L. 401.  >
À Hugues de Salins, le 30 avril 1655

Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre lettre avec grande joie, datée du 10e d’avril. Adressez-moi quelqu’un à qui je puisse commettre le deuxième livre de M. Guillemeau [2] avec quelques vers que j’ai à vous envoyer contre l’antimoine, [3] qui est ici si fort décrié que ses fauteurs mêmes en ont honte. Mayerne Turquet, [4] natif de Genève, huguenot [5] et grand charlatan [6] chimiste, est mort en Angleterre le 2d d’avril. Le Fèvre, [7] autre charlatan fameux, est mort en sa ville de Troyes [8] le 16e d’avril ex duplici poculo stibiali[1] Il n’a que ce qu’il a mérité, neque enim lex æquior ulla est Quam necis artifices arte perire sua[2][9] En récompense, la mort nous a emporté deux grands personnages en Hollande, savoir Daniel Heinsius, [10] âgé de 77 ans, et David Blondel, [11] professeur en théologie (huguenote) à Amsterdam. [12] Il avait été ministre de Charenton, [13] fort savant homme. Il avait écrit un petit livre par lequel il prouve qu’il n’y eut jamais de papesse [14] à Rome, et cela est vrai. Il était aveugle [15] depuis trois ans. Il n’avait que 60 ans et était le plus savant homme de l’Europe dans la vieille histoire. Vous avez deviné le faible de Fernel [16] ex libris de abditis rerum causis[3] notre métier est plus matériel nec potest ad tam remotas causas recurrere[4] Lisez bien et souvent le Botallus de Lyon. [5][17][18] Il n’y a dans l’Érasme [19] qu’une épître Desiderato More[20] qui est de l’impression d’Angleterre, pag. 1562, epistola 45, lib. 27[6] je pense que c’est votre homme. La lettre est du 12e d’octobre, l’an 1533, deux ans et demi avant sa mort ; ces dernières-là ne sont pas les pires, Bos lassus firmius figit pedem[7][21][22]

Je ne me souviens pas du papier dont vous parlez de Monsieur votre frère, [23] qui commence par Futuros medicos. Obligez-moi de m’en faire une copie de votre main, aussi bien que de l’autre manuscrit contre Alstedius. [8][24]

Tout l’ordre de Perdulcis [25] est très bon, la doctrine n’en est pas mauvaise pour ce temps-là, mais dans sa pratique il saigne trop peu ; cetera sanus[9]

Capivaccius [26] était un homme sage et savant, c’est un beau jardin où il fait bon se divertir quelquefois. [10] Mercurial [27] a été un grand homme, mais qui voyait trop peu de malades. Il y a quelque chose de gentil en sa pratique ; ce qu’il a fait de meilleur est en ses livres de Arte gymnastica des dernières éditions. [11] Petrus Salius Diversus [28] est un bon auteur : ce qu’il a fait sur l’Hippocrate est fort bon ; il a fait un autre livre de peste[29] où il y a quelques petits traités à la fin fort curieux de affectibus particularibus in Ant. Donatum de Altomari ; [30] il se trouve in‑8o de Francfort, et in‑4o d’Italie. [12] Le Forestus [31] est trop πολυφαρμακος [13][32] et n’a guère rien de beau que ce qu’il a pris de Fernel.

Feu M. de Saumaise [33] est un excellent homme et supra omnes titulos positus[14] et le plus savant carabin qui soit jamais sorti de la braguette du P. Ignace [34] n’en a point approché. Pour Joseph Scaliger, [35] il a été homme très admirable et tout divin malgré la médisance des maîtres passefins ex pistrino Loyolæ[15]

Je baise les mains très humblement à mademoiselle votre femme [36] et la remercie de la bonté qu’elle a eue de m’écrire son beau nom. J’ai baisé votre lettre en cet endroit afin de baiser son nom. Ce sera vous, s’il vous plaît, qui lui rendrez ce baiser, erunt hæc veneficia tua : si vis amari, ama ; [16][37] pour moi, je ne sais point d’autre magie. Vivez sobrement, Venus, omnia mediocria[17] et ainsi vous vivrez longtemps. N’étudiez pas si rudement et jamais après souper, fuge illas lucubrationes nocturnas tamquam pestem et rem mortiferam[18] et pratiquez bien un vers que j’ai ouï dire à feu M. Guillaume Du Val : [38][39]

Est Veneri Bacchus, Venus est inimica Minervæ[19][40][41]

Étudiez le matin et usez de peu de vin, fort trempé, toute votre vie. Et hæc præcepta, pauca quidem, sed optima, boni consule[20]

On avait imprimé en cachette à Amsterdam un livre intitulé De tribus Nebulonibus[21] lesquels y étaient nommés : Thomas Aniello [42] qui fit, il y a environ cinq ans, révolter Naples [43] contre le roi d’Espagne ; le deuxième était Olivier Cromwell, [44] le tyran d’Angleterre ; le troisième était le ministre de France, le cardinal Mazarin. [45] Je ne sais qui est cet auteur, mais je ne puis approuver son choix. [22] Le livre a été sagement saisi par autorité du magistrat et supprimé ; néanmoins, il se peut faire qu’il en échappera quelqu’un qui servira à quelque autre imprimeur [46] altéré pour en faire une autre édition.

Je fais mes leçons [47] dans le Collège [48] de Cambrai [49] trois fois la semaine, lundi, mercredi et vendredi. Je vous envoie l’affiche, laquelle vous en dira davantage et par laquelle vous connaîtrez quelle matière je traite. J’ai près de 80 écoliers.

Il y a de l’apparence que la mort est sur les charlatans : voilà des lettres de Montpellier [50] qui viennent d’arriver, lesquelles nous apprennent que Lazarus Rivière [51] qui y était professeur du roi et charlatan insigne, même fort ignorant, y est mort d’un catarrhe [52] suffocant et d’un asthme. [53] Il a publié une Pratique et des Observations, il eût bien mieux fait s’il les eût retenues chez soi dans son étude ; il n’avait jamais lu Hippocrate [54] et Galien, [55] et même je sais qu’il n’en avait point. [23] Il était de l’avis de Guénault [56] qu’il n’y avait qu’à tromper le peuple puisqu’il le veut être ; novitate et multiplicitate remediorum esse decipiendos ægrotantes ; [24] qu’il ne faut que de petits remèdes secrets et particuliers pour cela, prendre l’argent des malades et après cela, que le Diable les emporte s’il veut. Ô malheureux et pernicieux machiavélisme ! [57]

On dit que le pape [58] ne veut point de guerre en Italie et qu’il veut prononcer la paix générale ; que pour cet effet, il a député deux cardinaux pour les envoyer l’un en Espagne et l’autre en France, pour acheminer ce grand ouvrage ; quod ut faciat faxit Deus[25] On dit qu’il a fait sa cavalcade dans Rome à pied, à petits frais, qui est la marque d’un prince sage et modéré. [26] Ceux qui font beaucoup de dépenses sont obligés de voler leurs sujets pour se remplumer. Tibère [59] dit quelque part dans Tacite, Si liberalitatibus nostris ærarium nostrum exhauserimus, per scelera replendum veniet[27][60]

La reine de Suède [61] est toujours à Bruxelles [62] où elle n’a plus d’argent après l’avoir très follement employé en beaucoup de dépenses fort inutiles. Le roi de Pologne [63] est fort pressé d’une grande guerre contre le Moscovite [64] qui s’est rendu le plus fort et lui a pris de bonnes places dans la Lituanie. [28][65][66]

Nous attendons ici un beau livre de feu M. Grotius [67] touchant le royaume de Suède, qui sera Gothica Procopii [68] avec la continuation de M. Grotius jusqu’au feu roi Adolphe-Gustave. [69] Cela sera beau, il y aura deux volumes in‑8o[29] Les ballots en sont en chemin entre Rouen et Paris. On imprime en Hollande un livre fort curieux de Præadamitis. L’auteur est un gentilhomme huguenot nommé Pibarede, [70][71] lequel prétend qu’Adam n’a point été le premier homme et qu’il y en avait d’autres devant lui (quod facile crediderim). [30] Ce livre servira de commentaire à quelques chapitres de l’Épître < de > saint Paul aux Romains. [72]

Je me recommande à vos bonnes grâces, à damoiselle Marguerite de Bonamour, [16] votre chère épouse (puisqu’elle est grosse, conservez-la bien ut pulchra faciat te prole parentem), [31] à Monsieur votre père, à Monsieur votre frère ; et je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 30e d’avril 1655.


1.

« d’une double prise d’antimoine. » Guy Patin a précédemment donné le 15 avril pour date de la mort de Le Fèvre, empirique de Troyes.

2.

« et de fait nulle loi n’est plus juste que de faire périr par leur propre invention les inventeurs d’un supplice » (Ovide, v. note [37], lettre 291).

3.

« par ses livres sur les causes cachées des choses » (v. note [48], lettre 97).

4.

« et ne peut recourir à des causes aussi éloignées. »

5.

V. note [18], lettre 360, pour le livre de Botal sur le traitement par la saignée.

6.

« page 1562, lettre 45, livre 27. »

Guy Patin renvoyait, avec son exactitude coutumière, aux 31 livres des lettres d’Érasme publiés à Londres (1642, v. note [14], lettre 71) en un volume in‑fo de 2 146 pages. Celle qu’il citait ici a été écrite en octobre 1533 : Érasme, âgé de 66 ans, était installé depuis trois ans dans la cité catholique de Fribourg-en-Brisgau (Souabe) sous la protection de l’empereur Charles Quint ; le 22 août, en butte à la Réforme qui s’y répandait, l’évêque de Genève avait dû quitter la ville ; Érasme publiait son Liber de sarcienda Ecclesiæ concordia, deque sedandis opinionum dissidiis, cum aliis nonnullis lectu dignis… [Livre sur la concorde de l’Église qu’il faut réparer et sur les dissensions d’opinions qu’il faut apaiser, avec quelques autres choses dignes d’être lues…] (Anvers, Michael Hillenius, 1533, in‑8o) et sa bienveillance accommodante à l’égard des réformés lui valait le mécontentement de ses protecteurs catholiques.

Erasmus Rotterdamus Desiderato More S.D.
Gratulor isti Reipublicæ, Desiderato charissime, quod ab eo dissidio quod audieram suboriri, liberata est. Is certe metus me deterruit, quo minus istuc commigrarem, ne toties ob vini periclitarer inopiam ; Nam a fine Februarii usque ad Septembrem perpetuo langui, sic collapso stomacho, ut omnino nihil admitteret, ac certo comperi languoris causam non aliam fuisse quam vini idonei inopiam. Nam mutato vino protinus revixit stomachus. Hæc est huius corpusculi calamitas toleranda, donec et ventrem et escas destruat Deus. Ne vero mihi idem eveniat rursus hac hyeme, emisi famulum Gilbertum Cognatum, mihi quidem multis nominibus charissimum, sed hoc etiam titulo chariorem, quod tibi propinqua consanguinitate coniunctus est, ut mihi duo aut tria vasa adferat. Arbitror officialem nondum e legatione redisse, nam e Lucrecia nuper ad me scripsit amantissime, et audio D. Franciscum Bonvalotum e rebus humanis concessisse. Quo magis te rogo, ut Gilberto nostro, tuo consilio velis adesse, ut pecuniam bene collocet, et quamprimum ad nos redeat. Ridebit aliquis me de vino tam esse sollicitum. Riderem et ipse, nisi præsenti periculo toties essem doctus. Revocatus sum in patriam a Regina Maria, Cæsare, summo Cancellario et Duce Arscoti, misso etiam viatico trecentorum florentorum, et præstituto salario tanto in annos singulos, iamque paratis equis accinctus eram ad iter. Sed imbecillitas cogit expectare ver. Reliqua cognosces ex Cognato bis tuo semel meo. Ecclesiæ concordiam iamdudum suspiramus verius quam speramus. Huc certe sum adhortatus, libellum opinor exhibebit Gilbertus. Opto te quam rectissime valere. Datum Friburgi Brisgoiæ duodecimo die Octobris, Anno a Christo nato m.d.xxxiii.

[Érasme de Rotterdam salue Desideratus Morus.
Je félicite, très cher Desideratus, cette République de s’être libérée par la sédition qu’on m’a dit s’y être soulevée. Voilà qui a sans doute passé ma peur d’y aller habiter, si je n’y souffrais, toutes les fois que j’y suis, du défaut de vin. De fait, de la fin de février à septembre, j’ai perpétuellement souffert de ne rien pouvoir absorber du tout, comme si j’avais eu l’estomac noué, et j’ai découvert que la cause de ma langueur n’était certainement rien d’autre que le manque de vin convenable. En effet, mon estomac a repris vie aussitôt que j’ai changé de vin. C’est que je dois bien supporter la ruine de ce petit corps jusqu’à ce que Dieu détruise et le ventre, et la nourriture. Pour que la même chose ne m’arrive pas cet hiver, j’ai envoyé l’abbé Gilbert Cognat, qui m’est certes très cher à bien des titres, mais encore plus parce qu’il est votre proche parent, afin qu’il m’en apporte deux ou trois muids. Je pense que mon émissaire n’est pas encore revenu de son ambassade car il m’a récemment écrit fort affectueusement de Lucrecia {a} et j’apprends que M. François Bonvalot ne s’occupe plus d’affaires matérielles. Je vous prie donc instamment de bien vouloir conseiller à notre Gilbert de dépenser utilement l’argent que je lui ai confié et de nous revenir dès que possible. On rira de moi de tant m’inquiéter pour du vin. Je rirais, et lui aussi, si je n’étais pas si bien renseigné sur le danger qui menace. La reine Marie, l’empereur, le grand chancelier et duc d’Aerschot me rappellent dans ma patrie ; ils m’ont même envoyé un viatique de trois cents florins, étant convenus d’un si beau salaire pour chacune des années que j’ai passées ici. Je me disposerais au voyage dès que les chevaux seraient prêts, mais la mauvaise santé me force à attendre le printemps. Cognat vous fera connaître le reste deux fois mieux que moi. Nous soupirons depuis longtemps pour la concorde de l’Église plus que nous ne l’espérons. On m’y exhorte ici sans doute, je crois que Gilbert vous montrera mon petit traité. Je souhaite que vous vous portiez le mieux possible. De Fribourg-en-Brisgau, le 12 octobre de l’an du Christ 1533].


  1. Sic pour Lutecia, Paris ?

Je n’ai pas mieux identifié Desideratus Morus. Le volume contient deux lettres adressées à Gilbertus Cognatus canonicus Nozerethi in Burgundia [Gilbert Cognat, chanoine de Nozeroy en Bourgogne] (livre 27, nos 50 et 51) dans lesquelles Érasme ne lui parle pas de Morus. La reine Marie était la sœur de Charles Quint, Marie de Hongrie (1505-1558), qui gouverna les Pays-Bas à partir de 1531. François Bonvalot, abbé de Saint-Vincent de Besançon, fut ambassadeur de Charles Quint auprès de François ier (de 1538 à 1540) puis administrateur de l’archevêché de Besançon (de 1544 à 1556). Le grand chancelier et duc d’Aerschot était Philippe de Croÿ (1496-1549), gouverneur du Hainaut. Érasme ne vendit sa maison de Fribourg qu’en octobre 1535, pour s’installer définitivement à Bâle.

7.

« Un bœuf n’a jamais le pied plus ferme que quand il est bien las » ; adage commenté par Érasme (no 47) :

« Saint Jérôme, homme d’un goût plus qu’exquis, écrivant au bienheureux Augustin d’Hippone, {a} a employé ce proverbe pour l’empêcher que, jeune homme, il ne provoque le vieillard qu’il était. Ceux que l’âge a déjà usés s’excitent certes plus lentement au combat, mais leur ardeur et leur acharnement n’en sont que plus grands quand cette vertu sénile se trouve réchauffée si elle a été éveillée. “ Je me souviens, dit Jérôme, de Darès et Entelle et du dicton populaire, Bos lassus fortius figit pedem ”. {b} Il se référait à l’ancienne manière de battre le blé, où des bœufs faisaient rouler des chariots sur les gerbes pour séparer les grains, en partie sous la pression des roues ferrées, en partie sous celle des sabots des bêtes. […] On peut se plaire à voir là que les jeunes l’emportent par l’agilité du corps, mais que les vieillards les surpassent en force dans les combats d’endurance, comme le raconte Virgile dans la rencontre de Darès et Entelle. {c} Cela ne s’accorde pas tout à fait avec ce qu’expliquent les recueils grecs, ατρεμας βους : “ le bœuf lentement ”, sous-entendu bouge la patte, car s’il avance doucement, il laisse une profonde empreinte dans le sol. ».


  1. De dix ans son cadet.

  2. Lettre de saint Jérôme à saint Augustin datée de l’an 403.

  3. Deux Troyens dont le second battit le premier, bien qu’il fût plus jeune que lui (Énéide, chant v).

8.

Jean-Baptiste ii de Salins, frère aîné d’Hugues, détenait deux manuscrits de Guy Patin, qui n’en avait pas conservé le souvenir. Le début du premier, « Futurs médecins » (futuri medici à l’accusatif), n’est à tenir que pour probable, à cause de l’écriture difficilement lisible à cet endroit. Le second était la transcription d’un texte contre le théologien calviniste Johann Heinrich Alsted (v. note [6], lettre 153).

9.

« pour le reste, il est bon. »

10.

Gerolamo Capivaccio (Padoue début du xvie s.-ibid. 1589) enseigna pendant 37 ans la médecine pratique à Padoue. Il a notamment laissé une pratique médicale intitulée Medicina practica, sive methodus cognoscendorum et curandorum omnium humani corporis affectuum [Médecine pratique, ou méthode pour reconnaître et soigner toutes les affections du corps humain], publiée pour la première fois à Francfort en 1594, in‑4o (Monfalcon in Panckoucke).

11.

Geronimo Mercuriali (v. note [16], lettre 18) : De Arte gymnastica libri vi, in quibus exercitationem omnium vetustarum genera, loca, modi, facultates et quicquid denique ad corporis humani exercitationes pertinet, diligenter explicantur [Quatre livres sur l’Art gymnastique, où sont exactement expliqués l’exercice de tous les anciens, leurs origines, lieux, modalités, facultés, et enfin tout ce qui concerne les exercices du corps humain] (Venise, Juntæ et Baba, 1644, in‑fo, pour la 6e édition, la première datant de 1569).

C’est une compilation établie d’après les monuments, les livres imprimés et les manuscrits, où se trouvent des recherches sur les gymnases des anciens et sur tous les exercices ou jeux auxquels ils se livraient. Mercuriali y est tombé dans un défaut trop commun chez les érudits, celui de pousser le respect pour l’Antiquité jusqu’à condamner ce que font les modernes : il a par exemple blâmé l’équitation en se fondant sur un passage d’Hippocrate (J. in Panckoucke).

12.

« sur les affections particulières qui sont dans Antonio Donato da Altomari ».

Médecin napolitain, Antonio Donato da Altomari (1520-1566) dut se réfugier à Rome en raison de calomnies ; il ne lui fallut rien moins que la protection du pape Paul iv pour oser reparaître à Naples où on le réintégra dans les places qu’il occupait autrefois. Son ouvrage le plus réputé est De medendis humani corporis malis, Ars medica [L’Art médical de remédier aux maladies du corps humain] qui a été publié pour la première fois à Naples, in‑4o, en 1553 (J. in Panckoucke).

Pietro Salio Diverso, médecin italien de la seconde moitié du xvie s., qui étudia à Naples sous Altomari et revint ensuite exercer à Faenza, sa ville natale, a commenté l’ouvrage de son maître dans son De Febre pestilenti tractatus et curationes quorundam particularium morborum, quorum tractatio ab ordinariis practicis non habetur, atque annotationes in Artem medicam de medendis humani corporis malis, a Donato Antonio ab Altomari, Neapolitano conditam, cum indice copioso [Traité sur la Fièvre pestilentielle et les traitements de certaines maladies particulières dont les pratiques ordinaires ne s’occupent pas, ainsi que des annotations sur l’Art médical de soigner les maladies du corps humain, établi par Antonio Donato da Altomari, de Naples, avec un riche index] (Bologne, Rossius, 1584, in‑4o ; Francfort, héritiers d’Andreas Wechel, 1586, in‑8o).

Diverso a aussi laissé des Commentaria in Hippocratis libros quatuor de Morbis luculentissima… Quibus non solum difficillima artis medicae capita explicantur, sed Hippocratis quoque obscuriora loca quam plurima ita enarrantur, ut, his delibatis, ad reliqua etiam eiusdem scripta facilis lectori pateat aditus… [Commentaires très lumineux des quatre livres d’Hippocrate des Maladies… où non seulement sont expliqués les chapitres les plus difficiles de l’art médical, mais aussi sont ainsi interprétés un grand nombre des passages les plus obscurs d’Hippocrate, de manière que, les ayant mis à part, un accès facile s’ouvre au lecteur sur le reste de ses écrits] (Francfort, 1602, in‑fo) (O. in Panckoucke).

13.

« polypharmaque ».

Pierre (Peter) Van Foreest, médecin hollandais (Petrus Forestus, Alkmaar 1522-ibid. 1597), alla compléter ses études dans les principales villes d’Italie, se fit recevoir docteur à Bologne, suivit à Padoue les leçons d’André Vésale, puis passa en France où il se montra assidu aux cours de Jacques Dubois (Sylvius) à Paris, qui lui conseilla de s’installer à Pluviers en Beauce ; mais il n’y resta qu’un an et retourna enfin aux Pays-Bas. Foreest habita pendant près de 40 ans à Delft où la ville lui faisait une pension considérable en récompense des grands services qu’il avait rendus pendant une épidémie meurtrière. En 1575, il se rendit à Leyde pour y ouvrir les cours de médecine. Ayant passé de nouveau 10 ans à Delft, il partit finir ses jours à Alkmaar. On a de lui divers écrits recueillis et publiés sous le titre d’Observationum et curationum medicinalium libri xxviii [Vingt-huit livres d’observations et de guérisons médicales] (Francfort, 1606-1611, 5 volumes in‑fo) (G.D.U. xixe s. et F.‑G. Boisseau in Panckoucke).

14.

« et qui est au delà tous les titres d’honneur ».

15.

« issus du pétrin de Loyola » (v. note [3], lettre 369).

16.

« ce seront vos sortilèges, aime si tu veux être aimé » ; Sénèque (Lettres à Lucilius, livre i, lettre ix, § 6) :

Hecaton ait “ ego tibi monstrabo amatorium sine medicamento, sine herba, sine ullius veneficæ carmine : si vis amari, ama ”.

[Hecaton a dit : « Voici une recette pour te faire aimer sans drogue, ni herbe, ni incantation de quelconque sorcière : aime si tu veux être aimé »].

Guy Patin se réjouissait fort du nom de la femme de Salins : Marguerite de Bonamour (qu’il prénommait aussi Louise, par erreur), comme on le verra à la fin de cette même lettre.

17.

« Vénus, et tout le reste avec modération ».

Raccourci d’un précepte d’Hippocrate (Épidémies, livre vi) que Guy Patin s’est plu à citer (v. note [3], chapitre iv) et répéter (v. note [3], chapitre v) dans sa Conservation de santé :

Labor, cibus, potus, somnus, Venus, omnia mediocria.

[Travailler, manger, boire, dormir, aimer, le tout avec modération].

18.

« fuyez ces travaux nocturnes comme peste et chose mortifère ».

19.

« Bacchus va avec Vénus, mais Vénus est ennemie de Minerve » (v. note [23], lettre 260).

20.

« Et trouvez bons ces préceptes, certes peu nombreux, mais excellents. »

21.

« Des trois Vauriens ». La censure fut efficace puisque tous ceux qui ont parlé de ce livre depuis 1655 ont été incapables de mettre la main dessus. Il figure dans le Dictionnaire critique, littéraire et bibliographique des principaux livres condamnés au feu, supprimés ou censurés… de Gabriel Peignot (Paris, Renouard, 1806, tome i, pages 1‑2).

22.

V. notes [24], lettre 150, pour Tomaso Aniello, dit Masaniello, et [23], lettre 449, pour Les trois Imposteurs (Moïse, Jésus-Christ et Mahomet), livre dont le titre et l’énigme rappellent Les trois Vauriens, mais dont les cibles sont distinctes.

23.

Passage ambigu : soit Lazare Rivière (v. notes [5], lettre 49, pour sa Praxis medica…, et [6], lettre 132, pour ses Observationes medicæ…) n’avait pas de pratique médicale ; soit, ce qui est moins probable, il n’avait pas chez lui les œuvres de Galien et d’Hippocrate.

24.

« qu’il faut abuser les malades par la nouveauté et la multiplicité des remèdes ».

25.

« Dieu veuille que ça arrive. » Acheminer « se dit figurément en morale des desseins, des affaires, des entreprises, pour dire les mettre en bon état pour l’exécution : une vive foi achemine les chrétiens à la gloire éternelle ; l’avis de cet avocat a fort bien acheminé cette affaire, il l’a mise en train de réussir » (Furetière).

26.

Pour un pape, aller en cavalcade, c’est aller en procession prendre possession de l’église Saint-Jean-de-Latran, siège de l’évêché de Rome dont il est le titulaire. L’Histoire des cérémonies du siège vacant… (v. note [9], lettre 399) décrit tout le faste de la cavalcade (pages 41‑43) avec, à la fin, ce qui touchait à la personne même du pontife :

« Le gouverneur de Rome marche ensuite ; et puis les pages du pape, quand il en a, suivent à pied et tête nue. Immédiatement après, le pape est conduit dans la litière couverte, ayant à ses côtés les deux maîtres des chemins, ou grands voyers, vêtus de noir, à cheval et tête nue ; comme tous ceux qui se rencontrent entre la croix du pape et Sa Sainteté, de quelque condition qu’ils soient, sont obligés de l’avoir et de se tenir découverts. Après Sa Sainteté, marchent tous les cardinaux sur leurs mules, les patriarches, archevêques, évêques et autres prélats, deux à deux, chacun selon son rang ; et tout ce convoi est fermé par les deux compagnies de chevau-légers de la garde de Sa Sainteté, armés de toutes pièces. Arrivant à Saint-Jean-de-Latran, le pape quitte son habillement ordinaire pour prendre la mitre et la chape, et se va asseoir en un trône qui lui est préparé dans le vestibule de l’église, où les chanoines d’icelle lui viennent baiser les pieds ; puis il va à la porte de l’église qu’il trouve fermée, on lui donne les clefs pour l’ouvrir, on y chante le Te Deum, après lequel le pape monte en la loge de bénédiction, d’où il la donne à tout le peuple qui est dans la place, avec indulgence plénière. »

27.

« Si par des libéralités nous vidons notre trésor public, on en viendra à des crimes pour le remplir » ; Tacite (Annales, livre ii, chapitre xxxviii, § 2) :

Si ambitione exhauserimus per scelera supplendum erit.

[Si, par complaisance, nous le vidons, {a} il faudra recourir à des crimes pour le remplir].


  1. Le trésor public.

28.

Continuation de la guerre de Treize Ans entre les Russes et les Polono-Lituaniens (v. note [7], lettre 374).

29.

L’Historia Gothorum Vandalorum et Langobardorum ab Hugoni Grotio, partim versa, partim in ordine digesta… [Histoire des Goths Vandales et Lombards par Hugo Grotius, partie traduite, partie mise en ordre…] (Amsterdam, L. Elsevier, 1655, in‑8o) est une adaptation et prolongation de la « Gothique de Procope », accompagnée de remarques savantes sur les antiquités des peuples du Nord.

Procope est un historien grec du vie s. originaire de Césarée en Palestine ; il a notamment laissé cette Histoire en huit livres (v. note [1], lettre 536) contenant le récit des guerres de Justinien contre les Perses, les Vandales et les Goths. Les souverains de Suède étaient rois ou reine Suecorum, Gothorum, Vandalorum [des Suédois, Goths et Vandales].

30.

« ce que je croirais facilement ». V. note [3], lettre 93, pour les Præadamitæ sive exercitatio… d’Isaac de La Peyrère, dont Guy Patin écorchait ici le nom, et qu’il avait annoncés dès 1643.

31.

« pour qu’elle vous fasse le père d’une belle famille ».

a.

Ms BnF no 9357, fos 171‑172.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Hugues de Salins à Guy Patin, le 30 avril 1655.
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(Consulté le 21.09.2019)

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