un si grand homme. Ah ! combien de Salomons sont venus vers vous en foule, mus à l’envi par la passion de votre stupéfiante vertu, autant que le leur permettaient et la rapidité de leurs désirs, et la lenteur de leurs pas. Mais nous ne laissons pas de vous honorer, vous qui échappez à nos yeux et qui ne venez pas ici en personne, mais dont nous révérons le portrait gravé. MM. Guy Patin et Jacques Mentel, hommes très distingués, célèbres médecins de notre École, peuvent témoigner que j’ai couvé non seulement de mes yeux, mais aussi de mes baisers, votre image sacrée, que tous deux conservent aussi dans l’intimité de leurs cabinets].

Originaire de Sens, Bachot avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1649. Guy Patin le faisait ici naître en 1607 ou 1608 ; les dates de ses nombreux écrits indiquent qu’il mourut vers 1688 ; et certains de leurs titres, qu’il était, comme Patin, un chaud partisan de la saignée. Ami de Gomberville, de Ménage et de Bensérade, Bachot écrivit un grand nombre de pièces latines joliment tournées (M. in Panckoucke et Jestaz).

V. notule {b}, note [9] de la lettre de Julien Bineteau, le 8 octobre 1651, pour l’Apologie de la saignée (Paris, 1646), que Bachot a publiée tandis qu’il n’était encore que bachelier de la Faculté de médecine de Paris (mais déjà âgé d’environ 38 ans).

En novembre 1651, le doyen Patin avait imposé le silence à Bachot qui défendait l’antimoine en disputant dans une thèse sur la purgation (v. note [9] des Actes de 1651‑1652 dans les Commentaires de la Faculté de médecine).

34.

François Vautier avait été nommé premier médecin en 1646 quand Louis xiv avait huit ans et son frère Philippe, duc d’Anjou, six ans. Son éloge se trouve au paragraphe xii du Panegyricus gratulatorius d’Étienne Bachot (§ xii, pages 15‑18) et avait bien de quoi enrager Guy Patin, tant Anne d’Autriche y est portée aux nues pour avoir choisi Vautier comme premier médecin de ses fils :

[Non solum formandis animi moribus ; sed conservandæ corporis sanitatis studet.] Sed nec hisce curis abunde tibi satisfactum putasti, aut huic φιλοστοργια qua solent ardere parentes in bene natos suos liberos, nisi ut moribus, sic et illorum quoque vitæ incolumitati ac longævitati prospectum ires : ut quod natura vegetum, firmum, robustum, et ad amusim conformatum corpus tradiderat, id ipsum reliquo vitæ cursu incolume, et ab omni morbo liberum ars divina tueretur. Eo ducta consilio, tota laboras in discipiendo aliquo cui tam charæ sobolis salus tuto committatur. [Annæ matris Augustissimæ in eligendo Archiatro iudicium et sagacitas.] Sed inter tot Medicorum examina, unus occurrit Valterius, in quo præ cæteris eligendo næ tu oculatior extisisti ; et in hoc visa es perspicacissima, in quo omnes ferme (ô perversissima hominum judicia) cæcutiunt. Nemo nescire sustinet, quis nummus legitimus sit, quis adulterinus, ne quid fallatur in re vilissima, nec scire studio est, quibus id quod habet optimum tueatur. In numismate non credit alienis oculis, in negotio vitæ ac sanitatis, clausis, quod dicitur, oculis sequitur alienum judicium. Tu longe ab isto communi errore abfuisti, Moderatrix optima, conscia quippe tanti viri probitatis ac fidei, incredibilis quoque ac stupendæ illius in debellandis morbis solertiæ, qua vel ipsis artis proceribus miraculo est, non aurita duntaxat sed oculata testis ; [Valterius factus ad unguem medicus.] confirmata etiam exemplo multorum aulæ Principum, quos non modo saluberrimis suis consiliis, sed efficacissimis quibusdam præsidiis, veteribus ignotis, cu diuina manu ab extremis morbis, qui prius cæterorum alioqui præstantium medicorum industrima eluserant, non semel liberaverat ; [Non paucos ægrotantes, in quibus sanandis frustra sudarunt multi vel melioris notæ medici, insperatæ saluti restituit.] Tot artis victa miraculis, eoque afflata numine, quod saluti totius Galliæ nunquam non invigilat, Valterium amborum Fratrum spei admoves, et in supremam Archiatri dignitatem consentientibus Principum votis assumis. O præclara lectio, in qua addidit Virtuti Fortuna suffragium ! O defœcastissimum tuum in discernendo medico iudicium, cui tota hæc præsens nostra fœlicitas refrri debet accepta ! [Uno mense geminos fratres morbi lethalis vis, immaturo fato pene abripuit.] Unus mensis pene interfuit inter Regiam stirpem, et nullam. Alterum horrenda morbillorum lues, quæ hoc anno Parisijs horrendam quoque puerorum solitudinem fecerat, quotidie depascebat. Alterum syntecticus alvi fluxus implexus hecticæ adeo exhauserat, ut qualibet spe salutis ablata, ambos universa Regia velu elatos impotentissime defleret. [Imminentem tam charis capitibus mortem Valterius Βιοδοτης avertit sin<gu>lari præsidio.] Unius ars Valterij sedula, sublato geminæ mortis discrimine, nostras omnium lacrymas anstersit, et grassantem in nostra Lilia calamitatem novo et ante hunc diem inaudito medicamine magnus Apollo stitit. Quæ solertia, quod αντιδωρον universa tibi reponet Gallia, ô medicorum Princeps et Principum meritissime medice, in gratiam restitutæ præter spem nostris Principibus bonæ valetudinis, sine qua nec regibus regna suavia, nec ducibus fortitudo gloriosa, nec erudito jucunda sapientia ? [Laus sanitatis eximia.] Antonius Musa medicus, cuius opera Augustus ex ancipiti podagræ morbo convaluerat, centum talentis donatus est. [A minori ad maius.] Tu ob seruatos capitalibus morbis geminos Principes, si quid tanto beneficio dignum rependi posset, toto nobis esses redhostiendus Imperio : sed nec tua fortuna desiderat remunerandi vicem, nec nostra suggerit restituendi facultatem. [Tota αντιπελαργωσις in votis et precibus.] Quod solum opis est nostræ, vota precesque tribuimus, ut in tanti muneris vicem, Antiquus ille dierum te quoque diutius Regi nostro seruet incolumem, eamque deinceps μακροβιοτητα largiatur, quam præter nil tibi potest fœlicitatis neque optari neque accedere.

[(Elle ne prend pas seulement soin de former leurs esprits aux bonnes mœurs, mais aussi de conserver leurs corps en bonne santé.) {a} Mais non contente de ces attentions, ou de cette tendre affection dont brûlent les parents envers leurs nobles enfants, vous cherchez aussi à leur procurer une bonne éducation, tout comme une saine et longue existence ; dans le dessein que l’art divin conserve intact pour tout le cours de leur vie et libre de toute maladie ce corps dispos, solide, robuste et bien conformé dont la nature les avait dotés. Conduite par cette résolution, vous vous attelez tout entière à trouver quelqu’un à qui puisse être sûrement confié le salut d’une si chère descendance. (Sagacité et discernement d’Anne, la très auguste mère, dans le choix de l'archiatre.) Seul Vautier sort pourtant du lot des médecins qui se présentent en foule, et vous ne vous pouvez montrer plus clairvoyante qu’en le préférant aux autres ; et en cela, vous vous êtes montrée la plus perspicace quand presque tous n’y voient guère, tant les jugements des hommes sont pervertis ! De même que nul ne tolère de ne pas savoir si l’argent est de bon ou mauvais aloi quand il s’agit ne n’être pas dupé dans un marché, même de très faible montant, nul ne néglige de savoir qui veille sur ce qu’il a de plus cher. Quand il s’agit d’argent, on se fie à ses propres yeux, sans avoir besoin de ceux d’autrui, mais quand il s’agit de vie et de santé, il faut suivre aveuglément le jugement d’un autre et ce qu’il dit. En conseillère fort avisée, vous vous êtes gardée de l’erreur commune qui se satisfait de l’ouï-dire, vous vous êtes aussi fiée au témoignage de yeux, qio vous ont montré l’honnêteté et la confiance d’un tel homme, et aussi son incroyable et stupéfiante adresse à triompher des maladies, ce qui lui vaut l’admiration même des plus hautes éminences de son art. (Vautier est un médecin accompli.) Vous avez aussi été convaincue dans cette idée par l’exemple de nombreux princes de la cour, qu’il a si souvent délivrés de très graves maladies, qui s’étaient du reste jouées du talent d’autres grands médecins. (Quand on désespérait de leur salut, il a sauvé maints malades que nombre de médecins, même de bien meilleure renommée que lui, s’étaient inutilement évertués à soigner.) Lui en est venu à bout grâce à ses très salutaires conseils, mais aussi à certains remèdes fort efficaces, inconnus des anciens. {b} Convaincue par tant de prodiges de l’art et inspirée par Dieu, lui qui ne manque jamais de veiller au salut de toute la France, vous confiez à Vautier la sauvegarde des deux frères et lui conférez la suprême dignité d’archiatre avec l’approbation unanime des princes. Ô brillant choix, où la dive Fortune a ajouté son suffrage à celui de la Vertu ! Ô lucidité de votre jugement, dans le discernement du médecin à qui nous devons toute notre félicité présente ! (Dans le même mois, une violente maladie, réputée mortelle, a presque emporté les deux frères.) En un mois de temps, la descendance royale a failli être réduite à néant : l’aîné fut frappé de la rougeole {c} qui sévissait cette année-là à Paris, semant la désolation parmi les enfants, qu’elle fauchait en grand nombre tous les jours ; une diarrhée de consomption mêlée à une fièvre hectique {d} avait épuisé le cadet ; à tel point que, tout espoir de salut étant perdu, tout le royaume impuissant pleurait les deux enfants qu’elle tenait pour condamnés. (Grâce à un singulier remède, Vautier, le sauveur de vie, évite un imminent trépas à nos très chers souverains.) Face à l’enjeu critique de cette double mort, Vautier à lui tout seul, par son talent et son zèle, assécha entièrement nos larmes : ce grand Apollon {e} mit fin à la calamité qui attaquait nos lis grâce à un médicament nouveau et inconnu jusqu’alors. {b} Pour ces guérisons que tu lui as offertes, toute la France te devra une récompense, ô prince des médecins et très méritant médecin des princes, en remerciement de la bonne santé rendue, par delà tout espoir, à nos princes, sans laquelle il n’y a ni règne doux aux rois, ni force glorieuse aux chefs, ni sagesse agréable au savant. (L’insigne mérite de guérir.) Le médecin Antonius Musa, dont l’intervention avait guéri Auguste d’une double podagre, reçut cent talents. {f} (À plus forte raison.) À toi, pour avoir protégé les deux frères contre des maux mortels, si quelque chose pouvait être digne de récompenser un si grand bienfait, nous devrions te rendre la pareille par tout le royaume ; mais ta bonne fortune ne réclame pas d’être payée en retour, et la nôtre n’a pas la capacité de s’en acquitter. (La piété filiale est tout entière dans les vœux et les prières.) Parce que c’est bien tout ce que peut notre richesse, nous avons partagé vœux et prières pour que, comme récompense d’un si grand bienfait, Dieu le Père veuille te conserver longtemps en bonne santé, tout comme notre roi, et t’accorde ensuite cette longue vie qui dépasse en félicité tout ce qui se peut souhaiter et ambitionner].


  1. Les phrases mises en italique entre crochets dans la transcription et en romain entre parenthèses dans la traduction correspondent aux sous-titres imprimés dans la marge.

  2. Bachot évitait de nommer l’antimoine car ce médicament était encore sur la sellette à Paris.

  3. Le diagnostic énoncé par Bachot est bien celui de rougeole (morbillorum lues, v. note [2], lettre 153) mais ne s’accorde pas avec ce qu’on sait de la santé de Louis xiv : il n’aurait eu la rougeole qu’en 1663, à l’âge de 25 ans (v. note [6], lettre 751), infection virale qui confère une immunité définitive et ne peut en principe survenir plusieurs fois dans la vie d’une même personne. Force est donc de se rabattre sur la seule maladie d’enfance dont ait parlé le Journal de la santé du roi (dans son introduction récapitulative car Vautier n’y a pas contribué) : sa variole (petite vérole) de 1647 (v. note [42], lettre 152), en pensant qu’il était courant de la confondre avec la rougeole, à tel point que les ouvrages médicaux en traitaient souvent dans le même chapitre.

  4. V. note [98], lettre 98, pour la fièvre hectique. Selon toute vraisemblance, les deux frères avaient été frappés de la même maladie contagieuse et cette diarrhée avec cachexie et éruption cutanée pouvait correspondre à une rougeole ou à une variole, voire à une typhoïde (v. note [1], lettre 717) ou a une autre fièvre intestinale.

  5. V. note [8], lettre 997, pour Apollon dont les multiples pouvoirs divins incluaient la médecine.

  6. V. note [8] des pièces liminaires du Traité de la Conservation de santé.

35.

« et pour blanchir trois murs avec un seul et même pot », c’est-à-dire qu’il fasse d’une même pierre trois coups (v. note [1], lettre de Samuel Sorbière datée de janvier 1651).

36.

« je voudrais vous embrasser. » Ces mots ne se trouvent pas dans l’épître dédicatoire du Panegyricus gratulatorius de Bachot.

37.

« pendant lesquels, je l’ai très souvent soigné. »

38.

« revenu à plus de bon sens ». Ce Pierre Le Ledier est auteur d’une Epistola gratulatoria et nuntiatoria de felici ac fortunato regis in urbem suam reditu… [Épître de compliment et d’annonce sur l’heureux et bienfaisant retour du roi en sa ville…] (Paris, sans nom, 19 novembre 1652, 4 pages in‑4o).

L’Esprit de Guy Patin (pages 118‑120) :

« On a parlé aujourd’hui chez M. le P. P. {a} d’un des plus jaloux hommes de Paris. Quelqu’un a dit qu’un de ses prétendus rivaux lui avait envoyé ces deux vers d’Ovide : {b}

Dure vir, inposito teneræ custode puellæ
Nil agis, ingenio quoque tuendo suo
,

“ Cruel mari, vous ne gagez rien en donnant à votre femme un gardien perpétuel ”. Chaque femme se doit garder par elle-même. On a rapporté un trait d’Athénée : c’est quand il dit que Cotys, roi de Thrace, était si jaloux de sa femme qu’un jour, poussé par la fureur de cette passion, il la fit scier toute vive par le milieu du corps. Quoi qu’il en soit, on est convenu qu’un peu d’attention (sans pourtant faire semblant de rien) ne gâte rien dans la conduite d’une femme. La question serait jolie de savoir s’il entre plus de fureur dans la jalousie d’une femme, ou dans celle d’un homme. J’ai connu des jaloux de toute espèce, et j’ai eu beau pénétrer les causes de cette maladie, il ne m’a pas été possible d’y trouver un remède. L’homme a recours au fer, et la femme au poison ; celui-là n’a que des intervalles, celle-ci n’en a point ; la jalousie des hommes est subite, dure peu, n’est terrible que dans des moments ; la jalousie des femmes est une passion née avec elles, stable dans ses sentiments, furieuse dans ses suites. L’amour seul inspire la jalousie aux hommes ; tout en inspire aux femmes, l’amour, la haine, des intérêts de beauté ou de jeunesse. Un mari n’est jaloux que de sa femme ; une femme l’est et de son mari, et de ses amants, et de ses rivales, et d’elle-même ; elle craint que son mari ne plaise trop, elle appréhende de ne pas plaire assez ; et dans le même temps qu’elle veut arrêter un cœur dont elle redoute l’inconstance, elle donne le sien, prête à se désespérer si l’amant à qui elle l’offre en cherche d’autres. Je pousserais cette matière bien plus loin, mais il ne faut pas que j’en dise tant ; mon fils Carolus augurerait mal de ma jeunesse, il croirait que je l’aurais passée dans les galanteries, qui seraient d’un trop mauvais exemple pour un nouveau marié comme lui. »


  1. Premier président.

  2. Les Amours, livre iii, élégie iv, vers 1‑2.

39.

« philanthrope » ni « salvateur ».

40.

Passevolant : « faux soldat et non enrôlé qu’un capitaine fait passer aux revues pour montrer que sa compagnie est complète ou pour en tirer la paye à son profit. Les passevolants sont condamnés à être marqués d’une fleur de lis à la joue par un règlement de l’an 1668 » (Furetière).

« Le cardinal Palavicin compare les mots superflus aux passevolants ; et il dit que les lecteurs délicats ont autant de peine à voir une même chose revêtue de paroles différentes que les commissaires des guerres en ont à voir passer plusieurs fois en revue les mêmes soldats sous des habits différents. Passevolant se dit figurément d’un homme qui s’introduit dans une partie de plaisir, de dépense, sans en être prié et qui entre à la comédie sans payer : Alienarum mensarum importunus affectator [fâcheux qui est à l’affût de la table d’autrui]. Nous ne voulons point de passevolants parmi nous. Les comédiens ont demandé des gardes pour empêcher les passevolants d’entrer » (Trévoux).

41.

Henri de Valois (Henricus Valesius, Paris 1603-1676) avait d’abord suivi la carrière du barreau pour se conformer aux volontés de son père, mais il n’avait pas tardé à l’abandonner pour se livrer entièrement à la culture des lettres grecques et latines. Il acquit une renommée européenne et l’Assemblée du Clergé le chargea de publier une édition des auteurs grecs qui ont écrit l’histoire de l’Église. Mazarin lui accorda ensuite une pension et le fit nommer historiographe du roi.

On lui doit entre autres (G.D.U. xixe s.) :

  • une édition très soignée des Histoires ecclésiastiques d’Eusèbe de Césarée, de Socrate de Constantinople, de Sozomène, de Théodoret et d’Évagre, enrichie d’une traduction latine, de notes et de dissertations savantes (Paris, 1659-1673) ;

  • une édition d’Ammien Marcellin et divers opuscules réunis sous le titre de Emendationum libri v [Cinq livres de Corrections] (1636) ;

  • De Critica libri ii [Deux livres sur la Critique] (Amsterdam, 1740).

42.

Adrien de Valois (Hadrianus Valesius [dont Guy Patin, son ami, a ajouté le nom dans la marge], Paris 1607-1692) avait reçu une brillante instruction et s’était attaché spécialement à étudier l’histoire de France et tous les anciens ouvrages qui s’y rapportent. Il avait alors publié le premier tome de son histoire de France en latin qui commençait avec le règne de l’empereur Valérien (en 254) : Rerum Francicarum usque ad Chlotarii senioris mortem libri viii [Huit livres d’histoire des Francs jusqu’à la mort de Clotaire ier (561)] (Paris, Sébastien Cramoisy, 1646, in‑fo). Les deux autres tomes parurent en 1658 (mêmes éditeur et format) : iiA Chlotarii senioris morte ad Chlotarii iunioris monarchiam [De la mort de Clotaire ier au règne de Clotaire ii (584-629)] ; iiiA Chlotarii minoris monarchia ad Childerici destitutionem [Du règne de Clotaire ii à la destitution de Childéric iii (751)]. Nommé historiographe du roi en 1664, Adrien de Valois a laissé de nombreux autres ouvrages d’histoire et de poésie latine.

En 1694, le fils d’Adrien de Valois a publié le Valesiana, recueil de ses bons mots et de quelques-uns de ses vers latins (vBibliographie). V. note [4], lettre latine 243, pour le distique flatteur d’Adrien de Valois sur le portrait de Guy Patin.

43.

« évêque d’Ypres ».

44.

Alexandri Patricii Armacani, theologi, Mars Gallicus, seu de Iustitia armorum et fœderum regis Galliae libri duo [Le Mars français, ou deux livres sur la justice des combats et des alliances du roi de France, par Alexander Patricius Armacanus] (1635, in‑fo ; 1636, in‑4o ; 1637 et 1639, in‑12o ; tous ouvrages sans indication de nom d’imprimeur ni de lieu de publication). Sous le pseudonyme d’Alexander Patricius Armacanus (Patrick Alexander d’Armagh, principale ville d’Irlande au Moyen Âge, patrie de saint Malachie et du chronologiste Usserius, où saint Patrick fonda un collège) se cachait bel et bien Jansenius.

C’était un violent pamphlet visant à sauvegarder l’intégrité des Pays-Bas espagnols et catholiques contre l’alliance politique conclue par la France de Louis xiii et Richelieu avec les Provinces-Unies protestantes. Le cardinal en fut gravement offensé. Sainte-Beuve (Port-Royal, livre ii, chapitre x ; tome i, page 573) précise même que :

« Jansenius, qui avait dû à son pamphlet du Mars Gallicus, en faveur de l’Espagne, l’évêché d’Ypres (1636), ne le posséda pas longtemps. Dans les dix-huit mois qu’il y vécut, il se montra plein de zèle et de charité, vaquant en secret à la confection de son Augustinus sans que cela le détournât en réalité des devoirs de sa charge. » {a}


  1. Jansenius mourut de la peste en mai 1638.

45.

« par cette méchanceté qui les enfle ».

46.

« sur la grâce » : l’Augustinus, v. note [9], lettre 108.

47.

« ni dans le royaume d’Espagne tout entier ».

48.

« un Français je pense, peut-être même un jésuite ».

49.

« fléau du fonds loyolitique ».

50.

« contre les compagnons qui grondaient et grinçaient des dents ». V. note [18], lettre 315, pour le voyage de Jansenius à Madrid en 1624 pour obtenir l’interdiction des jésuites à Louvain.

51.

Sainte Beuve (Port-Royal, livre i, chapitre xi, tome i, page 318, note) attribue à Antoine Arnauld « cette observation très juste » que : « Quand les jésuites ont une fois avancé une calomnie, ils ne la retirent jamais. »

52.

Guy Patin renvoyait à deux ouvrages de Philippe Codurc :

  • Epistolæ ad Hebræos cap. ix versus 16, 17, 18 illustrantur [Explication de l’épître (de saint Paul) aux Hébreux, chapitre ix, versets 16, 17 et 18 (à propos de la nouvelle alliance que le Christ a scellée par son sang : « Car là où il y a testament, il est nécessaire que la mort du testateur soit constatée. Un testament en effet n’est valide qu’à la suite du décès, puisqu’il n’entre jamais en vigueur tant que vit le testateur. De là vient que même la première alliance n’a pas été inaugurée sans effusion de sang »)] (sans lieu ni date, in‑4o) ;

  • Les Livres de Job et de Salomon, les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique des cantiques, traduits de l’hébreu en français, avec une préface sur chaque livre et des observations sur quelques lieux [passages] difficiles (Paris, 1647, in‑8o).

Philippe Codurc, natif d’Annonay (Artdèche), mort en 1660, avait d’abord été pasteur à Manosque puis à Riez en Provence. Appelé comme professeur d’hébreu à Montpellier puis à Nîmes, il s’était montré grand philologue et critique avisé des Écritures Saintes. Ayant démissionné de ses fonctions pastorales en 1644, il avait abjuré l’année suivante, recevant en retour la place de conseiller du roi. Cherchant toujours à concilier les deux confessions auxquelles il appartint, protestante et catholique, il avait signalé sa conversion par deux écrits : Tractatus de missæ sacrificio [Traité sur le sacrifice de la messe] et Diatribæ de sanctorum iustificatione adversus Levi Guichardi criminationes [Discussions sur la justification des saints, contre les calomnies de Levi Guichard] (Paris, 1645, in‑8o). L’année suivante, il avait publié une dissertation De Genealogia I. Christi a SS Matthæo et Luca conscripta [Généalogie de Jésus-Christ consignée par saint Matthieu et saint Luc] (Paris, 1646) (Jestaz et G.D.U. xixe s.).

53.

Fin de phrase utilisée par Littré DLF pour définir le verbe vivoter : « vivre petitement, avec peine ».

54.

V. note [10], lettre 35, pour Jean Juif, chirurgien du cardinal de Richelieu. La Liste funèbre des chirurgiens de Paris… (page 140) donne un « M. Jacques Juif, né à Châtillon-sur-Indre, [qui] était neveu de celui [Jean] dont on a ci-devant parlé. Il mourut le 24 juillet de l’année 1687 ».

55.

V. note [28], lettre 293, pour Nicolas Richard. Ce paragraphe répondait sans doute à une question que Charles Spon avait posée dans sa dernière lettre sur l’activité anatomique de Jean ii Riolan, et que Guy Patin n’a pas jugée utile de répéter.

Les dissections anatomiques n’avaient lieu qu’en hiver, le froid permettant de conserver le cadavre dans des conditions acceptables pendant la quinzaine de jours nécessaire à son exploitation didactique complète (P.‑É. L.M., pages 254‑255) :

« Médecins, chirurgiens et barbiers avaient un égal besoin de cadavres pour enseigner l’anatomie à leurs philiatres. Cette distribution de cadavres avait été réglée par maints arrêts du Parlement. Tout d’abord on ne pouvait disséquer que les cadavres des suppliciés, et ces cadavres ne pouvaient être enlevés sans la permission du doyen de la Faculté qui donnait au bourreau trois livres pour chaque cadavre. De plus, un docteur régent devait assister à chaque anatomie, dissertant {a} et guidant de ses conseils le barbier chirurgien qui disséquait. »


  1. Haranguant.

La harangue du docteur régent se faisait en beau latin (Maurice Raynaud, pages 289‑290) :

« Donc, les barbiers demandèrent un beau jour {a} à étudier l’anatomie, mais ici se présentait une difficulté. Les règlements universitaires étaient précis : les leçons publiques ne pouvaient se faire qu’en latin. Parler latin à des barbiers, cela ne les avançait guère. On décréta donc que l’enseignement serait donné en latin et les explications en français. Ce fut alors qu’au grand scandale des puristes, on vit s’introduire dans les Écoles, mais pour ce cas particulier seulement, ce latin bizarre, mis à la portée des ignorants, véritable langage macaronique {b} parlé, chose surprenante, par d’excellents latinistes ! Qui fut le plus indigné ? Naturellement, ce furent les chirurgiens. Ils suscitèrent de nouvelles chicanes, soutinrent que l’enseignement de l’anatomie leur appartenait en propre. Il se trouva des magistrats conciliants qui crurent tout arranger par une de ces demi-mesures qui ne satisfont personne : ils décidèrent que dans l’amphithéâtre de la Faculté, un docteur {c} enseignerait l’anatomie sans toucher au cadavre, qu’un chirurgien serait chargé des dissections, que les barbiers assisteraient aux leçons et tâcheraient de comprendre. C’était mettre les trois partis en présence et préparer pour l’avenir de nouveaux désordres. Cet arrêt maladroit fut rendu en 1498. »


  1. Au xve s.

  2. V. note [5], lettre 203.

  3. Régent de la Faculté de médecine ; v. note [10], lettre 8, pour l’amphithéâtre de la Faculté.

56.

Avant l’année est à prendre ici comme voulant dire pour la bonne année : « On dit proverbialement, il nous en a donné pour la bonne année [le nouvel an] quand on a donné quelque chose en abondance et plus qu’on n’en avait de besoin » (Furetière).

57.

« Aristippe donne toujours de l’argent, et Platon toujours des livres » ; v. note [57], lettre 211.

58.

« Un homme perd [est empêché de sa] contenance quand il ne sait plus que dire ni que répliquer » (Furetière).

59.

Les 61 docteurs, « fretin et racaille » de la Faculté de médecine de Paris, signeurs de la pétition en faveur de l’antimoine le 26 mars 1652 : v. notes [5] et [11], lettre 333.

60.

Signe : « marque que chacun en particulier a choisie pour marquer les actes auxquels il a consenti. Le vrai signe est l’apposition de son nom au bas d’un contrat, d’un billet. On le dit par extension, d’un paraphe, d’une marque que font ceux qui ne savent pas écrire, de l’empreinte d’un cachet. On l’appelle aussi seing » (Furetière).

61.

Mulet chargé d’or : mot du roi Philippe ii de Macédoine (ive s. av. J.‑C.), le père d’Alexandre le Grand, qui disait qu’il ne connaissait pas de forteresse imprenable là où pouvait monter un mulet chargé d’or. Ce mot de Philippe, d’une forme si pittoresque et si originale, revient souvent sous la plume des écrivains quand ils veulent exprimer avec énergie la puissance irrésistible de l’or (G.D.U. xixe s.).

62.

Le nouvelliste du ms BnF fr. 5844 (fos 209 vo‑210 ro) ne se fait pas l’écho de cette rumeur : d’après lui, deux envoyés du comte d’Harcourt se trouvaient alors à Paris « avec le sieur de Brignon, lieutenant du maréchal de Senneterre dans Nancy, pour achever le traité de ce comte qui demande le gouvernement de La Fère en propre pour celui de Phillipsbourg. Ils virent avant-hier M. Le Tellier et on fit partir la nuit suivante un exprès vers le prince, on ne sait pas encore à quel dessein » (Jestaz).

63.

V. note [2], lettre 334.

64.

V. note [42], lettre 222, pour Pierre de La Berchère (mort le 29 novembre 1653), premier président des parlements de Dijon, puis de Grenoble, et pour Jean Bouchu qui lui avait succédé dans celui de Dijon en 1644.

Le sieur Le Goux de La Berchère, maître des requêtes, avait reçu en la survivance la charge de premier président de Grenoble neuf jours avant la mort de son frère aîné, Pierre. Le sieur de La Marguerie, intendant de justice en Bourgogne, qui avait précédemment servi dans les intendances de Guyenne, de Normandie et en Languedoc, remplaça Bouchu ; il prêta serment de sa charge le 7 janvier (Gazette, 1654, Ordinaire no 6, page 44).

65.

« Salut et santé à vous, maître de tous mes amis, qui pour moi en vaut trois cent mille ».

66.

Interminable feuilleton de l’édition des Chrestomathies de Caspar Hofmann confiée au libraire Pierre Rigaud de Lyon : v. note v. note [1], lettre 274.

67.

V. note [16], lettre 308, pour les Opuscula nova anatomica de Jean ii Riolan et la De lacteis thoracis Disputatio de Thomas Bartholin.

68.

Georges de Scudéry (Le Havre 1601-Paris 14 mai 1667) appartenait à une famille originaire de Sicile qui avait suivi à Naples les princes de la Maison d’Anjou pour venir ensuite s’établir à Apt. Il avait commencé une carrière militaire, mais quitté l’armée en 1630 pour se consacrer au théâtre (Le Trompeur puni, 1633 ; La Comédie des comédiens, 1635). Dans la seule année 1636, il avait fait jouer cinq tragicomédies, dont Le Vassal généreux et La Mort de César. Il avait pris le parti des adversaires de Pierre Corneille, dont il fut le rival ridicule en publiant ses Observations sur Le Cid (1637). Protégé par Richelieu, il avait obtenu un brevet de capitaine des galères, mais sans cesser d’écrire (Apologie du théâtre, 1639 ; Le Cabinet de M. de Scudéry, 1646 ; Discours politiques des rois, 1648 ; Poésies diverses, 1649). Membre de l’Académie française en 1649, Scudéry a aussi signé des romans dont la composition revient presque exclusivement à sa sœur Madeleine (G.D.E.L. et G.D.U. xixe s.).

69.

Artamène ou le Grand Cyrus. Dédié à Mme de Longueville. Par M. de Scudéry, gouverneur de Notre Dame de la Garde (Paris, Augustin Courbé, 1650-1653, 10 tomes en 20 volumes in‑8o, nombreuses éditions et rééditions successives) et un roman-fleuve (le plus long jamais publié) qu’on a longtemps attribué à Georges de Scudéry seul, mais qui est le fruit d’une collaboration avec sa sœur, Madeleine (Le Havre 1607-Paris 1701) : Georges aurait écrit les scènes de bataille, tandis que Madeleine composait les scènes d’amour. Parce que l’ouvrage était dédié à la duchesse de Longueville et que Georges de Scudéry s’était compromis pour les princes pendant la Fronde, il dut quitter précipitamment Paris et s’enfuir en Normandie. Madeleine, demeurée seule, ouvrit un salon littéraire où se rencontrèrent le duc de La Rochefoucauld et Montausier, Mmes de La Fayette et de Sévigné, Mme Scarron (plus tard de Maintenon) et autres beaux esprits du temps.

Exilé à Rouen, Scudéry achevait alors Alaric ou Rome vaincue. Poème héroïque. Dédié à la sérénissime reine de Suède… (Paris, Augustin Courbé, 1654, in‑fo), dont Boileau a brocardé le premier vers (L’Art poétique, chant iii) :

« Donnez à votre ouvrage une juste étendue.
Que le début soit simple et n’ait rien d’affecté.
N’allez pas dès l’abord, sur Pégase monté,
Crier à vos lecteurs, d’une voix de tonnerre
“ Je chante le vainqueur des vainqueurs de la Terre. ”
Que produira l’auteur, après tous ces grands cris ?
La montagne en travail enfante une souris »

70.

Charles d’Aigrefeuille, Histoire de la ville de Montpellier… (Montpellier, Jean Martel, 1737, page 426) :

« Environ ce temps, {a} on apprit à Montpellier les funestes suites du démêlé du baron de Brissac avec le vicomte d’Aubijoux, {b} qui s’étant rendus à Paris, chacun avec son second, se rencontrèrent le jour des Rois dans la Place Royale où ayant mis l’épée à la main, Brissac se froissa le pied qu’il engagea dans une ornière et fut obligé de rendre les armes ; mais son second, nommé Serquemanens, qu’il avait amené de Montpellier, porta un coup d’épée à Trebon, qui servait de second à M. d’Aubijoux, et lui perça la veine cave, dont il resta mort sur la place. Cette affaire fit d’autant plus de bruit à la cour que le roi venait de donner tout récemment une déclaration fulminante contre les duels. Les intéressés furent obligés de se tenir cachés durant longtemps, avec beaucoup de soins et de peines ; mais la perte de Trebon valut à N. de La Baume la lieutenance de Montpellier, qui vaquait par sa mort et qui fut donnée à ce dernier par brevet du 28e de mars 1654. »


  1. Janvier 1654.

  2. V. note [34], lettre 288.

71.

V. notes [37], lettre 334, pour le projet de mariage du duc de Nemours, alors archevêque de Reims, avec Mlle de Longueville, et [3], lettre 277, pour Jacques ii Stuart, duc d’York.

72.

« selon la manière qu’on a de parler à la cour ». V. note [4], lettre 326, pour le mariage du prince de Conti avec Anne-Marie Martinozzi ; contrairement à la volonté de son père, le duc d’Épernon, le comte de Candale n’épousa aucune des nièces de Mazarin et mourut sans alliance en 1658.

73.

En Grande-Bretagne, un protectorat (Protectorate) avait succédé à la république (Commonwealth) le 26 décembre 1653, avec l’ascension d’Oliver Cromwell au titre de Lord Protector of the Commonwealth et la dissolution (quatre jours plus tôt) du Barebone’s Parliament (Nominated Assembly, v. note [1], lettre 314). Le premier Parlement du protectorat ne se réunit pour la première fois que le 13 septembre 1654.

74.

« Prenez bien soin de votre santé. »

75.

« Tout à vous, Guy Patin. »

a.

Ms BnF no 9357, fos 138 et 141 ; Bulderen no lxxix (tome i, pages 219‑221) ; Reveillé-Parise no ccliii (tome ii, pages 99‑106), à Spon, et no ccccxvi (tome iii, pages 20‑22), à André Falconet; Jestaz no 106 (tome ii, pages 1163‑1173).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 6 janvier 1654.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0336
(Consulté le 25.11.2020)

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