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À Charles Spon, le 28 septembre 1655

Monsieur mon bon ami, [a][1]

Je délivrai le mardi 21e de septembre à M. du Guebi, marchand de Lyon, lequel partit ce même jour, un livre pour vous de notre bonhomme M. Riolan [2] contra Pecquetum et Pecquetianos[1][3] J’en enverrai un de ces jours à Lyon un petit paquet que je vous adresserai pour Messieurs vos collègues, nos bons amis, où il y aura encore quelque autre chose pour vous. Ce même jour, 21e de septembre, je vous envoyai une lettre de quatre grandes pages qui est un pot-pourri de toute sorte de nouvelles, lanx satura[2] Depuis ce temps-là, nous apprenons ici que le duc de Mantoue [4] s’en retourne en Italie sans que personne sache au vrai ce qu’il y était venu faire ; savoir s’il a vendu les trois duchés qu’il a en France, s’il a vendu au roi Casal [5] et le Montferrat, et s’il s’est mis, comme l’on dit, dans la protection du roi ou autrement. Omnia sunt dubia, Elias veniet qui revelabit[3][6] c’est-à-dire le temps qui apprend tout. Je voudrais bien ne vous être pas importun, mais ma curiosité m’en empêche, voire même me pousse à vous prier à m’acheter à Lyon, s’ils s’y trouvent car je ne sais où ils ont été imprimés (mais au moins ils l’ont été et j’en suis très assuré, ut mihi constat ex quodam Nomenclatore propria authoris manu scripto quem habeo ante oculos), [4] les livres suivants du P. Théophile Raynaud : [7] De Agno Dei, in‑8o ; Christus geminæ gigas substantiæ, in‑fo ; Titulus conceptionis immaculatæ immaculatus, sub nomine Amedæi Salyi, in‑8o ; De bono regimine humano, in‑8o ; Iudæ posteri Apostatæ a religiosis ordinibus, in‑4o ; Epi[phanii] Paulus 2 cum tractatu de apparitionibus sacramentalibus, in‑8o ; S. Ioannes Benedictus [Pastor] et Pontifex, in‑8o ; Raymundus Iordanus totus, cum Notis, in‑4o[5][8] J’espère que les libraires [qui ont] coutume d’imprimer pour lui vous en pourront fournir ou vous en donner quelques nou[velles] ; mais surtout, je vous supplie de me faire avoir s’il y a moyen celui qui a pour ti[tre] Iudæ posteri Apostatæ a religiosis ordinibus, in‑4o. Peut-être que M. Huguetan en a[ura.] Je vous demande très humblement pardon de tant de peines que je vous donne.

Ce 24e de septembre. M. Gassendi [9] se porte un peu mieux ; mais ce n’est de guérir, ce n’est qu’un répit, il a plus de facilité en son mal à cause d’un flux d’urine qui lui est survenu en une nuit et qui l’a un peu déchargé ; mais tout le soulagement qu’il a n’est pas pour longtemps. Nous le purgeons [10] [par inter]valles et dum vires sinunt, ad fata proferanda et proroganda[6] Le bonhomme, quelque […] ne laisse pas toujours d’espérer, quelque mal que nous lui ayons fait ; tantus […] m’a dit qu’il avait fait une disposition testamentaire pour ses œuvres à imprimer, […] plût à Dieu qu’il en pût voir l’exécution lui-même. On parle de le mettre au lai[t d’ânesse, [11] auquel] il n’a pu s’accommoder autrefois, à ce qu’il m’a dit, et qu’il lui avait donné la [fièvre. Il y a] deux ans passés que je lui proposai et qu’il me le refusa. Il m’en fit encore [reproche lors] de sa dernière grande maladie, il y a tantôt un an. Je lui en parlai encore […], il ne peut goûter ce remède, il dit que ce lait est son ennemi, que c’est […] impur et mal nourri, qu’il prendra du lait de vache si je veux, sed absit[7] […] vrai, quelque bon que pût être le lait d’ânesse, son excellence ne parviend[ra à combler] les brèches de la santé de ce grand personnage. J’ai bien peur que ce qu’il en [adviendra n’est] pas bien loin et que le premier froid n’emporte tout, summo nostro dolore et [maximo] [rei]publicæ literaris incommodo[8] Voilà qu’on nous apprend que le siège de Pavie [12] [est levé : [9] voilà] les prouesses du prince Thomas ; [13] cet homme est bon à faire tuer de pauvres [huguenots [14] innocents], [10][15] mais il ne saurait faire une bonne exécution sur le roi d’Espagne [16] son cousin[ ; voilà nos] capitaines et nos soldats récompensés de la charité et de toutes les autres bo[nnes œuvres qu’ils] ont prêtées à leurs hôtes durant le quartier d’hiver, tant en Bresse qu’[en Dauphiné !] Je voudrais que tous ces bourreaux fussent abîmés et que la terre en eû[t englouti le der]nier, les princes et les favoris iraient eux-mêmes faire la guerre ; ainsi les [armées ne seraient] guère grandes, les pauvres gens de la campagne ne seraient pas foulés de leur retrai[te. [11] La peste] [17] continue toujours bien fort en Hollande. On attend les nouvelles de Pologne, [de ce qu’y] peuvent avoir fait le roi de Suède [18] et le grand-duc de Moscovie. [19][20][21]

Ce 25e de septembre. Mais Dieu soit loué, voilà votre belle et agréable lettre du mardi 21e de septembre qui vient de m’être rendue, pro qua singulares ago gratias[12] J’attendrai en bonne dévotion votre Hollandais, médecin de Padoue. [22] Dieu veuille bien conduire M. Müller, [23] c’est un honnête jeune homme. Pour M. Devenet, [24] je ne pense pas que l’on puisse faire une bonne apologie pour ce coquin de Van Helmont, [25] mais les imprimeurs [26] enragent de nouveautés, qui est une marchandise dont le peuple raffole. De quoi s’avise ce médecin d’Aix, [27][28] de faire des apologies d’un tel sujet ? Il faut que cet homme ait bien du loisir. [13]

Je n’ai point hâte du Sennertus [29] non plus que du Theatrum vitæ humanæ[30] ceux-là viendront quand il plaira à Dieu ; mais je ne puis dire la même chose du Matthiæ Martinii Lexicum etymologicum[31] duquel je me servirais très heureusement et très volontiers si je l’avais ; mais néanmoins, quelque besoin et quelque envie que j’en aie, je suis résolu d’attendre que ces Messieurs se mettent en état d’exécuter leur bonne volonté, je tâcherai d’employer mon temps et de faire autre chose en attendant. [14]

Ce 26e de septembre. M. Gassendi vivit et spirat, sed non sine difficultate : Tantæ molis erat imbecillam partem pene confectam reparare[15][32] J’ai très peur pour lui dès le premier froid qui viendra le mois prochain : frigus enim, ut ex Tullio nosti, extenuatis corporibus, et ex Hippocrate, pulmonibus est inimicissimum[16][33][34]

Je souhaite très fort que les députés de Cromwell [35] tirent bonne raison de la duchesse de Savoie [36] pour le massacre qu’elle a fait faire de ces pauvres huguenots des vallées de Savoie. [10] [37] En voilà déjà le prince Thomas puni.

Je ne sais qui est celui qu’entend M. Le Noble [38] page 22, je le demanderai à M. Riolan et vous le manderai. [17]

Le cardinal Mazarin [39] est à La Fère, [40] pour faire passer un convoi dans la Flandre [41] à nos villes de nouvelle conquête ; mais l’on dit que ce convoi est arrêté et que l’on n’ose entreprendre de le faire passer à cause que le prince de Condé [42] est là auprès, sur le bord d’une rivière, avec 10 000 chevaux qui empêchent nos gens de passer outre. Voilà des nouvelles de mauvais présage et qui nous menacent de ne pas garder longtemps nos conquêtes en pays étranger.

On persécute ici de bénéfices saisis et impétrables le curé de la Madeleine [43] nommé Chassebras, [18][44] docteur en Sorbonne, [45] pour avoir eu la hardiesse de faire afficher par les carrefours un monitoire [46] en faveur du cardinal de Retz [47] et n’avoir pas voulu aller à la cour où il avait été mandé, où on lui voulait défendre de se mêler en aucune façon des affaires dudit cardinal, ni comme particulier, ni comme archiprêtre.

M. Gassendi est un peu mieux et n’a presque plus de fièvre. Il expectore un peu plus aisément, et même il lui est survenu un petit flux de ventre [48] qui le soulage de quelque chose ; si bien que j’ai aujourd’hui plus d’espérance de lui que je n’en ai encore eu depuis un mois entier.

Notre ambassadeur [49] a eu grosse querelle à Rome contre le cardinal de Retz pour la solennisation de la fête de saint Louis. [19] L’armée des Anglais est revenue de l’Amérique [50] en assez mauvais ordre, ils se vont raccommoder pour y retourner l’an prochain. Le roi [51] et la reine [52] sont à Fontainebleau. [53] La peste continue en Hollande où l’on a de nouveau imprimé un livre intitulé Georgii Hornii Dissertationes historicæ et politicæ[20][54] dans lequel il y a un chapitre entier de Seianismo[21][55][56] où il est fort parlé du marquis d’Ancre, [57] de Buckingham, [58] du cardinal de Granvelle, [59] et autres sangsues du peuple. C’est M. l’abbé Margotin [60] qui ne me l’a que montré et qui m’a dit que l’on n’en osait faire venir, de peur qu’ils ne fussent saisis à cause que ce livre était fort contre le Mazarin. [22] J’espère pourtant qu’à la fin nous n’en manquerons point.

Ce 28e de septembre. J’apprends de bonne part que M. Bouvard, [61] âgé de 83 ans, fait imprimer un livre en latin in‑4o touchant la réformation de la médecine, qu’il dédie et adresse à Messieurs les Gens du roi du Parlement de Paris, auxquels il demande justice de tant d’abus qui se trouvent aujourd’hui en notre métier. [23] On m’a rapporté qu’il en veut particulièrement contre les apothicaires, les chirurgiens [62] et les sages-femmes [63] qu’il appelle sagas[24] qu’il n’en fait tirer que 200 et que tout l’ouvrage étant achevé, s’il ne lui plaît fort, il le supprimera ; sinon, en ayant pris avis de ses amis, il le corrigera et l’augmentera, et puis après le fera réimprimer afin de le donner tout de bon au public. Il est plus d’à moitié imprimé et < on > espère que ce sera fait à la Toussaint. Nous avons ici deux de nos pauvres collègues bien malades, savoir M. Allain [64] et M. Chasles. [25][65] Je me recommande à vos bonnes grâces et suis de toute mon affection, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 28e de septembre 1655, à six heures du soir.

Tout est si peu assuré au fait de M. Gassendi que je viens tout présentement de lui ordonner une petite saignée de cinq onces de sang si la nuit prochaine il est tourmenté de son étouffement, [66] comme il l’a été la semaine passée ; alias enim suffocaretur, et vivere desineret, vir optimus, […] longiore vita, imo æternitate si fas esset, et per naturam homini liceret, dignissimus. Vale […] [26]


1.

« Contre Pecquet et les pecquétiens » : v. note [1], lettre 414.

2.

Satura est un plat (lanx) garni de toute espèce de fruits et de légumes, une sorte de macédoine, ou un ragoût, un pot-pourri ou une farce (Gaffiot).

V. lettre 415, pour les deux lettres du 21 septembre 1665 qu’on a réunies en une seule.

3.

« Tout est incertain, Élie viendra qui lèvera le voile » : Elias quidem venturus est et restituet omnia [Oui, Élie va venir et remettra tout en ordre] (Matthieu, 17:11).

V. note [27], lettre 415, pour quelques éclaircissements sur la visite du duc de Mantoue à Paris.

4.

« comme il m’apparaît d’après une certaine nomenclature écrite de la propre main de l’auteur, que j’ai sous les yeux ». Guy Patin a écrit nomenclatore (nomenclateur, esclave chargé de nommer les citoyens à son maître au fur et à mesure des rencontres) au lieu de nomenclatura (nomenclature, index) qui s’accorde mieux avec le contexte.

5.

Ces huit traités du P. Théophile Raynaud sont :

  • Christianus, Patris Christi et Matris Ecclesiæ per baptismum filius, cerei Agni a Christi vicario consecrati symbolica imagine expressus… [Le Chrétien, fils du Christ, son père, et de l’Église, sa mère, exprimé par l’image symbolique de l’agneau en or que consacre le vicaire du Christ…] (Grenoble, Édouard Raban, 1642, in‑8o) ;

  • « Le Christ, géant de la double substance » (ouvrage non répertorié dans Sommervogel, mais dont le titre correspond à un verset du Veni, redemptor gentium, hymne composé par saint Ambroise de Milan) ;

  • Dissertatio Amedæi Salyi, Theologi Hetæriani, de retinendo titulo immaculatæ Conceptionis Deiparæ Virginis, adversus Linum et Cletum contendentes reformatum a Gregorio xv, dictionarium. Ex apographo reverendissimi Patris Ioannis a Neapoli, Ordinis Minorum de Observantia Generalis Ministri [Discours d’Amedæus Salyus, théologien de la Société, pour retenir le titre d’immaculée conception de la Vierge mère de Dieu, contre Linus et Cletus qui attaquent le dictionnaire réformé par Grégoire xiv. Tiré d’une copie du révérendissime Père Jean de Naples, de l’Ordre des minimes de l’observance du ministre général] (Cologne, Cornelius von Egmond et associés, 1651, in‑8o) ;

  • De bono regimine humano, ad divinum suave simul ac forte per mixturam lenitatis et accurationis exigendo, Dissertatio R.P. Theophili Raynaudi ex Societate Iesu. Commonitorium ut sit Moderatio quod dicitur, et agger adversus ictum fluvii [Discours du R.P. Théophile Raynaud, s.j., sur le bon régime humain qui doit tendre agréablement vers le divin et peut-être par un mélange de douceur et d’application. Instructions écrites pour que la modération soit ce qu’on célèbre et une digue contre le battement du fleuve] (Rome, héritier de Corbelletti, 1648, in‑8o) ;

  • v. note [15], lettre 300, pour « Les apostats qui sont venus dans les ordres religieux après Judas » ;

  • Epiphanii, Paulus Secundus, historiola insignis. Pridem ex bibliotheca Vaticana, interprete Petro de Monte episcopo Brixiensi, luce donata ; nunc redonata ex bibliotheca V. Cl. Philippi Viverii Gratianopolitani Prætoris Grisivoudanii cum multiplici illustratione, a R.P. Th. Reynaudo, soc. Iesu theologo [Paul ii, petite histoire remarquable d’Epiphanius. Mise en lumière pour la première fois, tirée de la bibliothèque vaticane, par Pietro Da monte, évêque de Brescia ; de nouveau éditée avec de nombreux commentaires par le R.P. Théophile Raynaud, théologien de la Société de Jésus, qui l’a tirée de la bibliothèque de Philippe Vivier, savant homme de Grenoble, gouverneur du Grésivaudan] (1640-1641, Grenoble, Édouard Rabani, in‑8o) ;

  • S. Ioannes Benedictus, pastor et pontifex Avenione. Descriptus a R.P. Theophilo Raynaudo, Societatis Iesu theologo. Historia referta pietatis, et ad suspiciendum Deum, in imis summum, in minimis maximum accommodata. Præ structum est Antemurale adversus arietes fortium ingeniorum, quatientes Historiæ S. Benedicti Veritatem [Saint Jean Benoît, pasteur et pontife d’Avignon. Décrit par le R.P. Théophile Raynaud, théologien de la Société de Jésus. Histoire emplie de piété et accommodée pour admirer Dieu, de haut en bas et du plus grand au plus petit. Devant a été construit un rempart contre les béliers des esprits forts qui ébranlent la vérité de l’Histoire de saint Benoît] (Avignon, Jacques Bramereau, 1643, in‑8o) ;

  • Raymundi Iordani… qui huc usque nomen prætulit Idiotæ Opera omnia… [Œuvres complètes de Raymond Jordan… qui jusqu’ici a porté le nom d’Ignorant…] (Paris, Jacques Quesnel, 1654, in‑4o). Raymond Jordan, écrivain ecclésiastique du xive s., est l’auteur d’un Traité sur la Vierge, d’un Traité de la religieuse, de Méditations et de l’Œil mystique. Ces ouvrages ont été publiés sous le titre d’Idiota sapiens, antehac truncus, nunc integer [L’Ignorant sage, jusqu’alors tronqué, maintenant intégral] (Lyon, 1638, in‑12o). Pendant longtemps on a ignoré qu’il était le véritable auteur de ces écrits et ce fut Théophile Raynaud qui le découvrit. Jusqu’alors, l’écrivain à qui étaient dus ces ouvrages avait été désigné sous le nom de l’Idiot ou du Savant idiot (G.D.U. xixe s.).

À partir d’ici, le texte du manuscrit est effacé sur sa partie droite : les crochets indiquent les lacunes, dont certaines peuvent être reconstituées avec un bon degré d’assurance. Ces manques sont postérieurs à la transcription de Reveillé-Parise (à partir du passage sur le siège de Pavie, jusqu’à la peste de Hollande) car elle semble ne pas en avoir été gênée.

6.

« et tant que ses forces le permettront, pour différer et retarder sa mort. »

7.

« mais qu’il s’en abstienne donc. »

8.

« pour notre immense douleur et le plus grand malheur de la république des lettres. »

9.

Le 24 juillet, les troupes conjuguées du roi de France, du duc de Savoie et du duc de Modène avaient entrepris le siège de Pavie, occupée par les Espagnols.

Montglat (Mémoires, page 311) :

« Le marquis de Caracène faisait cependant tous ses efforts pour le secours de Pavie ; il lui arriva trois mille Napolitains que le vice-roi de Naples lui envoya, qui débarquèrent à Final ; et ayant grossi son armée de troupes levées en Allemagne, il attaqua le château d’Aréna, qu’il prit, et par là il coupa le chemin des vivres qui venaient du Modénois ; et ensuite, il s’alla poster à Mortara pour ôter la communication du Piémont : tellement que la subsistance manquant aux Français, et leur infanterie étant fort ruinée par la vigoureuse défense des Espagnols, ils furent contraints de lever le siège la nuit du 13e au 14e de septembre, pour marcher vers le Montferrat. »

La Gazette, Ordinaire no 134 du 2 octobre 1655 (page 1223) :

« De Gênes, le 15 septembre 1655. Les troupes venues de Naples, au nombre de 3 000 fantassins et 1 200 chevaux, ayant achevé leur débarquement sur ces mers, prirent aussitôt le chemin du Milanais ; dont le gouverneur, après les avoir jointes, partit de son poste de Cassino pour en aller faire la revue et tenter le secours de Pavie. Mais nous avons eu nouvelle ce matin que le prince Thomas et le duc de Modène, sur l’avis qu’ils eurent de la prise du château d’Aréna par la défection de celui qui y commandait, et que par la perte de ce poste qui est sur le Pô, les convois ne leur pouvaient plus venir du Modénois, que d’ailleurs leur infanterie était beaucoup diminuée, avaient fait marcher leurs troupes vers le Crémonois sans perte d’aucun des leurs et en si bon ordre que les Espagnols, en cas que cette nouvelle se trouve véritable, n’auront pas sujet d’en tirer le moindre avantage, si ce n’est de n’avoir pas été battus pour cette fois et, dans une consternation générale, d’en être quittes pour la ruine entière des meilleures provinces du Milanais. »

10.

Pâques piémontaises, v. note [11], lettre 403.

11.

Foulés : meurtris.

12.

« pour laquelle je vous rends grâces particulières. »

13.

Ce mauvais préjugé de Guy Patin sur la Medicina antihermetica (Lyon, 1657 ; v. note [9], lettre 467) de Gabriel Fontaine, qu’il n’avait pas encore lue et qu’il croyait être une apologie de Van Helmont, allait se dissiper après sa publication (v. le début de la lettre à Falconet, du 24 avril 1657).

14.

V. notes [33], lettre 285, pour le Sennertus, [36], lettre 155, pour le Theatrum de Laurens Beyerlinck, et [9], lettre 238, pour le Lexicum de Matthias Martini.

15.

« vit et respire toujours, mais non sans difficulté : Tant était lourde la tâche de rétablir l’organe faible et presque épuisé » ; imitation du vers de Virgile (Énéide, chant i, vers 33) : Tantæ molis erat Romanam condere gentem [Tant était lourde la tâche de fonder la nation romaine].

16.

« en effet, comme vous savez, le froid est connu pour être le plus grand ennemi des corps exténués, selon Tullius [Cicéron, v. note [16], lettre 290], et des poumons, selon Hippocrate. »

17.

La réponse de Jean ii Riolan est fournie dans la lettre suivante (v. note [10], lettre 418) ; v. note [30], lettre 398, pour les deux lettres de Charles Le Noble sur les vaisseaux lactés.

18.

« Un bénéfice est impétrable quand il y a nullité de titres ou incapacité en la personne d’un titulaire » (Furetière).

V. note [38], lettre 413, pour Jean-Baptiste Chassebras, curé janséniste récalcitrant et partisan résolu du cardinal de Retz.

19.

Hugues de Lionne, alors ambassadeur de France à Rome, avait mission d’obtenir du pape l’extradition du cardinal de Retz. Ces intrigues avaient valu à Gondi, entre autres humiliations, d’être malmené lors de la fête patronale de Saint-Louis-des-Français, le 25 août, en présence du sacré Collège (Retz, Mémoires, page 1210) :

« Comme j’avais su que La Bussière, […] écuyer de M. de Lionne, avait dit publiquement que l’on ne m’y souffrirait pas, je fis toutes mes diligences pour obliger le pape à prévenir ce qui pourrait arriver. […] Il me dit que c’était à moi à me conseiller ; il me déclara qu’il ne défendrait jamais à un cardinal d’assister aux fonctions du sacré Collège, et je sortis de mon audience comme j’y étais entré. J’allai à Saint-Louis en état d’y disputer le pavé. La Bussière arracha de la main du curé l’aspergès [le goupillon], comme il me voulait présenter l’eau bénite, qu’un gentilhomme à moi m’apporta. M. le cardinal Antoine ne me fit pas le compliment que l’on fait en ces occasions à tous les autres cardinaux. Je ne laissai pas d’y prendre ma place, d’y demeurer durant tout le temps de la cérémonie et de me maintenir par là à Rome dans le poste et dans le train de cardinal français. »

20.

Les « Dissertations historiques et politiques de Georg Horn [v. note [6], lettre 354] » (Leyde, Franciscus Hackius, 1655, in‑12o ; la première édition datait de 1635 [même endroit, même éditeur, même format], ce qui, quoique correctement attesté, donnait à son auteur l’âge surprenant de 15 ans).

21.

Le « séjanisme » (seianismus) est un néologisme que Georg Horn a formé sur le nom de Séjan (Ælius Seianus), ministre et favori de Tibère (v. note [3], lettre 17), qui abusa outrageusement de son pouvoir. La Dissertatio xxx d’Hornius contient deux parties, dont la première est intitulée De Seianismo (pages 279‑287) :

1. Seianismus est secta aulicorum, qui Principe suo ad opprimendam Rempublicam abutuntur. […]

3. Talis fuit famosus ille Seianus, conditor damnosissimæ aulicorum sectæ, quæ continua serie ad nostra usque tempora propagata, infinita mala generi humano intulit. Præcipue post Seianum in ea excelluerunt, sub Francisco ii. Carolo ix. et Henrico iii. Regibus Galliæ Guisani, sub Ludovico xiii. Ancræus, sub Jacobo et Carolo Regg. Angliæ, Buckinghamius. His tribus palmam in Seianismo tribuere non veremur. Quibus addenda est ex sequiori sexu Philippa Catanensis, Seianismi ad miraculum perita ; quæ Johannam i. Reg. Neapolitanam ad omne flagitium impulit. Ab his proximi fuerunt Laco, Icelus, Vinius, sub Galba : Messalina Narcissus, et Pallas, sub Claudio : Eusebius sub Constantio : Petrus Gavestonus, et duo Spenseri sub Eduardo ii. Reg. Ang. Granvellani sub Carlo v et Philippo ii. Dux Lermæ sub Philippo iii. ut cæteros omittamus. Nec nostra ætas illustribus Seianis caret, qui per tot gentium strages innotuerunt, ut eos nominare necesse non sit. […]

5. Hic vero inquirere operæ pretium est, quibus artibus ad tantam potestatem Seiani emergant. Profecto variis, semper tamen malis, inhonestis, ludicris et voluptariis. De Ancræo tradunt quod arte magica Ludovicum fascinaverit. Buckinghamius arte saltatoria, et voluptatum magisterio, Iacobum sibi obnoxium reddidit.

[1. Le séjanisme est la brigue des courtisans qui abusent de leur prince pour opprimer la république. (…)

3. Le fameux Séjan a fondé ce comportement fort odieux des courtisans, qui s’est propagé sans discontinuer jusqu’à notre siècle ; il a acquis tant de renom qu’il a affligé le genre humain de malheurs infinis. Y ont principalement excellé les Guise, sous François ii, Charles ix et Henri iii, {a} rois de France ; Ancre, sous Louis xiii ; {b} et Buckingham, sous les rois Jacques et Charles d’Angleterre. {c} Nous attribuons sans crainte la palme du séjanisme à ces trois-là. Il faut y ajouter, pour le sexe faible, Philippa de Catane, merveilleusement rompue à l’art du séjanisme, qui a poussé Jeanne, reine de Naples, à la plus totale infamie. {d} Les premiers de ces Séjan furent Lacon, Icelus et Vinius, sous Galba ; Messaline, Narcisse et Pallas, sous Claude ; {e} Eusebius, sous Constance ; {f} Pierre Gaveston et les deux Despenser, sous Edward ii, roi d’Angleterre ; {g} Granvelle, sous Charles Quint et Philippe ii ; {h} le duc de Lerma, sous Philippe iii ; {i} sans parler de tous les autres. Et notre siècle ne manque pas d’illustres favoris, ils se sont fait connaître en massacrant tant de gens qu’il est inutile de donner leurs noms. (…)

5. Il vaut pourtant la peine de chercher par quels artifices les Séjan s’élèvent à un si grand pouvoir. Ils sont assurément variés, mais pourtant toujours vicieux, malhonnêtes, badins et voluptueux. Pour Ancre, on raconte qu’il a envoûté Louis par magie. {b} Buckingham a mis Jacques sous sa coupe par son art de la danse et sa maîtrise des plaisirs]. {c}


  1. V. note [11], letter latine 75, pour une allusion au double assassinat du Balafré, le duc Henri ier de Lorraine, et de son frère Louis, cardinal de Lorraine, à Blois en1588, sur ordre du roi Henri iii.

  2. V. note [8], lettre 89, pour Concino Concini, maréchal d’Ancre.

  3. V. note [21], lettre 403, pour George i Villiers, duc de Buckingham.

  4. Jeanne ire (1328-1382), reine de Naples (de 1343 à sa mort), avait eu pour nourrice la modeste fille d’un pêcheur de Catane (Sicile), prénommée Philippa. Cette ancienne blanchisseuse sut prendre un fort ascendant sur la princesse et sur le duc son père. Philippa avait épousé un esclave maure affranchi de la cour et l’avait associé à elle dans son influence sur le pouvoir.

    Boccace (v. note [2], lettre 570) a raconté cette funeste histoire dans les chapitres xxv et xxvi, livre ix, de ses De casibus virorum illustrium [Des infortunes des hommes illustres] (1373). La version française qu’on pouvait alors en lire, sous le titre De Philippe de Cathine, se trouve aux pages 686‑693 du Traité des mésaventures de personnages signalés. Traduit du latin de Jean Boccace et réduit en neuf livres par Cl. Witart, écuyer, sieur de Rosoy, Gasteblé, Belval et de Beralles, conseiller au siège présidial de Château-Thierry (Paris, Nicolas Ève, 1578, in‑8o).

  5. V. Suétone (Vie des douze Césars) : chapitre xiv de la Vie de Galba, pour Cornelius Laco, T. Vinius et l’afranchi Icelus ; chapitre xxviii de la Vie de Claude, pour Narcisse et Pallas, et maints passages pour Messaline, épouse de Claude.

  6. Favori et chambellan de la chambre sacrée (præpositus sacri cubiculli), Eusebius profita de son ascendant sur l’empereur Constance ii (qui régna de 337 à 361) pour s’enrichir et promouvoir l’arianisme (v. note [15], lettre 300) à Rome.

  7. le chevalier gascon Pierre Gaveston, premier duc de Cornouailles et favori d’Édouard ii, eut une profonde influence sur son règne (1307-1327). Après l’exécution de Gaveston (1312), les Despenser, père et fils, tous deux prénommés Hugh, abusèrent à leur tour des faiblesse du roi.

  8. Antoine Perrenot de Granvelle (1517-1586), évêque d’Arras en 1538, cardinal en 1561, fut le très puissant conseiller d’État de Charles Quint puis de son fils, Philippe ii d’Espagne.

  9. Favori de Philippe iii d’Espagne, le duc de Lerma, Francisco Goméz de Sandoval y Rojas, tint les rênes du royaume de 1598 à 1618.

22.

Cet abbé Margotin (de prénom inconnu) est sans doute celui dont parle le Dictionnaire de Port-Royal (page 717, sans le dire abbé), « qui demeure chez le libraire Le Petit <et> sert d’intermédiaire entre Port-Royal et le président Guillaume de Lamoignon pour essayer de faire libérer le libraire Charles Savreux [v. note [44] des Déboires de Carolus], arrêté à cause de la distribution des Lettres Provinciales de Pascal en 1656 » (v. note [28], lettre 480).

Georg Horn ne comptait pas Mazarin dans ses Séjans, mais Guy Patin pensait bien qu’il devait aussi s’y reconnaître.

23.

Cet ouvrage, dont on ne connaît que deux ou trois exemplaires (dont un à la BIU Santé, disponible sur Medic@), était intitulé : Historicæ hodiernæ medicinæ rationalis veritatis λογοσ προτρεπτικοσ. Ad rationales medicos [Discours persuasif (Logos protreptikos) de la vérité historique de la médecine rationnelle (dogmatique) d’aujourd’hui. À l’intention des médecins rationnels (dogmatiques)] (sans lieu, ni nom, ni date, ni auteur, in‑4o de 199 pages).

Le livre commence par un bref (mais tonitruant) Argumentum [Argument] :

Causæ Medicinæ Rationalis despectæ, sanitatis et vitæ hominum destructæ, ab Hippocrate ascriptæ ignorantiæ falsorum Medicorum, et iudicum politicorum, per causas et per effectus hic examinantur, iisque remedia a Lud. xiii. Rege Iusto propria assignantur, per diploma Regium Medicæ iurisdictionis ordini medicorum rationalium concessum, et ad Senatum supremum delatum, ut authoritate sua, postquam a facultate recognitum et retextum fuerit, proclametur, et læsæ hominum sanitatis et vitæ Regum, Principum, Summorum virorum et hominum omnium securitati, ipsiusque Medicinæ rationalis calamitatibus medela sua propria adhibeatur.

[Sont ici examinées, par leurs causes et leurs effets, les raisons pour lesquelles on méprise la médecine rationnelle, on démolit la santé et la vie des hommes, faux médecins et juges d’État ignorent Hippocrate. Par un édit royal de ressort médical qu’il a accordé à la compagnie des médecins rationnels, et que le Parlement a enregistré, le roi Louis xiii le Juste prescrit les remèdes propres à tout cela : par son autorité souveraine, après que la Faculté l’aura confirmé et publié, il proclame que son traitement soit appliqué pour protéger les hommes contre la mauvaise santé et garantir la vie des rois, des princes, des grands et de tous les hommes, et aussi pour empêcher la ruine de la médecine rationnelle].

Dans son apologie dogmatique, Charles i Bouvard, premier médecin de Louis xiii, use de toute son autorité pour combattre les Arabes, les empiriques et les charlatans, et recommande la médecine rationnelle des Grecs. Il étrille tour à tour les chirurgiens, les apothicaires, les sages-femmes (v. infra note [24]) et les médecins de cour qui mettent en place des ignorants, et exprime le vœu de réunir le Jardin du roi à la Faculté.

24.

Sagæ : sorcières, magiciennes, entremetteuses, en latin. Le passage du livre de Bouvard sur les Sagæ va des pages 130 à 133 et débute sur ces phrases :

Quis obstetrices vulgares hodiernas, Sagas et Sapientes nuncupet, magna ex parte stultas et fatuas ? Quis eas obstetricandi artem docet ? An Medici, qui turpe et indecorum suæ maiestati manuariam opem sæpe duobus a morte liberandis, fœtæ et fœtui, ferre existimant et sacramento prohibentur ? An tonsores asellis stolidiores ? An iurati pares ? Minime vero. Qui ergo sunt, qui omnia, quæ ad eruditionem Sagarum et ministrorum, ad tyrociniorum et magisteriorum certitudinem, et ad exercitorum et peritiæ confirmationem necessaria sunt subministrant et sufficiunt ? Sagæ certe se ipsas usu edocent et formant quovis periculo.

[Qui dirait subtiles et sages nos vulgaires matrones d’aujourd’hui, elles qui sont pour la plupart folles et sottes ? Qui leur enseigne l’art d’accoucher ? Les médecins estiment-ils honteux et indigne de leur grandeur de mettre la main pour souvent sauver et la mère et l’enfant de la mort ? Excluent-ils ceux-là du serment qu’ils ont prêté ? Les barbiers sont-ils plus stupides que des ânons, les chirurgiens jurés valent-ils autant ? Non, pas du tout. Qui sont donc ceux qui fournissent et procurent tout ce qui est nécessaire pour l’instruction des matrones et de leurs aides, pour la certification des apprentis et des maîtres, et pour la confirmation des aptitudes et de l’expérience ? Assurément, les accoucheuses se forment toutes seules sur le tas et tirent leur savoir de tout péril qui se rencontre].

25.

V. note [9], lettre 126, pour Denis Allain.

Hugues Chasles, natif de Paris, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1629. Atteint d’hydropisie, il mourut à Paris le 28 octobre 1655, âgé de 55 ans (selon Guy Patin qui le qualifiait de grand ivrogne).

26.

« sans quoi, un excellent homme serait étouffé et cesserait de vivre […] tout à fait digne d’une plus longue vie, et même de l’éternité, si la volonté de Dieu l’autorisait et si la nature le permettait à l’homme. Portez-vous bien. » Le coin inférieur droit de ce post-scriptum est amputé par une petite déchirure du manuscrit.

a.

Ms BnF no 9357, fos 187‑188 ; Reveillé-Parise no cclxxvii (tome ii, pages 202‑203).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 28 septembre 1655.
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(Consulté le 21.01.2020)

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