L. 433.  >
À Charles Spon, le 22 février 1656

Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière, laquelle fut du 21e de janvier, je vous dirai que le duc de Modène [2] est parti d’ici le lundi 24e de janvier avec force pistoles pour s’en aller être notre lieutenant général en Italie. Les assemblées contre M. Arnauld [3] en Sorbonne [4] se continuent toujours, même en présence de M. le chancelier[5] touchant la question de droit, c’est-à-dire touchant la doctrine de M. Jansenius, [6] évêque d’Ypres, [7] sur la grâce suffisante ; [1][8] mais on leur ôte la liberté de parler et l’on y apporte telle violence que la plupart des jansénistes [9] se retirent, quelque chose qui en puisse arriver. Voilà comment les gens de bien sont ici traités par les puissances quæ cælum hauserunt Aventinum, et quæ favent Loyoliticæ phalangi ; [2][10] et même, M. Arnauld leur a fait signifier une opposition par deux notaires s’opposant à tout ce qu’ils pourront faire contre lui à l’avenir, prenant ce chemin pour se garantir de tant de violences que la théologie scolastique [11] et la malice du siècle leur suggèrent. [3] Le nouvel édit de la monnaie fait ici bien du bruit, [4][12] Messieurs du Parlement se sont assemblés, où il y en a eu quelques-uns qui ont parlé bien haut et qui sont fort contre cet édit ; à cause de quoi la cour a envoyé commandement à cinq de nos conseillers de se retirer en divers lieux qui leur ont été assignés. Ce sont MM. Gaudart de Petit-Marais, [13] de Pontcarré, [14] de Villemontée, [15] de Machault, [16] et Le Cocq de Corbeville [17] qui est un fort honnête homme et bon juge ; tous les autres ont pareillement bonne réputation. [5] Aussi est-ce une certaine et bonne marque de leur vertu d’être exilés en de telles occasions. Dieu soit loué de ce qu’il y a encore d’honnêtes gens au monde et quelques restes de vertu généreuse.

M. le maréchal d’Estrées [18] avait un secrétaire ou intendant de sa maison nommé Quillet, [19] natif de Chinon, [20] pays de Rabelais. [21] Il a autrefois été médecin, puis a voyagé en Italie et en Allemagne. Il fit imprimer en Hollande il y a un an et plus un petit in‑4o de 56 pages en vers latins intitulé Calvidii Leti Callipædia, seu de pulchræ prolis habendæ ratione, Poema didacticon ad humanam speciem belle conservandam apprime utile. Lugd. Bat. Venent Parisiis apud Thomam Ioli, 1655[6] Il y a dans ce poème, plusieurs vers qui offensent l’Éminence du Mazarin, [22] en tant que cardinal, étranger, ministre d’État, etc. On l’a cherché pour le mettre prisonnier, mais il s’est infiniment et heureusement sauvé. Même le Mazarin a fait courir après lui, mais on ne l’a su attraper et je crois qu’il fera bien de ne se pas laisser prendre ; on dit qu’il s’est sauvé en Hollande. Ce M. Quillet est un gros garçon rougeaud à col court d’environ 54 ans. Je l’ai souvent entretenu, il était fort ami de M. Gassendi, [23] il a bon esprit et est fort savant ; sed non satis prudenter sibi cavit, neque satis tuto prospexit suæ securitati[7][24][25][26]

N’en déplaise aux docteurs, cordeliers, jacobins,
Pardieu les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.

Enfin le prince Thomas [27] est mort à Turin ; [28] même après avoir pris de l’antimoine, [29] dont le Gazetier [30] s’est vanté, mais un peu trop tôt. [8] Nous avons ici M. le chancelier malade, il fut hier saigné deux fois ; [31] on dit qu’il n’en mourra pas. M. de Chevreuse [32] est aussi fort malade. La charge de grand maître de la Maison du roi, laquelle avait été donnée au prince Thomas, a été rendue au prince de Conti [33] comme appartenant au prince de Condé, [34] son frère aîné. [9] On dit que dorénavant M. de Nemours [35] n’épousera point Mlle de Longueville ; [36] mais que la princesse de Carignan, [37] qui est sa tante, lui veut donner son fils aîné [38][39] en mariage ; ils sont cousins germains, enfants des deux sœurs, mais il n’importe, ils en auront une dispense à Rome moyennant 2 000 écus[10] On dit ici que le roi de Suède [40] est menacé d’une forte armée du petit Tartare, [41] lequel vient pour le roi de Pologne ; [42] et en cas que le roi de Suède soit battu et obligé de repasser en Suède, que l’armée de l’empereur, [43] qu’il a apprêtée contre ce roi de Suède, viendra contre nous en Flandres [44] et en Italie ; voilà de terribles affaires si ce revers de fortune arrive au roi de Suède. [45] Les jansénistes [46] sont malheureusement et iniquement traités en Sorbonne, ce que j’impute à l’injustice du siècle et à l’impunité qui règne, et même aussi à l’autorité trop grande des loyolites qui sont leurs ennemis très puissants.

M. de Champigny, [47] l’intendant de votre province, se mêle, à ce que j’apprends, de trouver à Lyon un imprimeur [48] qui entreprenne les œuvres de feu M. Gassendi. [49] M. de Montmor, [50] le maître des requêtes, m’a dit que l’on avait proposé les conditions du marché à M. Anisson [51] après que l’on a vu que le fardeau était trop lourd pour les épaules et les moyens de M. Barbier ; [52] mais d’ailleurs, j’apprends aussi que les articles que M. de Montmor a envoyés d’ici à Lyon sont bien rudes, et ne pense pas que personne les entreprenne à ce prix-là ni à Lyon, ni à Paris. [11]

Ce 3e de février. Et pour réponse à la vôtre que j’ai reçue ce matin, datée du 28e de janvier, vous dirai que je vous ferai tenir la relation que M. Garnier [53] m’a envoyée touchant l’anévrisme [54] de votre épicier [55] M. Yon. [56] Que voudriez-vous que je pusse dire là-dessus puisque vous-même vous avouez qu’elle est pleine de faussetés ? Je vous dirai seulement que depuis 15 jours est morte en cette ville une marchande tourangelle, femme de M. Cadeau, [57] marchand de soie, laquelle a langui plus de deux ans avec un grand pouls fort intermittent. Tandem periit multis oppressa symptomatis[12] elle avait perdu tous les sens plus de trois mois avant que de mourir. On lui a trouvé un abcès dans la tête et une dilatation tout extraordinaire de la veine artérieuse au cœur. [58] Je ne l’ai point vue et n’en sais que cela ; même je n’en fais point grand état quia rara non sunt artis et vix conferunt ad bene medendum[13][59][60][61] Si le pouls a été intermittent et inégal in omni genere inæqualitatis[14] je suppose qu’infailliblement il y a eu de la boue quelque part, iuxta cor et in lævibus arteriis pulmonis ; [15][62] mais pour découvrir cela par la dissection, il fallait un bon médecin présent, qui sût bien l’anatomie, et non point des barbiers [63] ignorants, bavards et babillards tels qu’ils sont la plupart. [64]

Je suis bien aise que le livre de M. Perreau [65] ait votre approbation. [16] J’apprends que le Gazetier Eusèbe Renaudot n’a point le dessein de lui faire réponse, je pense qu’il n’oserait l’entreprendre. On dit ici que les jansénistes seront condamnés en Sorbonne à cause de la pluralité des moines, ce qui est l’effet de la violence avec laquelle on les a traités aux assemblées de Sorbonne jusqu’à présent. M. Arnauld est un petit homme noir et laid, né à Paris, fils d’un savant avocat [66] qui a autrefois plaidé vigoureusement contre les jésuites, [67] Inde iræ et lacrymæ[17][68] Il est docteur de Sorbonne et icelui très savant, [18] âgé d’environ 46 ans, socius Sorbonicus [19] et un des beaux esprits qui soient aujourd’hui dans le monde. Il est parlé de son père dans le président de Thou, [69] environ l’an 1594. [20] Il est auteur du livre De la fréquente Communion[70] les jésuites le craignent comme le feu à cause qu’il est bien plus savant qu’eux.

Le ballot de livres que me destinent MM. Huguetan et Ravaud viendra quand il plaira à Dieu et à un meilleur temps. Le traité de Théophraste [71] de Causis plantarum, grec et latin, ne se trouve point à part, mais toutes ses œuvres ensemble, impression de Hollande, interprete Dan. Heinsio, in‑fo ; [21][72] je vous en chercherai un si vous le désirez. Mais vous ne me dites point quand le Sennertus [73] en deux tomes sera achevé ? [22]

Je vous supplie de faire mes très humbles recommandations à MM. Gras, Garnier et Falconet, comme aussi à M. Guillemin, [74] et de savoir de lui s’il a reçu le livre que je lui ai envoyé, par M. Miget, de M. Riolan [75] adversus Pecquetum et Pecquetianos[23][76]

La princesse d’Orange [77] est aujourd’hui arrivée à Paris en grand cortège, le roi [78] et le cardinal Mazarin lui sont allés au-devant. [24] On dit qu’elle vient voir sa mère, la reine d’Angleterre ; [79] et par après, que toutes deux se retireront en Savoie [80] à cause que Cromwell [81] désire que la reine d’Angleterre ne soit pas ici ; qui sont des mystères que je n’entends pas.

Il court ici un bruit de la mort de l’empereur. Si cela est vrai, voilà la Maison d’Autriche en mauvais état et en danger de perdre l’Empire. Il y a 15 jours que l’on disait qu’il était hydropique. [82] On dit que les Hollandais se déclarent contre le roi de Suède, pour le roi de Pologne et que le Turc [83] envoie à ce dernier 15 000 hommes de secours contre les Suédois.

Il court ici un gentil épigramme latin sur les triomphes du roi de Suède dans la Pologne et sur les réjouissances que l’on fait à Rome pour la reine Christine : [84][85][86] en voici une copie que je vous envoie dont vous ferez part à qui vous voudrez :

Sarmaticos Getico dum campos milite vastat
Carolus, et rupto fœdere regna quatit ;
Dum pietas et avita fides his exulat oris,
Orbis et oppressa religione gemit :
Christina ipsa truci quæ tradidit arma Ttyranno,
Ad veneranda Petri limina tendit ovans.
Et nunc Barbaricos miraris Roma triumphos,
Gaudesque inventa iam bone Pastor ove :
At nimium vanis exultas Roma triumphis,
Quæ lucraris ovem, sed pereunte grege
[25]

Ce 4e de février. Il y a ici deux personnes de considération fort malades, savoir M. de Chevreuse âgé de 80 ans, sourd et aveugle, [87] et M. le chancelier qui depuis peu a racheté les sceaux moyennant grande somme. Un honnête homme m’a dit ce matin que le nouvel édit de la monnaie ne passerait point et que le marquis de Brandebourg [88] était d’accord avec le roi de Suède qui est encore de beaucoup le plus fort. [26]

On dit qu’il y a accord fait entre le roi, le pape [89] et le roi d’Espagne [90] de traiter sérieusement de la paix. Le lieu entre eux arrêté est Avignon [91] pour les députés, à la charge que le roi d’Espagne viendra à Barcelone [92] et que notre roi ira à Lyon ; mais auparavant, que le roi fera un voyage sur la frontière de Flandres et qu’il ira jusqu’à Brisach. [93] Omnia sunt incerta[27] hormis que les cartes se brouillent bien fort dans toute l’Europe pour l’été prochain.

Je viens de consulter [94][95] avec M. Moreau [96] auquel j’ai fait vos recommandations. C’était pour une dame de Lorraine, laquelle a eu la peste trois fois en sa vie [97] et qui ressent des douleurs à tous les changements de temps, aux endroits où elle a eu des charbons et des abcès pestilents. [28][98][99][100][101] Nous l’avons renvoyée à la saignée, [102] à la fréquente purgation[103] au petit-lait, [104] au bain d’eau tiède [105] et au lait d’ânesse, [106] et à un exact régime de vivre qui la rafraîchisse et humecte, [107] car elle est toute de soufre, fort sèche et presque hectique ; [108] sans vous parler des causes externes et des violences, exactions et concussions du maréchal de La Ferté-Senneterre [109] qui n’est point tant le gouverneur que le tyran de la Lorraine [110] et qui les fait horriblement souffrir.

Je viens de recevoir une lettre de M. Vander Linden de Hollande, professeur à Leyde, qui me mande que son Liber Selectorum n’a pu jusqu’ici être achevé faute d’imprimeurs, mais que néanmoins il espère qu’il sera achevé devant Pâques. [29][111][112] Il me mande aussi que l’on imprime à Amsterdam [113] Vossii Origines[114] je pense qu’il faut y sous-entendre Linguæ Latinæ[30] Après cela, il a dessein de travailler au Celse [115] et de nous en procurer une nouvelle édition qui soit fort belle, ex typis Elzevirianis[31] M. Pidoux, [116] doyen de la Faculté de médecine de Poitiers, [117] a fait un petit livret in‑4o de Febre purpurea dont il m’a fait présent, [32][118] et d’un autre pour M. Riolan. M. Elsevier [119] de Hollande est ici, [33] mais il n’a fait apporter aucun livre, disant que la peste a tout arrêté en Hollande [120] à cause de l’été passé ; mais il dit qu’ils s’en vont recommencer tout de bon ; et entre autres, il parle d’un livre de médecine in‑fo d’un auteur espagnol pour lequel on lui a donné de bon argent pour l’imprimer et dont l’édition est déjà annoncée.

Ce 10e de février. J’ai aujourd’hui après-midi rencontré M. Du Prat [121] chez M. de Marolles, [122] abbé de Villeloin, où nous avons agréablement causé quelque temps ; je lui ai promis de vous faire ses recommandations et je m’en acquitte. La princesse de Conti [123] est accouchée à Pézenas [124] d’une fille morte. J’ai aujourd’hui vu le bonhomme M. Riolan que j’ai trouvé dans son étude ; il m’a rendu un livre [125] qu’il avait à moi d’un certain médecin anglais nommé Franciscus Glissonius, dans lequel sont contenus deux traités, dont l’un est intitulé De Rachitide, sive morbo puerili, etc. in‑8o Londini, 1655 ; l’autre est Anatomia hepatis, ibid. 1654[34][126][127] Un homme de mes amis m’avait apporté ce livre comme un grand présent qu’il pensait me faire en revenant d’Angleterre, mais M. Riolan le méprise fort et dit que cet homme n’y entend rien et que son livre est l’ouvrage d’un novateur ignorant.

Je vous prie d’assurer MM. Gras, Garnier, Guillemin, Falconet, Huguetan et Ravaud, et même M. Sauvageon, que je me recommande à leurs bonnes grâces. Pour M. Devenet [128] à qui je dois de l’argent pour les livres qu’il m’a fait venir de Genève, M. Moreau [129] mon hôte s’apprête pour un voyage de Lyon ; je vous supplie de l’assurer de mes services et de lui dire que bientôt il aura de moi satisfaction par cette voie-là.

On dit que M. le duc d’Orléans [130] a fort bien reçu le petit Mancini, [131] neveu de Son Éminence, [132] qui l’est allé saluer à Blois [133] au nom du roi avec MM. le duc de Damville [134] et le maréchal de Clérambault ; [135] et qu’il a fait présent à ce neveu d’un diamant de 4 000 écus et qu’il l’a fait superbement traiter à Blois, et même à Orléans [136] lorsqu’il y a passé, mais aux dépens desdites villes et non pas des siens ; que le roi ira demeurer au Bois de Vincennes [137] le carême prochain, et delà qu’il ira à Fontainebleau [138] à la mi-carême où le duc d’Orléans le viendra trouver. [35]

Ce 11e de février. Aujourd’hui au matin l’on a tiré environ 500 hommes du régiment des gardes, 20 de chaque compagnie, que l’on a fait partir aussitôt. Ils vont à Senlis, [139] et delà prennent le chemin de Rocroi [140] pour delà aller empêcher que les ennemis ne viennent camper près du Quesnoy [141] ou de Condé [142] qui sont des places menacées par les Espagnols. On dit que Fuensaldagne [143] s’en va commander au Milanais [144] et que le marquis de Caracène [145] vient en sa place en Flandres ; que le prince de Condé, qui ne peut s’accorder avec Fuensaldagne, a obtenu cela du roi d’Espagne. [36]

Le duc d’Orléans a obtenu du roi par son dernier traité que le prince de Conti et sa femme ne demeureront pas plus longtemps dans le Languedoc ; [37] c’est pourquoi on leur a envoyé ordre qu’ils aient à en sortir et revenir de deçà. Le prince de Condé est bien embarrassé des Espagnols et fort malcontent d’eux. Il voudrait bien avoir refait sa paix avec le roi et la reine, dût-il être obligé d’aller servir trois ans les Vénitiens contre le Turc, pour au bout d’iceux revenir à la cour et y jouir de son bien, tant il est dégoûté des Espagnols qui sont bien plus fins qu’ils ne sont vaillants.

On dit ici que le roi [témoigne bien de la passion et de la forte amour pour la] Mancini, [38][146] nièce de Son Éminence ; mais néanmoins, jusqu’ici l’on a cru que la reine [147] l’empêchera, et même l’on dit qu’elle l’a déclaré et qu’elle ne souffrira jamais que le roi l’épouse. Peut-être que le temps et le Mazarin l’adouciront : elle avait autrefois dit que jamais Vautier [148] ne serait à la cour et qu’elle ne souffrirait point que cet homme y eût de l’emploi ; et néanmoins, six mois après, il était premier médecin du roi moyennant 20 000 écus qu’il donna au Mazarin, sans ce qu’il lui promit ; celui qui lui a succédé [149] n’en a pas été quitte à si bon marché et néanmoins, il n’est pas fort assuré d’y être encore longtemps. [39]

Le roi de Suède continue ses conquêtes dans la Pologne et à épouvanter l’Allemagne. L’électeur de Brandebourg a été obligé de traiter avec lui, de subir sa loi sans autre assurance que de sa parole royale, et même a été obligé de lui donner son armée. Il a chassé tout ce qu’il a trouvé en son chemin de chartreux[150] de jésuites et autres moines, [151] et s’est saisi de leurs biens. On dit que le duc de Saxe [152] est aussi d’accord avec lui. [40]

Le Parlement fait ici tout ce qu’il peut contre la nouvelle monnaie que l’on veut introduire, mais la présence du roi rabat les coups et empêche par divers stratagèmes qu’ils ne se puissent assembler. Je pense que cette fois-là, aussi bien que plusieurs autres, il faudra dire avec Plaute, [153] en parlant de la Fortune, [154] Centum sapientum hominum consilia sola devincit hæc Dea[41] On dit que le duc d’Orléans a fait son accord avec le roi, qu’il ira le saluer de Blois à Fontainebleau vers la mi-carême et qu’après Pâques, il viendra à Paris ; mais tout cela n’est pas fort assuré. On dit que le prince de Conti revient ici et que le comte d’Harcourt [155] ira commander ce printemps prochain en sa place dans la Catalogne. [156]

On dit que le roi de Suède est en colère contre le Mazarin pour quelque somme d’argent à lui promise qu’on ne lui a pas fait tenir ; que l’ambassadeur que nous avons près de lui, nommé M. d’Avaugour, [42][157] s’en est retiré sur le mécontentement et les menaces de ce prince et qu’il a vitement envoyé ici à la cour son secrétaire avertir le Mazarin, et de ce que ce roi en sa colère a dit contre lui-même, en se plaignant de lui et le menaçant. Ce secrétaire est ici, que l’on ne renvoie point faire réponse à son maître ; mais tout cela est peu de chose, la bonne fortune du Mazarin renversera toutes ces difficultés et n’empêchera pas que l’été prochain nous ne gagnions des batailles en divers lieux contre nos ennemis.

Enfin les molinistes, [158] les jésuites et les autres moines ont tant fait qu’il est sorti de la Sorbonne une censure contre M. Arnauld, dans laquelle il est dit que son opinion est téméraire, scandaleuse, erronée et hérétique. Nous voilà dorénavant en danger de voir venir en France l’Inquisition [159] d’Espagne par le ministère des loyolites ; et puis nous n’aurons plus que le pouvoir de dire Dat veniam corvis, vexat censura columbas[43][160]

Ce 21e de février. Voilà un jeune libraire de Lyon nommé M. Michalet [161] qui vient de partir de céans et qui m’a promis de vous aller saluer chez vous à cause de moi ; [44] il a besoin d’être saigné plusieurs fois pour un certain prurit qui le travaille, [162] et par après d’être bien purgé, comme aussi de bien tremper son vin de trois fois autant d’eau. Vous m’obligerez de ne lui pas dénier votre conseil s’il en a besoin. Je lui aurais bien donné cette lettre, mais je pense qu’elle vous sera remise entre les mains auparavant qu’il arrive à Lyon, vu qu’il ne part qu’avec le messager qui sera dix jours en chemin.

Nos antimoniaux parlent ici de s’accorder avec nous en faisant une paix plâtrée, mais je pense que cela ne tiendra pas et qu’ils nous veulent tromper ; au moins sont-ils bien plus méchants et plus déterminés que nous. [45][163] Nous avons ici deux de nos collègues qui se meurent, savoir MM. Le Soubz [164] et Cousin ; [165] et M. Allain [166] qui traîne toujours avec sa paralysie et qui est en danger de ne la pas faire longue après eux. Le bonhomme M. Riolan, qui est dans sa 77e année, est gaillard et vigoureux, et peut encore vivre longtemps pourvu qu’il se garde d’une trop grande plénitude, [46][167] à quoi il est sujet à cause qu’il ne fait guère d’exercice, et qu’il mange bien et qu’il boit de bon vin de Bourgogne qu’il ne trempe pas tant qu’il devrait. [168] Dieu le veuille bien conserver, et vous aussi, mais principalement Mlle Spon, ma bonne amie, toute votre petite famille et tout ce qui vous appartient. Je me recommande à vos bonnes grâces et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 22e de février 1656.


1.

V. note [50], lettre 101, pour la grande querelle de la grâce divine.

Sous le pseudonyme de Louis de Montalte, Blaise Pascal (Clermont-Ferrand 1623-Paris 19 août 1662) a exposé, à sa façon, les affaires dans sa première Lettre écrite à un provincial par un de ses amis, sur le sujet des disputes présentes en Sorbonne, datée du 23 janvier 1656. {a}

  • La question de fait consistait : {b}

    « à savoir si M. Arnauld est téméraire pour avoir dit dans sa Seconde Lettre {c} qu’il a lu exactement le livre de Jansenius et qu’il n’y a point trouvé les Propositions condamnées par le feu pape ; et néanmoins que, comme il condamne ces Propositions en quelque lieu qu’elles se rencontrent, il les condamne dans Jansenius si elles y sont. […] On propose l’affaire en Sorbonne ; 71 docteurs entreprennent sa défense et soutiennent qu’il n’a pu répondre autre chose à ceux qui, par tant d’écrits, lui demandaient s’il tenait que ces Propositions fussent dans ce livre, sinon qu’il ne les y a pas vues et que néanmoins il les condamne si elles y sont. […] De l’autre part se sont trouvés 80 docteurs séculiers et quelque 40 religieux mendiants qui ont condamné la proposition de M. Arnauld sans vouloir examiner si ce qu’il avait dit était vrai ou faux, et ayant même déclaré qu’il ne s’agissait pas de la vérité, mais de la témérité de sa proposition. Il s’en est de plus trouvé 15 qui n’ont point été pour la censure, et qu’on appelle indifférents. Voilà comment s’est terminée la question de fait, dont je ne me mets guère en peine car, que M. Arnauld soit téméraire ou non, ma conscience n’y est pas intéressée. Et si la curiosité me prenait de savoir si ces Propositions sont dans Jansenius, son livre n’est pas si rare ni si gros que je ne le pusse lire tout entier pour m’en éclaircir sans en consulter la Sorbonne. »


    1. V. note [23], lettre 446.

    2. V. notule {a}, note [16], lettre 321, pour la distinction entre fait et droit.

    3. Paris, 1655, v. note [40], lettre 428. V. note [23], lettre 446, pour la première édition complète des Provinciales (18 lettres, Cologne, 1657).

  • Pour la question de droit :

    « elle semble bien plus considérable, en ce qu’elle touche la foi. Aussi j’ai pris un soin particulier de m’en informer ; mais vous serez bien satisfait de voir que c’est une chose aussi peu importante que la première. Il s’agit d’examiner ce que M. Arnauld a dit dans la même Lettre : que la grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué à saint Pierre dans sa chute. Sur quoi nous pensions, vous et moi, qu’il était question d’examiner les plus grands principes de la grâce, comme : si elle n’est pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle est efficace ; mais nous étions bien trompés. Je suis devenu grand théologien en peu de temps, et vous en allez voir les marques. »

Suivent les consultations contradictoires que l’auteur dit avoir eues avec un jésuite, un janséniste, un dominicain et un docteur de Sorbonne. Il découvre que la querelle de la grâce, entre libre arbitre et prédestination, tient à une différence si subtile entre les parties qu’« à peine peuvent-elles la marquer elles-mêmes » : c’est avoir le pouvoir prochain de faire quelque chose, dont nul ne peut ou veut fournir une définition claire.

2.

« dont les regards se sont gorgés du ciel aventin, et qui favorisent la phalange loyolitique. » ; Juvénal, Satire iii, vers 84‑85 (pour répondre à l’arrogance des Grecs envers les Romains) :

Usque adeo nihil est, quod nostra infantia cælum
hausit Aventini baca nutrita Sabina ?

[Cela vraiment ne compte-t-il pour rien que mes regards d’enfant se soient gorgés du ciel de l’Aventin, {a} que je me sois nourri d’olives de la Sabine ?]


  1. L’une des sept collines de Rome.

3.

La scolastique, en général, était ce qu’on enseignait dans les écoles du Moyen Âge (à Paris, la Sorbonne). C’est aussi (Furetière) :

« la partie de la théologie qui discute les questions de théologie par le secours de la raison et des arguments, et est en quelque façon opposée à la positive qui se fonde sur l’autorité des saints Pères et des conciles. On prétend que saint Thomas {a} a été le fondateur de la philosophie scolastique suivant la méthode d’Averroès, {b} que Lanfrancus, archevêque de Cantorbéry, Gilbert Porretain, évêque de Poitiers, Abélard, et Pierre Lombard avaient dêjà ébauchée, et dont Pierre Comestor composa les premiers éléments. » {c}


  1. Saint Thomas d’Aquin, au xiiie s. (v. note [25], lettre 345).

  2. Au xiie s. à Cordoue (v. note [51] du Naudæana 1).

  3. Lanfranc de Pavie, saint de l’Église catholique (xie s.), Gilbert de la Porrée, Pierre Abélard (v. note [92] du Faux Patiniana II‑7), Pierre Lombard et Pierre Comestor, dit le Mangeur (xiie s.).

    La scolastique est l’adaptation chrétienne de l’aristotélisme. Aristote a longtemps été le seul philosophe antique approuvé et adopté par l’Église romaine.

4.

V. note [31], lettre 432, pour les lis d’or et d’argent.

5.

Jean Gaudart, seigneur du Petit-Marais, avait été reçu conseiller à la quatrième des Enquêtes en 1627 ; monté à la Grand’Chambre en 1661, il mourut doyen du Parlement en 1686 (Popoff, no 1284). En 1668, Gaudart fut le juge qui trancha le différend des médecins de Paris sur l’antimoine, en faveur définitive de ses partisans (v. note [5], lettre 873).

V. notes : [9], lettre 301, pour Nicolas Camus, seigneur de Pontcarré ; [8], lettre 301, pour François de Villemontée ; et [38], lettre 294, pour François de Machault.

Jean Le Cocq, marquis de Goupillières, sieur de Corbeville, etc., avait été reçu, en 1625, conseiller au Parlement de Paris en la deuxième des Enquêtes. Il monta à la Grand’Chambre en 1665 et mourut en 1683, doyen du Parlement (Popoff, no 980).

6.

« Callipédie de Lætus Calvidius, ou de l’Art d’avoir de beaux enfants, poème didactique extrêmement utile pour bien conserver l’espèce humaine, Leyde, 1655. Il en viendra à Paris chez Thomas Jolly. » {a}


  1. Référence exacte, à laquelle ne manque que le format : in‑4o de 56 pages, divisé en quatre livres. V. note [25], lettre 405, pour le libraire parisien Thomas Jolly.

Sous le pseudonyme de Lætus Calvidius se cachait l’abbé Claude Quillet (v. note [28], lettre 421), médecin et intime ami de Tallemant des Réaux, mais personne ne s’y trompa. Plusieurs passages de ce long poème latin maltraitaient le cardinal Mazarin, qui sut habilement ramener son auteur à de meilleurs sentiments à son égard : v. les notes C de Bayle sur Quillet et [38] du Patiniana I‑2 (où sont transcrits et traduits trois passages retranchés sur la demande du cardinal).

La Callipédie eut un très grand succès. Plusieurs beaux esprits du temps, notamment Costar et Ménage, ont vanté la juste distribution des parties, l’ingénieux emploi de la fable, la variété des épisodes et la beauté de la versification, pleine de douceur et d’harmonie malgré quelques incorrections. Il faut beaucoup rabattre de ces éloges. Dans cet ouvrage, où l’auteur a plutôt eu pour but de plaire que d’instruire, on trouve des peintures licencieuses et de trop longs détails sur l’influence des astres ; néanmoins, le quatrième livre contient d’utiles préceptes sur les soins que réclament les enfants nouveau-nés. La Callipédie a été traduite en français plusieurs fois au xviiie s.

7.

« mais il n’a pas mis assez de prudence à s’occuper de ses affaires, et pas eu toute la prévoyance requise pour sa propre sécurité. »

Les deux vers français qui suivent sont les deux derniers de la Satire iii de Mathurin Régnier (v. note [23] du Borboniana 10 manuscrit).

On en trouve l’équivalent latin, Magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes [Les plus grands clercs ne sont pas les plus grands sages], dans Rabelais (Gargantua, chapitre xxxix) et Montaigne (Essais, livre i, chapitre xxiv, Du Pédantisme).

8.

La Gazette (ordinaire no 15 du 29 janvier 1656, page 116) :

« De Turin, le 15 janvier 1656. Nos armées sont dans leurs quartiers d’hiver où elles ont eu ordre d’observer les Espagnols qui font mine de vouloir marcher pour quelque surprise. Le prince Thomas, dont le mal était empiré, se porte beaucoup mieux depuis que ses médecins lui ont fait prendre le vin émétique d’antimoine. » {a}


  1. La Gazette s’est gardée par la suite d’annoncer à ses lecteurs la mort du prince Thomas.

9.

Montglat (Mémoires, page 313) :

« Le 22e de janvier mourut aussi le prince Thomas de Savoie, oncle du duc, et grand maître de France. Le roi en prit le deuil noir parce qu’il était cousin germain de la reine sa mère, {a} qui le désira ainsi. Ce prince était homme de cœur et d’esprit, mais malheureux dans ses entreprises. Sa charge de grand maître fut donnée au prince de Conti. »


  1. Anne d’Autriche.

10.

Le fils puîné (et non pas aîné) de la princesse de Carignan (Marie de Bourbon-Condé) et du prince Thomas (Thomas de Savoie, prince de Carignan) était le prince Eugène, Eugène-Maurice de Savoie-Carignan (Chambéry 1633-1673). Il avait renoncé au goupillon pour embrasser les armes. Entré comme capitaine de cavalerie au service de la France, il épousa en 1657 Olympe Mancini, l’une des nièces de Mazarin, ce qui lui conféra le titre de comte de Soissons tombé en déshérence à la mort de son oncle, Louis de Bourbon (v. note [1], lettre 110). Eugène dut au cardinal la charge de colonel général des Suisses et Grisons, avec le gouvernement de Champagne. L’année suivante, il se signala par son intrépidité à la bataille des Dunes (1658), fit la campagne de Flandre, suivit Louis xiv à la première conquête de la Franche-Comté et fut créé lieutenant général en 1672. Le comte de Soissons prit part au fameux passage du Rhin (1672) et mourut subitement en Westphalie au moment où il allait opérer sa jonction avec Turenne (G.D.U. xixe s.).

Mlle de Longueville était la fille du premier mariage du duc de Longueville avec de Louise de Bourbon, la sœur de Marie de Bourbon-Condé, mère du prince Eugène (que finalement, on ne maria pas à sa cousine germaine).

11.

Guy Patin a précédemment exposé les rudes exigences de Pierre Gassendi pour l’édition de ses œuvres : v. lettre du 2 août 1655 à Charles Spon.

12.

« elle a fini par mourir, accablée d’une multitude de symptômes ».

13.

« parce que “ les raretés ne constituent pas le fond de l’art ” et ne concourent guère à mieux remédier. dest»

Rara non sunt artis est un heureux adage latin qui a été souvent réemployé après Guy Patin. {a} Je ne l’ai trouvé que dans deux textes médicaux qu’il pouvait avoir lus.

  • Jean i Riolan {b} en est probablement l’inventeur car il l’a employée deux fois dans ses In Libros Fernelii partim Physiologicos, partim Therapeuticos Commentarii… [Commentaires sur des livres de Fernel, tant physiologiques que thérapeutiques…] (Montbéliard, Iacobus Foyllet, 1588, in‑8o).

    • Page 112 du Commentarius de Facultatibus animæ [Commentaire sur les facultés de l’âme], chapitre 3, Animæ vegetantis facultates explicantur [Explication des facultés de l’âme végétante (des plantes)] :

      Quod vero scribunt Germani, non ita pridem a mille millibus hominum visam esse Spiræ mulierem quæ per multos annos non comederit, pie credo, sed rara non sunt artis.

      [Je crois religieusement ce qu’écrivent les Allemands : des millions d’hommes ont vu une femme de Spire qui n’aurait rien mangé pendant maintes années, mais les raretés ne constituent pas le fond de l’art].

    • Page 249 du Ad Librum Fernelii de Procreatione hominis commentarius [Commentaire sur le livre de Fernel touchant à la procréation humaine], chapitre 8, De seminis conceptione, et prima hominis constitutione [Conception de la semence et première formation de l’homme] :

      Ad conceptionem hæc requiruntur : penis iustæ magnitudinis, longiore enim tractu semen refigeratur, brevior non potest ad internum os uteri semen iniicere : visi sunt tamen, qui propter cancrum, resecto ad tres digitos pudendo, prolem susceperunt, uteri valida attractice, quin Avenrois autor est, quasdam a viro in balneo emissum semen utero traxisse, et concepisse : Sed rara non sunt artis, eiaculandi enim facultas tam necessaria est ad conceptionem, ut semen pudendo veluti lachrymante, haud confertim, emissum, non comprehendatur, multo minus concipitaur.

      [Un pénis de taille convenable est requis pour la conception, car une trop longue course refroidit la semence, et si la verge est trop courte, le sperme ne peut pénétrer le col de l’utérus. On voit pourtant des hommes à qui, en raison d’un chancre, on a réduit le pénis à une longueur de trois travers de doigt, avoir des enfants, et ce grâce à l’attraction exercée par la matrice. Averroès {c} écrit même que certaines femmes ont été fécondées par la semence qu’un homme avait éjaculée dans l’eau d’un bain ; {d} mais les raretés ne constituent pas le fond de l’art, car la fonction éjaculatrice et si indispensable à la procréation que du sperme s’écoulant en larmes des génitoires, sans expulsion massive, est incapable d’atteindre sa cible, et bien moins encore de féconder].

  • L’adage a été curieusement repris dans l’Historia vesicæ monstrosæ, magni Casauboni [Histoire de la prodigieuse vessie du grand Casaubon] écrite par un dénommé Brovardus, {e} imprimée dans l’Exercitatio in Hippocratis aphorismum de calculo [Essai sur l’aphorisme d’Hippocrate à propos du calcul urinaire] de Johannes Beverovicius {f} (pages 271‑272) :

    Fatendum ignotam fuisse tot malorum caussam, et deceptos medicos omnes, quorum alii calculum prægrandem adesse, alii ulcus in vesica, quidam tumorem aquosum, partim inter musculos, et peritonæum existentem, occupare autumabant. Rara non sunt artis, et in conjecturis, quantumvis artificialibus, parum est fiduciæ. Errorem suum confiteri ingenui est. In rebus inauditis, et nulli visis decipi non turpe. Observata (licet prognosi potius, quam therapiæ idonea) posteris pandere non inglorium.

    [Il faut avouer que la cause de tant de maux est demeurée inexpliquée et que tous les médecins s’y sont trompés : les uns pensaient qu’il y avait un énorme calcul ou un ulcère dans la vessie, et les autres, qu’il s’agissait d’une collection liquide infiltrée entre les muscles de la paroi abdominale et le péritoine. Les raretés ne constituent pas le fond de l’art et il ne faut guère se fier aux conjectures, si habiles puissent-elles être. Confesser son erreur est le propre de l’homme bien né. Il n’y a pas de honte à être abusé par les choses inouïes et que nul n’a jamais vues. Il n’est pas déshonorant de transmettre son observation à la postérité (bien qu’elle puisse plutôt concerner le pronostic que la thérapeutique)].


    1. Par exemple, dans L’Encyclopédie (définition du mot Feu, sur la mesure de la chaleur) : « les cas où il serait nécessaire de recourir à ces expédients sont très rares, si même ils ne sont pas de pure spéculation, et par conséquent ils ne constituent pas le fond de l’art, rara non sunt artis » ; c’est la traduction française qui m’a semblé le mieux convenir.

    2. V. note [9], lettre 22.

    3. Médecin et philosophe arabo-andalou du xiie s., v. note [51] du Naudæana 1.

    4. V. notule {c}, note [4], lettre 721, pour une autre mention de cette relation. Elle est accompagnée d’une épître de Raphael Thorius, médecin flamand de Londres (v. note [31], lettre 1019), datée du 15 juillet 1614 (sans destinataire identifiable), qui décrit la maladie et l’autopsie de Casaubon, sans mentionner quelque autre de ses confrères.

    5. Ce texte non daté, signé tuo Brovardo [de votre cher Brovardus], a indubitablement été écrit par un médecin qui semble avoir soigné Isaac Casaubon (mort à Londres le 1er juillet 1614, v. note [7], lettre 36). Je ne parviens pas à me convaincre que Brovardus soit le facétieux chanoine François Béroalde de Verville (François Brouard, mort en 1626, v. note [4], lettre 436), même s’il savait une peu de médecine. Je me demande s’il ne s’agit pas plutôt d’une coquille typographique : Brovardo pour Buvardo, soit Charles i Bouvard (v. note [15], lettre 17), docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1607 et gendre de Jean i Riolan, à qui il aurait pu emprunter l’adage peu commun dont je m’échine à connaître la source.

      Je n’en ai pourtant pas trouvé confirmation dans les Lettres de Casaubon et dans sa Vie qui les précède (édition de Rotterdam, 1709, v. note [16] du Borboniana 1 manuscrit). On y trouve la narration de Brovardus précédée de ces deux mentions (pages 59‑60) : {i}

      • Redux ex Aula paucis post diebus sentit corporis exhausti atque emaciati languorem summum, prout conjectura assequi poterat experientissimus Medicus, Theodorus Mayerne, exortum, quamquam id pro certo affirmare nec posset, nec auderet.

        [Quelques jours après son retour de la cour, il {ii} ressentit l’immense lassitude d’un corps épuisé et émacié, conformément à ce qu’avait pu présager le très habile médecin Théodore Mayerne, {iii} bien qu’il soit impossible de tenir cela pour certain, ni même de s’y hasarder].

      • Accuratam postremæ valetudinis Historiam a viro clarissimo, D. Brovardo, posteris traditam.

        [Histoire soigneuse de sa dernière maladie par le très distingué M. Brovardus, {iv} transmise par ses descendants].

        1. Cette relation est aussi mentionnée dans la notule {c} de la note [23], lettre latine 154.

        2. Casaubon.

        3. Théodore Turquet de Mayerne, premier médecin du roi Jacques ier d’Angleterre et filleul de Théodore de Bèze : v. note [22], lettre 79.

        4. La même nouvelle coquille d’imprimerie ?

    6. Leyde, 1641, v. Beverwijk a dans notre Bibliographie : seule source que je connaisse du récit de Brouard.

V. infra note [15] pour une interprétation médicale moderne de l’observation que rapportait Patin.

14.

« en tout genre d’inégalité ».

15.

« à proximité du cœur et dans les artères lisses du poumon ».

On opposait alors arteria lævis (artère lisse) à arteria aspera (artère rugueuse) : la première expression regroupait les vaisseaux sanguins du poumon (artères pulmonaires qui conduisent le sang depuis le ventricule droit du cœur jusque dans les poumons, et veines pulmonaires qui le ramènent des poumons dans l’oreillette gauche du cœur) ; tandis que la seconde expression désignait les conduits aériens annelés des poumons (trachée-artère et bronches). Se méprenant sur l’adjectif employé ici (lævis, lisse, dont l’ablatif pluriel est bien lævibus, et non lævus, gauche, dont l’ablatif pluriel est lævis), Prévot et Jestaz accusent injustement Guy Patin de commettre « un barbarisme [v. note [7], lettre latine 112] surprenant ».

L’observation clinique et anatomique qu’il relatait évoque une maladie cardiaque avec arythmie complète (« grand pouls fort intermittent », « pouls intermittent et inégal ») {a} et embolie dans le cerveau, responsable d’un « abcès » cérébral (ramollissement ou infarctus) avec « perte de tous les sens » (aphasie, ou impossibilité de parler intelligiblement et parfois de comprendre les paroles). La dilatation de l’artère pulmonaire (« veine artérieuse ») {b} pouvait refléter une forte augmentation de la pression dans le compartiment pulmonaire. Guy Patin attendait de la « boue » (thrombus sanguins) dans les lævibus arteriis pulmonis [artères lisses du poumon] (sans doute les veines pulmonaires et l’oreillette gauche) qui aurait fait embolie dans le cerveau. Le plus probable est qu’il s’agissait d’un rétrécissement (sténose) de la valve mitrale (qui fait obstacle au passage du sang de l’oreillette gauche dans le ventricule gauche du cœur). Les visions erronées de Patin sur la circulation du sang laissent toutefois planer un sérieux doute sur cette interprétation moderne, qui n’est à tenir que pour plausible.


  1. V. note [12], lettre 725, pour la description de cette maladie par Galien.

  2. V. note [7] de la lettre de Sorbière à Mazarin.

16.

V. note [3], lettre 380, pour Le Rabat-joie de l’Antimoine triomphant de Jacques Perreau (Paris, 1654).

17.

« De là les colères et les larmes » (Juvénal, v. note [32], lettre 197).

Antoine i Arnauld (Paris 1560-1619) se fit recevoir avocat au Parlement de Paris et devint avocat général sous Catherine de Médicis, puis conseiller d’État sous Henri iv. Il se distingua par ses plaidoyers, et surtout par celui qu’il prononça en faveur de l’Université de Paris contre les jésuites, en 1594. Il publia aussi un Franc et véritable discours du roi sur le rétablissement qui lui est demandé par les jésuites (1602) contre le rappel des pères de la Compagnie de Jésus. C’était un homme probe, austère et désintéressé. Antoine i eut 20 enfants ; dix seulement lui survécurent, dont Antoine ii, le Grand Arnauld, et six filles qui toutes prirent le voile à Port-Royal, monastère que leur père avait contribué à restaurer (G.D.U. xixe s.).

V. note [37] du Borboniana 3 manuscrit pour son épouse, née Catherine Marion.

18.

Icelui : « quant à lui », pour dire que tous les docteurs de Sorbonne n’étaient pas nécessairement très savants. Ce mot, pourtant critique à la bonne compréhension du propos, a été omis volontairement (encadrement sur le manuscrit) dans la transcription de Reveillé-Parise.

19.

« compagnon de Sorbonne ».

20.

Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou (livre cx, règne de Henri iv, année 1594, Thou fr, volume 12, pages 241 et suivantes) :

« Quelque temps auparavant, l’Université de Paris venait de renouveler avec beaucoup de vivacité un grand procès contre les jésuites qui étaient alors regardés comme les principaux auteurs des troubles du royaume. Il y avait trente ans que leur différend avait commencé et que le procès était resté sans avoir été jugé. Du reste, quoique ces prêtres fussent chargés de la haine publique et que le roi fût absolument déclaré contre eux, il ne laissait pas de se trouver dans Paris plusieurs personnes disposées à prendre leur parti, soit que ce fût un reste de la Ligue, soit qu’elles espérassent par là se mettre bien à la Cour de Rome. […]

Le jour de l’audience, {a} Jacques d’Amboise, recteur de l’Université, ayant fait un petit discours latin à l’ordinaire, Antoine Arnauld, {b} orateur véhément, parla pour ce Corps. Il commença son plaidoyer par une protestation toute contraire à celle qu’avait faite l’avocat {c} Duret, car il déclara qu’il ne dirait rien contre ceux qui s’étaient réconciliés avec Sa Majesté ; qu’ayant à parler pour la fille aînée du roi (c’est le titre que prend l’Université), qui souhaitait à ce père tendre, qui l’avait comblée de bienfaits, toutes sortes de prospérités et qui ne désirait rien tant que d’y contribuer, il se ferait une loi indispensable de ne rien dire qui pût donner atteinte à l’amnistie et qu’il laissait aux jésuites, toujours partisans de l’Espagne, le soin de rappeler le passé pour brouiller les grands du royaume avec le souverain et les lui rendre suspects. »


  1. 12‑13 juillet.

  2. V. notes [13] du Borboniana 6 manuscrit pour Jacques d’Amboise, et [17] supra pour Antoine i Arnauld.

  3. Des jésuites.


Suit le long plaidoyer d’Arnauld (15 pages in‑fo) qui retrace l’histoire des jésuites depuis leur création en dénonçant leur soumission à Rome et à l’Espagne, et en les accusant d’un très grand nombre d’abus, avec cette conclusion (page 259) :

« Arnauld se tournant ensuite vers les juges, les exhorta à montrer qu’ils étaient véritablement hommes à saisir l’occasion et à se souvenir qu’ils étaient membres du plus respectable Sénat de l’univers. Il leur représenta que le temps était venu, trop tard à la vérité pour l’honneur de la nation, mais enfin qu’il était venu, et si à propos qu’il n’y avait pas un moment à perdre ; que l’avis qui irait à expédier cette affaire le plus promptement était celui qu’on devait suivre ; que le temps des grandes révolutions était propre aux grandes entreprises ; que les médecins ne laissaient rien dans un corps qu’ils avaient guéri qui pût en troubler l’harmonie ; qu’il fallait à leur exemple couper tout ce qui menaçait notre liberté ; que l’unique moyen de rétablir la discipline des Écoles françaises, qui avait été ruinée par nos guerres, était de détruire l’École espagnole, vraie sangsue altérée du sang de nos étudiants, et que ces collèges qu’ils ouvraient dans tout le royaume étaient autant de saignées qui tiraient le suc et le sang de l’Université de Paris. »

21.

« dans la traduction de Daniel Heinsius, in‑fo » :

θεοφραστου του ερεσιου απαντα. Theophrasti Eresii, Græce et Latine, Opera omnia. Daniel Heinsius textum Græcum locis infinitis partim ex ingenio, partim e libris emendavit ; hiulca supplevit, male concepta recensuit ; interpretationem passim interpolavit. Cum indice locupletissimo.

[Œuvres complètes de Théophraste d’Érèse, en grec et en latin. Daniel Heinsius a corrigé le texte grec en de nombreux endroits, en partie par déduction, en partie en se servant des livres ; il a comblé les lacunes et recensé le contenu ; en bien des endroits il a changé la traduction. Avec un très riche index]. {a}


  1. Leyde, Henricus ab Haestens, 1613, in‑fo de 494 pages, contenant :

    • la Vita Theophrasti [Vie de Théophraste] tirée de Diogène Laërce ;

    • l’Historia plantarum [Histoire (Description) des plantes] de Théophraste ;

    • les 29 chapitres du livre vi de son traité De Causis plantarum [Sur les questions posées par les plantes] (pages 352‑388), dont les autres parties ont été perdues ;

    • ses Opuscula [Opuscules (Fragments connus)], dont la liste et les sources sont fournies dans un syllabus (page 390).

22.

Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1656) : v. note [33], lettre 285.

23.

« contre Pecquet et les pecquétiens » ; v. note [1], lettre 414.

24.

Marie (v. note [11], lettre 252), veuve de Guillaume d’Orange depuis 1650, était la fille de Charles ier, roi d’Angleterre, et de Henriette-Marie de France, fille de Henri iv, alors exilée à Paris. Le 3 février à deux heures de l’après-midi, le roi s’était rendu à La Villette, en la maison du sieur des Jardins, pour y accueillir la princesse d’Orange (Levantal).

25.

« Quand, de son armée gétique, Charles {a} ravage les plaines sarmates, {c} a rompu leur alliance et ébranle leurs royaumes, au point que la piété et la foi ancestrale {c} sont bannies de ces contrées, et le monde gémit pour la religion opprimée, voilà que Christine, sa propre cousine, qui a rendu les armes à un autre tyran farouche, s’en est allée triomphante et pleine de vénération vers le palais de Pierre. {d} Ô Rome ! tu t’émerveilles désormais les triomphes barbares et, en bon pasteur, tu te réjouis de la brebis que tu viens de trouver. Et Rome ! tu exultes exagérément de vains triomphes, toi qui gagnes une brebis, mais en perdant le troupeau. » {e}


  1. Getico [gétique] est une variante attestée de Gothico [gothique] : Charles x Gustave, cousin et successeur de la reine Christine, portait le titre de roi des Suédois, des Goths et des Vandales (Rex Suecorum, Gothorum ac Vandalorum).

  2. Les anciens Sarmates peuplaient l’Ukraine (v. note [7], lettre latine 83) : leurs plaines désignent ici la Pologne.

  3. Catholique.

  4. Le Saint-Siège.

  5. Les Mémoires concernant Christine de Suède… (Amsterdam et Leipzig, 1751, v. note [2], lettre 290), tome premier, page 516, citent cette épigramme et y ajoutent en note ces quelques vers bien plus crus :

    « Si le grand Gustave eût vécu,
    Il se serait fait lécher le cul
    Par ce maroufle. {a}
    Étrange révolution !
    Sa fille, par dévotion,
    Lui baise la pantoufle. »

    1. Le pape Alexandre vii qualifié de « maroufle », c’est-à-dire d’homme « gros de corps et grossier d’esprit » (Furetière).

26.

V. note [10], lettre 150, pour Frédéric Guillaume, marquis de Brandebourg, dit le Grand Électeur.

27.

« Tout cela est incertain ».

28.

Ce passage a eu un surprenant écho dans le Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce, et du Levant, fait aux années 1675 et 1676. Par Jacob Spon, {a} docteur en médecine agrégé à Lyon, et George Wheler, {b} gentilhomme anglais, {c} tome premier, pages 251‑252, à propos de la peste (ou contagion) : {d}

« Ceux de Constantinople tiennent pour maxime qu’on n’est pas sujet à la reprendre quand on a eu une fois le bonheur d’en échapper. Cela n’est pas néanmoins véritable, et nous avons des observations du contraire. Mon père m’a assuré qu’il a vu une personne dans Lyon attaquée deux fois de cette maladie, mais en deux contagions de différentes années. J’ai aussi lu dans une lettre de M. Guy Patin, professeur royal en médecine à Paris, écrite à mon père en l’année 1656, {e} qu’il avait consulté pour une dame qui avait eu la peste par trois diverses fois. Il est bien vrai que pendant qu’une même contagion dure, ceux qui l’ont eue ne la craignent plus et qu’ils servent les malades sans courir de risque, comme on l’a remarqué à Lyon où elle a été deux ou trois fois depuis le commencement de ce siècle ; mais quand il vient une nouvelle peste, ils courent la même fortune que les autres parce qu’elles sont ordinairement différentes en malignité. {f} Ainsi, l’on pourrait dire en faveur de ceux qui croient n’y devoir être plus sujets à Constantinople, que c’est toujours la même peste, car en effet elle ne s’y éteint presque jamais entièrement, pour le peu de soin que le peuple a de se conserver. »


  1. Fils de Charles, v. note [6], lettre 883.

  2. V. note [14] de Jacob Spon et Charles Patin, premiers éditeurs des Lettres choisies de feu M. Guy Patin.

  3. Lyon, Antoine Cellier, le fils, 1678, 2 tomes in‑12 de 405 et 417 pages.

  4. V. note [6], lettre 7

  5. La présente lettre 433 de notre édition.

  6. Déjà les variants viraux qui ont tant fait parler d’eux au cours de l’épidémie due au coronavirus 2019.

29.

V. note [29], lettre 338, pour les Selecta medica… [Morceaux médicaux choisis…] (Leyde, 1656) de Johannes Antonides Vander Linden, que Guy Patin appelait ici son « Livre d’Extraits choisis ».

30.

« Origines […] de la langue latine, de Vossius » : Etymologicon linguæ Latinæ de Gerardus Johannes Vossius (Amsterdam, 1662, v. note [20], lettre 352).

31.

« issu des presses elzéviriennes » ; v. note [20], lettre datée du Charles Spon, le 28 août 1657, pour le Celse de Johannes Antonides Vander Linden (Leyde, Jean Elsevier, 1657).

32.

Francis. Pidoux, Ioannis filii, in inclyta Academia Pictaviensi Facultatis medicinæ primicerii et in metropoli Pictonum patricii. De Febre purpurea quæ anno 1651 Pictavium afflixit.

[François Pidoux, fils de Jean, {a} doyen de la Faculté de médecine en l’Université de Poitiers, et patricien en la capitale du Poitou : La Fièvre pourpre {b} qui a frappé Poitiers l’an 1651]. {c}


  1. François Pidoux (Poitiers 1586-ibid. 1662) était le fils de Jean (v. note [32] de L’ultime procès de Théophraste Renaudot…). Comme son père, il s’adonnait à la médecine et était devenu doyen de la Faculté de Poitiers. Lors de la fameuse affaire des religieuses de Loudun, il avait écrit un ouvrage intitulé Germana Defensio exercitationum Francisci Pidoux in actiones Iuliodunensium virginum, adversus Eulalium Pictaviensem [Défense authentique des essais de François Pidoux sur les actions des vierges de Loudun, contre Eulalius de Poitiers] (Poitiers, Jul. Thoreau, 1636, in‑8o) dans lequel il les déclara possédées du diable (G.D.U. xixe s.).

  2. V. note [56], lettre 229.

  3. Poitiers, Julien Thoreau et Jean Fleuriau, 1656, in‑4o.

33.

Jean Elsevier avait pris en 1652 la succession de son père Abraham et de son oncle Bonaventure à la tête de la prospère imprimerie familiale de Leyde (v. note [15], lettre 201), en association avec son cousin Daniel, fils de Bonaventure.

34.

Francis Glisson (Rampisham, Dorset 1596-Londres 1677), élève puis agrégé au Caius College de Cambridge, reçu en 1634 au Collège des médecins de Londres, y avait professé l’anatomie jusqu’à l’époque de la guerre et de la révolution. La ville de Colchester, où il s’était retiré, ayant été occupée par les parlementaires, il était revenu à Londres pour y continuer avec un succès croissant ses travaux d’anatomie.

Guy Patin citait deux de ses ouvrages médicaux :

  • Tractatus de rachitide, seu morbo puerili rikets dicto…

    [Traité sur le rachitisme, ou maladie infantile qu’on nomme rickets…] ; {a}

  • Anatomia hepatis. Cui præmittuntur quædam ad rem anatomicam universe spectantia. Et ad calcem operis subiicuntur nonnulla de lymphæ-ductibus nuper repertis,

    [Anatomie du foie. Précédée de certaines considérations générales sur la matière anatomique ; et suivies, à la fin de l’ouvrage, de quelques faits sur les conduits de la lymphe récemment découverts]. {b}


    1. Londres, L. Sadler et R. Beaumont, 1650, in‑8o pour la 1re édition ; mais sans avoir trouvé l’édition de 1655 dont parlait ici Patin.

      Ce livre a été réédité (La Haye, Arnoldus Leers, 1682, in‑12). Glisson y décrivait l’apparition du rachitisme (rickets en anglais, v. note [6], lettre 463) depuis une trentaine d’années dans les comtés de Dorset et de Somerset. On sait désormais que la maladie est due à une carence en vitamine D, liée à la pauvreté de l’alimentation et de l’exposition solaire.

    2. Londres, Octavianus Pullein, 1654, in‑8o pour la première de plusieurs éditions). C’est dans ce livre que Glisson décrivait la membrane (capsule) qui entoure le foie et qui porte désormais son nom.

Glisson a aussi publié plusieurs ouvrages philosophiques et métaphysiques, dont le Tractatus de natura substantiæ energitica, seu de vita naturæ eiusque tribus primis facultatibus naturalibus, i Perceptiva, ii Appetitiva, et iii Motiva [Traité sur la nature énergétique de la substance, ou sur la vie de la nature et ses trois facultés naturelles premières : i Perception, ii Appétit, et iii Mouvement] (Londres, E. Flesher, 1672, in‑4o, avec portrait de l’auteur en sa 75e année d’âge) : livre très original qui attira surtout l’attention après la mort de Glisson, quand on crut y reconnaître les germes et le plan tout entier de la Monadologie de Gottfried Wilhelm Leibnitz, sur la substance vitale élémentaire (G.D.U. xixe s., A.‑J.‑L. Jourdan in Panckoucke).

35.

Montglat (Mémoires, pages 313‑314) :

« Depuis l’an 1652, M. le duc d’Orléans s’était retiré à Blois, après avoir pris l’amnistie ; mais il n’avait jamais voulu se raccommoder avec le cardinal Mazarin ; et par cette raison, il ne venait point à la cour et ne bougeait de Blois. Cette fierté désespérait le cardinal, qui eût bien souhaité de regagner ses bonnes grâces à cause du rang qu’il tenait de fils de France et d’oncle du roi. Il avait gagné ceux qui étaient le mieux auprès de lui ; mais comme ils y trouvaient grande répugnance, le cardinal, connaissant son esprit fort timide, {a} faisait quelquesfois courir le bruit que le roi était averti qu’il avait conservé intelligence avec le prince de Condé et les Espagnols, et que Sa Majesté voulait aller à Blois pour s’assurer de lui ou le pousser hors du royaume. Ces bruits l’étonnaient car il ne songeait qu’à vivre en repos dedans sa maison ; mais ce qui le fâcha le plus fut qu’on retrancha une partie de ses pensions, sans lesquelles il ne pouvait plus vivre avec la splendeur avec laquelle il avait toujours vécu. Là-dessus, ceux qui étaient gagnés par le cardinal lui représentaient que tant qu’il serait mal avec lui, il le serait aussi avec le roi et par conséquent, jamais en repos. Ils le faisaient souvenir des persécutions qu’il avait souffertes du cardinal de Richelieu, qui n’était pas plus puissant qu’était à présent le cardinal Mazarin, qui pourrait le traiter de même. Ils lui disaient qu’il était heureux de ce que celui-ci avait l’esprit plus doux et moins violent que l’autre, et pardonnait facilement les offenses, et même recherchait ses bonnes grâces avec empressement. Ils le trouvèrent si disposé à se laisser persuader que le cardinal Mazarin, sachant que tout allait selon son désir, voulut faire les premiers pas pour rendre ses respects à Son Altesse Royale ; et au commencement de février, {b} il envoya son neveu Mancini, {c} avec le duc de Damville {d} et l’abbé de Palluau, {e} son maître de chambre, à Blois pour témoigner à Son Altesse Royale la joie qu’il avait d’être rentré dans ses bonnes grâces. Il fut parfaitement bien reçu et traité par ses officiers ; et M. le duc d’Orléans l’assura qu’il irait bientôt retrouver le roi, comme il fit peu de temps après. » {f}


  1. Peureux.

  2. 1656.

  3. Philippe-Julien Mancini, v. note [10], lettre 372.

  4. V. note [48], lettre 294.

  5. Gilbert de Palluau, v. note [6], lettre 477, avec méprise de Guy Patin, qui croyait qu’il s’agissait de son frère aîné, Philippe de Palluau, maréchal de Clérambault depuis 1653 (v. note [44], lettre 156).

  6. En août 1656.

36.

Le marquis de Caracena, gouverneur du Milanais, {a} échangeait sa place avec Fuensaldagne, commandant en chef des armées hispano-flamandes. {b} La permutation ne se limitait pas au commandant en chef (Montglat, Mémoires, page 314) :

« Il y eut changement en Flandre au gouvernement, car l’archiduc Léopold, {c} qui commandait dans les Pays-Bas depuis neuf ans, retourna en Allemagne, et don Juan d’Autriche, {d} fils naturel du roi d’Espagne, passa de Catalogne en Italie et delà, vint dans les Pays-Bas pour lui succéder. Il y eut difficulté à son arrivée pour accorder le rang qu’il tiendrait avec le prince de Condé, qui prétendait le précéder partout, étant premier prince du sang de France, et lui n’étant que bâtard ; mais pour accorder ce différend, l’archiduc le vit devant que de partir et lui donna chez lui la droite ; et ensuite, le prince en usa de même, n’osant refuser de suivre l’exemple d’un fils et frère d’empereur, roi successif de Hongrie. On s’étonnait de la hauteur avec laquelle ce prince vivait dans un pays où il était réfugié ; mais le besoin que les Espagnols avaient de lui augmentait sa fierté, qui était si grande qu’il vécut toujours d’égal avec l’archiduc et eut grande peine à le pouvoir souffrir de don Juan. »


  1. V. note [17], lettre 419.

  2. V. note [6], lettre 320.

  3. V. note [16], lettre 155.

  4. V. note [26], lettre 487.

37.

Le prince de Conti et son épouse, Anne-Marie Martinozzi, nièce du cardinal, séjournaient alors au château de la Grange-des-Prés non loin de Pézenas (Hérault).

38.

Haut de page fort abîmé : la reconstitution [entre crochets] de Reveillé-Parise, que j’ai adoptée, car il a pu voir le manuscrit avant sa dégradation, diffère un peu de celle de Prévot et Jestaz : « le roi épr[ouve une grande passion] pour la Mancini ». Quoi qu’il en soit, il s’agit de Marie Mancini, dont Louis xiv était éperdument amoureux (v. note [1], lettre 405). Anne d’Autriche, sa mère, manœuvrait alors en vain pour lui mettre Henriette d’Angleterre dans les bras.

39.

Antoine Vallot, premier médecin, était alors, selon Guy Patin, menacé de perdre sa charge (v. note [1], lettre 424).

40.

L’électeur duc de Saxe, Jean Georges ier, allait mourir le 8 octobre 1656 (v. note [9], lettre 369).

41.

« Cette déesse a toute seule déjoué les assemblées de cent hommes sages » ; Plaute (Pseudolus [L’Imposteur], acte ii, scène 3, vers 678‑679) :

Centum doctum hominum consilia sola haec devincit dea,
Fortuna
.

42.

Pierre du Bois, baron d’Avaugour (mort en 1664 en combattant les Turcs à Zrin), fut gouverneur général du Canada de 1661 à 1663.

43.

« La censure acquitte les corbeaux, mais condamne les colombes » (Juvénal, v. note [25], lettre 432).

La Sorbonne s’était assemblée le 18 février 1656, tous les docteurs présents, pour signer et publier la Censure contre la Seconde Lettre d’Arnauld, datée du 31 janvier. La vive querelle engagée en février 1655 sur la nature hérétique des Cinq Propositions de Jansenius (v. note [16], lettre 321) ne s’éteignit complètement qu’à la fin de 1657 avec l’enregistrement par le Parlement, lors du lit de justice du 19 décembre, des deux bulles papales condamnant le jansénisme :

  • celle d’Innocent x, Cum occasione… [Comme à l’occasion…], datée du 31 mai 1653 (v. note [16], lettre 321),

  • et celle d’Alexandre vii, Ad Sacram Beati Petri Sedem… [Au SaintSiège de saint Pierre…], du 16 octobre 1656.

44.

Ce jeune libraire lyonnais, dont Guy Patin n’a jamais reparlé, devait être Étienne Michalet (ou Michallet) : né à Lyon en 1631, il devint apprenti à Paris chez Siméon Piget (v. note [74], lettre 211) le 17 janvier 1664 ; il passa le 16 avril 1665 chez Pierre Le Petit (v. note [14], lettre 155) avec lequel il exerça comme associé à partir de 1671, rue Saint-Jacques à la Toison d’or et à l’Image Saint-Paul. Il ne fut reçu maître qu’en 1676, et mourut en 1699 (Renouard).

45.

Sans cesse relancée depuis 1536, la guerre de l’antimoine qui clivait la Faculté de médecine de Paris ne s’éteignit définitivement qu’en 1666 ; mais la quantité de libelles qui avaient paru en 1654-1655 devait en lasser beaucoup, et on cessa d’ailleurs d’en imprimer.

46.

Plénitude (Furetière) :

« en termes de médecine, se dit de l’abondance du sang et des humeurs. Il y a de la plénitude en ce corps-là, il faut l’évacuer par la saignée et les purgations. Il y a deux sortes de plénitude en médecine : l’une appelée ad vires, {a} lorsque le sang opprime les forces débiles d’un malade ; l’autre ad vasa, {b} lorsqu’elle remplit trop les veines et qu’elle les fait enfler jusqu’à être prêtes à crever. » {c}


  1. « contre les forces ».

  2. « contre les vaisseaux ».

  3. Ainsi comprise, la plénitude était un proche équivalent de la pléthore (v. note [8], lettre 5).

a.

Ms BnF no 9357, fos 201‑202 ; Reveillé-Parise, no cclxxxv (tome ii, pages 234‑239) largement mutilée et datée du 26 février 1656 ; Prévot & Jestaz no 21 (Pléiade, pages 469‑478).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 22 février 1656.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0433
(Consulté le 07.07.2022)

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