L. 348.  >
À Charles Spon,
le 1er mai 1654

Monsieur, [a][1]

Je crois que vous avez reçu ma dernière des mains de M. Falconet votre collègue, datée du 17e d’avril. Depuis ce temps-là, le curé de Saint-Paul [2] a reçu ordre du roi [3] de se retirer en sa maison des champs pour avoir troublé le sermon du P. Lingendes, [4] glorieux loyolite prêchant dans Saint-Paul. [1][5][6] On avait, en délibérant sur cette affaire dans le Conseil, avancé quelque chose de pis, mais pour ce coup, on a trouvé bon d’en demeurer là. Les curés de Paris commencent à s’assembler pour faire en sorte que leur confrère leur soit rendu, ce qui pourra enfin arriver après quelques jours de pénitence. Voilà le commencement d’une guerre de gens désarmés et qui n’ont pour tout canon que celui de la messe, et pour épée que le bâton de la croix. [2][7] Cette controverse ne tuera personne, mais seulement engendrera quelques livrets à l’avenir, dont nous rirons. Si j’étais l’arbitre de ce différend, je sais bien ce que j’ordonnerais là-dessus : j’ai un secret infaillible pour les accorder, mais je ne le révélerai point si on ne m’appelle à l’assemblée où elle se doit juger. [3] Les jésuites se targuent du crédit qu’ils ont à la cour, et principalement du P. Annat [8] qui a tout nouvellement été pris pour confesseur du roi. Ne vous souvenez-vous pas bien de ce qu’a dit Buchanan [9] in Franciscano :

Sancta quidem certis fulcitur secta columnis,
E quibus imprimis locuples Confessio largo
Proventu gnarum non deceptura colonum, etc. ?
 [4][10]

C’est un point de la foi qui leur donne grand crédit car par ce moyen, penetrant aulas et limina Regum ; scire volunt secreta domus, atque inde timeri, etc[5][11][12] Mais nous avons beau nous plaindre, frustra gemimus[6] il sera toujours des moines [13] et des flatteurs, des imposteurs et des faux monnayeurs ; [14] donec erunt homines, vitia erunt ; [7][15] le monde aime trop à être trompé, il ne s’en saurait passer.

Ce < mardi > 21e d’avril. On danse aujourd’hui le ballet du Louvre, [16] qui est très beau, pour la troisième fois. [17] Jeudi prochain ce sera pour la quatrième, et puis il en viendra encore quatre autres après. [8] Quoi fait, on dit que le roi s’en ira à Fontainebleau [18] ou à Compiègne [19] pour faire passer les troupes. On parle toujours fort douteusement des Anglais et de leur armement. Les dernières lettres de Rome portent que le pape [20] était tombé dans une apoplexie : [21] gare la triple tiare du bonhomme[9] On dit qu’à Montpellier [22] s’imprime quelque chose contre M. Riolan [23] touchant la Circulation du sang[24] je vous prie d’en savoir quelque nouvelle si vous y avez de la connaissance. C’est un médecin de M. de Vendôme, [25] nommé M. Du Four, [10][26] qui l’a dit à M. Riolan même, avec lequel j’ai consulté ce matin et lequel m’a dit que l’on parle de faire partir dans huit jours, [27] à la cour, M. le prince de Conti [28] pour la Catalogne [29] avec M. le maréchal d’Hocquincourt [30] qui sera son lieutenant général ; que l’on va faire dans le Bois de Vincennes [31] un nouveau bâtiment, que le marché en est fait à 500 000 livres[11] que le roi s’y retirera souvent et sera là-dedans souvent enfermé afin de n’être vu de guère de monde ; qu’il y aura grande chasse dans ce bois et là alentour, pour l’entretenir ; que l’on ôte le gouvernement de la Lorraine [32] à M. le maréchal de La Ferté-Senneterre, [33] qui demeurera au Mazarin, [34] etc.

Ce 25e d’avril. Le prix du bâtiment du Bois de Vincennes est changé ; d’autant que le roi n’a point d’argent, on n’y en emploie point tant. Le Mazarin lui prête seulement 200 000 livres pour faire un corps de logis qui sera bien plus tôt fait, car l’autre du premier dessein eût été quatre ans à bâtir.

Dans huit jours le roi s’en va à Fontainebleau où il sera suivi de toute la cour ; et tôt après, le prince de Conti partira pour Catalogne avec le maréchal d’Hocquincourt, qui sera son lieutenant général.

On parle ici d’une trêve de cinq ans avec l’Espagnol, à la charge que le prince de Condé [35] s’en ira passer un an à Venise et qu’après il viendra à la cour. Aliæ quoque nugæ effutiuntur de rebus aulicis, sed non ego credulus illis[12]

M. Moreau [36] m’a dit aujourd’hui qu’il travaillait à la vie de feu M. Naudé [37] et qu’il y mettait toutes les particularités qu’il savait d’an en an. Je suis ravi qu’il en veuille prendre la peine, j’espère que cela sera bon. Il se porte mieux qu’il n’a pas fait par ci-devant et < je > souhaite fort qu’il puisse achever ce travail pour l’heureuse et honorable mémoire de notre bon ami ; et qu’après, il nous donne son École de Salerne [38] raccommodée et augmentée comme il en a le dessein ; [13] mais vous savez bien que omnia sunt senibus metuenda[14] et le vieux proverbe hébreu, Iuvenes mori possunt, senes diu vivere non possunt[15][39] Nous avons ici son compagnon d’âge fort malade ex abscessu latente in mesenterio, qui per alvum et frequentem purgationem debet exhauriri[16][40] comme cela lui est déjà quelquefois arrivé : c’est M. Merlet [41] le père, âgé de 70 ans et plus, duquel on imprime le livre contre le Gazetier [42] et l’antimoine, [17][43] et qui nous veut donner, de sa façon, un commentaire in Epidemicas historias Hippocratis[44] après Galien, [45] Vallesius, [46] Mercuriali [47] et Phrygius. [18][48] Je voudrais bien qu’il ne mourût pas si tôt et qu’il vît cela imprimé ante obitum[19]

Je viens d’apprendre qu’enfin les héritiers de feu M. Naudé ont conclu le marché de sa bibliothèque [49][50] qu’il leur a laissée : le Mazarin la prend pour 10 000 francs, lesquels ont été comptés et livrés. [20][51]

Je vous supplie de dire à M. Devenet [52] que je lui baise les mains et que je le remercie d’un catalogue de ses livres que l’on m’a délivré de sa part, chez M. Bertier [53] (il y a merveilleusement des fautes, je pensais que l’on n’en fît qu’à Paris), [21] et vous supplie très instamment, en continuant mes importunités vers votre bonté, de m’acheter chez lui les livres suivants : Carcanus de Cordis vasorum in fœtu unione, etc. et le Cremoninus de sensibus internis, externis, et facultate appetitiva, in‑4o[54][55] qui sont tous deux cités dans cedit catalogue, page 73, en blanc ou reliés, il n’importe, je vous prie de les prendre tels que vous les trouverez ; [22] comme aussi Aulæ tyrocinium per Tilmannum in‑4o[23][56] Bosquieri Pilatus, quis et cuius ? [24][57] Vita Lutheri per Cochlæum in‑8o[25][58][59] Peucerus de Henrici iv Periculis in‑4o[26][60] Reinerus Reineccius de Familiis quæ mundum gubernaverunt in‑fo[27][61] Sanderi Gandavum in‑4o[28][62][63] Tabula compendiosa de origine, successione, ætate et doctrina Philosophorum in‑8o[29][64] Tabula chronographica ex collatione temporum, Hebræorum, Italorum, Chaldæorum, Ægyptiorum, ab Adamo ad I. Christum (c’est en la page 98), [30][65] Vernulæi Henricus viii seu Schisma Anglicanum in‑8o[66][67] eiusdem Dissertatio de peregrinatione in Italiam, Hispaniam, Galliam et Germaniam (page 99), [31][68] Balinghem contra Intemperantiam in‑8o[32][69] Epitaphia Augustanæ civitatis per Praschium in‑4o[33][70] Lapis Lydius inediarum prodigiosarum in‑12, [34][71] Martini Quæstionum philosophicarum centuria decem in‑4o[35][72] Mureti Institutio puerilis in‑8o[36][73] Metaphysica universalis Rutgersii in‑8o[37][74] Oratio Bertii ante explicationem libri Senecæ de vitæ Brevitate in‑4o[38][75][76][77][78][79] Physica dubia Zapfii in‑8o[39][80] Rugerii Orationes et declamationes oratoriæ in‑8o[40][81] Ruthardi Usus rationis humanæ in‑8o[41][82] Souterii Pædagogus divitum, seu de luxu et vero opum usu in‑8o[42][83] Theophili Raynaudi Sandapila hæreticorum in‑16, [43][84] Refutatio totius doctrinæ Calvinianæ per Schultingium in‑4o[44][85][86][87] Causes véritables des malheurs d’Espagne par Eus. Nier. [88] in‑8o, Prodigieux enfant pétrifié en la ville de Sens in‑8o[45][89][90] En voilà plusieurs, mais je pense que la plupart sont petits. Je vous prie de les payer argent comptant et de les faire porter chez vous afin de m’en faire un paquet avec d’autres qui se pourront rencontrer, et de me mander quelle somme vous en aurez déboursée afin que l’argent vous en soit porté chez vous sur-le-champ par l’associé d’un marchand que j’ai ici mon voisin. Excusez mon importunité à laquelle je pense que vous êtes tout accoutumé. Cette mienne bibliomanie [91] vous fait souvent de la peine, mais peut-être que je serai plus sage et plus supportable l’année qui vient. Pour vous soulager de telles peines que je vous donne, souvenez-vous du proverbe latin, Amici vitia noveris, non oderis[46][92] Je viens d’apprendre que la reine de Suède [93] a tout à fait quitté la royauté et qu’elle s’est réservé une grosse pension ; qu’elle s’en va voyager en Italie sans passer par la France ; et que son cousin, le prince palatin, [94] est reçu et reconnu roi et qu’il se va marier à une autre dame, laquelle deviendra reine, [95] et celle-ci sera individuum vagum[47] Elle veut voir l’Italie, le royaume de Naples, [96] la Sicile, la Grèce, Constantinople, [97] le Pont-Euxin, [98] la Perse, et puis enfin elle mourra comme ceux qui n’auront point voyagé. Enfin, elle quitte de son plein gré une place que beaucoup d’autres auraient briguée et ardemment souhaitée, qui est, au sens de Juvénal, [99]

Summus nempe locus, nulla non arte petitus, etc. [48]

Je suis bien en peine de M. Alcide Musnier, [100] médecin de Gênes, [101] notre bon ami. J’ai grande peur qu’il ne soit mort, il y a trois mois entiers qu’il ne m’a point écrit ; il était faible et délicat. Je suis assez malheureux pour cela, et en train de perdre mes bons amis depuis deux ans. Depuis que j’ai vu cette longue interruption de lettres, j’ai soupçonné ce qui pourrait bien être, et en demeure saisi d’une juste et forte appréhension jusqu’à ce qu’il m’en vienne de l’éclaircissement, quod utinam sit felix et gratum[49]

Ce 1er de mai. Nous sommes ici à la veille de quelque désordre à cause des Anglais qui se sont saisis de plusieurs barques de pêcheurs appartenant à ceux de Saint-Malo ; [102] lesquels par représailles se sont jetés sur les Anglais qui étaient dans Saint-Malo, ont arrêté leurs effets et leurs marchandises ; plaintes de part et d’autre, cela ne peut pas être sitôt assoupi. [50] Mardi dernier on fit sortir un régiment d’infanterie sur-le-champ, qui était là-dedans en garnison, dans Beauvais, [103] que l’on dépêcha aussitôt à Calais. [104] Il y a de l’apparence que quelque entreprise est à craindre de ce côté-là, tant de la part des Anglais que du prince de Condé. Cette puissance si grande et si forte de Cromwell [105] doit faire peur aux deux couronnes, lesquelles en ressentiront bientôt de mauvais effets et grand affaiblissement si elles ne s’accordent ensemble pour réprimer la nouvelle République de Londres ; si bien que nous ferions bien de faire la paix générale et particulière, combien que tel ne soit pas le profit des mignons ; sed talis sapientia apud nos non habitat[51][106]

Je vous supplie de dire à M. Barbier [107] que j’ai eu l’honneur d’entretenir M. Gassendi [108] et que nous avons fort parlé de lui ; que c’est une chose réglée et arrêtée, dont je suis fort aise, qu’il imprimera sa Philosophie d’Épicure en trois volumes in‑fo. Il est fort déplaisant de ce que son in‑4o, qui est ici sur la presse, s’achève si lentement. Il a peur qu’il ne soit fait qu’à la Saint-Jean ; il n’y a pourtant plus à imprimer que quelques petits opuscules, et dès qu’il sera dégagé et délivré de ce travail de lire les épreuves, il mettra sa copie en ordre afin de l’envoyer à M. Barbier à la Saint-Michel, qui est à la fin de septembre, sunt ipsissima eius verba[52]

Il y a ici un livre nouveau d’environ 30 feuilles in‑4o qui se vend chez un nommé Piot, [109] dans la rue Saint-Jacques, [53][110] sans nom d’auteur et sans privilège du roi ; en voici le titre : Seconde Apologie de l’Université en médecine de Montpellier, répondant aux Curieuses recherches des universités de Paris et de Montpellier, faites par un vieil docteur médecin de Paris. Envoyée à M. Riolan, professeur anatomique, par un jeune docteur en médecine de Montpellier, etc[54][111] Ce livre est plein d’injures, contre M. Riolan premièrement et puis après contre moi, contre M. Moreau et feu M. de La Vigne. [112] Je serai bien marri de n’y être pas maltraité avec ces trois grands hommes, je me tiendrais déshonoré s’il y disait du bien de moi. Il me fait auteur de la Légende[113][114] quod est falsissimum ; [55] que j’ai par ci-devant écrit contre les médecins de Montpellier, il veut dire ce livre intitulé Navicula Solis que feu M. Bérault [115] fit contre le latin de Courtaud ; [56][116] et que tous les jours il me revient un esprit dans mon étude, [57] celui-là est vrai mais c’est celui des auteurs que je lis céans quand j’en ai le loisir. Il y a force tripe de latin des auteurs anciens, [58] ce n’est pas Courtaud qui a fait cela ; je crois que c’est quelqu’un de ce pays, et que plusieurs des nôtres y ont fourni et apporté quelques mémoires, même foncé pour l’impression (car l’imprimeur [117] ne l’a point fait à ses dépens). [59] Guénault [118] a ainsi fait imprimer celui du Gazetier ;[17] et ainsi quelques autres de cette cabale antimoniale en ont ici fait autant, tâchant de nous faire dépit et surtout d’arrêter M. Riolan à y faire quelque réponse, afin qu’il ne puisse achever son dessein qu’il a d’un beau livre contre celui du Gazetier et adversus stibii venenatam malignitatem[60] Il s’escrime à tort et à travers contre moi, et perinde est illi modo in me aliquid effutiat etiam falsissimum[61] Je me moque et méprise fort tout ce qu’il a dit contre moi, aussi bien que MM. Riolan et Moreau en font de même. M. Riolan ne les épargnera point, il est vrai qu’il a beau jeu et qu’il y a bien moyen de les étriller rudement, et de les frotter dos et ventre, combien que tant d’ignorance et tant d’injures ne méritent pas une bonne et équitable réponse. [62]

Le ballet se danse encore au Louvre lundi prochain, [8] et trois jours après le roi partira pour Fontainebleau. Je vous baise les mains, et à MM. Gras, Garnier et Falconet, et suis de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

Paris, ce 1er de mai 1654.


a.

Ms BnF no 9357, fos 150‑151 ; Reveillé-Parise, no cclx (tome ii, pages 130‑134) ; Jestaz no 113 (tome ii, pages 1210‑1218).

1.

Nicolas Mazure (Avranches-Paris 1685), ordonné prêtre en 1632, était devenu curé de la paroisse Saint-Paul à Paris {a} en 1633, à la mort de son oncle. Docteur de Sorbonne en 1636, le curé de Saint-Paul avait donné en 1643 son approbation à la Fréquente Communion d’Antoine ii Arnauld. {b} Adhérant aux thèses de Port-Royal et soutenu par les curés de Paris, il avait publié en 1653, sous couvert de l’anonymat, L’Obligation des fidèles de se confesser à leur curé, pour répondre aux Réflexions des réguliers sur le chapitre xxi du concile général de Latran en l’année 1215, {c} sous le pape Innocent iii, ouvrage qui lui valut une vive querelle avec le P. Jean Bagot, jésuite. {d} Prenant résolument fait et cause pour le jansénisme et le gallicanisme, la vie de Mazure ne fut qu’une longue lutte contre les jésuites et contre Rome. Il n’en signa pas moins la censure d’Antoine ii Arnauld en Sorbonne, dont il fut doyen durant les dernières années de sa vie (Dictionnaire de Port-Royal, page 732).

Un siècle plus tard, les jésuites maudissaient encore la mémoire de Mazure : {e}

« Les plus petites ressources sont quelquefois bien précieuses. Parmi ces curés {f} se trouvait l’abbé Mazure, curé de Saint-Paul, dont la plume ne s’était jusqu’alors fait connaître que par une multitude d’approbations de livres du parti, signés de lui. Du reste, c’était un homme qui ne manquait aucune occasion de se signaler par les petites querelles qu’il faisait en toute rencontre aux jésuites, ses voisins. {a} Il s’était surtout fait un nom dans le parti pour avoir fait taire le Père Lingendes {g} en faisant sonner toutes les cloches et chanter tous ses prêtres tandis que ce père prêchait. En fallait-il plus pour être un héros de Port-Royal ? Ce fut donc sur un homme d’un mérite de cette espèce qu’on jeta les yeux pour combattre par des écrits le nouveau monstre : on lui proposa de le faire, et il se laissa persuader. […]

Ce sont les huit écrits qui furent répandus dans le public immédiatement après les Provinciales, {h} sous les noms et avec les signatures des huit curés de Paris. Le but de ces écrits est, sous prétexte de poursuivre la condamnation de l’Apologie des casuistes, {i} de décrier les ennemis de la secte, et surtout les jésuites, par des injures que n’inspira jamais le vrai zèle ; par exemple : Nous voyons, disent-ils dans un de ces écrits, la plus puissante Compagnie et la plus nombreuse de l’Église, acharnée à soutenir les plus horribles maximes qui aient jamais fait gémir l’Église. On peut juger du reste par cet échantillon et par le caractère des véritables auteurs de ces libelles. »


  1. V. note [7], lettre 55, pour l’église Saint-Paul, dont Mazure était curé, et sa voisine de la rue Saint-Antoine, Saint-Pierre et Saint-Paul, qui était la principale église jésuite de Paris.

  2. V. note [47], lettre 101.

  3. V. note [9], lettre 399.

  4. V. note [4], lettre 310.

  5. Henri-Michel Sauvage (1704-1791), philosophe jésuite :La Réalité du projet de Bourg-Fontaine, démontrée par l’exécution (Utrecht, sans nom, 1755, tome second, pages 84‑86) ; la chartreuse de Bourg-Fontaine, à Villers-Cotterêts, avait été un des berceaux du jansénisme au xviie s.

  6. Jansénistes.

  7. Le jésuite Claude de Lingendes, v. note [39], lettre 106.

  8. V. note [23], lettre 446.

  9. V. note [9], lettre 527.

2.

Bâton de la croix : « bâton qui sert à porter la croix dans les processions, et l’on dit d’ordinaire que quand les moines se battent, c’est avec le bâton de la croix » (Furetière). Guy Patin a employé cette expression cocasse dans deux de ses références au Gargantua Rabelais : v. notes [101], lettre 166, et [14], lettre 593.

3.

Elle désigne la controverse (on aurait attendu il, pour renvoyer au « différend »). Guy Patin n’a malheureusement pas révélé son « secret infaillible » pour réconcilier jésuites et jansénistes. La suite peut suggérer qu’il entendait supprimer la charge de confesseur du roi.

4.

« dans son Franciscanus » ; George Buchanan : {a}

Sancta quidem certis fulcitur secta columnis,
E quibus in primis locuples confessio largo
Proventu est, gnarum non deceptura colonum :
Ut seges agricolam fallat, pulsataque tristi
Grandine vix raris spumet vindemia prelis,
Et pecus abstulerit belli furor, unica nunquam
Artifici imponit Confessio callida docto
.

[Leur sainte secte est certes soutenue par de solides colonnes. La principale est la lucrative confession. {b} Son immense profit ne décevra pas celui qui aura su la cultiver. Il peut arriver que la moisson trompe l’espoir du paysan, que la vendange hachée par une calamiteuse grêle ne fasse écumer que de rares pressoirs et que la fureur de la guerre emporte le troupeau, mais la rusée confession est la seule à ne jamais décevoir qui la pratique habilement].


  1. Franciscanus [Le Cordelier] (Poemata, Amsterdam, 1641, v. première notule {a}, note [11], lettre 65), page 281.
  2. V. notule {c}, note [54] du Borbonniana 5 manuscrit.

5.

« ils pénètrent dans les cours et les palais des rois ; {a} c’est qu’ils veulent savoir les secrets de famille et de cette façon, se faire redouter, etc. » {b}


  1. Virgile, Géorgiques, chant ii, vers 503.

  2. Juvénal, Satire iii, vers 113.

6.

« nous gémissons en vain ».

7.

« tant qu’il y aura des hommes, il y aura des vices » : Vitia erunt, donec homines (Tacite, Histoire, livre iv, chapitre lxxiv).

8.

C’était le ballet des Noces de Pélée et de Thétis (v. note [48] du Borboniana 9 manuscrit pour ce mythe) sur un livret d’Isaac de Benserade (v. note [2], lettre 889) et une musique de Jean-Baptiste Lully. Il représentait le roi en Apollon triomphateur, entouré des neuf Muses : parmi elles, Henriette d’Angleterre, cousine (et future belle-sœur) du roi, les duchesses de Créqui et de Roquelaure, Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti, nièce de Mazarin (Petitfils a, page 128).

La Gazette (ordinaire du 18 avril 1654, page 380) :

« Le 14 avril, la superbe comédie italienne des Noces de Pélée et de Thétis, dont les entractes sont composés de dix entrées d’un agréable ballet sur le même sujet et d’une invention toute nouvelle, où la richesse des décorations, la beauté des machines, l’éclat des habits et la douceur des concerts ne laissant plus rien à souhaiter […] se dansa pour la première fois en présence de la reine, du roi de Grande-Bretagne, de la reine sa mère, et de toute la cour, et fut continuée le 15, sans autre différence. » {a}


  1. La même fête se renouvela avec la même comédie le 18 avril pour la troisième fois, « et continuée les 21 et 23 avril » (page 404). Il en fut de même les 25, 28 et 30 avril, puis le 4 mai (pages 428, 452) (Jestaz).

9.

Pléonasme, sans doute volontaire de Guy Patin, la tiare étant déjà une triple couronne.

10.

Henri Furnius, dit Du Four, originaire de Blois, avait été reçu docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1618 (Dulieu). Guy Patin l’a dit huguenot et a signalé sa mort à l’âge de 78 ans dans sa lettre du 29 mars 1669 à André Falconet.

V. note [36] des Décrets et assemblées de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris pour l’interdiction faite à ses docteurs régents de consulter avec Du Four en août 1651.

11.

Construction du pavillon de la reine, v. note [6], lettre 335.

12.

« On débite d’autres sornettes sur les affaires de la cour, mais je n’y crois pas [v. note [4], lettre 19]. »

13.

V. note [13], lettre 49.

14.

« tout est à craindre pour les vieillards ».

15.

« Les jeunes peuvent certes mourir, mais les vieillards ne peuvent pas vivre longtemps » (v. note [9], lettre 145).

16.

« d’un abcès caché dans le mésentère [v. note [4], lettre 69] qu’il doit vider par le flux de ventre et la fréquente purgation ».

17.

V. notes [21], lettre 312, pour LAntimoine justifié… d’Eusèbe Renaudot (Paris, 1653), et [3], lettre 346, pour les Remarques… de Jean Merlet à son encontre (ibid. 1654).

18.

Les copieux commentaires de Galien sur les Épidémies d’Hippocrate (v. note [6], lettre 73) consistent en trois séries pour le livre i, cinq pour le livre ii, trois pour le livre iii, et six pour le livre vi. Guy Patin y ajoutait les :

Prælectiones Pisanæ Hieronymi Mercurialis Foroliviensis Medicinam Pisis loco suparaordinario vocato profitentis in Epidemicas Hippocratis Historias, non minus ad Theoricam, atque Practicam Medicinam utiles, quam ob eruditonem iucundæ. Nec non Tractatus Primo, de Hominis Generatione, Secundo, De Balneis Pisanis, Tertio, De Vino et Aqua. Cum Indice copioso eorum quæ in his operibus continentur.

[Leçons pisanes de Girolamo Mercuriali, {a} natif de Forli, titulaire de la chaire de Pise qu’on appelle extraordinaire, sur les Épidémies d’Hippocrate, non moins utiles pour la théorie et la pratique médicale que plaisantes, en raison de leur érudition. On y a mis en outre trois traités : 1. sur la génération humaine ; 2. sur les Bains de Pise ; 3. sur le Vin et l’eau. Avec un copieux index des matières contenues dans ces ouvrages]. {b}


  1. V. note [16], lettre 18.

  2. Venise, Junte, 1597, in‑fo en trois parties de 208, 56 et 11 pages.

V. notes [6], lettre 245, pour les commentaires de Francisco Valles (Vallesius, Naples, 1621), et [11], lettre 78, pour ceux de Pietro Francisco Frigio (Phrygius, Lyon, 1643).

19.

« avant de mourir », mais tel ne fut pas le cas : v. note [4], lettre 346. Guy Patin est revenu en 1659 sur ce projet qui lui tenait beaucoup à cœur (v. note [15], lettre 590).

20.

V. note [13], lettre 345.

21.

Antoine Bertier avait été reçu libraire à Paris en 1636 sur l’ordre du Chancelier Séguier et malgré les protestations de la Communauté qui avait fait appel en 1637 (Renouard) :

« Neveu des Prost, libraires de Lyon, il dirigeait à l’âge de 14 ans leur succursale de Madrid. Le cardinal de Richelieu, auquel il eut l’occasion d’écrire à la mort de son oncle Prost, le jugea digne de continuer des négociations secrètes dont Prost avait été chargé, puis le fit venir à Paris et exigea qu’il fût reçu maître libraire. C’est lui qui publia les mémoires du cardinal ; il mourut ruiné {a} sans avoir pris le temps de se marier. »


  1. En 1678.

V. note [9], lettre 207, pour le libraire lyonnais Jean-Baptiste Devenet.

22.

23.

Aulæ Tyrocinium, sive civiliter et discrete vivendi Ratio ex Præceptis et Coniecturis tum Ethicis, tum Politicis Miscellanee Collecta Manuductio, in usum et reminiscentiam Illustrissimorum Baronum Udalrici Francisci Liebsteinsky a Kolowrat, Regi Hungariæ et Bohemiæ a Cubiculis, Equitis Militiæ Calatravensis ; et Udalrici Adami Popelii a Locowitz, E.S.I.acobi. fratrum consobrinorum, ex bona mente Iohannis Putz Tilmanni.

[L’Apprentissage de la cour, ou la raison de vivre civilement et discrètement, tirée des préceptes et des conjectures tant moraux que philosophiques : Guide bienveillant que Johann Putz Tilmann a établi, à partir de diverses sources, pour l’usage et le souvenir des très illustres cousins germains de E.S. Iacobus, {a} les barons Franz von Kolowrat-Liebsteinsky, conseiller du roi de Hongrie et de Bohême, chevalier de l’armée de Calatrava, et Ulrich Adam Popiel de Lochowitz,]. {b}


  1. Mes recherches sur tous les noms de personnes cités (qui n’a rien de fictif) dans ce titre n’ont abouti à rien : l’auteur, ses deux élèves et leur cousin.

  2. Vienne, Michaël Rictius, 1629, in‑4o de174 pages.

24.

« Le Pilate de Bosquier, qu’est-ce et de qui ? » Ce titre me paraît correspondre au :

Theatrum Patientiæ, seu Concionum xl. de Passione Domini notæ, Autore V.P.F. Philippo Boskhiero Montensi, Franciscano S. Theologiæ apud Audomaritas Lectore.

[Amphithéâtre de la Patience, ou les notes de 40 sermons sur la Passion du Seigneur. Par le vénérable Père et Frère franciscain Philippus Boskhierus, {a} natif de Mons, lecteur de de théologie sacrée à Saint-Omer]. {b}


  1. Philippe Bosquier (1561-Avesne 1636), prédicateur flamand appartenant à l’Ordre des récollets.

  2. Cologne, Arnoldus Kempensis, 1610, in‑8o de 428 pages, avec cette citation (Actes des Apôtres, 4:27‑28) en sous-titre :

    Convenerunt enim vere in civitate ista adversus sanctum puerum tuum Iesum, quem unxisti, Herodes, et Pontius Pilatus, cum gentibus et populis Israel, facere quæ manus tua et consilium tuum decreverunt fieri.

    [Car il est bien vrai qu’Hérode et Ponce Pilate se sont unis, dans cette ville, avec les représentants des nations étrangères et du peuple d’Israël contre Jésus ton saint fils, celui que tu as consacré ; ils ont ainsi réalisé tout ce que, avec puissance, tu avais voulu et décidé d’avance].


25.
Commentaria Ioannis Cochlæi de Actis et Scriptis Martini Lutheri Saxonis, Chronographice, Ex ordine ab Anno Domini m.d.xvii usque ad Annum m.d.xlvi Inclusive, fideliter conscripta. Adiunctis Duobus Indicibus, et Edicto Vuormaciensi. Multiplex præparata est hic lectori utilitas, per rerum gestarum ex fide et veritate narrationem : ut congnoscat, quanta Luthero fuerit vis ingenii, quantaque laborum tolerantia, quantus animi in affectibus impetus, quanta styli sævitia : Et qualia fuerint de eius doctrina, Papæ, Imperatoris, Regum, Conciliorum, Episcoporum, Universitatum, Erasmi, et id genus Doctissimorum quorumlibet iudicia. Pars altera, quæ est de Dogmatibus et Sermonibus Lutheri, non potuit ad has Nundinas excudi.

[Commentaires de Iohannes Cochlæus {a} sur les Actes et Écrits du Saxon Martin Luther, fidèlement consignés par ordre chronologique depuis l’année 1517 jusqu’à l’année 1546 incluse. Y ont été adjoints deux index et l’édit de Worms. {b} La narration fidèle et authentique des faits présente quantité de choses utiles au lecteur, afin qu’il sache combien furent grandes la force de l’intelligence de Luther, son endurance à l’effort, l’élan de ses sentiments, la furie de sa plume ; et quels furent les jugements que le pape, l’empereur, les rois, les conciles, les évêques, les universités, Érasme et tous les très savants hommes de cette envergure ont portés sur sa doctrine. La seconde partie, qui contient les dogmes et les sermons de Luther n’a pu être imprimée à temps pour cette foire]. {c}


  1. Iohannes Cochlæus (Wendelstein, près de Nuremberg, 1479-Breslau 1552), humaniste et théologien catholique allemand, a été un adversaire acharné de Martin Luther (v. note [15], lettre 97).

  2. Caroli Quinti Romanorum Imperatoris, semper Augusti, Edictum, contra Novatores Orthodoxæ et Catholicæ Religionis [Édit de Charles Quint, toujours auguste souverain du Saint-Empire, contre les réformateurs de la religion catholique orthodoxe] (lienpages 327‑339), pronocé à Worms le 8 mai 1521.

  3. Mayence, Franciscus Behem, 1549, in‑fo de 339 pages ; Guy Patin allait attendre ce livre jusqu’en novembre.

V. note [3], lettre 357, pour un troublant extrait de ce livre, avec un prétendu jugement d’Érasme sur Luther.

26.
De Christianissimi Regis Periculis : et notata quædam ad Sfondratæ Pont. Rom. Litteras monitoriales ad Cl. V. D. Casparum Peucerum.

[Sur les Périls qui menacent le roi très-chrétien, {a} et quelques remarques adressées à Casparus Peucerus, {b} contre les monitoires {c} de Sfondrati, {d} pontife romain]. {e}


  1. Henri iv, monté sur le trône de France en 1589.

  2. Caspar Peucer (1525-1602), philosophe, théologien, médecin et mathématicien allemand, grand adepte des arts divinatoires et gendre de Melanchthon (v. note [12], lettre 72).

  3. V. note [17], lettre 398 (mais le mot a plutôt ici le sens de bulle).

  4. Niccolo Sfondrati (1535-16 octobre 1591), élu pape le 5 décembre 1590, sous le nom de Grégoire xiv (dont les protestants refusaient de l’honorer), a soutenu la Ligue et confirmé l’excommunication de Henri iv.

  5. Francfort, Martinus Lechlerus, 1591, in‑8o de 60 pages : pamphlet politique luthérien qui a la forme d’une lettre non signée adressée à Peucer.

27.

Tomus i. συνταγμα de Familiis, quæ in Monarchiis tribus prioribus Rerum potitæ sunt : Tertiæ Alexandri iis subjectis regnis, in quæ illa successorum bellis particulatim discerpta fuit. Quæ ceu εισαγωγη poterit esse uberrima ad lectionem tam sacrorum Bibliorum, quam aliorum bonorum in utraque lingua scriptorum. Addita est Appendix de illustribus aliquot Græciæ regnis, hoc est Argiuo, Mycenæo, Spartano, Messeniaco, Thebano, Arcadico. Item, altera de Historia gentis Æacidarum et Regum Atheniensium.
Tomus ii. Continens Historiam quadrigeminam. De Familiis duorum Ægypti Regnorum, Battiadarum Cyrenæorum, et Dynastarum, Regum ac Pontificum Israëlicorum.
Auctore Reinero Reineccio Steinhemio
.

[Tome i. ouvrage sur les familles qui ont détenu le pouvoir durant les trois premières monarchies : sur celles des royaumes soumis à Alexandre iii, {a} et particulièrement sur les guerres qui ont provoqué leur dispersion. Il pourra servir de très riche introduction à la lecture des Livres sacrés comme des bons auteurs latins et grecs. Avec un Appendice sur quelques illustres royaumes grecs : Argolide, Mycène, Sparte, Arcadie, Messénie, Achaïe, Arcadie ; et un autre sur l’histoire du peupe éacide {b} et des royaumes d’Athènes.
Tome ii, contenant la quadruple Histoire des Familles des deux royaumes d’Égypte, celui des Cyrénéens descendants de Battos et les dynasties, {c} et celle des rois et des grands prêtres d’Israël.
Par Reinerus Reineccius {d} natif de Steinheim]. {e}


  1. Alexandre le Grand, roi de Macédoine (v. note [21], lettre 197).

  2. Descendants d’Æacus, dont le plus célèbre a été Achille (v. note [48] du Borboniana 9 manuscrit).

  3. Battos a fondé Cyrène (actuelle Libye) au viie s. av. J.‑C. ; 31 dynsaties ont régné sur l’Égypte entre le xxxiie et le ive  s. av. J.‑C.

  4. Reinerus Reineccius (Reinhard Reyneke, Spanheim, près de Paderborn 1541-Helmstedt 1595) est un prolifique hsitorien allemand qui a surtout étudié la généalogie. Son Syntagma a longtemps été considéré comme une source près précieuse sur l’histoire de l’Antiquité, mais elle fourmille d’approximations et d’erreurs, et n’a pas résisté aux progrès de l’archéologie.

  5. Bâle, Henricpetrus 1574, in‑fo de 618 pages.

28.
Antonii Sanderi Presbyteri Gandavum, sive Gandavensium rerum libri sex.

[Gand, {a} ou six livres d’Antonius Sanderus, {b} prêtre, sur l’histoire de Gand]. {c}


  1. V. note [3], lettre 111.

  2. Antoon Sanders, v. note [22] du Borboniana 5 manuscrit.

  3. Bruxelles, Hohannes Pepermanus, 1627, in‑4o de 492 pages.

29.

Tabula compendiosa de Origine, Successione, Ætate et Doctrina veterum Philosophorum, ex Plutarcho, Laertio, Cicerone et aliis eius generis scriptoribus, a G. Morellio Tiliano collecta. Cum Hier. Wolfii annotationibus. Additus est ad operis calcem brevis index, res in eo præcipuas complectens. Alia quæ accesserunt, lectu iucunda, et adolescentiæ studiis utilia, versa pagella notata sunt.

[Table abrégée sur l’origine, la succession l’époque et la doctrine des anciens philosophes, tirée de Plutarque, Diogène Laërce, Cicéron, et d’autres auteurs de cette qualité, recueillie par G. Morellius Tilianus. {a} Avec les annotations de Hier. Wolfius. {b} S’ajoute à la fin de l’ouvrage un court index embrassant les choses particulières qu’il contient. Le verso de cette page {c} présente d’autres additions plaisantes à lire et utiles pour les études des jeunes gens]. {d}


  1. Guillaume Morel (1505-1564), imprimeur et helléniste parisien, originaire du Teilleul en Normandie (Manche).

  2. Hieronymus Wolfius (Wolf ; Oettingen 1516-Augsbourg 1580), helléniste allemand, fondateur des études byzantines.

  3. Accessiones (au nombre de cinq).

  4. Bâle, Imprimerie Hervag, 1580, in‑8o de 496 pages.

30.

« Table chronographique établie sur la collation des périodes hébraïques, italiennes, chaldéennes et égyptiennes, depuis Adam jusqu’à Jésus-Christ… », titre exact d’un ouvrage de Jean (Ioahnnes) Boulaese, prêtre et régent de lettres hébraïques et principal du Collège de Montaigu au xvie s. (Francfort, Nicolas Bassæus, 1575, in‑fo).

31.

Ce sont deux ouvrages du même auteur (ejusdem) :


  1. V. note [12], lettre 413.

  2. Nicolaus Vernulæus, Nicolas de Vernulz (1583-1649), érudit et poète flamand, enseignait l’éloquence latine à l’Université de Louvain.

  3. Les encénies étaient la fête (Hanoucca) que les Juifs célébrent « le 25e jour du 9e mois pour la dédicace du Temple faite par Judas Machabée, après qu’il eut été pillé, et pollué par Antiochus Épiphane » (Trévoux). Transposée dans le rite de l’Église chrétienne de Jérusalem la fête de la Dédicace est célébrée le 13 septembre.

    La Pædagogium Porci [Pédagogie du Porc (Collegium Porcense)] était, avec celles du Lys, du Château et du Faucon, l’une des quatre pédagogies (collèges) de Louvain où s’enseignaient la philosophie et les belles-lettres. Le curieux nom de Porc (animal domestique) voulait s’opposer à celui de Sanglier (porc sauvage), qui était l’enseigne de l’auberge située en face du « Collège Porcin ».

  4. Louvain, Philippus Dormalius, 1624, in‑8o de 65 pages, en cinq actes.

  5. Ibid. et id. 1624, in‑4o de 62 pages.

32.
Congressus Pomeridiani et Sermones Symposiaci, contra cibi, potusque intemperantiam, ad bene beateque vivendum : Principem inter, ac Septem variæ literaturæ viros : Theologum, Canonum pertitum, Iurisconsultum, Politicum, Medicum, Philosophicum Ethicum et Historicum. Ex Gallico R.P. Antonii de Balinghem Societatis Iesu, latine redditi a R.P. Iacobo Mallebrancque, eiusden Soc. Sacerdote latine redditi.

[Après-dînées et Propos de table contre l’abus des aliments et de la boisson, pour vivre bien et heureusement. Dialogues entre un prince et sept savants personnages : un théologien, un canoniste, un jurisconsulte, un politique, un médecin, un philosophe moral et un historien. Traduits du français du R.P. Antoine de Balinghem, {a} de la Compagnie de Jésus, en latin par le R.P. Jacobus Mallebrancque, prêtre de la même Compagnie]. {b}


  1. Antoine de Balinghem (1571-1630), professait la philosophie à Douai. Ses Après-dînées et Propos de table… avaient paru à Lille, Pierre de Rache, 1615 (in‑8o de 588 pages).

  2. Cologne, Kinckius, 1620, in‑8o de 437 pages, divisé en six dialogues (congressus).

33.

Epitaphia Augustana Vindelica ab annis fere sexcentis usq. ad nostram ætatem conquisita labore et impensis Danielis Praschii.

[Épitaphes d’Augsbourg depuis environ l’an 600 jusqu’à notre temps, recueillies par les soins et les dépens de Daniel Prasch]. {a}


  1. Salzbourg, Bruno Smitz, 1624, in‑4o, en deux parties de 358 et 100 pages. Les pièces liminaires disent l’auteur natif de Halle-sur-Saale (Halensis) auteur (dont c’est le seul ouvrage connu).

34.

Lapis Lydius inediarum prodigiosarum, quas plurimi in multos dies, septimanas, menses et annos protraxerunt ; porro ansam dedit ad hoc examen adolescens in diocesi Paderbornensi quadriennum ieiunans… quæ omnia collegis, scripsit et exscripsit novaque methodo disposuit R.D. Ph. Sechtlenus.

[Pierre de touche {a} des privations miraculeuses de nourriture, que plusieurs ont prolongées durant plusieurs jours, semaines, mois et années ; avec en outre le jeune homme qui a donné l’occasion d’un tel examen dans le diocèse de Paderborn en jeûnant pendant quatre ans… toutes choses que le R.P. Ph. Sechtlenus {b} a écrites, transcrites et arrangées pour ses collègues suivant une méthode nouvelle]. {c}


  1. V. note [18], lettre 504.

  2. Philipp Sechtlen (Sechtlenus), mort en 1630, prêtre de Delbrück, ville proche de Paderborn en Westphalie.

  3. Paderborn, M. Pontanus, 1614, in‑12.

35.

« Dix centuries de questions philosophiques de Martinus » :

Centuria prima Quæstionum illustrium Philosophicarum in Inclyta Witebergensi Academia publicis disputationum exercitiis sub præsidio M. Iacobi Martini Professoris Publici discussarum.

[Première Centurie de remarquables Questions philosophiques qui ont été publiquement discutées en la célèbre Université de Wittemberg ; sous la présidence de Jacobus Martinus, professeur public]. {a}


  1. Wittemberg, Iohann Schmidt, 1609, in‑4o de 19 feuilles, pour la première de dix centuries parues ibid. et id. la même année.

36.
M. Antonii Mureti I.C. ac Civis R. Institutio puerilis ad M. Antonium fratris F. Eiusdem Monodia in Chritophorum Thuanum Principem Senatus Parisiensis. Et in utrumque Poema. Antonii Constantini notæ.

[L’Institution des enfants, de M. Antonius Muretus, jurisconsulte et citoyen romain, {a} à l’intention de M. Antonius Muretus, fils de son frère. Et du même auteur Monodie {b} pour Christophorus Thuanus, premier président du Parlement de Paris. {c} Poèmes pour l’un et l’autre, avec des notes d’Antoine Constantin]. {d}


  1. Marc-Antoine Muret, mort à Rome en 1585, où il vivait depuis 1557 : v. note [31], lettre 97.

  2. Chant funèbre.

  3. Christophe de Thou, mort en 1582, v. note [6], lettre 922

  4. Paris, Ioannes Richerus, 1585, in‑8o de 60 pages, pour la 1re édition.

    Le libraire Antoine Constantin a copieusement annoté les deux poèmes de Muret recueillis dans cet ouvrage, et a écrit une épître datée de Rome le 31 décembre 1583, adressée à Io. Antonius Ursino, très brillant jeune homme, à qui il dédie son travail. Elle est suivie de l’épître de Muret à son neveu, datée de Rome le 1er janvier 1578.


L’Institutio puerilis (pages 11‑36) est un poème latin de 107 vers hexamètres ; Nicolas François (de Neufchâteau) l’a traduit en vers français, italiens, espagnols et allemands sous le titre de L’Institution des enfants, ou Conseils d’un père à son fils ; imité des vers de Muret (Paris, P. Didot l’Aîné, 1808).

37.

Universalis metaphysicæ libri duo, in quibus omnia ad hanc materiam pertinentia plene et accurate pertractantur… Authore Guinando Rutgersio.

[Deux livres de métaphysique universelle, où Guinandus Rutgersius {a}… traite entièrement et soigneusement de tout ce qui touche à cette matière]. {b}


  1. Guinandus (Wijnand) Rutgers (Dordrecht 1585-1667), frère aîné de Janus (Jan, v. note [18], lettre 201), professait la théologie réformée à Steinfurt en Rhénanie.

  2. Leyde, Jean Maire, 1619, in‑8o.

38.

Bertii quum librum L. Annæi Senecæ De Brevitate vitæ publice explicare adgrederetur, Oratio habita Lugduni Batavorum, vii. Eid. Quinctileis, Anno m dc xixi.

[Discours de Bertius, prononcé à Leyde le 7 juillet 1619, où entreprendra d’expliquer publiquement La Brièveté de la vie de Lucius Annæus Seneca]. {a}


  1. Leyde, Iacobus Marcus, 1619, in‑4o de 38 pages.

Petrus Bertius (Pierre Bert, Baveren, Flandre 1565-Paris 1629) avait professé la philosophie à Leyde, mais été évincé de l’université en 1620 pour son attachement à l’armininianisme (v. note [7], lettre 100). Réfugié à Paris, il se convertit au catholicisme et Louis xiii le nomma cosmographe (géographe) du roi, professeur royal de mathématiques (1622, v. note [14], lettre latine 124) et historiographe de France. Il a laissé un très grand nombre d’études géographiques avec de nombreuses cartes du monde d’alors. Guy Patin a plusieurs fois écrit avoir intimement connu Bert à Paris.

Son étude philosophique et théologique sur le stoïcisme de Sénèque n’est probablement pas étrangère à son départ de Leyde car il s’y oppose nettement à la prédestination. Ainsi les rigoureux calviniste durent-ils s’insurger en lisant, par exemple, page 28 :

Libertatem arbitrii in omni actione defendimus, non tantum Prosperi Aquitanici et totius antiquitatis moti auctoritate, cuius hæc Definitio est, quod qui eam negat non est Catholicus : sed imprimis, quia nihil potest virtutis aut vitii habere rationem, quod non sit voluntarium ; et quia Virtus ipsa spontaneo definitur : denique, quia ne intelligi quidem potest, ut ait Boethius, quomodo possit ulla rationalis esse natura, quin eidem libertas adsit arbitrii.

[En toute action, nous défendons le libre arbitre : non seulement en nous fondant sur l’autorité de Prosper d’Aquitaine, {a} et de tous ses féconds prédécesseurs, définissant celui qui nie cette liberté comme non catholique ; mais plus encore parce que rien ne peut rendre compte du vice ou de la vertu si la volonté n’est pas déterminante, et que la vertu elle-même se définit comme un acte volontaire ; et enfin parce que, comme dit Boèce, {b} rien ne permet de comprendre que la nature puisse être raisonnable sans libre arbitre].


  1. Au ve s., saint Prosper d’Aquitaine (Prosper Tiro) a développé les idées de saint Augustin, son maître, sur la grâce.

  2. V. note [3], lettre latine 198.

39.
Dubia physica opera tam publica, quam privata M. Nicolai Zapfii, Thuringi, in Illustri Academia Wittebergensi Facultatis Philosophicæ p.t. Decani, Discussa et accuratiori Naturalium contemplatione pertractata, cum Indice non tantum dubiorum generali, sed et rerum, facili obtutu præcognoscendarum, speciali.

[Doutes physiques que les soins, tant publics que privés, de Maître Nicolaus Zapfius, {a} natif de Thuringe, présentement doyen de la Faculté de philosophie en l’illustre Université de Wittemberg, ont dissipés et entièrement résolus par un examen fort soigneux des phénomènes naturels ; avec un index général des doutes, et aussi particulier de ce que la simple observation permet de connaître]. {b}


  1. Nicolaus Zapfius (Zapf ; Mibitz 1600-Weimar 1672), philosophe théologien luthérien.

  2. Wittemberg, Johannes Röhnerus, 1632, in‑8o de 312 pages.

40.
Declamationes Oratoriæ ad stylum dicendi exercendum pro studiosa Iuventute accomodatæ, Francisci Rugerii Congregationis Somaschensis Sacerdotis Theologi.

[Exercices oratoires de Franciscus Rugerius, {a} prêtre et théologien de la Congrégation somasque, {b} pour enseigner la façon de déclamer, à l’intention des jeunes étudiants]. {c}


  1. Franciscus Rugerius ne figure dans aucune des biographies que j’ai consultées.

  2. « Les clercs réguliers de la Congrégation de saint Mayeul, {i} sont communément appelés somasques. L’instituteur des somasques est un P. Émilien, natif de Venise. Il commença sa Congrégation vers l’an 1528. Ces clercs furent nommés somasques parce qu’ils établirent leur chef d’Ordre à Somasque [Somasca], village situé entre Milan et Bergame. {ii} Paul iii confirma leur institut en 1540, et Pie iv en 1563. Pie v, par un bref du 6 décembre 1568, les mit au nombre des ordres religieux, sous la règle de saint Augustin. En 1546, cette congrégation fut unie aux théatins, {iii} en 1555 elle en fut séparée. Ils s’unirent encore après aux Pères de la Doctrine chrétienne ; mais cette union n’a pas non plus subsisté. Les somasques se soutiennent assez d’eux-mêmes et sont florissants en Italie. » {iv}

    1. Quatrième abbé de Cluny au xe s.

    2. Leur principal apostolat est voué à l’éducation et à l’instruction des enfants pauvres ou orphelins.

    3. V. note [19], lettre 282.

    4. Dictionnaire de Trévoux.
  3. Venise, Thomas Ballionus, 1620, in‑8o de 389 pages.

41.

Usus Rationis humanæ. Studiosæ iuventuti et theorice et practice explicatus. Per P. Casparum Ruthardum e Societate Iesu. Cui insuper accessit Exercitium geminum orationibus, concionibusque et contexendis et retexendis Prolusum.

[L’emploi de la raison humaine, expliqué à la jeunesse studieuse, de manière à la fois théorique et pratique, par le P. Casparus Ruthardus de la Compagnie de Jésus. Auquel est ajouté le double exercice qui prélude aux discours et aux prêches qu’il convient de composer et de réécrire].


  1. Caspar Ruthard (Eichstadt 1594-Brisach 1638) a écrit plusieurs ouvrages de théologie et de dévotion.

  2. Fribourg-en-Brisgau, Theodorus Meyerus, 1630, in‑8o de 103 pages, divisé en 13 sources (fontes) représentées sur une gravure ; auxquelles s’ajoutent les deux exercices annoncé dans le titre, écrits par un R.P. Ioannes Voellius :

    • Exercitium Syntaticum discursivi iudicii sive generale artificium orationis aut concionis construendæ [Exercice synthétique du jugement dialectique, ou art de construire un discours ou un prêche] (63 pages) ;

    • Exercitium Analyticum discursivi iudicii. Litterariæ iuventitu duplici paradigmate Prolusum [Exercice analytique du jugement dialectique. Prélude pour la jeunesse studieuse suivant deux modèles] (36 pages).

42.

Pædagogus divitum de luxu, et vero opum usu, auctore Daniele Souterio…

[Le Précepteur des riches, ou de la profusion et du véritable usage des richesses, par Daniel Souterius…] {a}


  1. Leyde, Jacobus Marcus, 1622, in‑8o de 286 pages.

    Daniel Souterius (Vlissingen 1571-Haarlem 1634), ministre de Haarlem, fut un opposant des arminiens.


43.

« le Cercueil des hérétiques du P. Théophile Raynaud ». Ce titre ne correspond à aucun ouvrage que Sommervogel a recensé, mais en rusant un peu, j’ai mis la main cet ouvrage anonyme que Guy Patin attribuait ici au P. Raynaud : {a}

Sandipalia silicernio quinti ac sexti Evangelii efferendo. Humeris ac nisu Valentissimorum quatuor Succolatorum. Quorum anteriores duo, Terullianus libro de Præscriptionibus, Vincentius Lyrinensis Commonitorio adversus hæreses. Posteriores item duo, Edmundus Campianus de Societate Iesu, Gloriosissimus Christi Martyr, libro rationum Academicis Oxoniensibus oblatarum, Leonardus Lessius ex eadem Societate, Consultatione de Religione.

[Le Cerceuil {b} pour ensevelir le cadavre des cinquième et sixième Évangiles, {c} chargé par l’effort et les épaules de quatre très vaillants porteurs : devant sont Tertullien, {d} par son livre des Prescriptions, et Vincent de Lérins, {e} par sa Remontrance contre les hérésies ; derrière sont Edmond Campion, {f} de la Compagnie de Jésus, très glorieux martyr du Christ, par son livre des Raisons présentées aux maîtres de l’Université d’Oxford, et Leonardus Lessius, {g} de la même Compagnie, par sa Consultation sur la religion]. {h}


  1. V. note [8], lettre 71.

  2. Bière, cercueil des pauvres.

  3. Le nombre des apocryphes du Nouveau Testament est considérable. Les textes recueillis dans cet ouvrage en citent de nombreux, sans que je sois parvenu à identifier ceux que le titre annonce comme le cinquième et le sixième Évangile hérétique (protestant).

  4. V. note [9], lettre 119 pour Tertullien, dont les 53 chapitres du livre de Præscriptionibus adversus hæreticos [sur les Prescriptions contre les hérétiques] sont transcrits pages 1‑63.

  5. Vincent de Lérins, moine gaulois du ve s. a rédigé sa Remontrance (Commonitorium) pro Catholicæ fidei antiquitate et universitate, adversus prophanas omnium hæreseωn novationes [pour l’ancienneté et l’universalité de la foi catholique, contre les innovations profanatrices de toutes les hérésies], transcrite pages 65‑131.

  6. Edmond Campion (Londres 1540-ibid. 1581), canonisé en 1970, est auteur des Rationes Decem : quibus Fretus, Certamen adversariis obtulit in causa Fidei… allegatæ ad clarissimos viros nostros Academicos [Dix Raisons pour lesquelles le schisme porte à combattre les adversaires dans la cause de la foi… présentées à nos très illustres maîtres de l’Université] (sans lieu ni nom, 1581, in‑4o de 39 pages), transcrites pages 133‑175.

  7. Consultatio, quæ Fides et Religio sit capessenda [Consultation qui devrait cherhcer à atteindre la foi et la religion] de Leonardus Lessius (v. note [31], lettre 175) avec un appendice, transcrits pages 177‑350.

  8. Lyon, Claude Landry, 1622, in‑8o de 355 pages.

    Les quatre traités ci-dessus sont précédés par une préface de six pages, qui s’ouvre et se ferme sur deux passages imprimés en petites capitales :

    Exequias belluæ hæresi, Ditis filiæ, quibus est commodum, ire iam tempus est. Illa ex ædibus effertur. […]

    Hæresin ex orco Pluto ferus egit in orbem. Quam modo Diva fides ex orbe exegit in orcum.

    [Pour ceux qui le souhaitent, le moment est venu d’aller aux funérailles de la bestiale hérésie, fille de Dis. {i} Elle est chassée des églises.

    Le sauvage Pluton a sorti l’hérésie de l’enfer pour la jeter sur le monde. À son tour, la divine foi la chasse du monde pour la renvoyer en enfer].

    1. « Nom que les Anciens donnèrent à Pluton, comme un diminutif de dives, “ riche ” » (Fr. Noël) ; v. note [16], lettre 514, pour Pluton.

44.

« Réfutation de toute la doctrine calvinienne, par Schultingius » :

Bibliothecæ Catholicæ et Orthodoxæ, contra summam totius theologiæ Calvinianæ in Institutionibus Ioannis Calvini, et Locis Communibus Petri Martyris, breviter comprehensæ : vel potius, Variarum Lectionum et Animadversionum contra primum librum Institutionum Ioannis Calvini, Tomus primus. Studio, opera et industria Cornelii Schultingii Lithocomi, Theologi Coloniensis.

[Bibliothèques catholiques et orthodoxes, contre la somme de toute la théologie calvinienne, brièvement embrassée dans les Institutions de Jean Calvin {a} et dans les Lieux communs de Pierre Martyr ; {b} ou plutôt le premier tome de leçons diverses et de remarques contre le premier livre des Institutions de Jean Clavin. Par les soins, le travail et les recherches de Cornelius Schultingius Lithocomus, {c} théologien de Cologne]. {d}


  1. V. note [3], lettre 475.

  2. V. notes [3], lettre 659 et [59] du Borboniana 10 manuscrit.

  3. Cornelius Schultingius natif de Steenwijk (Lithocomus), en Overijssel (1540-1604), chanoine et théologien catholique de Cologne : v. l’article que Bayle lui a consacré.

  4. Cologne, Stephanus Hemmerdem, 1602, in‑4o de 214 pages, pour le premier de trois tomes parus ibid. la même année.

45.

Guy Patin a ajouté les deux derniers titres de sa liste dans la marge :

46.

« Tu connaîtras les défauts de ton ami et ne les haïras point. »

Le proverbe exact est Mores amici noveris, non oderis. Érasme l’a commenté dans ses Adages (no 1496), disant que le grammairien latin Porphyrion (iie s. apr. J.‑C.) l’a attribué à Horace. Il ajoute que cet adage :

admonet in amicorum moribus quædam vitia dissimulanda, sic ut intelligantur quidem, sed tamen tolerentur, ne severior et oculatior in observandis amici malis subvertas amicitiam. Atque in præcepti locum habebit in levioribus morbis, non in his, quæ ad famam aut ingens periculum pertinent amicorum Non nosse amici vitia est hominis parum diligentis, quos diligat ; odisse parum civilis. Noscenda sunt, ut aut corrigas, aut certe minuas, at non sic, ut ob ea videaris amicum odisse, siquidem nulli futurus est amicus, qui nihil vitiorum in amico ferre possit.

[rappelle qu’il faut savoir ignorer certains écarts dans les mœurs des amis, afin certes de les comprendre tout en les tolérant pourtant  : ne va pas ruiner une amitié pour avoir trop bien vu et jugé trop sévèrement les défauts de la personne que tu aimes bien. Ce précepte vaudra pour ses plus légères imperfections, mais non pour celles qui engagent ta bonne réputation ou te mettent en très sérieux péril. Ne pas reconnaître les défauts d’un ami est le fait d’un homme qui choisit sans discernement, mais les haïr, c’est manquer courtoisie. Tu dois les admettre, pour les corriger, ou du moins pour les atténuer ; mais sans qu’ils aillent jusqu’à te rendre l’ami odieux. Celui qui ne pourra supporter aucun défaut chez un ami ne deviendra l’ami de personne].

47.

« [Christine sera] un individu quelconque ». V. note [28], lettre 345, pour l’abdication de la reine Christine en faveur de son cousin Charles x Gustave (issu du rameau palatin de Neubourg), qui allait épouser le 24 octobre 1654 Hedwig Eleonora von Holstein-Gottorp (v. note [8], lettre 378). Christine quitta très vite la Suède, traversa le Danemark en six jours, arriva à Hambourg au début du mois de juillet et y resta un mois.

48.

Juvénal (Satire x, vers 108‑111) :

Quid Crassos, quid Pompeios evertit et illum,
ad sua qui domitos deduxit flagra Quirites ?
Summus nempe locus, nulla non arte petitus
magnaque numinibus vota exaudita malignis
.

[Qui donc a perdu les Crassus, les Pompée, {a} et qui a courbé sous son fouet les citoyens domptés, sinon le rang suprême brigué par tous les moyens et ses vœux extravagants exaucés par les dieux jaloux ?]


  1. V. note [1], lettre 101.

Les Grecs et les Latins donnaient à la mer Noire le nom de Pont-Euxin. Le Pont ou royaume du Pont occupait le nord de l’Anatolie.

49.

« dont Dieu fasse qu’il soit heureux et agréable. »

50.

Saint-Malo (dans l’actuel département d’Ille-et-Vilaine) était le plus important port fortifié du nord de la Bretagne, point de départ d’expéditions corsaires et grand centre du commerce avec les Indes. C’était le siège d’un évêché, créé au xie s. et supprimé en 1801.

51.

« mais pareille sagesse n’est pas chez nous coutumière » (v. note [30], lettre 293). Les corsaires français menaient alors une guerre maritime non déclarée contre les Anglais. Ce harcèlement perturbait sérieusement les négociations d’alliance entre le Protectorat et la Couronne de France : Cromwell réclamait à 200 000 livres sterling (2 640 000 livres tournois) de compensation pour les dommages endurés (Plant).

52.

« C’est très exactement ce qu’il a dit. »

L’in‑4o en retard chez la veuve Dupuis à Paris était le livre de Gassendi sur les vies de Tycho Brahe et de Copernic (v. note [29], lettre 211). Commençaient ici les longues transactions entre le libraire lyonnais Guillaume Barbier et Gassendi pour l’édition non seulement de sa Philosophie d’Épicure (v. note [1], lettre 147), mais aussi de ses œuvres complètes. Comme Guy Patin allait l’expliquer longuement par la suite, plusieurs libraires, tant lyonnais que parisiens, étaient désireux d’obtenir ce marché. Ce furent en fait deux autres imprimeurs lyonnais, Laurent Anisson et Jean-Baptiste Devenet, qui firent paraître les Opera omnia… de Gassendi en 1658 (v. note [20], lettre 528).

53.

Jean Piot, fils de François, avait été reçu libraire-imprimeur en 1652. Il exerça au moins jusqu’en 1672, rue Saint-Jacques, À la Salamandre d’argent (Renouard).

54.

Isaac Cattier (v. note [11], lettre 351) est l’auteur présumé de cette Seconde Apologie… (Paris, Jean Piot, 1653, in‑4o de 248 pages) qui répondait aux Curieuses recherches sur les Écoles en médecine de Paris et de Montpellier… de Riolan (1651, v. note [13], lettre 177). Le titre, que Guy Patin reproduisait ici fidèlement, est suivi de ces vers :

Hæc semper postera
Crescet laude recens, dum Capitolium
Scandet cum sacra Virgine Pontifex.

Tantæ molis erit Medicorum exscindere matrem

[Elle {a} grandira toujours dans la postérité, rajeunie par la louange, tant que le Pontife gravira le Capitole avec la vierge silencieuse. {b}

Tant il sera laborieux d’anéantir la mère des médecins].


  1. L’Université de médecine de Montpellier.

  2. Paraphrase Horace (Odes, iii, xxx, vers 7‑9) :

                                Usque ego postere
    crescam laude recens, dum Capitolium
    scandet cum tacita virgine pontifex

Avis de L’imprimerie au lecteur :

« Ce discours aussi curieux que véritable (ami lecteur) me fut envoyé de bien loin par un des plus savants personnages de ce siècle, {a} au mois de décembre 1652, pour en faire offre au public. À quoi satisfaisant, je le fais voir sans privilège, d’autant qu’il ne craint personne. Il est libre, véritable, sans mensonge, sans calomnie, sans déguisement, ni autre dessein que le bien du public et l’intérêt de l’honneur, et d’une juste défense. Si vous lui faites la grâce, et à moi, de le voir d’un esprit de paix, de douceur et de civilité, à votre ordinaire, et donner quelque temps de votre relâche à sa lecture, vous connaîtrez clairement que ce n’est qu’une seconde apologie pour l’Université en médecine de Montpellier, faite par un de ses docteurs, ensuite de la première, prononcée en latin en l’année 1644 en pleine École par M. Sim<é>on Courtaud, célèbre doyen d’icelle, au temps de ses ouvertures. {a} Ne vous étonnez pas de son langage français sans artifice ni autre ornement, extraordinaire aux médecins de cette fameuse École, puisque celle-ci n’a été faite que pour vous ; et < pour > fortifier cette première, si doctement prononcée, et pour servir de réponse au livre des Curieuses recherches sur les Écoles en médecine de Paris et Montpellier, nécessaires d’être sues pour la conservation de la vie par un ancien docteur en médecine de la Faculté de Paris. J’ai grand regret d’avoir été trois mois entiers à porter mes soins à ce si noble sujet. Mais vous excuserez les troubles, la guerre et la misère et nécessité publique du siècle qui ont tenu un si long temps mes presses dans le silence. Semblablement, ce m’est aussi un déplaisir non moindre de ce que, ayant toujours inclination à vous servir promptement et fidèlement, cette impatience de vous plaire et l’absence de l’auteur, qui n’a pu y prendre garde de si loin, ont causé, entre autres, des omissions considérables et quelques légères fautes que j’ai ici représentées pour prévenir et détourner les mauvais jugements des mauvais critiques. J’espère que vous les excuserez et en jugerez sainement, en attendant que la seconde édition, que j’espère faire, vous soit plus correctement offerte. »


  1. Siméon Courtaud (v. note [19], lettre 128) a tenu cette Seconde Apologie pour sienne (v. note [42], lettre 442).

La Seconde Apologie a déclenché la publication, en 1654, des Deux Vies latines de Jean Héroard.

55.

« ce qui est complètement faux ».

La Seconde Apologie fournit (Section C, Docteurs de Montpellier, ignorants, pages 138‑143) un avis sur la Légende de l’antimoine (1653, v. note [11], lettre 333) :

« J’avais déjà mis fin à cette section quand j’ai reçu deux feuilles imprimées, l’année dernière, 1652, portant le titre de Légende des fauteurs de l’antimoine, etc. Sa lecture m’a fourni une fort ample réponse à votre objection, Maître Riolan ; voire telle que jamais le doyen ni autre de Montpellier n’en eût osé donner une pareille, et de si grand poids. Dans ces deux feuilles qui sont sorties de la boutique du sieur Patin (Sic enim ille oculo, sic ille ungui, sic dente notescit), {a} en termes exprès et sans ombrage ni figure, comme un chien qui se prend aux jambes, il accuse d’ignorance et de peu de jugement la plupart des docteurs de votre Faculté en particulier. Et pource qu’il commence par le sieur Chartier, {b} ce brodequin, ne l’osant appeler ignorant, parce qu’il s’est obligé toute la famille des médecins par le beau présent qu’il leur a fait du Galien, imprimé de nouveau à la seule poursuite, travail et diligence, il le veut taxer d’être tel a parte post {c} et en la personne de son fils, {d} en disant qu’il est père d’un âne. Or, qui est le père d’un âne ? Quant à ce que par un fade rencontre de Chartier, il s’imagine ici un chariot, je crois que ce faiseur de légendes est fils de quelque charretier d’effet ; car déjà à la fin de son centon contre le doyen, {e} il lui échappe une voix, un ton, une parole et un geste de charretier. Mais afin d’effacer la mémoire et les vestiges de ce noble emploi de sa jeunesse, ayant quitté les bottes et les brodequins (chaussure convenante, propre et particulière à ce métier), il s’est chaussé du nom de Patin. Ensuite, il appelle Beaurains le plus ignare et indigne docteur. {f} Bedé, ignorantissime ; {g} Bodineau, ignorant de la qualité et préparation de l’antimoine ; {h} je crois que le sieur Patin n’y est guère savant, ce n’est pas du gibier de faiseur de centons et de légendes. Hubaut est si ignorant qu’il ne sait si l’antimoine est végétal ou minéral. {i} Et vous, sieur Patin, faiseur de centons et de légendes, vous ne sauriez distinguer le végétal du végétal, ni le minéral du minéral, ni tous les deux de l’animal ; si ce n’est en vous montrant vous-même. Rainssant parle et agit comme les ignorants. {j} Je l’accorde, tant qu’il parlera et agira comme Monsieur Patin. Jean Chartier âne et ignorant des matières médicales. {d} C’est être bien impudent que ne déférer quelque respect et honneur à l’âge et au mérite du père, qui a été son maître. Je doute si le sieur Patin saurait discerner le daucus du persil, la vigne du Palma Christi, l’hièble du sureau, les asperges du fenouil, l’ellébore du plantin, le polype de la fougère, le ferula de la ciguë, le circium de la borroche, les chondrilles de la chicorée, la sabine du cyprès, le pin du romarin, l’agripalma du chanarre, le dictam du poliot, la poplina de la rue, l’aristoloche de la pervenche. Je doute encore (sans parler des choses minérales à lui entièrement inconnues) s’il saurait distinguer le fenouil marin du pourpier, l’agaric du potiron, la rhubarbe du rhapontic, les feuilles du séné d’avec celles du laureola, et le son de l’orge d’avec celui du froment. J’ajoute encore le savon de l’onguent rosat et le mithridate d’hyacinthe. Et pourquoi ? pource que tout cela chez lui ne sont que des bagatelles ; mais pourquoi ? pource qu’il est lui-même une éminente bagatelle. Il ajoute après que Akakia ne sait ni ne fait sa charge de professeur. {k} Tardy est ignorant du texte d’Hippocrate. {l} Dupont est au pont aux ânes. {m} Morand, pédant et ignorant. {n} De Bourges, sans science ni expérience. {o} Et qu’est devenue cette grande expérience de vos docteurs, tant chantée dans le bécarre {p} de Jean Riolan, avant qu’ils sortent de la coque de votre École ? Michel Langlois, sans esprit ni science, ne sachant discerner la soude de l’antimoine : {q} et vous, Monsieur le Légendeur, ne sauriez discerner à peine la moelle de la casse du catholicum, ni l’opiate de Salomon du diaprunus. Après avoir accusé tous les susdits vos docteurs d’une putative ignorance, vous venez à leurs mœurs et naturel particulier, lequel vous voulez enclore sous le vice, et pour lequel faire mieux éclater, ce faiseur de légendes n’y épargne ni son pinceau ni ses couleurs, lesquelles n’y sont reconnues par les plus experts que pour une simple trempe faite avec de l’eau et de la suie. Il appelle donc le sieur Chartier, simple ; {b} mais cette simplicité est une vertu et modestie louable, compagne d’un cœur généreux, plus honnête, plus aimable et plus révéré que la malice, la doublesse et la langue serpentine de ce légendeur. Le sieur Des Gorris lui, est un fourbe approbateur de l’Orviétan. {r} Vous condamnez, signor Patin, ce que vous ne savez point, ni ne pouvez savoir, pour votre double ignorance : Quia non decent huius modi labia tam preciosæ margaritæ. {s} De Poix est incurable. {t} Donc, votre École est un hôpital des incurables ; mais comment incurable, après une si longue demeure parmi tant de si grands esculapes ? De Bourges, tambour de Biscaye. {u} Cledat est un bois de vielle, s’accordant à chaque ton. {v} Quiquebœuf est plein de morosité naturelle. {w} Poursuivons brièvement le reste. Bedé est Claudus semper claudicans. {x} Hardouin de S. Jacques, trompeur, pour avoir inséré dans le Codex l’usage de l’antimoine au desçu de la Faculté. {y} Jouvin Jacques bon homme. {z} Thévart a plus de science que de nez, ou prudence. {aa} Hubault, simple. Rainssant, téméraire. Renaut, simple naturellement. {ab} De Frades, simple bonus Israelita, digne de pardon. {ac} Jean Chartier, oignon. {d} Jonquet, vain, glorieux. {ad} Le Mercier, ivrogne et fils d’ivrogne. {ae} Le Tourneur, girouette tournant à tout vent. {af} Michel Marès, étourdi comme un hanneton. {ag} Florimond Langlois, cherche maître et s’étant donné par désespoir à ce diable d’antimoine. {ah} Pajot, bon, gros et gras, sans esprit ni finesse. {ai} Cousin, enfant sans malice. {aj} Pierre Moriau, mélancolique et plein de morosité. {ak} Garbe, étourdi et hasardeux expérimentateur. {al} Du Pont, étourdi. {m} Tardy, docteur extravagant, sans jugement. {l} Maurin, hardi et téméraire. {am} Isaac Renaudot, impudent, téméraire. Morant, {n} pédant. Bachot, est à qui plus lui donne, un Pygmée, etc. Mauvillain, stupide et sans ressentiment. Hureau, jeune étourdi. {an} Je laisse le reste. Voilà tout le principal contenu de cette grotesque de Légende, et la vertu et propriété de chaque révélées au sieur Patin lors de l’apparition de son Démon. Après cette belle escapade patinesque, le doyen de Montpellier a de quoi être satisfait pour toutes les injures que Jean Riolan a fait pleuvoir sur lui ? Aussi reconnaît-il que c’est une maladie de votre École et naturelle façon de vous défendre. Mais le sieur Patin ne fera jamais, ni ne saurait faire autre chose, quand vous l’écorcheriez comme il fit son Cantherius, {ao} pource qu’il est né sous cet ascendant ; de sorte qu’après son trépas et apothéose, Quando descenderit in cœlum {ap} (pource que cura eadem sequitur tellure repostos), {aq} ceux qui par malheur se trouveront au-dessous de lui ou de son astre, auront à se prendre garde, car il ne pissera ici bas que des injures et lardons, {ar} sans dire gare l’eau, ni gare Maître Guidon, si la température du ciel {as} ne le renouvelle et ne lui donne des pensées nouvelles et dignes du lieu. Il eût mieux fait de faire une Légende des saints, s’il y a quelque croyance, qu’une telle Légende des siens. Maître Riolan et lui sont deux tiges de ronce toutes parallèles, de même grosseur et longueur, et de même grâce et couleur ; ce sont deux bœufs sous un même joug, traînant le soc de la médisance sur la réputation des hommes honnêtes et de mérite. L’intention donc de ce faiseur de légendes est de persuader que tous ceux desquels il médit, avant que de connaître et de prêter faveur à ce diable d’antimoine, étaient de grands et excellents personnages ; mais que ce grand Belzébuth et Antéchrist d’antimoine avec sa grande diablesse de queue, pour avoir voulu trop savoir et trop faire, les a tous entraînés dans l’enfer de l’ignorance. C’est le tortu jugement du sieur Patin, lequel ne sait pas que toute connaissance est louable et qu’il n’y a rien en la nature qu’on ne puisse rapporter à quelque usage. S’il n’était si pédant et si grammairien, peut-être pourrait-il avoir plus de jugement et d’intelligence. J’appellerais donc volontiers et avec raison cette belle Légende, La Guenuche patinienne, {at} car aussi elle n’est faite que pour rire et rien apprendre, pource qu’il n’y a de quoi fournir et satisfaire dans sa disette de savoir. Il a perdu dans cette Légende son beau nez, mais entièrement et non pas en partie, c’est-à-dire sa prudence, car il ne lui en reste ni la figure, ni l’harmonie, pource que c’est un ouvrage d’un étourdi et téméraire, et d’un Hercule furieux, n’épargnant ni femme, ni mère, ni frères, ni enfants, pourvu qu’il fasse rire, ce γελωτοποιος. {au} […]

Il a fallu enfin que ce férial {av} auteur de cette Légende volante, parlant de Pierre Le Mercier, y ait fait mention, tant il a de vanité, de sa bibliothèque patinaire, afin que, porté sur ses ailes et par la bouche dudit Mercier, elle criât partout, depuis le Po jusques au Gange, depuis la Guyenne jusques à la Guinée, et depuis nos podes jusques aux antipodes, Bibliotheca Patinaria. {ae} Ô célèbre trompette ! ô tête pleine de vent, vous seriez bien étonné si ce Mercier, au lieu de crier Bibliotheca Patinaria, se mettait à crier À la mort aux rats et aux souris, ou huîtres à l’escale, {aw} ou fromage de Milan, ou beurre frais. Cela ne serait pas nouveau : ainsi fut Hanno déçu par les oiseaux qui lui devaient leur nourriture et leur savoir. {ax} Et pource que je vois que vous fumez dans votre Légende contre le feu, le fourneau et la fumée de l’antimoine, je vous déclare que vous êtes un ignorantissime. […]

Monsieur Patin, docteur légendaire, en finissant, je vous demande, à vous qui avez des secrets et nocturnes intelligences avec les natures qui sont au-dessous des mines des métaux, lequel de ces deux diables noirs est le plus noir, le plus affreux et le plus dangereux : ou l’antimoine ou le démon qui, par accord, fut vous trouver de nuit dans votre étude ? {ay} […]

On vous appellerait la grive {az} avec hasard que, pour le voisinage du nom, quelqu’un ne vous appelle la grue ; ce qui aurait quelque convenance avec les trois grues du revers de votre médaille. {ba} Serrez bien votre Codex et le débondez dans une autre latrine ; mais pour nous retirer de ce parfum, capable de donner la chasse à votre démon, poursuivons notre dessein. »


  1. « Il se fait en effet connaître pour tel par l’œil, pour tel par l’ongle, pour tel par la dent ».

  2. René Chartier, v. notule {e}, note [11], lettre 333.

  3. « par sa descendance ».

  4. Jean Chartier (v. note [13], lettre 271) occupe la 24e place dans la Légende (page 5) :

    « s’est fait connaître dans son plomb sacré autant ignorant en Chimie, et des vertus de l’antimoine, qu’il l’est dans les matières médicinales ; encore qu’on l’ait mis en rang d’oignon avec ces grands hommes illustres, le lustre desquels, si ils en avaient eu, serait entièrement terni par l’association de cet âne sacré. »
  5. René Chartier, père de Jean était le doyen d’âge des signeurs de l’antimoine.

  6. Pierre de Beaurains (v. note [15], lettre 336) est le 8e de la liste (page 2) :

    « Mérite d’entrer en ce Catalogue des illustres Médecins, si on en juge par la prestance de sa mine ; mais si on l’examine, et ses procédures, il passera pour ce qu’il est, savoir le plus ignare et indigne Docteur à qui ce titre aura été accordé. »

  7. Élie Béda des Fougerais, v. notule {g}, note [11], lettre 333.

  8. Urbain Bodineau (médecin du roi par quartier, v. note [2], lettre 12) est le 16e de la liste (pages 3‑4) :

    « Est un de ces grands homme, célèbres, illustres et fameux antimoniaux ; ceux qui le connaissent jugeront que ces titres lui sont attribués ironiquement, puisqu’il est assez ignorant pour ne savoir aucune qualité ni préparation de l’antimoine, encore qu’il ait travaillé au laboratoire du jardin royal, beaucoup plus pour faire rire que pour instruire les Écoliers. »

  9. Cyprien Hubault (v. note [3], lettre 660) est le 18e de la liste (page 4) :

    « Ayant failli en ce point, ne doit être accusé de malice, mais il faut croire que, par sa trop grande simplicité, il s’est laissé duper, ayant appris de ceux qui le connaissent mieux que moi, qu’il est si simple, pour être Docteur de Paris en son âge, qu’à peine il dirait si l’antimoine est minéral ou végétal ; et tamen hunc inter perillustres recensent. » {i}

    1. « et pourtant, ils le comptent parmi les très illustres. »

  10. Sébastien Rainssant (v. note [6], lettre 240) est le 19e de la liste (page 4) :

    « Reconnu pour une des principales roues de ce char triomphant de l’antimoine, a telle croyance à ce puissant venin qu’il ne le refuse jamais à aucun, non pas même aux moribonds, lesquels, s’il les précipite ad mortem nec meritam, {i} il manque d’excuse, disant qu’il a donné ce divin remède trop tard. Je laisse à juger aux sages si un Médecin de la suffisance qu’il croit être doit agir et parler de la sorte, comme parlent plusieurs ignorants qui remplissent cette Liste, lesquels, pour la plupart, ne savent seulement ce que c’est qu’indication, et ne se conduisent suivant icelle ; à quoi ce certificateur ne manque que lorsqu’il donne l’émétique. »

    1. « vers une mort qu’ils n’ont pas méritée ».

  11. Martin iii Akakia, dont le nom hellénisé signifie « Sans Malice » (v. note [12], lettre 128), est le 31e de la liste (pages 5‑6) :

    « Se trouve honteusement enveloppé en cette masse de perdition, sur l’espérance que cet homme qui a donné l’éclat à l’antimoine lui en donnera, avec pratique. Si ce Martin s’était souvenu de l’éclat que son aïeul Martin Kakia s’était acquis par sa doctrine, il eût travaillé pour l’imiter et s’acquitter de sa charge de Professeur < royal >, qu’il ne sait et qu’il ne fait ; ce qui devrait effacer de son surnom cet (a) privatif que ce premier Martin y avait apposé par sa doctrine et sa vertu ; l’appétit de gagner l’a porté, comme il l’a confessé, à suivre cette cabale, et pour rendre son champ plus fertile, comme parle ce Gazetier. »

  12. Claude Tardy (v. note [35], lettre 156) est le 46e de la liste (page 7) :

    « Docteur extravagant, est reconnu avoir aussi peu de jugement pour examiner les qualités de l’antimoine que pour interpréter le texte d’Hippocrate. Il se trouve dans ce parti quia sapit Iansenismum ; {i} et il a reçu quelque épi de cette moisson dorée, ainsi qu’on m’a assuré. »

    1. « parce qu’il a du goût pour le jansénisme ».

      Première de deux allusions au jansénisme (v. infra notule {y}) qui se lisent dans la Légende : elles concernaient des médecins qui n’étaient pas réputés y adhérer, mais établissaient un parallèle entre les hérésies janséniste et antimoniale (ce qui serait fort surprenant sous la plume de Guy Patin).

  13. Michel Du Pont (v. note [14] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté) est le 45e de la liste (page 7) :

    « Avoue franchement ne savoir ce qu’il a signé, ni pourquoi : n’est-ce pas être au pont aux ânes ? Il n’a voulu déceler ceux qui l’ont engagé dans ce parti antimonial, mais on sait qu’il n’a pas pu refuser < à > ses parents Denyau et Thévart, deux des plus portés à porter et distribuer cette drogue maléfique. »

  14. Antoine Morand (v. note [11], lettre 748) est le 49e de la liste (page 7) :

    « Ne m’est assez connu pour donner mon jugement de lui, n’ayant cultivé sa hantise {i} depuis qu’il était Pédant {ii} dans le Collège de la Marche, je voulais dire Régent, {iii} où il interprétait à ses petits Grimelins {iv} les aphorismes d’Hippocrate, qu’il n’entendait lors point mieux qu’à présent, tant il est grand Docteur ; il paraît pourtant tel, chevauchant son grand mulet. On m’a averti de n’ajouter foi à son approbation quia nescit, etc.. » {v}

    1. Ne l’ayant pas fréquenté.

    2. Répétiteur, avec nuance méprisante.

    3. Professeur.

    4. Jeunes écoliers : il semble ici que, pour les initier au grec (ou au latin), on leur inculquait des aphorismes hippocratiques.

    5. « parce qu’il est ignorant, etc. »

  15. Jean ii de Bourges (v. note [26], lettre 237) est le 55e de la liste (page 8) :

    « Jeune homme sans science ni expérience, a marché après son père et n’a eu autre motif de signer avec les autres sinon quia pater iussit. » {i}

    1. « parce que papa l’a ordonné. »

  16. Bécarre était alors synonyme de dièse, soit, en musique, une rehausse d’un demi-ton.

  17. Michel Langlois (v. note [3], lettre 569) est le 57e de la liste (page 8) :

    « Rougit de honte de se voir dans ce libelle qualifié illustre, célèbre, fameux Médecin […] il reconnaît qu’on s’est moqué de lui en mettant dans ce Catalogue car, encore qu’il soit sans esprit autant que sans science, il sait néanmoins qu’il est un pauvre garçon qui à peine connaîtrait la soude, dont sa mère se sert pour la lessive, d’avec l’antimoine. »

  18. Jean iii des Gorris (v. note [3], lettre 225) est le 2e de la liste (page 2) :

    « S’y trouve placé à meilleur titre puisqu’il est approbateur perpétuel de telles piperies et fourberies : sa cabale faite pour approuver et autoriser l’Orviétan {i} en est un témoignage assuré, pour quoi il fut réprimandé. »

    1. V. notes [14] et [16], lettre 336.

  19. « Car les lèvres de ce genre ne conviennent pas à une si précieuse perle. »

  20. Claude De Poix (mort le 4 août 1653, v. note [4], lettre 110) est le 6e de la liste (page 2) :

    « N’est employé en cette Liste de meilleure foi que les deux autres défunts : il est vraisemblable qu’il a été antimonié aussi bien qu’eux, puisqu’il était incurable et que cette panacée fait miracle de guérir les incurables, tels que ce bailleur de bourdes se reconnaît avoir été en la page 5 de son avis au Lecteur. »

    Eusèbe Renaudot parlant d’Orthodoxe (Claude Germain, v. note [2], lettre 276) dans l’Avis au lecteur de L’Antimoine justifié… :

    « l’antimoine, qu’il publie partout être une drogue si dangereuse, ne l’a point été pour lui, puisqu’il en a été parfaitement guéri, bien que les siens l’eussent abandonné et jugé hors de toute espérance de salut avant qu’il prît ce remède. Après cela, dites que l’antimoine ne fait pas de miracles puisqu’il a guéri deux incurables, en nous rendant également la santé si peu espérée, et fait parler deux muets, nous déliant la langue pour nous faire parler en public en suite du profond silence que nous avions toujours gardé. »

    Les deux incurables muets guéris par l’antimoine en prenant la plume pour le défendre contre la Faculté étaient Eusèbe Renaudot lui-même, avec son Antimoine justifié… (1653), et Jean Chartier, avec son Plomb sacré… (1651).

  21. V. note [5], lettre 551, pour Esculape.

    Jean i de Bourges (v. note [26], lettre 237) est le 9e de la liste (page 3) :

    « Dans le poème qu’il a mis au frontispice de son chétif ouvrage, {i} comme un tambour de biscaye, {ii] pour inviter d’entrer à la farce, reconnaît que l’antimoine en tue plusieurs avant le temps ; et néanmoins, il lui donne son approbation, videt meliora probatque, sed deteriora sequitur. {iii} »

    1. Ce poème de Jean de Bourges, médecin de Paris, est intitulé Clarissimo Viro D. Eusebio Renaudoto Doctori Medico Parisiensi. De ancipiti Stibij usu [Au très brillant M. Eusèbe Renaudot, docteur en médecine de Paris. Sur l’équivoque emploi de l’antimoine] :

      De Stibio certant Medici, vocat ille venenum
      Alter
      αλεξικακον prædicat αντιδοτον
      Arbiter hos inter veniens Renodotus utrumque
      Laudat, et hoc litem discutit eloquio.
      Ignari in manibus Stibium censeto ferale
      Inquit, sic multos sustulit ante diem :
      Docta manus Stibium si tractet, habeto salubre,
      Sic plures Orci faucibus eripuit
      .

      [Les médecins se battent sur l’antimoine : quand un l’appelle venin, l’autre proclame qu’il est bon contre les maux et antidote ; et voici Renaudot qui vient arbitrer entre eux en approuvant l’un comme l’autre, et qui rompt la querelle avec éloquence. Jugez, dit-il, que l’antimoine est funeste entre les mains d’un ignorant, car il hâte le trépas ; mais tenez-le pour salutaire quand une docte main le manie, car alors il arrache nombreuses gens des gorges de l’enfer].

    2. Tambour de basque que les bateleurs employaient pour attirer le public.

    3. « il constate et approuve les meilleurs effets, mais il cherche à atteindre les pires ».

  22. Jean Du Clédat (v. note [19], lettre 242) est le 12e de la liste (page 3) :

    « Se trouve au nombre des certifiants {i} les bonnes qualités de l’antimoine ; je ne sais par quelle voie car je ne hante ni ne connais ce personnage, lequel ne fréquente non plus nos Écoles que s’il n’était point Docteur. On le dit semblable au bois de vielle qui s’accorde avec chaque ton, n’ayant la force de repartir {ii} si on lui conteste quelque chose. »

    1. De ceux qui certifient.

    2. Répliquer.

  23. Claude Quiquebœuf (v. note [14] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté) est le 11e de la liste (page 3) :

    « N’a osé refuser sa reconnaissance à ce divin remède, auquel il dot son second et heureux Hymen, l’ayant délivré, comme on dit, de sa première femme, laquelle lui augmentait beaucoup sa morosité naturelle. »

  24. « Qui boite toujours boitera » (v. notule {g}, note [11], lettre 333).

  25. Au desçu : à l’insu.

    Philippe ii Hardouin de Saint-Jacques (v. note [15], lettre 54) est le 14e de la liste (page 3) :

    « Sanctifié par le bénéfice de son père, n’est de la partie seulement quia Iansenista ; {i} mais par l’intérêt qu’il a de défendre ce parti, à peine d’être déclaré hautement, comme il est reconnu faussaire dans le registre de son Doyenné, pour avoir placé cette drogue vénéneuse dedans le Codex sans ordre ni décret de la faculté ; quoiqu’il ait voulu démontrer le contraire dedans la seconde partie de cette Satire, à la compilation de laquelle il a beaucoup contribué, et plusieurs autres de cette Secte, pour soulager l’auteur de la même façon qu’il l’est par les mémoires qui lui sont envoyés (ou qu’il feint lui être envoyés) de divers lieux pour former les Gazettes ; mais, encore qu’ils aient travaillé avec soin pour rendre l’antimoine triomphant en cette seconde partie, ils ne l’ont pu, ne l’ayant justifié en la première, {ii} comme il sera démontré dedans l’examen qu’on en dresse. {iii} »

    1. « parce que janséniste » (v. supra notule {l}).

    2. Comme son titre l’indique, le livre d’Eusèbe Renaudot est divisé en deux parties : 1 L’antimoine justifié (pages 1‑186) ; 2. L’antimoine triomphant (pages 187‑386).

    3. Annonce des Remarques sur le livre de l’antimoine de Me Eusèbe Renaudot… de Jean Merlet (Paris, 1654, v. note [3], lettre 346).

  26. Jacques Jouvin (v. note [6], lettre 646) est le 15e de la liste (page 3) :

    « S’est laissé surprendre par ce saint et lui a accordé son suffrage sans être beaucoup informé à quel dessein on lui demandait, tant il est bon ce Jacques bon homme. » {i}

    1. « Jacques Bonhomme, nom donné par dérision aux paysans, à la population des campagnes dans le xive et le xve s. » (Littré DLF). C’était le nom de celui qui mena le soulèvement paysan survenu à Beauvais vers 1358, dès lors appelé jacquerie.

  27. Jacques Thévart (v. note [23], lettre 146) est le 17e de la liste (page 4) :

    « Neveu de M. de Baillou, {i} n’a trouvé dedans les écrits de ce célèbre docteur (plusieurs desquels il a donné au public) aucune recommandation de l’antimoine, qui l’ait persuadé de signer avec les autres et se rencontrer entre deux plus ignorants que lui ; {ii} car je certifie à ceux qui ne le connaissent aussi bien que moi qu’il a plus de science que de nez, c’est-à-dire de prudence. C’est pourquoi il s’est laissé emporter aux intercessions de ce saint porte-bourdon et plante-bourdes. » {iii}

    1. V. note [19], lettre 17, pour Guillaume de Baillou.

    2. Urbain Bodineau, 16e de la liste (v. supra notule {h}), et Cyprien Hubault, 18e (v. supra notule {i}).

    3. Bourdon : « Bâton fait au tour, qui a une pomme au haut et au milieu, et un fer pointu par en bas, que portent les pèlerins » (Furetière).

      Bourde : « mensonge dont on se sert pour s’excuser ou pour se divertir de la crédulité des autres » (ibid.).

  28. V. supra notules {i} et {j} pour Cyprien Hubault et Sébastien Rainssant.

    Jacques Regnault ou Renaut (v. note [14] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté) est le 21e de la liste (page 4) :

    « Ne nous a pas moins surpris et, en effet, on aurait eu peine de se persuader, qui ne le verrait, attendu sa modestie et simplicité naturelle, qu’il eut l’ambition d’être mis au rang de ces célèbres, illustres et plus savants Médecins. Je me persuade qu’il est trop bon pour (contre la charité chrétienne) vouloir accroître les souffrances et les maux de ses malades par cette violente drogue, assez malfaisante pour trouver, à juste titre, place parmi les venins. »

  29. Lancelot de Frades (v. note [3], lettre 569) est le 23e de la liste (page 5) :

    « Confesse ingénument ne savoir ce qui était contenu dans un papier où il remarqua les noms de plusieurs Docteurs avec leurs signatures, où il apposa la sienne, sans autre cérémonie ou information, Ecce quam bonus Israëlita. {i} J’exhorte un chacun à lui pardonner car ce qu’il en a fait a été par simple et ordinaire ignorance. »

    1. « Voyez comme il est bon israélite ! » (v. note [22], lettre 406).

  30. Denis Joncquet (v. note [7], lettre 549) est le 34e de la liste (page 6) :

    « M’a surpris aussi bien que plusieurs de nos compagnons, l’estimant assez éclairé pour discerner le bien d’avec le mal, et ne se laisser entraîner au parti des fauteurs et suppôts de l’ennemi commun, lequel travaille sans cesse pour décevoir les simples et les superbes ; Joncquet s’est perdu par sa sotte vaine gloire. »

  31. Pierre Le Mercier (v. note [14] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté) est le 28e de la liste (page 5) :

    « Digne héritier de feu son père qui aimait fort le vin, comme il est décrit dans la bibliothèque Patinienne, {i} souffrira plutôt d’être empoisonné en buvant que de condamner le vin, quelque mixtion qu’on y fasse, quand même il serait imprégné de ce vénéneux esprit antimonial. »

    1. V. notes [25], [26] et [27], lettre 336 pour l’énigmatique Bibliotheca Patinica [Bibliothèque patinesque], attribuée à Victor Pallu (v. note [54], lettre 229), avec son Mercerus degobillans [Le Mercier dégobillant].

  32. Léon Le Tourneurs (natif de Rennes, v. note [9], lettre 380) est le 30e de la liste (page 5) :

    « Très bien nommé, paraissant généreux comme un Lyonnais ; mais on remarque qu’il tourne à tout vent comme une girouette, ce qui fait douter de sa conversion, et qu’on craint qu’il ne périsse dans l’erreur ; un Breton demi-Manceau est fort sujet à caution. »

  33. Michel Marès (v. note [46], lettre 442) est le 32e de la liste (page 6) :

    « Étourdi comme un hanneton ne sachant où s’appuyer, ayant perdu l’espérance des faveurs du premier Médecin du Roi, {i} et n’ayant suivi l’exemple et avis de son sage beau-père, {ii} a cru trouver grâce parmi ces Antimoniaux qui, à présent se moquent de lui, ayant attrapé son suffrage pour grossir leur nombre ; et ainsi, il se trouvera comme embourbé dans un marais, sans pouvoir s’en retirer. »

    1. Mort de François Vautier le 4 juillet 1652, docteur de Montpellier et premier médecin de Louis xiv (v. note [26], lettre 117).

    2. Je n’ai pas identifié l’illustre et dogmatique beau-père de Michel Marès.

  34. Florimond Langlois (v. note [1], lettre 977) est le 35e de la liste (page 6) :

    « Cherche maître il y a longtemps et si, par désespoir, il s’est donné à ce diable d’antimoine de bon cœur, il pourra réussir ; alias non, {i} car les tièdes, dans cette cabale, ne font leur profit. »

    1. « autrement non ».

  35. François Pajot (v. note [14] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté) est le 36e de la liste (page 6) :

    « Fils et frère d’apothicaire, ne désire le renversement de leurs fourneaux, à la conservation desquels ces Cabalistes d’antimoine conspirent de tout leur pouvoir avec leur prince Guénault, qui a été élevé parmi ces fumées. Si Pajot ne s’est rangé avec les gens de bien, il n’est capable de faire le discernement de ceux-ci d’avec les trompeurs, étant un bon gros gras sans esprit ni finesse. »

  36. Jean ii Cousin (v. note [67], lettre 150) est le 39e de la liste (page 6) :

    « Est un enfant sans malice qui n’a osé se détraquer {i} de la piste de son beau-frère Rainssant ; s’il n’est capable de rendre autre service à ce parti, au moins, il versera ce vin antimonié dans les vaisseaux {ii} que cestui-là aura inutilement rainssés, {iii} puisqu’ils ne peuvent être salis par une plus infecte liqueur qu’est ce vin vraiment venin. »

    1. « Détourner de quelque occupation » (Furetière).

    2. Récipients.

    3. Détournement orthographique ironique de rincés.

  37. Pierre Moriau (v. note [3], lettre 864) est le 41e de la liste (page 6) :

    « Dans son humeur mélancolique, vere enim morosus est, {i} s’est laissé persuader à quelque petit baudet, {ii} ou autre de ces satellites d’antimoine, que l’usage en est bon et excellent, car je ne crois pas qu’il l’ait jamais mis ni vu mettre en pratique. »

    1. « car il est vraiment morose ».

    2. « par quelque petit baudet » : « vieux mot qui signifie un âne ; on le dit aussi d’un homme fort ignorant ou fort bête » (Furetière).

  38. Jean Garbe (v. note [46], lettre 442) est le 42e de la liste (page 6) :

    « N’en est pas de même, {i} il emploie ce puissant venin ab hoc et ab hac {ii} sur les pauvres malades de la charité du faubourg S. Marcel ; {iii} et il n’épargne non plus les autres, s’il en attrape, jusques à en déplaire bien fort au noble et savant Mentel, son voisin, qui a eu la générosité d’en former plainte en pleine assemblée de la Faculté. {iv} »

    1. Que Pierre Moriau (v. supra notule {aj}).

    2. « pour un oui, pour un non ».

    3. V. note [3], lettre 5, pour le sanitat de Saint-Marceau (ou Saint-Marcel), autrement appelé hôpital de la Santé.

    4. V. les Décrets et assemblées de la faculté de médecine de 1651‑1652, en date du 5 octobre 1652, pour la querelle entre Jacques Mentel et Jean Garbe.

  39. Jean Maurin (v. note [37], lettre 117) est le 47e de la liste (page 7) :

    « N’a pu refuser < à > son affidé, Eusèbe Renaudot, qu’il n’ait été du nombre de ses approbateurs, puisque c’est de lui qu’il a la hardiesse, ou plutôt témérité, de se servir de ce venin, même par les narines d’un homme duquel on ne pouvait ouvrir la mâchoire serrée par convulsion ; il mourut tôt après. Cette histoire me fut racontée lors par un de nos anciens, homme de probité, sed an ut emeticum, vel errhinum ? {i} suivant ce que cet avocat de l’antimoine a écrit en la page 21 de la première Partie. {ii} »

    1. « mais était-ce comme émétique ou comme errhine ? ».

      Errhines : « remèdes qu’on prend par le nez pour purger les humidités du cerveau. Il y en a en poudre, comme la bétoine, le tabac, la marjolaine, l’iris, le laurier rose, l’ellébore blanc et l’euphorbe. D’autres sont liquides, qui sont faites de suc de marjolaine, de sauge, de bettes, de cyclamen, d’iris, etc. ; d’autres en liniment incorporées avec de l’onguent rosat ; d’autres en pyramide solide pour arrêter le sang des narines, composées de bol de Levant, de terre scellée [sigillée], de mastic, de sang humain ou de pourceau desséché, etc. Les errhines sèches et faites seulement de poudres sont appelées proprement, sternutatoires. Les modernes les appellent caput purgantia. Le suc de la poirée blanche aspirée par le nez en errhine fait éternuer et dissout la pituite crasse. Le cresson, et principalement l’alénois, est employé dans les errhines, pour faire éternuer. »

    2. Ironie justifiée sur un passage particulièrement fumeux (pages 20‑21) de L’antimoine justifié concernant le tétragone d’Hippocrate (v. note [7], lettre 54) :

      « par le tétragone, il faut entendre les croûtes ou la substance et le corps de l’antimoine, dont il formait un médicament, de figure quadrangulaire, qu’il introduisait dans les narines pour purger, par cette voie, le cerveau des excréments dont il était abreuvé dans ces deux maladies où il le recommande ; et qu’il pratiqua vraisemblablement en la guérison de Mnésianax en pareil cas qu’il lui ordonna les purgations de la tête ; [Épidémies, livre vii, § 45 (Littré Hip, volume 5, pages 413‑415)] à laquelle, comme on demeure d’accord qu’il s’est servi d’antimoine pour la décharger des humeurs excrémenteuses qui avaient besoin d’être tirées fortement par ce puissant remède, il y a grande apparence qu’il ne l’a pas moins employé aux purgations universelles que l’ellébore blanc, avec lequel il ne se contente pas de faire vomir, qui est une de ses principales vertus, mais il s’en sert en errhine pour soulager le cerveau de femmes attaquées de fleurs blanchâtres et pituiteuses [leucorrhées vaginales, v. note [31], lettre 242] causées par la corruption des humeurs dont il s’est fait transport en cette partie ; bien que les véritables préparations qu’il faisait tant de l’antimoine que de l’ellébore nous soient également inconnues. »

  40. V. notules {m}, {p} et {q}, note [11], lettre 333, pour les entrées de la liste consacrées à Étienne Bachot (52e), à Armand-Jean de Mauvillain (54e) et à Germain Hureau (56e).

  41. V. infra note [56], pour Cantherius in fossa [La Bourrique dans le bourbier] et son Navicula Solis [Petit navire du Soleil], libelle contre Siméon Courtaud, qu’Isaas Cattier attribuait ici à Guy Patin.

  42. « Quand il aura fini par arriver au ciel ».

  43. « le même intérêt accompagne ceux dont la terre a recouvert les corps » ; Virgile (Énéide, livre vi, vers 653‑655) :

    […] quæ gratia currum
    armorumque fuit vivis, quæ cura notentis
    pascere equos, eadem sequitur tellure repostos
    .

    [(…) ce charme que les chars et les armes avaient pour eux de leur vivant, l’intérêt qu’ils trouvaient à faire paître des chevaux au pelage luisant demeurent les mêmes et les accompagnent, une fois que la terre a recouvert leur corps].

  44. Railleries.

  45. La qualité du ciel.

  46. Guenuche : petite guenon.

  47. Gélôtopoios, bouffon.

  48. Farceur.

  49. À l’écaille.

  50. « Hannon, Grec insensé qui voulut passer pour un dieu. Afin d’y parvenir, il apprit à plusieurs sortes d’oiseaux à répéter Hannon est un dieu ; puis il leur donna la liberté pour aller répandre de tous côtés cette nouvelle ; mais les oiseaux oublièrent leur leçon, et Hannon se vit frustré dans ses folles espérances » (Fr. Noël).

  51. V. infra note [57].

  52. V. note [2], lettre de Charles Spon, le 13 août 1657, pour la grive qui chie sa propre mort.

  53. V. note [42], lettre 288, pour le jeton décanal de Guy Patin, où figuraient son effigie et les trois grues ou cigognes qui symbolisaient la Faculté de médecine de Paris.

Les 32 notices nominales de la Légende que j’ai transcrites dans les notules de ce long extrait de la Seconde apologie m’ont confirmé dans l’idée que Guy Patin n’en avait pas été l’auteur ; sur Isaac Cattier et sa Seconde Apologie, il écrivit d’ailleurs à Charles Spon, le 19 mai 1654 :

« Il me veut faire passer là-dedans pour l’auteur de la Légende, à laquelle j’ai contribué comme vous ; il y a là-dedans sept ou huit marauds de charlatans que j’eusse bien autrement traités qu’ils n’y sont, je les connais trop bien et suis trop bien informé de leurs friponneries. »

Quoi qu’il en soit du véritable auteur de la Légende, Patin en a fait les frais car cette Seconde Apologie est la plus virulente charge de Montpellier contre lui.

56.

Cantherius in fossa : {a}

Navicula Solis. Cento extemporalis fartus ex elegantiis grammaticalibus Orationis Simeonis Curtautii, Decani Medicinæ Montispessulanæ, pronunciatæ die 21 mensis Octobr. ann. 1644 pro studiorum renovatione, Monspelii, apud Petrum du Buisson, Typographum Regium, ann. 1645.

[Le petit navire du Soleil. Pot-pourri improvisé, farci des élégances grammaticales du discours de Siméon Courtaud, doyen de médecine de Montpellier, prononcé le 21e jour du mois d’octobre de l’an 1641 pour l’inauguration des études, et publié en l’an 1645, à Montpellier, chez Pierre Du Buisson, {b} imprimeur royal]. {c}


  1. « La Bourrique dans le bourbier », pseudonyme de l’auteur : v. notule {f}, note [4], lettre 137.

  2. Référence exacte de l’Oratio de Siméon Courtaud : v. note [19], lettre 128.

  3. Sans lieu ni nom ni date, in‑4o de 7 pages, paru en 1646.

    Ce pamphlet répondait au Diffibulatoris μωρολογια [Langage insensé du déshabilleur] que les Montpelliérains avaient publié contre la Centonis kακορραφιας Diffibulatio des Parisiens (attribuée à René Moreau), parus la même année et détaillés dans la susdite note [4].


Comme Navicula Solis (v. ci-dessous) et Cento extemporalis, Cantherius in fossa est une expression relevée dans le discours prononcé par Courtaud contre la Faculté de médecine de Paris après la dure sentence du Parlement prononcée contre Théophraste Renaudot en août 1642 (v. note [3], lettre 90).

Selon le même procédé que la Diffibulatio précédemment parue (v. note [4], lettre 137), ce Navicula Solis… est un libelle truffé de subtilités qui vise à ridiculiser le mauvais latin et le pédantisme de Siméon Courtaud. Des extraits soigneusement référencés du discours de Courtaud y sont mis bout à bout, dans un désordre indescriptible, pour en souligner tout le grotesque. Ainsi, par exemple, le titre et les deux premiers mots de ce pamphlet reprennent le début d’une phrase qui se trouve à la page 47 de l’Oratio de Courtaud :

Navicula Solis est Hippocratem vehens Abderam, Thasum, Cranonem, Perinthum, Œnum, Larissam, Pheras, Salamina, Iechinam Olynthum, Pellam, Omilon, Meliboeam, Elidem, Athenas, sive per universum orbem, et ad omnes ubique laborantes.

[Le petit navire du Soleil {a} est celui qui conduit Hippocrate à Abdère, à Thasos, à Cranon, à Périnthe, sur l’Œnus, à Larissa, à Phères, à Salamine, à Olynthe, à Pella, à Omilos, à Melibœa, à Élis, à Athènes, soit par tout l’Univers, au-devant des hommes qui partout souffrent].


  1. Allégorie dont Courtaud se sert pour désigner l’Université de Montpellier.

La seconde partie du Navicula Solis…, sous le titre de Lege et mirare [Lisez et étonnez-vous] donne un florilège des phrases bancales ou oiseuses qu’on trouve dans le discours de Courtaud. Pour n’en fournir qu’un échantillon, la phrase Nullum dulcius, et magis honorabile victoriæ genus, quam convincere mentientem ; larvaque detracta, corniculam, sibilis obiicere perambulandam [Aucun genre de victoire n’est plus agréable et plus honorable que dénoncer le mensonge, et quand le masque a été arraché, exposer aux sifflets le petit corbeau qui doit s’en aller ailleurs] est enguirlandée de ce commentaire :

Hui ! semper sedebit lapis super lapidem. Si Dominus Decanus Monspeliensis et Professor Regius, pergit gingrire, nisi cum celebraverit Adonia, et aures nobis obtundere barbarismo orationis suæ : cum feruligera plebe deturbabitur in quintam Romanorum classem ; e qua non prius emanebit, quin explicuerit illud Plautini senis in Mercatore : Hodie ire in ludum accœpi literarium.

[Peste ! une pierre reposera toujours sur une pierre. Si Monsieur le doyen de Montpellier et professeur royal continue à crier comme une oie, à moins qu’il n’ait célébré les Adonies, {a} et à nous casser les oreilles avec l’incongruité de son discours, alors le petit peuple armé de férules le reléguera au dernier rang des Romains, d’où il ne sortira pas tant qu’il n’aura pas expliqué cette parole du vieillard de Plaute dans le Marchand : « Aujourd’hui j’ai accepté d’aller à l’école élémentaire »]. {b}


  1. Fêtes d’Adonis.

  2. Vers 303 du Marchand, pièce de Plaute où le vieillard portait le nom de Démiphon (Demipho senex).

La Seconde Apologie (page 215) a glosé sur le Navicula Solis… :

« Ne doutez point ni de la bonté de ce petit Navire, ni de son bonheur, vous en avez déjà fait l’épreuve ; le sieur Patin a tâché de la remplir {a} de quelque quincaillerie de grammaire. Le sieur Moreau a secouru le sieur Patin et y a jeté encore quelque vieille ferraille pour l’enfoncer ; mais un matelot a nettoyé le Navire de ces ordures et les a jetées dans la mer ; après cela, le capitaine Riolan y veut faire entrer tout le corps de son armée. Il faut bien qu’elle soit bonne et forte pour soutenir une telle foule sans être foulée ; mais plus elle est foulée et chargée, mieux elle va, pource qu’elle a toujours le vent favorable. »


  1. L’assimilation du Navire à l’Université de médecine montpelliéraine explique apparemment le féminin employé dans ce paragraphe.

On soupçonnait donc, à Montpellier, Guy Patin de se cacher derrière le pseudonyme de Cantherius in fossa, mais il en rejetait ici l’identité sur son érudit collègue Jean Bérault (v. note [22], lettre 146), le traducteur de l’Euphormion de Barclay.

Le ms BIU Santé no 2190 conserve sur ce sujet une lettre de Siméon Courtaud à Charles Spon, datée de Montpellier le 16 avril 1647 (pages 163‑168) :

« Monsieur,

Étant averti que M. Seignoret vous apportait quelques exemplaires de la réponse que j’ai faite à l’auteur du Navicula Solis, sous le nom de notre bedeau, à qui j’ai donné pour titre Cantharus in luto, {a} afin que vous et ceux qui la liront sachent le dessein, je le vous dirai fort brièvement et autant que ma main encore languissante de maladie le pourra permettre. L’auteur du Navicula Solis, c’est le sieur Patin, lequel je reconnus incontinent à la patte. J’ai répondu en raillant, et le fondement de la raillerie c’est un rencontre qui arriva audit sieur devant le dataire {b} royal, car les gardes qui y étaient, le voyant venir de loin à cheval, un d’eux commença à crier Voici le diable ! Sur cela j’ai bâti tout le reste du dessein. Après, venant au plus sérieux, j’ai mis pour articles les fautes en grammaire qu’il avait relevées contre mon Apologie, là où je le fais voir aussi piètre grammairien que médecin et philosophe. C’est un vrai pédant, et qui ne saurait dire aucune chose du sien : témoin en est cette pièce tant peignée qu’il a mise au jour par trois fois, An totus homo a natura morbus ? question tirée des épîtres d’Hippocrate, mais qui n’est autre chose qu’un beau centon, comme il est aisé à vérifier à quiconque a lu les bons auteurs. {c} Voilà quel est ce grand personnage. Il faut remarquer que, sur la fin de l’entretien entre le docteur de Montpellier et le Paidotribe, {d} j’ai ajouté l’histoire d’un docteur de Paris appelé Bachot, lequel étant allé à Melun pour faire la médecine commença incontinent à médire des honorables citoyens et faire des invectives, qui fut cause qu’il en fut chassé avec le bâton ; et étant de retour à Paris, pour sa bienvenue, fit une harangue pleine d’injures contre moi, contre notre École et contre nos docteurs. Voilà en somme le sujet de ma réponse, de laquelle j’attends le jugement que vous en ferez. Elle est si bien reçue à Paris que ce n’est pas à moi à vous dire l’estime qu’on en fait, ayant si bien mêlé l’utile à l’agréable. Du depuis, le sieur Moreau a paru pour second du sieur Patin en cette sorte : un de nos docteurs appelé M. Cattier répondit au Navicula Solis sous le titre de Centonis cacorraphia, pièce fort gentille à laquelle le sieur Moreau a répondu sous le titre de Cacorraphiæ diffibulatio ; laquelle a été incontinent suivie de la réplique dudit sieur Cattier sous le titre de Diffibulatoris Morologia ; {e} et pour ce que ledit Moreau s’est montré un peu téméraire et insolent contre moi, je lui réserve sa part après que j’aurai recouvré la santé, Dieu aidant, et ce sera la dernière pièce et clôture sur ce sujet que je vais faire sous le titre du Confiteor de Michel de La Vigne. {f} Nous avons encore à Paris un de nos docteurs appelé Magdelain, lequel harcèle sans cesse toute cette tourbe de médecins de Paris par un traité dont il a mis au jour la première partie sous le titre de Olim et nunc, {g} avec un style tout particulier et qui peut être compris de peu de gens. Je suis las d’écrire, mais non pas d’être, Monsieur, votre plus humble et plus affectionné serviteur,

Courtaud. »


  1. Cantharus Parisinus, sive Pillularius scarabeus in luto. Epistola Melandri Ialapii Brancasclepii ad omnes medicos doctores Monspelienses, ubicumque terrarum vivant et bibant. Impressa Aplaniæ, apud Brancassium Dentavellum. Anno mastigophori flagellati secundo.

  2. Mot incongru car, en principe, réservé au cardinal qui dirige la chancellerie romaine.

  3. [La Cantharide {i} parisienne, ou le scarabée pilulaire {ii} dans la fange. Lettre de Melandrus Jalapius Brancasclepius {iii} à tous les docteurs en médecine de Montpellier qui vivent et boivent partout sur terre. Imprimée à Aplania {iv} chez Brancassius Dentavellus, l’an deux du fouetteur fouetté]. {v}

    1. Scarabée fouille-merde, v. note [9], lettre 515.

    2. Transporteur de petites boule de crotte.

    3. Melandrus (Μελανδρος) désigne un « Homme noir ». Je n’ai pas trouvé de sens à Jalapius. Brancasclepius réunit branca, « patte d’animal féroce » et Asclepios, « Esculape » (v. note [5], lettre 551).

    4. Probable dérivé d’απλανης, pour dire « la ville fixe, apaisée ».

    5. Sans lieu ni date, in‑4o de 68 pages ; la seconde année de la lutte entre Montpellier et Paris correspond sans doute à 1646.

  4. V. note [4], lettre 98 et sa transcription (avec traduction et commentaires), pour cette thèse quodlibétaire de Patin sur la question « Par nature, l’homme n’est-il pas tout entier maladie ? ». Elle prouve, tout comme sa cardinale sur la Sobriété, que la critique de Courtaud sur la manière dont Guy Patin rédigeait n’était pas sans fondement.

  5. Παιδοτριβης, maître de gymnastique pour les enfants.

  6. V. note [4], lettre 137, pour ces trois libelles opposant René Moreau (pour Paris) à Isaac Cattier (pour Montpellier).

  7. Ce pamphlet de Courtaud est resté à l’état de projet, je n’en ai du moins pas trouvé de trace imprimée.

  8. Jadis et maintenant.

En dépit de l’intérêt philologique de ces libelles furieux, les détails de leur jungle, dont j’ai donné un aperçu, ont jusqu’ici échappé aux travaux historiques sur les suites de la querelle entre Théophraste Renaudot et la Faculté de médecine de Paris, bien qu’il y ait énormément à en apprendre.

57.

Esprit « se dit en ce sens de ces visions ou apparitions qu’on voit, ou qu’on croit voir sous diverses figures, et qu’on tient être des démons ou des âmes des défunts. Cette maison est inhabitable parce qu’il y revient des esprits » (Furetière).

La Seconde Apologie… est divisée en 155 sections, dont la 143e est intitulée Prenez garde du sieur Patin (pages 218‑219) :

« Vous {a} criez de 150 lieues au doyen {b} qu’il se prenne garde du sieur Patin. Il faut bien que le danger soit grand puisque l’avis vient de si loin. Mais vous, seigneur Patin, prenez garde comme Riolan vous traite. On ne se prend garde que des fous, des bêtes et des chariots, cependant vous n’êtes aucun de ces trois. D’ailleurs, vous n’êtes point si démon, encore qu’ils viennent vous trouver dans votre cabinet, auxquels par civilité vous quittez le siège cum silentio et tremore, {c} et marchant aussi léger qu’un chat en temps de pluie. Vous êtes trop homme pour être bête, et trop sage puisque vous êtes doyen. J’ajoute que le sieur Patin n’est pas homme pour envoyer tous les autres dans la ville de Sigée. {d} Il se trouvera quelqu’un qui le regardera en face et enclouera sa bombarde de langue. Un bedeau {e} a fait déjà voir qu’il est plus plaisanteur que grammairien et lui a appris qu’il doit premièrement bien apprendre avant que de reprendre, et que qui veut mordre doit être hors de prise s’il veut être sans reprise. {f} Me Patin même a fait savoir qu’il n’était qu’un chétif collector stribiliginum {g} et qu’il ne pouvait se délivrer des étoupes {h} de la grammaire, lesquelles lui étoupent {i} la porte de la science. Le doyen {b} ne se garde que des bêtes et des abêtis. Le sieur Patin non patietur hoc stabulum. {j} Le doyen y a déjà pris garde et le connaît, et sa portée. Il n’a connu en lui qu’une grenouille en sa grenouillère ; il sait que dum ludit mordet, dum serio agit, sordet. {k} Sa dent est une meule, sa langue un moulin à vent. Quant à son esprit, il est assez connu, quoique sa curiosité l’ait porté jusqu’à la nécromancie {l} pour se délivrer du doute de l’existence des démons ; laquelle cependant, il commence à croire quelque peu depuis que l’âme de son ami prédécédé le vint trouver à la minuit en robe longue, suivant la convention faite entre eux que le prédécédé viendrait donner le bonsoir au survivant. {m} Mais il serait plus sûr pour lui de consulter les Arabes que les démons. Il est toutefois assez industrieux pour les surprendre, comme le Silène de Bacchus ; {n} mais où ? dans les étoupes de la grammaire, desquelles il est aussi farci comme une araignée de sa filasse.

Mais vous, vénérable Riolan, prenez-vous garde de ce grand Canamusali car s’il fait quelque gaillardise à gauche, vous en répondrez comme son Achates. {o} Il a assez d’esprit, mais il l’a bien aussi burlesque. Il n’est pas là qu’il ne médite magnam quandam amphoram {p} et il faut croire qu’au premier coup de pied de potier, il commencera à chanter ces vers inimitables, Torva Mimalloneis implerunt cornua bombis. {q} Et ensuite, Cave, cave, namque in malos asperrimus parata tollo cornua. {r} Il est de la nature du mulet, il garde quelque coup de pied ou de dent à son maître. Au reste, vous n’aurez jamais mieux fait que de le faire doyen, il avait assez vieilli déjà sous la forme de Patin. Vous l’avez fait monter à la grandeur d’un brodequin, il peut vivre avec espérance de s’élever quelque jour à la hauteur d’une botte, en dépit de tous les esprits nocturnes qui le voudront importuner. Pour moi, finissant cette section, quand j’ai vu que vous criiez au doyen de se prendre garde de si loin, je pensais qu’il y eût quelque grosse bête à corne qui courût à lui ; mais je n’ai rien vu, le dirai-je ?, qu’un singe. Je le crois toutefois si honnête homme que nonobstant tant de chamaillis d’école, il ne refuserait point de toucher la main au doyen en la présence et compagnie de Monsieur de Frontignan, grand compositeur de querelles. » {s}


  1. Jean ii Riolan, dans ses Curieuses recherches… v. note [13], lettre 177.

  2. Siméon Courtaud, doyen de l’Université de médecine de Montpellier.

  3. « en silence et avec effroi ».

  4. Ville de Troade, où s’élevaient les tombeaux d’Achille et de Patrocle.

  5. V. supra note [56], notule a.

  6. Allusion au Navicula Solis.

  7. « collectionneur de solécismes ».

  8. Étoupes : les parties les plus grossières.

  9. Étouper : boucher.

  10. « ne supportera pas cette écurie » (probable allusion à la dernière phrase du Naviculus Soli, où il est question, sans le nommer, de faire sortir des écuries d’Augias, à coups de fourche, Théophraste Renaudot, qualifié d’“ exilé, ignare, fourbe, et bâtard ”).

  11. « tant qu’on joue, il mord, mais quand on en vient aux choses sérieuses, il devient méprisable ».

  12. V. note [19] du Naudæana 3.

  13. Ce prédécédé était Théophraste Renaudot, mort le 25 octobre 1653.

  14. V. note [10], lettre 164.

  15. Canamusali ou Alcana Mosali : médecin arménien de Bagdad au xiiie s. qui a laissé un important traité sur les maladies des yeux. Riolan était affligé d’ophtalmie et Patin le soignait (était comme son Canamusali) : quelque « gaillardise à gauche » (fantaisie de travers) de son intime ami (Achates, compagnon le plus fidèle d’Énée, v. note [24], lettre latine 88), et le malade pouvait perdre la vue.

  16. « quelque grande amphore ».

  17. Premier de quatre vers attribués à Néron, mous, bancals et impossibles à bien entendre, dont Perse (Satire i, vers 99) voulait se moquer. Parmi diverses traductions disponibles, on en a modifié une (de l’abbé de Marolles) qui semble adaptée au contexte (brocardant l’amour allégué de Patin pour le vin) : « Ils emplirent les cornes tordues du bourdonnement des bacchantes ».

  18. « Prends garde, prends garde, car je suis très rude et prêt à frapper les méchants de ma corne » (Horace, Épodes, vi, Contre un poète médisant, vers 11‑12).

  19. Je n’ai pas identifié ce M.  de Frontignan, grand arbitre de querelles.

Cette section de la Seconde Apologie… répondait directement à quelques fanfaronnades des Curieuses recherches sur les Écoles en médecine de Paris et de Montpellier… de Jean ii Riolan (page 124) :

« Le Gazetier Renaudot mit l’an 1642 un de nos compagnons en procès pour bien moindre chose, prétendant d’avoir été appelé Nebulo et Blatero, termes prétendus par lui injurieux, et pour lesquels il demandait réparation de lèse-Gazette ; mais faute d’avoir bien su ajuster ce Patin à son pied, il perdit son procès tout au long, en belle et bonne compagnie, le jeudi 14e d’août 1642, aux Requêtes de l’Hôtel. » {a}


  1. V. note [12], lettre 44.

Et plus loin (pages 275‑276) :

« Pourquoi en voulez-vous si furieusement à Monsieur Patin, qui est aujourd’hui notre doyen et très savant docteur de l’École de Paris ? Prenez garde à vous, Maître Courtaud, ce brave docteur a fait tête et a puissamment rembarré un vieux docteur de Montpellier {a} en plein auditoire lorsque, plaidant lui-même sa cause, sans employer d’avocat, il le menaça et le terrassa de ce beau passage de saint Jérôme, Epistola centesima, en ces termes : Disposui fœtentem secare nasum, timeat qui strumosus est. {b} Momus, au rapport de Pline le Grand, ne trouvait rien à redire au portrait de Vénus, sinon qu’elle avait des patins qui faisaient trop de bruit : quod sandalias crepitantes haberet. {c} Pareillement, entre les médecins de Paris, qui vous ont courageusement résisté en défendant notre École, vous taxez particulièrement le sieur Patin pour ce qu’il est fort généreux, et qu’il a défendu très courageusement les droits et les prérogatives de notre Faculté au procès que nous avons eu par ci-devant avec le Gazetier Renaudot, et contre les prétentions de vos médecins de Montpellier, qui étaient intervenus au procès. »


  1. Théophraste Renaudot.

  2. « J’ai donné ordre de couper un nez puant, que celui qui est scrofuleux vive dans la crainte » (v. note [3], lettre 90).

  3. Cette citation n’est pas dans Pline l’Ancien ; mais on trouve l’anecdote dans l’adage d’Érasme, Momo satisfacere, et similia [Donner satisfaction à Momus, et autres dictons] (no 447) :

    Philostratus in epistola quadam ad uxorem, de Momo scribit in hanc ferme sententiam : Hunc in Venere nihil alioqui, quod reprehenderet, invenisse, nisi quod sandalium illius calumniabatur, ut striduluum, nimisque loquax, ac strepitu molestum. Quod si Venus citra sandalium incessisset, ita ut emersit a mari, tota nuda, nullam omnino ansam capendi Momus invenisset.

    [Dans une lettre à son épouse, Philostrate {i} parle de Momus {ii} à peu près en ces termes : il n’avait rien trouvé d’autre à blâmer en Vénus que la chicaner sur sa sandale, la trouvant crissante et trop chuintante, désagréable par son grincement. Si Vénus avait marché sans sandales, telle qu’elle était sortie toute nue de la mer, Momus n’aurait absolument rien eu à en redire].

    1. V. note [41], lettre 99.

    2. Dieu de la raillerie, du sarcasme et de la folie, v. note [37], lettre 301.

58.

Tripe se dit « figurément et par mépris, des passages et lambeaux qu’on tire des auteurs grecs et latins, pour en faire des citations inutiles, ou affectées, ou pédantesques, pour faire paraître quelque érudition à contretemps » (Furetière). Guy Patin était lui-même grand amateur de tripes.

59.

Foncer : débourser de l’argent (Furetière).

60.

« et contre la malignité empoisonnée de l’antimoine. »

61.

« et du moment qu’il débite quelque chose contre moi, peu lui importe que ce soit complètement faux. »

62.

La construction fort hachée, et même décousue, de ce paragraphe exprime toute la fureur de Guy Patin à l’encontre du pamphlet qu’il s’acharne à mettre en miettes.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er mai 1654

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(Consulté le 13/07/2024)

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